De pierre et d’os

Roman de Bérengère Cournut.

Une nuit polaire, la banquise se rompt et Uqsuralik est séparée de sa famille. Elle n’a qu’une peau d’ours, de maigres outils et quelques chiens pour survivre dans l’hostilité arctique. L’Inuit est habile à la chasse et aux travaux des femmes, mais elle ne peut pas survivre seule dans l’hiver ni échapper aux esprits. « Être un poids pour la banquise, c’est une chose ; être un poids pour soi-même et le groupe, c’en est une autre – qui n’est pas souhaitable. » (p. 38) Les mois passent, puis les années. Uqsuralik a rejoint différents groupes, trouvé un époux, eu un enfant, mais son âme reste hantée par la menace d’un vieux haineux. « Les femmes puissantes / Encourent d’abord / Tous les dangers. » (p. 156) La vie de la chasseresse passe comme toutes les autres existences, de pertes en rencontres, de faim torturante en réjouissances partagées.

Bérengère Cournut rend un magnifique hommage à la culture inuit. Les chapitres dépeignent des gestes mille fois répétés, des connaissances oubliées, des règles ancestrales et des tabous précieux : il faut nourrir celleux qui ne peuvent pas chasser et ne pas regarder la mer si on est enceinte. Mais l’immense qualité de ce roman, ce sont surtout les chants qui ponctuent les épisodes. Portés par des humain·es, des esprits ou des animaux, ils racontent l’histoire d’Uqsuralik, la complètent, la révèlent et l’annoncent. Loin de tout folklore facile et colonialiste, le texte de Bérengère Cournut est un conte très réel et très sensible.

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