Règnes modernes

Bandes dessinées de Yann Brouillette, Paolo Loreto et Valentina Grossini.

1 – Prédation dangereuse

Dans le monde des âmenimaux, ce sont les humain·es qui vivent à l’état sauvage et qui sont des proies, des êtres de compagnie, de la chair de consommation, des créatures inférieures. « Dépourvus d’âme immortelle, les humains ne font que se comporter comme s’ils étaient capables de souffrir. » (p. 14) La société est organisée autour du culte de Zyeu, divinité qui pourvoit à toutes choses et dont le dessein différencie clairement les âmenimaux des humain·es. C’est du moins ce que professe Madrak, le grand prêtre qui régit impitoyablement ce monde. L’équilibre de cet univers vacille quand une jeune humaine se révèle douée de parole et de raison. L’enfant est protégée par Bark et Bonnie, un chien et un lapin qui ont compris qu’il est bien difficile de malmener, tuer et manger ce qui s’exprime comme eux-mêmes. « Tu es prêt à mourir pour une vulgaire humaine ! Les humains sont vraiment les meilleurs amis des chiens. » (p. 28)

Le premier tome de cette bande dessinée résonne positivement avec mon végétarisme et mon refus, depuis 10 ans, de manger ce qui a été vivant. Règnes modernes interroge avec finesse l’antispécisme, en retournant les points de vue et les clichés. Les hasards de l’évolution qui ont placé l’humanité en haut du vivant sont mis à mal : ce qu’il faut comprendre, c’est que chaque vie vaut toutes les autres et qu’aucune ne justifie d’en supprimer. J’ai immédiatement enchaîné avec le deuxième tome, notamment pour en savoir davantage sur la maladie dégénérative qui affecte les âmenimaux.

2 – La survie des âmenimaux

Eugénie, l’enfant humaine, veut retrouver son frère, toujours esclave des âmenimaux. Pour Bark, Bonnie et Charlotte, la priorité est de comprendre ce qui a causé la mutation et si elle peut s’étendre à d’autres humain·es. Le petit groupe doit faire vite et être discret pour échapper aux tueur·euses à gages envoyé·es par Madrak. « Zyeu est miséricorde, mais vous, nous n’êtes que misère ! » (p. 43) Eugénie maîtrise de mieux en mieux le langage et affiche une indépendance inédite pour son espèce. Les recherches et les tests autour de son évolution révèlent notamment l’origine de la maladie qui foudroie certains âmenimaux. « Cette pandémie a été causée par nous, contre nous ! » (p. 48)

La révélation finale de ce deuxième tome me semble assez forcée, même si je comprends qu’elle tend à renforcer la caractérisation de plusieurs protagonistes. L’intrigue reste cependant d’excellente facture, avec des images et des idées-chocs : voir des carcasses d’humain·es dans des chambres froides, ça secoue un peu. Ça me rappelle surtout combien je suis écœurée par le déchargement des bœufs et autres cadavres d’animaux dans la boucherie du coin de ma rue… Je suis très impatiente de lire le cycle suivant de cette bande dessinée et de suivre encore Eugénie, Bonnie et Bark.

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