Le chant de l’Ours

Texte poétique de Nina Zaïtséva, illustré par Jüri Mildeberg.

Sous-titre : Épopée vepse -Lacs et forêts de Carélie

Quatrième de couverture – Il était une fois un orphelin appelé Vir qui, en grandissant, avait oublié le visage de sa mère. Élevé par sa tante Anni qui n’avait pas eu d’enfant, il tombe amoureux de la belle Aira, une Sâme aux yeux noirs et aux cheveux bruns, qui voit dans ses rêves les troupeaux de rennes de son père, disparu tragiquement avec sa mère. La tante Anni connaît bien la forêt et embrasse un jour le grand maître des bois. Douce guérisseuse, elle prend sous son aile le jeune couple, qui donne naissance à trois enfants. Les deux fils se marient jeunes, mais Tal’oi, la fille, semble ne pas trouver l’amour…

La poésie ne se résume pas, surtout celle-ci. « Pour les Vepses, c’est limpide : / Chaque arbre de la forêt / Voit aussi, et entend tout. » (p. 27) J’ai suivi les voiks – ces chants qui parlent de séparation heureuse ou malheureuse –, les berceuses et les incantations, toutes ces formes musicales qui servent aux rites, à la divination et aux fêtes, qui appellent la guérison, la protection ou la chance. En suivant l’histoire de la famille de Vir, j’ai découvert un peuple de bergers et de forestiers, soudé, joyeux et respectueux, pleinement connecté à la nature qui est partout. « La forêt est un vivant / Qui connaît notre pensée. / Et moi, l’ours, qui suis le maître, / Mon cœur me dit ce qui est mal. » (p. 29)

Je suis très émue d’avoir découvert la littérature vepse, de tradition majoritairement orale et parlée aujourd’hui par quelques milliers de locuteur·ices. « La langue de ce pays, / Je l’aime d’un grand amour. / Nous devons la protéger, / Car rien au monde n’est plus doux. » (p. 138) Le long prologue de l’autrice est une déclaration d’amour, un hommage et un appel à la reconnaissance. Peu importe s’il ne reste que quelques personnes qui parlent le vepse : cette langue doit vivre, se faire connaître et porter dans d’autres langues ses histoires. « On dit chez nous que les mots sont puissants, / Que grâce à eux on peut chasser la peine, / Et la douleur, et la tristesse même, / Pourvu qu’en eux on mette sa confiance. » (p. 97)

Les illustrations géométriques de Jüri Mildeberg sont étrangement hypnotiques et parfaitement liées à l’histoire. J’y ai trouvé la délicatesse traditionnelle des œuvres faites dans les familles et les communautés, à la veillée : elles portent en creux des millénaires d’histoire et de culture.

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