
Bande dessinée de Julie Billault et Seb Piquet.
En mars 1920, la finale de la British Cup rassemble à Liverpool plus de 53 000 spectateurs. Rien de très surprenant, peut-être, puisque le football est le sport chéri de l’Angleterre. Pourtant, les équipes qui s’affrontent sur le terrain sont entièrement féminines et les gradins s’enflamment pour ces joueuses exceptionnelles. Tout a commencé pendant la guerre, dans les usines où les postes sont repris par les femmes. « Pendant qu’ils se tuent au front, nous on se tue à la tâche… les liens sacrés du mariage, tiens ! » (p. 10) À la pause, quelques ouvrières se détendent avec un ballon. Le foot dans les usines, ce n’est pas une nouveauté, mais que les femmes s’en emparent, c’est autre chose, et elles sont douées, follement douées ! Les matches permettent de collecter des fonds pour soutenir les soldats, mais offrent aussi aux Anglais l’occasion de revenir dans les stades et de profiter de leur sport de prédilection. « Notre football à nous, il est compétitif et solidaire. » (p. 71) Quand la guerre s’arrête, les hommes rentrent – pas tous – et reprennent leur place dans les usines et sur le gazon. En 1921, les autorités anglaises déclarent le ban des équipes féminines, mais il en faut bien plus pour empêcher les femmes de taper dans la balle. Elles continuent de jouer, voire participent à des compétitions internationales. « Faire du football en temps de ban, c’est faire de la politique avec un ballon au pied ! » (p. 133) Enfin, en 1970, la première édition de la coupe du monde féminine de football est organisée : les footballeuses anglaises qui ont fait rêver les foules pendant la Première Guerre mondiale sont désormais entraîneuses, égéries chéries de gamines qui sont devenues joueuses à leur tour.
Cette bande dessinée, dans la droite ligne du Ladies Football Club, montre un pan du foot anglais qu’il est bon de ne pas oublier. Quoi qu’en disent certain·es, le sport est politique et une des premières formes d’émancipation. « Finalement, le football qui sortait des usines revient dans les usines et entre dans la clandestinité ! » (p. 99) Les joueuses inventées pour la BD, richement inspirées des archives anglaises, défendent les droits des femmes et le syndicalisme, et elles érigent la solidarité en victoire sur les riches et les patrons. Le carnet documentaire final est précieux pour en apprendre davantage. J’ai passé une excellente heure de lecture à suivre les footballeuses gouailleuses de cette BD.