
Roman de Jason Rekulak. Illustrations de Will Stackle et Doogie Horner.
Mallory, ancienne athlète universitaire et droguée désormais abstinente, décroche un boulot de rêve : nounou pendant tout l’été de l’adorable Teddy, dans l’immense demeure de la famille Maxwell. Elle dispose de son propre chalet au fond du jardin et peut envisager l’avenir avec espoir, maintenant qu’elle fait des économies. Reprendre la course à pied, manger sainement et s’occuper du bambin sont des activités qui l’aideront à rester clean. « Tu ne peux pas te focaliser sur des scénarios fictifs. » (p. 410) Elle doit tout de même vivre avec une lourde culpabilité et ignorer cette sensation qu’on la regarde quand elle dort. Est-ce le fantôme d’Annie Barrett, artiste assassinée 80 ans plus tôt, dans ce même petit chalet, qui hante les lieux ? À la fatigue s’ajoute la nervosité à mesure que les dessins de Teddy, d’abord naïfs, se font de plus en plus inquiétants et précis. Qui est vraiment Anya, cette amie imaginaire qui semble l’obliger à agir ? « Je la vois toutes les nuits […]. Elle dort sous mon lit, comme ça je peux l’entendre chanter. » (p. 34) Mallory commence à douter de sa raison. Pourtant, elle le sent, les dessins de l’enfant sont des avertissements ou, pire, des menaces.
Voici une lecture vers laquelle je ne me serais pas tournée spontanément, mais avec un mot de Stephen King sur la première de couverture et la mention de lapins dans le résumé, j’ai décidé de redonner une chance au genre du thriller. Et… totale réussite ! J’ai dévoré ce pavé en quelques heures. Le style est simple, mais le rythme est efficace, parfaitement maîtrisé, tout comme la mise en page de ce format poche. Quelle surprise, en tournant une page, de tomber sur un dessin de lapin ! Et quelle surprise, encore, qu’un autre gribouillage montre un cadavre de femme dans les bois ! L’intrigue se décortique autant dans les mots que dans les images, chacun ajoutant des indices au macabre puzzle.
Difficile de trop en dire sans gâcher l’histoire, alors je n’ai qu’un conseil : si vous cherchez une lecture haletante, un brin flippante et où les sujets sociétaux ne sont pas traités à la légère, lancez-vous dans Hidden Pictures. Le fantastique est idéalement dosé et participe intelligemment à l’angoisse. Non, ce n’est pas une énième histoire de nounou dans une famille parfaite, pas du tout, vraiment pas du tout… « Vous entendez le fantôme, vous aussi ? » (p. 129)