Ouest

Roman de François Vallejo.

Une photo de famille et une photo dans un journal. Tout cela remonte à des années. Sur la première photo, il y a Lambert, le garde-chasse du baron l’Aubépine. Ce noble, farouche royaliste, éloigne de lui son fils, un drôle de coco aux idées révolutionnaires. À la mort du patriarche, le fils revient sur les terres familiales, dans l’Ouest de la France. « Les terres de l’Ouest, il ne fallait pas trop leur demander, même soixante ans après la Révolution, elles auraient préféré que les jeunes maîtres soient la réplique des anciens. » (p. 16) Dans les environs, tout le monde s’étonne du comportement du jeune l’Aubépine. Qui sont ces femmes qui se succèdent au château et qui repartent terrorisées ? Qu’arrive-t-il à la jeune et jolie Berthe François ? Enragé de révolution et dégoûté de Louis-Napoléon, le baron s’absente longtemps de ses terres pour de mystérieux séjours à Paris. On le suppose activiste et comploteur. « L’Empire français pèse sur lui comme un malheur personnel. » (p. 91) Pour l’Aubépine, la victoire serait de rencontrer Victor Hugo en exil.

Sur le domaine, gardien hiératique, Lambert est fier à en pavoiser de sa meute de chiens. À la tête de celle-ci, Rajah, superbe bête, colosse animal, à la fois danger et défense. Lambert est à l’image de ses chiens : « Il y a de la chiennerie en vous, brute, et ça ne me déplaît pas. » (p. 22) Mais le garde-chasse ne sait que faire des amabilités du maître, ne sait comment s’accommoder de cette attitude prolétaire chez le noble. Entre eux s’installe une complicité malsaine, macabre et coupable. Mais au fil du texte, le rapport de force s’inverse et le plus fort passe sous la coupe du plus faible. Eugénie, la femme de Lambert, et leur fille Magdeleine sont de piètres garde-fous dans la danse étrange que mènent le serviteur et le maître.

Étrange lecture. Le ton, la langue, la narration, tout entraîne le lecteur hors des sentiers battus. Le dialogue n’est jamais vraiment un échange et le récit est toujours soumis au doute. Je ne saurais dire si j’ai aimé ce livre. Le fait est que je l’ai lu sans tenter de le comprendre, sans vouloir percer son mystère. Il ne m’en restera probablement que peu de souvenirs et une grande frustration, comme si je restais sur le seuil d’un grand texte. Mais, étrangement, je me suis refusée à fournir l’effort nécessaire pour embrasser ce roman. Voilà finalement une expérience de lecture peu commune, gênante, où la culpabilité et le soulagement se mêlent dans une image plutôt terne. 

Du même auteur, j’avais passionnément aimé Les sœurs Brelan.

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