Chez soi : une odyssée de l’espace domestique

Essai de Mona Chollet

Que l’on soit contraint·e d’y rester ou de le quitter, qu’on ne le trouve pas ou qu’il sorte par les yeux, le logement est souvent source d’angoisse. La difficulté de se loger est une terrible évidence : les loyers/crédits immobiliers sont trop élevés tandis que les logements sont trop petits, insalubres, indisponibles, etc. « Un logement digne de ce nom ne devrait pas représenter un but, une finalité, mais un point de départ. » (p. 91) Un chez-soi ne peut pas être que pratique, n’en déplaise aux amateurs utopistes des tiny houses. Investir son intérieur, s’y sentir bien, s’y apaiser, ce sont des nécessités qui sont rarement comblées. Tous·tes ou presque, nous sommes aliéné·es par un travail indispensable sans lequel il est quasi impossible de se loger. Comme le prône Mona Chollet, je suis une fervente partisane du revenu universel qui permettrait à chacun de combler ses besoins vitaux, dont le logement. Au-delà de la seule nécessité de l’abri, le logis est un prolongement de soi, une façon d’être au monde. « La maison dessert l’étau. Elle permet de respirer, de se laisser exister, d’explorer ses désirs. » (p. 6)

Il existe un luxe exquis, mais incompris, celui d’être casanier·e. Je suis de cette espèce. J’aime sortir, visiter des musées ou des bâtiments, rencontrer mes ami·es, aller au cinéma ou au restaurant, mais quelle joie de rentrer chez moi. J’apprécie follement de recevoir et d’accueillir mes proches pour une soirée ou un week-end, mais quel délice de me retrouver à nouveau seule, maîtresse de mon petit chez-moi. Je travaille à la maison et j’ai investi mon intérieur à mon image, à ma mesure. Y rester pour lire, faire la sieste ou jouer avec mon chat, ce n’est pas de l’indifférence envers le monde, c’est un retrait salvateur et nourricier. « Vouloir rester chez soi, s’y trouver bien, c’est dire aux autres que certains – certains jours seulement –, on préfère se passer de leur compagnie. » (p. 19) Je sais vivre pour moi, en moi, sans être dépendante de l’extérieur social. Se nourrir du dehors et se construire dans le dedans, ce n’est pas incompatible. « J’avais retenu qu’un coin de lecture devait être à la fois un nid où se pelotonner et un poste d’observation, ou de contemplation. » (p. 32) J’aime le quotidien, la banalité de ma routine dans mon appartement, parce que j’ai la chance d’habiter un logis agréable et sain.

Mona Chollet explore finement un sujet sensible, celui des tâches ménagères. Le foyer est-il nécessairement un attribut féminin, tandis que l’homme a tout le monde à explorer et pour exprimer ses désirs et déployer ses tentatives ? Il est évident que non ! Le logement est l’affaire de tous·tes celleux qui y vivent, pas uniquement de l’épouse/mère/fée du logis ! Se réapproprier son chez-soi, c’est y vivre pleinement et s’ouvrir d’infinies possibilités de l’explorer et de s’y faire une vie à sa mesure.

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