Ça ira

Recueil de poésie de Pauline Bilisari, réédition augmentée de cinquante textes. Illustrations de Camille Bilisari.

La poétesse a commencé – comme tant d’autres – par écrire pour elle-même. D’une audace timide, elle s’est décidée à poster certains textes sur Instagram. D’une audace terrifiée, elle a tenté l’autoédition. Et l’audace a payé. La poésie libre de Pauline Bilisari a ému un large lectorat. Ce qui était une thérapie personnelle est devenu une chambre d’échos quasiment universelle, un miroir dans lequel d’autres âmes se sont reconnues, dont la mienne.

De quoi parle l’autrice ? De ses angoisses, de sa santé mentale, de sa peine d’amour, de son hypersensibilité, de son atypisme, de sa solitude dans le grand monde. « ils ont tendance à oublier / que toute la douleur du monde / peut se résumer en un sourire » (p. 42) La ponctuation et les majuscules sont rares : la première parce que la pensée ne s’arrête jamais et coule librement ; la seconde parce qu’aucune pensée n’est plus grande qu’une autre.

La poétesse et l’illustratrice, artistes sœurs, laissent beaucoup de place dans les pages. Il faut cela pour laisser respirer les mots d’une poésie discrète qui déploie ses longues ailes. Le jaspage et le signet de coquelicots font de l’ouvrage l’écrin précieux d’une voix qui mérite d’être écoutée. Cependant, si l’ensemble m’a touchée, je ne peux pas ignorer les maladresses de la première fois : Pauline Bilisari compose certaines phrases comme des bijoux, mais d’autres me semblent être des sentences motivationnelles assez creuses. « ne laisse personne / te faire croire / que tu n’as pas le droit / d’avoir mal » (p. 183) Il n’empêche que je lirai les autres textes de l’autrice, car je suis convaincue que sa plume s’est affûtée et que, sans devenir maniérée ou artificielle, elle a continué à gagner en finesse.

Je vous laisse avec quelques extraits à faire rouler sous votre langue.

« en partant, le bonheur m’a dit / au revoir / j’aurais tant aimé qu’il me dise / tiens bon » (p. 64)

« quel comble / pour les habitants de ce monde / d’en être les propres démons » (p. 130)

« nos souffrances / sont incomparables / mais nos douleurs / sont toutes légitimes » (p. 183)

« je mérite que l’on m’aime / pour tout ce que je suis / alors pourquoi suis-je la seule / encore incapable de le faire ? » (p. 223)

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