De l’autre côté de la mère

Roman de Pauline Harmange.

Nine est orpheline. À trente ans, la voilà sans père, récemment décédé, et sans mère, partie quand elle avait quatre ans. En vidant la maison, elle trouve une boîte pleine de cartes envoyées par Fiona, l’absente. Voilà qui réécrit le récit familial. « J’aurais pu la voir ? Elle voulait me voir ? » (p. 57) Quinze après le dernier message, Nine part en quête de l’autre côté de la Manche, sans savoir si elle est toujours attendue ni ce qu’elle cherche vraiment. « Elle ne devrait pas toujours être la dernière au courant de sa propre histoire. Combien d’autres encore possèdent des bouts d’elle, dont elle ne savait même pas qu’ils manquaient à sa mosaïque ? » (p. 121) Alors que son épouse, Pia, est enceinte de leur enfant, Nine s’interroge : de qui tient-elle le plus ? De la mère qui est partie ou du père qui est resté ? « Quoi qu’elles décident, elles le feront pour elles, pas pour Fiona, pas pour le passé qu’il faut retrouver, mais pour le présent qu’il faut éprouver. » (p. 158)

À rebours du présent, on suit aussi la ligne temporelle de la mère fugitive. L’histoire d’amour entre Fiona l’Écossaise, aussi passionnée qu’indépendante, et Daniel le Breton, timide mais solide, est fondamentalement déséquilibrée, car chacun·e n’attend pas les mêmes choses. « Je ne m’étais pas imaginé vivre cette vie-là, celle d’une mère au foyer qui s’occupe de son bébé derrière ses rideaux tirés. » (p. 127) La parole de Fiona porte la confession d’un post-partum écrasant et de la charge solitaire et terrifiante de la maternité. Cette femme pleine d’ambitions artistiques craint de s’être dissoute dans son identité de mère et, toute sa vie, s’est mise en quête de sens et d’ancrage

Après Aux endroits brisés, j’ai retrouvé avec émotion l’écriture sensible de Pauline Harmange. L’autrice écrit des personnages crédibles et complexes, que l’on voudrait connaître, même les plus secondaires. On devrait tous·tes avoir un Sean dans nos contacts ! La longue réflexion sur la parentalité n’est jamais manichéenne : ce qui s’exprime, ce sont des sentiments authentiques. « J’avais l’impression d’être morte pour te donner la vie. » (p. 8) Fiona n’est pas qu’une mère absente, Daniel n’est pas qu’un père sacrificiel, Rosa n’est pas qu’une presque belle-mère, Pia a ses propres angoisses et Nine n’est pas une réplique du passé de ses parents. Ce que dit aussi ce roman, c’est qu’une famille, ça se construit et ça se choisit, ça se reconstruit et ça se répare.

J’ai déjà d’autres textes de Pauline Harmange dans ma pile à lire… Je savais que j’avais tiré le gros lot avec son premier roman !

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.