Le quatrième roi mage

Roman d’Antonio Exposito.

« Depuis un temps lointain et lieu de toujours, quatre émissaires partirent vers une planète bleue annoncer une naissance. » (p. 22) Si trois arrivent auprès de l’enfant messie, le quatrième s’égare, ou plutôt ne sait pas qu’il doit se mettre en route. Bjorn Bjornsen, fils d’un roi du froid, ni riche ni sage, répand le sang dans son sillage. Il est un amas de fureur. « Tu as tué ton père pour ton destin. » (p. 71) Son chemin croise ceux d’une femme plus qu’aimante et d’un guide sibyllin aux multiples visages. L’homme a pourtant une mission à accomplir. « Tu dois témoigner de sa venue, et lui offrir un cadeau. / Un cadeau ? / Oui, ce que tu dédies à la joie de l’autre. » (p. 111) Des terres de glace aux étendues brûlées de soleil, il va à la rencontre de dragons, d’anges, de massacreurs et d’innocents, toujours dans un tourbillon de violence. Ce faisant, il remonte le fil de sa propre histoire et de ses méfaits. « Comme une punition, sa mémoire le ramenait à celui qu’il avait été. » (p. 171) Le géant viking revit ses fautes pour mieux les expier et apprend que sauver un enfant, c’est sauver l’humanité. « J’ai donné aux enfants l’amour qui m’a manqué, celui qui n’exige pas le mérite, qui n’exige rien ni même d’être aimé en retour. » (p. 442 & 443) Au terme de son long combat contre lui-même, jusqu’à lui-même, l’homme se sera réinventé en une nouvelle légende.

Les contes nordiques et la mythologie antique se mêlent au récit chrétien pour composer une histoire d’origines aussi bouleversante qu’exigeante. Chaque personnage est désigné par un symbole typologique et nombreux sont ceux qui changent de noms à mesure du récit. Cela illustre les identités mouvantes et complexes des protagonistes et participe à l’enchâssement de récits et de pensées, dans une ligne temporelle qui suit sa propre logique.

Un élément central de ce roman qui emprunte parfois à la poésie, parfois au théâtre et parfois à la fantasy, c’est l’amour avec Je t’aime, ainsi que la nomme le héros. Cette femme, résolument humaine, est une mater dolorosa tout autant que l’irrésistible amante que chante Le cantique des cantiques. L’auteur invente une merveilleuse et lumineuse scène d’amour, à l’érotisme électrique et pourtant délicat. « Ainsi se parlèrent -ils de dedans. » (p. 1118) C’est bien la preuve qu’on trouvera toujours de nouveaux mots pour parler de ce principe éternel qui nous attire vers l’autre.

Avec ce texte sans commune mesure, les éditions du Panseur continuent d’explorer la littérature d’aujourd’hui et ce qu’elle peut inventer de plus beau pour parler du monde, autrement.

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