Les fabuleuses femmes du Grand Hôtel

Roman de Ruth Kvarnström-Jones.

Elles s’appellent Wilhelmina, Ottilia, Beda, Karolina, Margareta, Torun, Märta et Elisabeth. Chacune à leur façon, elles contribuent au regain d’image et de qualité du Grand Hôtel de Stockholm. Dans les premières années de 1900, elles occupent des postes jusqu’alors réservés aux hommes et prouvent combien elles sont capables et ambitieuses. « Il n’y a rien de plus redoutable que des femmes qui s’allient. » (p. 11) Au fil des années, les murs du bel établissement sont les témoins des drames de la vie, entre petits scandales et grands remous intimes et publics. Le personnel croise des personnalités du monde des arts ou de la politique qui séjournent au Grand Hôtel. Les employées forgent des amitiés solides et affirment leur caractère, chacune traçant sa voie dans un pays pionnier en matière de droits des femmes.

Adolescente, j’ai consommé énormément de romans historiques. J’étais fascinée par le croisement entre fiction et réalité. Hélas, pour qu’un texte de ce genre soit bon, il y a des écueils à éviter. Le principal ici est le caractère très souvent artificiel des conversations qui ne servent qu’à rappeler le contexte historique, sans subtilité et un peu au forceps. Personne n’aurait de telles discussions dans le monde réel. Certes, la fiction s’accorde des libertés, mais elle ne tient que si elle reste crédible. Rien ne justifie que deux amies se présentent mutuellement la chronologie royale du pays dans lequel elles résident. Le roman souffre également de déclarations qui se veulent universelles et sonnent plutôt faux à mon oreille. « Pourquoi les journalistes sont incapables d’attendre les faits, cela restera toujours un mystère pour moi. Ne prétendent-ils pas avoir prêté allégeance à la vérité ? » (p. 226)

Les relations entre les personnages sont assez convenues et manichéennes, et l’on identifie sans peine les gens de bien et les mauvaises gens. L’autrice insiste, à mon goût, trop lourdement sur la dimension féministe de son roman, en multipliant les clichés et les phrases toutes faites. Allez, florilège !

  • « Il n’y a rien de pire qu’une femme qui sait qu’elle a raison. » (p. 27)
  • « Mme Skog avait été fidèle à la description que l’on faisait d’elle : rude, exigeante, draconienne. Mais elle avait aussi été juste, prévenante, et sans aucune malveillance féminine à l’égard d’une autre femme. » (p. 78)
  • « Il n’y a rien qu’une femme ne puisse pas faire, mais la plupart des hommes ne le voient pas. » (p. 90)

Oui, c’est bon, on a compris ! Ces femmes sont fabuleuses pour elles-mêmes, pour l’hôtel et entre elles, OK, on peut nous dire autre chose d’elles ? Ah oui, évidemment, toutes sont plus ou moins motivées par la recherche de l’amour ou leurs relations amoureuses/maritales. De fait, alors qu’il y avait matière à développer le sujet, les violences faites aux femmes bénéficient d’un traitement superficiel et, grosso modo, les dames en souffrance à cause des hommes sont sauvées… par d’autres hommes. Un peu par leurs amies, mais beaucoup par des hommes quand même…

J’ai l’air d’être à charge contre ce gros roman… Je l’ai lu en 2 jours, certes en poussant des soupirs d’agacement, mais pas au point de l’abandonner. Le mélange de personnages réels et de personnages inventés est réussi : on a envie de croire que tous et toutes ont existé et d’en savoir plus sur la suite de leur existence. Les fabuleuses femmes du Grand Hôtel reste une lecture plaisante et bien emmenée, avec un air de Downtown Abbey version polaire, mais je doute d’en garder un long souvenir.

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