L’hôtel

Roman de Daisy Johnson.

« L’hôtel n’est pas le même avec tout le monde. » (p. 13) Les mises en garde liminaires sont limpides : l’hôtel des marais est hanté. Tout le monde le sait et c’est ce qui fait son renom. La chambre 63, en particulier, est une pièce où il ne fait pas bon entrer. Une inscription prophétique apparaît un peu partout et a bien pour objet de glacer le sang. « Il faut se méfier des sons : les murs prononcent votre nom. » (p. 66) Les quatorze récits sont portés par des femmes : aucune ne réchappe vraiment de l’hôtel. Clientes ou employées, les femmes sont des proies pour la bâtisse, voire pour la parcelle où celui-ci se dresse. « Ce que contient cette terre, c’est une sorte de pouvoir de possession. Un tourment. » (p. 30) Les histoires se recoupent parfois et donnent un peu plus de sens à la malédiction qui enveloppe les lieux comme un nuage macabre.

J’ai dévoré ce roman en une heure et il s’ajoute parfaitement à ma liste de maisons maudites en littérature. Je suis friande de gothique littéraire et j’ai trouvé dans le texte de Daisy Johnson quelque chose de Joyce Carol Oates. Les pages exsudent un surnaturel poisseux, follement angoissant. Ce que j’en retiens surtout, c’est que l’hôtel est une analogie du monde, résolument hostile aux femmes. Ici, le mal est un bâtiment, mais c’est finalement un système. « Ils avaient cette façon de se souvenir de nos vêtements, mais pas de nos noms. » (p. 88) Je vais garder longtemps le souvenir de ce roman sombre ! « Ce qui se passe sur cette terre y demeure. » (p. 136)

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