
Écrits de Philippe Forcioli.
Dans sa chambre de la clinique de la Sauvegarde, à Lyon, l’auteur noircit des feuillets, presque chaque nuit. Dans ses insomnies créatrices, il convoque Christian Bobin, illustre parmi les poètes, et s’en fait l’apôtre. « Que la joie quotidienne qui m’anime ici dans ce lit de malade m’accompagne jusqu’au bout. » (p. 14) Il revient sur des souvenirs, évoque sa vie de chansonnier et parolier, contemple les va-et-vient médicaux et les spectacles que lui offre sa fenêtre. D’un mot, il rend hommage à René Guy Cadou ; d’une phrase, il honore François d’Assise. Du miracle annoncé dans le titre, on a les premiers éléments dès l’incipit : ne reste qu’à suivre le fil et à accepter la jolie façon qu’ont les choses de se rencontrer. « Ce qui est inexplicable n’est pas forcément surnaturel, mais qui peut prouver que cela ne l’est pas ? » (p. 125)
Ce court ouvrage, entre poésie en prose et fragments philosophiques, est un concentré de délicatesse, une lecture suspendue qui repousse, un moment, la laideur. Les mots pourraient être pathétiques, griffonnés par un homme rongé par le cancer et se sachant condamné : ils sont enlevés, tournés vers l’avenir et la publication, comme un pied de nez au chagrin. « Il y a un bord des larmes qui ne se franchit jamais. » (p. 87) C’est éminemment beau.
Ça doit être beau, en effet.
Comme du Bobin… ça va, j’enfonce pas trop le clou ? 😀