
Roman de Camille Zabka.
Dans la crèche du personnel de La Haute-Île, plusieurs enfants sont intoxiqués. Elsa Dupré mène l’enquête dans l’enceinte semi-ouverte de l’hôpital psychiatrique : l’empoisonnement est-il le fait qu’un·e soignant·e, d’un·e patient·e ou d’une personne extérieure ? Dans une maison au fond du parc, Olga perd pied après la naissance de son deuxième enfant : à bout de forces et rongée par un terrible sentiment de solitude, elle se passionne pour Camille Claudel, interne tristement illustre de l’hôpital. Elle le sait, un siècle plus tôt, son intense post-partum lui aurait valu d’être enfermée comme l’artiste. « La Haute-Île fut d’abord un lieu où on venait ensevelir les femmes. » (p. 192) Et il y a Josépha, si reconnaissante d’avoir enfin un poste fixe au sein de la crèche, même si les horaires et les trajets sont éreintants. Elle est entourée de tous petits à qui elle prodigue sa tendresse sans compter, sans cesser de s’inquiéter pour les fins de mois et l’avenir de sa propre fille.
Les chapitres alternent entre les trois lignes narratives : celles-ci se rejoignent évidemment et parlent toutes de femmes en souffrance. Esseulées, isolées, stigmatisées, jugées, impuissantes, épuisées, sans ressources : les mères, les épouses, les filles, les célibataires, les artistes femmes, les travailleuses et toutes les représentantes du deuxième sexe ont toujours subi les décisions arbitraires des hommes. Et la folie a longtemps été un mot bien commode pour les écarter quand elles se faisaient gênantes. « Le terme « hystérique » sert à qualifier toutes ces femmes qui ne restent pas dans le rang, […] et qu’il faut extraire de la société, contenir, faire tenir et redresser. » (p. 226) Je retiens, le cœur serré, le terrible comportement de Jeanne la lapine et ce qu’il dit allégoriquement de l’inaptitude à la maternité.
Au gré de son intrigue, l’autrice nous plonge dans de passionnantes – mais glaçantes – archives psychiatriques. « Aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas ce lieu qui rend fou. » (p. 44) Depuis longtemps, l’injuste destin de Camille Claudel me révolte : notre colère doit être exponentielle afin de rendre justice à toutes les femmes, anonymes ou non, dont la vie a été volée et confinée entre les murs cruels des institutions psychiatriques. Cette lecture me rappelle Le bal des folles, mais j’en garderai un bien meilleur souvenir.