
Roman de Mélanie Sadler.
Séverine est la protégée, puis la collaboratrice de Jean Vallès, fondateur du journal Le cri du peuple. Quand son mentor décède, elle reprend la tête du quotidien. Ce sont les années 1880 : une femme journaliste, cela ne se fait pas. « [Séverine] sent le soufre. Elle est séparée et vit en union libre ; elle refuse de se ranger et quémande un métier d’hommes. Surtout, elle a abandonné ses fils. »(p. 15) L’indépendante écrit pour divers journaux, se remarie, prend des amants. Elle professe que le mariage est une prison et revendique toutes les libertés. Dans les milieux où elle est reçue et dans ceux où elle s’impose, elle croise Georges Clémenceau, Marguerite Durand ou Sarah Bernhardt. Elle écrit pour porter la voix socialiste, montrer le quotidien des travailleur·euses et plonger sa plume dans tous les combats sociaux. « Décrire la vie ouvrière ne suffit pas, il faut la vivre pour en témoigner. » (p. 126) Avec d’autres intrépides, Séverine fonde La Fronde en 1897, premier journal exclusivement géré et rédigé par des femmes. Dans les pages de ce nouvel organe de presse, les textes d’Alexandra David-Neel côtoient ceux de Paula Minck et d’Hubertine Auclert. Ces femmes réclament des droits égaux à ceux des hommes, une place pleine et entière dans la société. « Vous croyez, vous, qu’ils finiront un jour par nous traiter en adultes ? » (p. 221)
Le récit romancé de la vie de Séverine, pseudonyme d’une journaliste qui a manqué de tomber dans l’oubli, intègre des archives bienvenues : articles et lettres renforcent la véracité du propos. Cependant, les dialogues entre personnalités/personnages manquent de crédibilité et de réalisme : ils sont trop informatifs et peu fluides, parfois trop concentrés sur le contexte à planter que sur les interactions réelles des êtres. Et parfois surgissent d’étranges chapitres dans lesquels l’autrice s’adresse à son sujet. Biographie ou roman historique, le texte peine à trouver son genre. Je lui reconnais toutefois un véritable intérêt, celui de saisir l’agitation politique et sociale de la dernière décennie du 19e siècle. Il est évidemment question de l’affaire Dreyfus, mais également du massacre des Arméniens et de tous les micro-évènements qui précipitent le premier conflit mondial. L’autrice a sans aucun doute mené des recherches minutieuses et cela s’apprécie grandement à la lecture.