
Roman de Charlotte McConaghy.
Loin de son Australie natale, Inti Flynn dirige un programme de réintroduction du loup en Écosse. L’objectif est de rééquilibrer cet écosystème dégradé où la forêt ne pousse plus. Le projet est évidemment mal accepté des éleveurs de moutons et quand l’un d’eux disparaît, le coupable semble tout trouvé. Inti est prête à tout pour réussir sa mission, mais aussi pour protéger sa sœur. Autrefois si vive, Aggie vit mutique et recluse dans leur maison, après un évènement traumatique. « Prendre soin des autres, c’est le seul moyen de prendre soin de soi et […] la gentillesse sauvera le monde. » (p. 57)
L’homme est un loup pour les loups et pour les femmes ! Je ne m’attendais pas à un thriller écoféministe en ouvrant cette lecture, sans doute trompée par le titre français bien plus lyrique que l’original, Once There Were Wolves. J’ai dévoré ce roman qui interroge la place de l’amour et de la confiance dans un monde de violence. « Je continue de parler des loups parce que c’est tout ce qui me reste en dehors de la rage. » (p. 23) Les deux sujets de l’intrigue se nourrissent réciproquement. D’une part, il y a les sœurs inséparables dont le rapport de force s’est inversé. D’autre part, il y a la nature qui se meurt de la main de l’homme (et non pas de l’humain, ici…). Renaturer les Highlands afin de lutter contre le réchauffement climatique est aussi crucial que s’élever contre les violences faites aux femmes : dans les deux cas, c’est l’homme qui massacre et qui domine. « Vous n’avez pas de koalas à cajoler, c’est ça ? / En quelque sorte, oui. La plupart sont morts dans des feux de brousse. » (p. 28)
Je suis profondément sensible à la cause des loups et autres grands prédateurs. L’expérience du Yellowstone l’a prouvé : leur présence est indispensable pour régénérer les espaces en souffrance, et c’est aux humains de s’adapter à leur présence, pas l’inverse. « Nous parlons d’un animal farouche, aux petits soins pour sa famille, doux. C’est une bêtise de nous avoir inculqué la peur du loup. » (p. 46) Le sujet se perd parfois un peu derrière le mystère, mais l’animal a toute sa place dans le récit. Je retiens aussi la première phrase du roman, elle est de celles qui coupent le souffle. « On avait huit ans le jour où papa m’a coupée en deux, de la gorge jusqu’au bas du ventre. » (p. 11) Oui, vous saurez tout de cette énigme abominable, et plus encore. Cet incipit pose clairement les choses : les femmes n’en finissent pas de souffrir sous les coups des hommes, depuis la nuit des temps. « Je vis entourée de femmes mortes qui me surveillent, plaquées sur les murs. » (p. 230)
Je pleure encore la beauté du monde s’installe durablement sur mes étagères de lectures féministes et de ressources écologistes : l’avenir des luttes est intersectionnel !