Vieille

Bande dessinée de Delphine Panique.

Petite. Grosse, voire difforme. Acariâtre. Solitaire, voire esseulée. Sans filtre et sans fard. Et vieille, tellement vieille. « Dans vieille, il y a vie. » À suivre cette mémé en manteau rouge et son caddie marron, on avance lentement, à la vitesse des genoux douloureux et des corps fatigués. « J’ai encore ma jeunesse en moi ! En moi… Bien cachée… » On l’écoute dérouler son monologue silencieux, ses radotements et ses maigres révoltes. Elle entend ce que disent les chiens, mais elle préfère les chats. Dans son brouillard mental, les souvenirs sont flous, avec parfois quelques éclats. Qui a-t-elle été, cette femme, avant de n’être plus que vieille, réduite au nombre de ses années ? « Mes possibilités de vie passées sont infinies. »

Notre protagoniste sans nom est un peu raciste, mais ce n’est pas méchant. Elle ne comprend pas les jeunes générations, mais ne s’interdit pas de regarder les fesses des hommes. « Il est gentil, lui… Je me demande comment est sa bite… » Elle repense à ses époux et ressasse le chagrin de n’avoir été qu’une épouse, empêchée dans ses aspirations par une époque qui laissait peu de choix aux femmes. « Un jour j’ai réalisé la chance que j’avais, parce que, entre les incestes, les viols, le devoir conjugal, etc., c’est presque un privilège pour une femme, de ne pas avoir de rapports sexuels. » La pensée récurrente de cette toute petite vieillarde, c’est la proximité sans cesse grandissante de la mort : c’est à peu près le seul projet qui lui reste, à cette anti-héroïne.

J’ai ouvert cette bande dessinée en m’attendant à une version en cases de Tatie Danièle. Les premières pages ont rempli cette attente : l’humour est grinçant, impertinent, voire tout à fait insupportable. « Je vais les doubler dans la queue, tiens, pour les faire chier. Je vais leur péter dessus. Hihi. » Mais à mesure des chapitres qui présentent l’extrême vieillesse avec une immense lucidité, j’ai surtout ressenti une tristesse suffocante et une angoisse certaine : oui, on y passera tous·tes, à la mort, et le déni n’est pas une solution, mais l’acceptation n’est pas une sinécure. Je vais garder un souvenir lourd de cette lecture, mais il est certain que j’en garderai une trace !

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