Une panthère dans la cave

Roman d’Amos Oz.

Pendant l’été précédant la fin du protectorat anglais en Israël, Profi, un gamin rêve de vengeance et de gloire guerrière pour son pays. « Quand le libre état hébreu verrait enfin le jour, nul criminel au monde n’oserait plus jamais tuer ou humilier les Juifs. Dans le cas contraire, il se repentirait de ses actes car, un jour, nous aurions le bras très long. » (p. 37 & 38) Avec ses amis, il élabore des plans pour chasser l’occupant anglais et repousser l’assaillant arabe. Quand il rencontre le sergent anglais Dunlop, ses certitudes sont ébranlées. Se pourrait-il que l’ennemi soit bienveillant ? « Je suis un Anglais qui donnerait tous les biens de sa maison pour la langue des prophètes et dont le cœur est l’esclave du peuple élu. » (p. 62) Le gamin enseigne l’hébreu à l’anglais qui, en échange, l’aide à se perfectionner dans la langue de Shakespeare. Mais fréquenter le sergent, est-ce une trahison envers le peuple hébreu et la Résistance ?

Ce récit est-il autobiographique ? Beaucoup de choses le laissent entendre, mais je préfère en rester au niveau fictionnel. Le narrateur raconte un été de son enfance, 45 ans après les faits. Avec tendresse et indulgence envers le gamin qu’il a été, il jette un regard vif sur les grands idéaux qu’il professait et explore certaines hontes jamais oubliées, comme sa passion juvénile pour la grande sœur d’un de ses copains. Il se rappelle la peur qui avait étreint sa maison quand son père avait caché un énigmatique paquet dans la bibliothèque, pour le compte de la Résistance. Enfin, il souligne le tragique destin du peuple juif, brûlé par Hitler et longtemps empêché d’avoir une terre. « Tel est notre destin : les prétextes changent, mais la haine subsiste. Quelle est la conclusion ? » (p. 39)

J’ai récemment découvert Amos Oz avec Scènes de vie villageoise et je me suis promis de lire toute son œuvre. Avec ce texte court, tendre et émouvant, je me réjouis de cette promesse qui me fait rencontrer un auteur majeur et sensible.

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Paris est une fête

Texte d’Ernest Hemingway.

Le jeune Hemingway raconte ses années à Paris, après la Première Guerre mondiale, avec son épouse, Hadley. Le couple vit dans des petits appartements minables et court souvent après l’argent, surtout depuis qu’Hemingway a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer uniquement à l’écriture. « Pauvres de nous, dit Hadley, dont toute la fortune tient dans un encrier. » (p. 120) Mais Hemingway n’a pas peur : confiant en son talent et optimiste de nature, il voit plus loin que la faim du jour et les périodes maigres. « Le travail guérissait presque tout. C’est ce que je croyais alors, et je le crois toujours. Je pensais que […] je devais me guérir de ma jeunesse et de mon amour de ma femme. » (p. 20) Dans le Paris d’après-guerre, il rencontre des personnes emblématiques : Gertrude Stein, Ezra Pound, Francis Scott Fitzgerald et son épouse Zelda. Il fréquente la librairie-bibliothèque de Sylvia Beach, Shakespeare and Company, et découvre les grands auteurs européens.

Roman ou chronique ? L’auteur répond en préambule : « Si le lecteur le souhaite, ce livre peut être tenu pour une œuvre d’imagination. Mais il est toujours possible qu’une œuvre d’imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait. » (p. 6) Chacun conclut ce qu’il veut. Le plus important est de profiter de ce très beau texte qui rend hommage à la capitale française et à un certain art de vivre perdu, mais jamais oublié. « Paris est une très vieille ville et nous étions jeunes et rien n’y était simple, ni même la pauvreté, ni la richesse soudaine, ni le clair de lune, ni le bien, ni le mal, ni le souffle d’un être endormi à vos côtés dans le clair de lune. » (p. 43)

Quel plaisir de suivre les déambulations parisiennes du narrateur, mais surtout de reconnaître et de situer les lieux évoqués. L’avantage de fréquenter Paris depuis un certain temps ! L’île Saint-Louis, la Closerie des Lilas, La Tour d’Argent, les bouquinistes des quais de Seine, tout cela compose la carte d’un Paris Mythique immortalisé à jamais sous la plume de l’auteur. « Paris valait toujours la peine et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. » (p. 144)

Pour en savoir un peu plus sur Hadley, la jeune épouse de l’auteur, je vous conseille Madame Hemingway de Paula McLain, roman qui répond très justement à Paris est une fête, du point de vue de la femme mariée.

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Billevesée #271

Je tombe souvent sur des mots bizarres dans mes lectures. Et je suis sympa, j’aime partager.

Une vénus flexueuse, quoi qu’est-ce ?

C’est une femme qui se laisse facilement séduire. L’étymologie de « flexueux » renvoie à ce qui laisse fléchir.

À placer dans le prochain repas de famille un peu chiant long.

Alors, billevesée ?

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Borderline

Roman de Marie-Sissi Labrèche

« Je suis si jeune pour être triste. Trop jeune. Vingt-six ans. Mais c’est comme si j’en avais cent tellement ma vie est lourde à traîner. » (p. 151) Sissi est une jeune femme atrocement seule. Solitaire. Isolée. Abandonnée. Elle a grandi entre une mère folle et suicidaire et une grand-mère autoritaire et assez peu bienveillante. Son manque d’amour est insondable, alors elle se donne à tout va. « Mais par-dessus tout, ce dont j’ai le plus peur, c’est de ne pas être aimée. Alors j’ouvre mes jambes afin de voir le ciel ou mon petit bout de paradis. […] Je m’aime si peu, alors que m’importe d’ouvrir les jambes pour tous ceux qui semblent m’aimer un peu. » (p. 12) Sissi aime dominer les hommes, prendre le pouvoir à défaut de l’amour. Gare aux hommes – et aux femmes – à qui elle se donne ! « Je suis une castratrice. Une cantatrice de la castration. Je fais un chant de mon corps pour mieux leur couper les bijoux de famille avec mes dents acérées. » (p. 50) Mais derrière cette façade de force et de cruauté se cache une petite fille pleine de peurs qui sont devenues des fantasmes déviants. Sissi attire autant qu’elle effraie. Personne ne peut la sauver et tant pis pour ceux qui s’y risquent. Sissi est borderline. « Je suis une fille de cirque sur un fil d’argent, sans filet, sur le bord de tomber. Les limites sont trop floues, je l’ai déjà dit. Je suis borderline. » (p. 85) Ça n’empêche pas cette belle blonde complètement paumée d’appeler à l’aide, sirène sans promesse, rejetée sur la grève de sa propre existence. « La bouche grande ouverte, j’alerte la terre entière de ma présence. Heille ! Vous autres, je suis là ! Occupez-vous de moi ! Occupez-vous de moi avant que je fasse un malheur. » (p. 117)

J’aurais manifestement dû lire ce roman – premier de l’auteure – avant de lire La brèche. Il permet de comprendre le personnage développé dans ce dernier. Tant pis, tout lecteur a le droit d’être bordélique, borderline. On lit bien ce qu’on veut quand on veut ! Dans Borderline, j’ai retrouvé la même logorrhée, ce même débit infernal : pour ne pas s’entendre, ne pas penser, moins souffrir et moins manquer, Sissi parle encore et encore. Même son silence est tonitruant. Un film a été tiré des deux premiers romans de Marie-Sissi Labrèche, sous le titre de Borderline et produit par Lyne Charlebois. Je vais essayer de mettre les yeux dessus pour renouer avec l’univers si puissant de l’auteure.

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La porte

Roman de Magda Szabo.

La narratrice était une jeune femme quand Emerence est entrée à son service. La femme de ménage, elle, était déjà une vieille bien connue dans le quartier, la tête toujours couverte d’un foulard. Emerence est une travailleuse infatigable qui s’occupe de plusieurs maisons, d’un immeuble et de tous ceux qui ont besoin de son aide. Son inépuisable générosité n’a d’égale que sa solitude, sa rudesse et sa volonté farouche de ne laisser personne entrer chez elle. La porte de son logis est toujours close et personne ne sait ce qu’elle dissimule. La relation d’Emerence avec la narratrice est complexe. « Moi, je n’étais ni madame ni rien, et cela dura tant qu’elle ne put m’assigner de place dans sa vie, tant qu’elle ne découvrit pas ce que j’étais pour elle et comment elle devait m’appeler. » (p. 18) D’abord prudente et méfiante, la domestique nourrit finalement une profonde affection pour la jeune femme. Pourtant, tout oppose la jeune auteure, intellectuelle qui aime les mots et les idées, et la vieille domestique dont la vie intérieure vaut tous les romans. « Emerence était capable de m’inspirer les plus nobles sentiments comme les pires grossièretés, l’idée que je l’aimais me mettait parfois dans un état de fureur qui me prenait au dépourvu. » (p. 187)

Avec ce récit aux allures de confession, la narratrice se blâme d’avoir causé la mort d’Emerence après avoir forcé sa porte. Le passé de la vieille femme est plein de morts et son logis est un mystère fascinant : que dissimule Emerence dans son appartement ? Une fortune ? Des biens volés pendant la guerre ? Ou un trésor plus grand encore ? Ce personnage est de ceux qui marquent pour longtemps : cette vieille domestique aux mains déformée, aux cheveux toujours couverts, n’est jamais en repos, toujours affairée et pleine de mépris pour les intellectuels qui ne font rien de leurs mains. « Je ne lave pas le linge sale de n’importe qui, dit Emerence. » (p. 14) Pour autant, elle s’attache à la narratrice avec la même affection irraisonnée que lui témoigne Viola, le chien recueilli dans la neige.

La porte est un grand roman hongrois qui m’a donné envie de découvrir Budapest, mais aussi de lire d’autres textes de Madga Szabo. J’ai vu qu’un film a été tiré de ce roman : je suis curieuse de voir comment le mystère a été rendu en images.

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Une femme d’imagination et autres contes

Recueil de nouvelles de Thomas Hardy.

Une jeune fille plus ou moins abandonnée par son fiancé s’éprend d’un jeune lieutenant. Une veuve infirme voudrait se remarier, mais se heurte au refus de son fils. Une jeune femme ne sait pas résister aux mélodies jouées par un violoniste sans scrupule. « Les accents suppliants qu’il tirait de son instrument formaient comme un langage capable de déchirer de douleur le cœur d’un montant de porte. » (p. 54) Une épouse s’éprend d’un poète qu’elle n’a jamais vu et fait de naître de cruels soupçons chez son époux. « Elle paraissait destinée à ne pas rencontrer l’homme auquel elle était désormais toute entière attachée et dont elle admirait désespérément le talent rival. » (p. 90)

Il serait vain de vouloir résumer ces histoires : mieux vaut en retenir l’esprit général. Ces quatre nouvelles – ou contes comme l’indique le titre – présentent des personnages aux vies mornes. Les portraits sont d’autant plus poignants que les destins sont tristes. Compassion ou pitié, difficile de faire la différence. Outre les protagonistes éprouvés par l’existence, la société ou la malchance, il y a des personnages secondaires qui sont autant de victimes collatérales sous la plume d’un auteur qui ne cache pas son désespoir.

De Thomas Hardy, je préfère grandement les romans. Je garde un souvenir précieux et précis de Tess d’Urberville, de Loin de la foule déchaînée et de Jude l’obscur, mais ces courtes histoires sont une belle expression du talent infini de ce grand auteur anglais.

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Billevesée #270

Le gentilé est le nom donné aux habitants d’un lieu. Par exemple, les Parisiens habitent Paris (facile), les Malgaches habitent Madagascar (plus dur), les Bellecombaises habitent Bellecombe (hihihi) et les Séquano-Dionysiens habitent la Seine-Saint-Denis (à vos souhaits).

Ce mot vient du latin « gentile », neutre de « gentilis », dont le sens est « qui appartient à une nation ».

Un rapport avec les gentils tels que les définissent les Juifs ? Eh ben oui, même étymologie ! Pour les Juifs, tous les autres peuples non hébraïques sont étrangers. Un gentil est un non-juif.

Alors, billevesée ?

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Le baron Miaou

Roman de Nico Bally.

Dans ce roman, vous trouverez :

  • Une jeune fille timide qui se cache sous des masques,
  • Un chat alchimiste immortel, « Le médecin chalchimiste aux multiples talents. » (p. 2)
  • Une enfant frappée par une maladie lunaire,
  • Un dresseur de feux follets,
  • Un incendie qui ravage toute une ville,
  • Des parents indignes,
  • Une roulotte laboratoire qui semble plus grande à l’intérieur,
  • Un voyage jusqu’en Italie et même sur la Lune,
  • Une île secrète et un labyrinthe,
  • Un ermite dans une grotte,
  • Une épée extraordinaire,
  • Des guerres légendaires,
  • Un lapin vert.

Et j’en passe ! Fantasque, poétique, original, sucré comme un bonbon, piquant comme un autre bonbon, ce roman est un vrai plaisir ! D’un abord un peu fier, le baron Miaou se laisse aimer et on voudrait bien l’avoir sous la main, ce matou, pour lui faire quelques gratouilles. « Nous avons devant nous un gros chat habillé comme un gentilhomme, et ça ne nous est pas venu à l’esprit de le papouiller ? » (p. 18) Ce texte parle d’aventures, d’amitié, de loyauté et de courage. Face à l’adversité, on ne compte jamais mieux que sur ses amis, même si l’on pense qu’il faudrait les protéger au lieu de les exposer. En quelque sorte, on a toujours besoin d’un plus petit/fragile/timide que soi ! « J’avais été idiot de penser que ce voyage serait trop dangereux pour vous. Au contraire, c’est sans vous qu’il aurait été dangereux. » (p. 215)

Les citations en exergue de chaque chapitre témoignent d’une culture éclectique, hétéroclite, foisonnante et chamarrée comme certains masques vénitiens. Parlons-en, des masques ! « Ce sont des œuvres d’art, d’ornementation, des objets de cérémonie ou de transformation. » (p. 5) La jeune héroïne le sait fort bien : un masque cache autant qu’il révèle celui qui le porte. S’il modifie les traits, il dévoile l’âme. Masqué qui masquera bien le dernier ! Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on cache, mais ce qu’on laisse voir à ceux qui nous sont proches. Et surtout, ne jamais juger sur l’apparence ! « Moi qui porte justement des masques pour ne pas être jugée à ma tête, je regarderais les autres avec trop d’insistance ? » (p. 105)

Le baron Miaou est un excellent roman pour la jeunesse qui s’étend, c’est bien connu, de 7 à 77 ans, et au-delà ! Un grand bravo pour les dernières pages qui donnent des informations insolites, donc indispensables. Sachez qu’il y a un lapin de jade sur la Lune, eh oui ! Mon conseil : faites découvrir ce joli texte à votre entourage. Ça rendra votre poil soyeux et vos moustaches brillantes. « C’est impossible, mais on va quand même le faire. » (p. 139)

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Le roi Arthur et ses preux chevaliers

Texte de John Steinbeck.

Retiré à la naissance à ses parents, Uther et Igraine, Arthur grandit dans la maison de Sire Hector qu’il croit être son père. Quand il retire l’épée du rocher, le royaume de Bretagne ne peut que reconnaître sa légitimité. Mais le roi Lot et les onze barons du Nord refusent de le considérer comme leur souverain. S’ouvrent alors des années de guerre. Aidé par Merlin dont les déguisements et les tours sont innombrables, Arthur fait valoir ses droits sur son royaume. « Les premières années du règne d’Arthur furent consacrées à restaurer son royaume par la loi, l’ordre et la force des armes. » (p. 45)

Bon, j’arrête là, tout le monde connaît l’histoire d’Arthur et il y a autant de variations du cycle arthurien qu’il y a d’auteurs. On retrouve Guinevere, la Dame du Lac, Morgane la fée, le valeureux Lancelot et tous les autres. Les hommes se percent souvent le cœur à coup d’épée, les demoiselles sont belles et/ou manipulatrices, les malédictions sont nombreuses et le fatum pèse lourdement sur les individus. « Quel nom à mon péché ? […] / La malchance, répondit merlin. Certains l’appellent le destin. » (p. 53) De quête en serment, les preux chevaliers traversent le royaume et vivent des aventures extraordinaires. Les perfides s’opposent aux fidèles et les traîtres sont défaits par les justes. « Pour parvenir à ses fins, le roi avait attaché à sa personne et réuni à sa cour les meilleurs chevaliers ainsi que les plus hardis guerriers du monde. » (p. 196)

Pourquoi John Steinbeck a-t-il écrit cela ? Mystère ! En tout cas, ça change des plaines poussiéreuses de la Californie ! Et j’en profite pour vous conseiller Tortilla Flat ou Des souris et des hommes, mais surtout À l’est d’Éden !

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Un paquebot dans les arbres

Roman de Valentine Goby.

Dans la famille Blanc, Paulot est le point de mire de tous les regards. Celui de sa femme, Odile, qui partage son homme avec tout le village. Celui de sa fille, Mathilde, qui voudrait que son père l’aime aussi fort qu’il aime Anne, son aînée. Celui de Jacques, le fils tant attendu. Dans son bar à La Roche-Guyon, Le Balto, Paulot est le roi. Il fait bon vivre chez les Blanc et on n’économise pas. La vie est belle et généreuse, sans pingrerie. Quand la tuberculose frappe Paulot, puis Odile, tout ce bonheur s’effondre. Finie la belle amitié dans le village : la tuberculose, c’est la peur, le rejet, la honte. Les parents sont admis au sanatorium d’Aincourt et Mathilde et Jacques envoyés dans des familles d’accueil. « Depuis 1952, la chute est lente et continue, toute joie infectée de mélancolie. Mathilde a beau lutter contre l’image récurrente, tenter d’y substituer des visions de secours, une danse avec jacques, un sourire de Paulot, l’existence lui semble une pièce aux fenêtres murées. » (p. 80) Si Paulot et Odile sont à peu près pris en charge par l’institution, Mathilde refuse la tyrannie des assistantes sociales et se fait émanciper. Cette gamine veut à tout prix préserver la famille. Tous les dimanches, elle va au sanatorium et fait le lien entre ses parents et son petit frère. Étrangement, c’est éclatée que la famille semble la plus soudée et que chaque membre semble enfin se préoccuper des autres, même si Odile fait toujours passer Paulot avant tout le reste. « Ils font l’amour en cachette. Et ils ne mangent que si Mathilde est là. Odile et Paulot sont des enfants. Ça l’attendrit. Ça l’horrifie. » (p. 174) Seule dans la grande maison familiale mise sous scellés, Mathilde a faim et froid, mais elle ne mendie pas. Les regards des voisins se détournent, mais elle reste fière : elle est indépendante et elle est l’âme de cette famille, quitte à s’épuiser dans cette mission qu’elle s’est donnée. « À ceux qui lui diront, plus tard, quand tout sera fini, tu aurais dû demander, petite, elle rétorquera : vous auriez dû voir. » (p. 152) En France, dans les années 1960, on mourrait encore de la tuberculose parce qu’on ne faisait pas confiance aux antibiotiques ou qu’on n’avait pas les moyens de se soigner. « C’est gratuit de savoir que tu es malade, mais pas gratuit de se soigner. » (p. 97) La Sécurité sociale, grande promesse du Conseil de la résistance, ce n’est pas pour les indépendants, les petits commerçants.

Il faut l’avouer, je n’avais aucune envie de lire ce roman. Les avis dithyrambiques sur les blogs et ailleurs n’aidaient pas. Je me méfie toujours quand on crie au génie et qu’on affiche partout que tel livre est un succès de librairie. Snob, moi ? Prudente, plutôt. Mais il serait trop bête que je ne me fasse pas mon propre avis. Et Actes Sud est un éditeur de qualité qui m’a rarement déçue. À la fin de ma lecture, je ne crie pas au chef-d’œuvre, mais je reconnais que c’est un beau roman, avec des passages qui fendent le cœur et quelques très belles phrases.

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Billevesée #269

Pour ceux qui ne le savent pas, je rappelle que je suis un peu fan-gaga-mordue-addict aux lapins. PARCE QUE C’EST MIGNON, VOILÀ !

Je m’intéresse à la bestiole sous tous ses aspects et j’aime les expressions. Ça tombe bien, il y a en une qui me permet de parler de l’animal.

Poser un lapin, mais de quoi ça s’agit ??? C’est dimanche, j’ai la flemme. Je laisse causer le wiktionnaire.

L’origine de l’utilisation du mot lapin remonte à l’Antiquité, cet animal étant symbole de fécondité. Son absence signifie donc la pauvreté. À la fin du XIXe siècle, poser un lapin signifie « ne pas rétribuer les faveurs d’une fille », ou plus généralement partir sans payer. Le sens a petit à petit dérivé vers celui de « abandonner un rendez-vous sans avertir la personne avec qui le rendez-vous a été fixé. »

Alors, billevesée ?

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La brèche

Roman de Marie-Sissi Labrèche.

La narratrice a 26 ans. Elle est folle amoureuse de son professeur de littérature, Tchéky K. Il est marié, il a des enfants, un gros ventre, une vie tranquille. Mais il succombe à cette jeune étudiante de 30 ans sa cadette. « Professionnellement, il est mon prof de littérature, physiquement, il est mon amant, symboliquement, il est mon père. » (p. 24) Elle le veut tout entier et ne peut pas l’avoir. Elle crache sa rage, sa colère vibrante et sa logorrhée est autant amoureuse qu’haineuse. « Cette histoire est trop grosse pour moi, c’est une histoire au-dessus de mes moyens, alors pour m’aider, pour me fortifier, me rassurer, j’écris l’histoire de ma relation avec mon prof de littérature. » (p. 22) La jeune femme veut à être à quelqu’un et posséder quelqu’un, se sentir exister et compter pour quelqu’un. « Je ne suis pas capable d’oublier de m’asseoir perpétuellement sur mes manques en espérant qu’ils s’étoufferont. » (p. 68) Une boule d’angoisse dans le ventre, la jeune femme surnage tant que bien que mal et ses cris de douleur se confondent avec ses cris d’amour. « Je suis si fatiguée que ma vie ait l’air d’un film de cul avec du sexe triste. » (p. 56)

Énorme claque ! Je découvre une voix et une plume étonnantes, vibrantes, hurlantes. Le roman est court, fulgurant. Il est parsemé de chansons qui collent à l’atmosphère, qui sont répétitives et lancinantes. Sans aucun doute, je vais continuer à lire Marie-Sissi Labrèche !

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Les Buddenbrook : Le déclin d’une famille

Roman de Thomas Mann.

Quatrième de couverture : Les Buddenbrook, premier roman de Thomas Mann, devenu l’un des classiques de la littérature allemande, retrace l’effondrement progressif d’une grande famille de la Hanse au XIXe siècle, de Johann, le solide fondateur de la dynastie, à Hanno, le frêle musicien qui s’éteint, quarante ans plus tard, dans un pavillon de la banlieue de Lübeck. Le style, tout en nuances, où l’émotion se teinte de connivence et d’ironie, d’affinités et de détachement, traduit parfaitement la relation que l’auteur entretient avec la réalité et accentue subtilement la transcription du lent processus de décadence. Les Buddenbrook ou le grand livre de la dégénérescence.

Je voudrais vous y voir, vous, à résumer ce pavé mieux que ne le fait la quatrième de couverture. Chez les Buddenbrook, grande famille de négociants, on se marie, on se reproduit, on fait des affaires, on perd de l’argent, on en regagne un peu, on divorce et on voit la gloire familiale s’éteindre en quatre générations. La grande affaire est de faire prospérer la fortune pour établir les fils et doter les filles, sans léser personne. Hélas, même si le gâteau est gros, il n’en reste pas beaucoup quand tout le monde demande sa part, voire se ressert. Dans le grand livre qui se transmet de père en fils se déroule l’histoire quotidienne de la famille, avec les grands événements et les revers. La revue journalière prend alors des airs de légende pour celui qui la lit des années après son écriture. « Tout cela serait lu par les membres futurs de la famille avec la même piété qu’elle éprouvait à suivre maintenant les événements passés. » (p. 169) Pas de destin individuel chez les Buddenbrook, pas plus que de personnage principal dans ce roman. Chaque protagoniste s’articule aux autres et forme une chaîne « C’est précisément en tant qu’anneau de cette chaîne qu’elle avait aussi cette haute mission, si lourde de responsabilité, de collaborer par l’action et la volonté à l’histoire de sa famille. » (p. 169) Mais de la chaîne au monstre, il n’y a qu’un pas. L’entité Buddenbrook est une hydre aux multiples visages, et certains membres sont affaiblis ou malades.

Face à cette dynastie qui dégénère jusqu’à l’extinction, on pense forcément à Zola et à son naturalisme atavique. C’est avec grand plaisir que j’ai suivi le déclin des Buddenbrook et retrouvé la plume cynique et très réaliste de Thomas Mann. Plusieurs miniséries et téléfilms ont été tirés de ce premier roman de Thomas Mann. Je pars à leur recherche pour retrouver encore un peu cette impressionnante famille. Je vous conseille La mort à Venise de cet auteur.

Je vous laisse avec quelques morceaux choisis.

« Un homme n’est pas forcément stupide parce qu’il pleure sur votre indifférence à son égard. » (p. 153)

« Quelque chose de nouveau, d’étranger, d’extraordinaire paraissait s’est installé ici, un secret que chacun lisait dans les yeux d’autrui : la pensée de la mort s’était introduite et planait, muette dans les vastes pièces. » (p. 67)

« Elle se sentait dominée par la destinée de sa famille. » (p. 114)

« La faillite… C’était plus horrible que la mort, c’était le scandale, l’écroulement, la ruine, l’opprobre, la honte, le désespoir et la misère… » (p. 225)

« N’y a-t-il de honte et de scandale dans la vie que lorsque les choses s’ébruitent et se colportent ? Ah ! non ! Le scandale secret qui vous ronge et dévore en silence l’estime que l’on a de soi-même est un scandale bien pire. » (p. 391)

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Le carnet magique de Norbert Dragonneau

Album collectif.

Dans son carnet qui ne le quitte jamais, le magizoologiste Norbert Dragonneau note toutes les informations importantes concernant les créatures magiques qu’il sauve et dont il s’occupe. Dans ce carnet-ci, vous n’êtes pas au bout de vos surprises ! Plans à déployer, étiquette à retourner, papiers à déplier, cartes à sortir de leur pochette ne sont que quelques-unes des merveilles de cet ouvrage ! Ce livre-jeu, entre carte au trésor et album de tournage, est comme la valise de Norbert : tout est plus grand à l’intérieur et les cachettes sont nombreuses. « À créatures extraordinaires, hébergement exceptionnel. Norbert garde ses bêtes dans sa valise magique, laquelle offre à chaque créature toute la place dont elle a besoin, mais également son habitat d’origine. » (p. 42)

Oui, je sais, mes photos sont floues… Je n’ai pas trouvé la formule magique pour réparer ça.

Agrémenté de nombreux dessins préparatoires, de photos de tournage et d’anecdotes qui sont appelés « faits fantastiques », cet album montre que la magie est double. Elle est présente dans cette fabuleuse histoire de sorciers et de créatures fantastiques, mais aussi grâce à la caméra et aux effets spéciaux. C’est la magie du septième art ! « Le film se déroule à New York, mais le tournage a eu lieu principalement en Angleterre, où des décors avec les gratte-ciels et les rues de la ville ont été créés en studio. » (p. 20)

Coucou Niffleur ! Repose doucement cette montre à gousset. Et pas touche aux baguettes !

Ce beau livre à la superbe couverture nous fait retrouver les attachants personnages de ce film extraordinaire. « Comme souvent dans l’œuvre de J. K. Rowling, l’histoire centrale des Animaux fantastiques repose sur une équipe de compagnons improbables qui traversent de rudes et sombres épreuves et deviennent de fidèles amis. » (p. 13) Allez, avouez, vous avez envie de le voir/revoir ! Pas grave, le carnet vous est ouvert, vous avez de la chance !

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Billevesée #268

Un peu d’autopromo ou de promo pour les copains…

Depuis 2011, je fais partie de l’équipe VendrediLecture. Depuis 2013, je suis secrétaire de l’association.

VendrediLecture, quoi qu’est-ce ?

C’est un IMMENSE PROJET POUR DOMINER LE MONDE !

Tous les vendredis, les internautes sont invités à partager leur lecture du jour sur les réseaux sociaux : Twitter, Facebook, Instagram, Google +.

Plaisir du partage, plaisir de la rencontre.

Vous en serez vendredi prochain ?

Alors, billevesée ?

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Le monde des sorciers de J.K. Rowling – La magie du cinéma / Volume 1 : Héros extraordinaires et lieux fantastiques

Album de Jody Revenson.

Cet ouvrage porte très bien son titre. De photos en dessins, de croquis entre informations, on en apprend un peu plus sur le tournage des films adaptés des œuvres de J.K. Rowling : Harry Potter et Les animaux fantastiques révèlent leurs secrets. Ce livre offre de nombreux trésors à découvrir ! Il y a plusieurs planches d’autocollants, des cachettes à ouvrir, des roues à tourner, des feuillets à déplier, etc. Vous n’en avez pas assez avec les informations sur les costumes, le travail des acteurs, le maquillage et les décors ? Un extrait, peut-être, pour vous allécher. Vous avez en tête la salle de classe du professeur Rogue ? Voilà une info qui va ravir les amoureux du détail ! « Pour Harry Potter à l’école des sorciers, cinq cents flacons ont été créés et étiquetés par les graphistes du film. Quand Harry Potter et le prince de sang-mêlé a été tourné, il y en avait plus d’un millier. » (p. 58)

Vous aussi, vous avez ouvert de grands yeux devant les scènes tournées dans le Chemin de Traverse ? Vous aussi, vous aimeriez chiner dans les boutiques et examiner tous les objets ? Remerciez les décorateurs ! « Pour remplir les boutiques du Chemin de Traverse, Stephenie McMillan et ses décorateurs ont écumé les magasins d’antiquités, les salles de vente et les marchés aux puces, en ville et à la campagne, sans jamais révéler pourquoi il leur fallait tous ces pots, ces livres, ces cages à oiseaux. Une accessoiriste achetant un grand nombre de balais a expliqué à un vendeur qu’elle avait beaucoup de ménage à faire ! » (p. 43)

Une belle planche d’autocollants et, sous mon gros doigt, le couvercle de la valise de Jakob Kowalski qui se soulève !

En parcourant les pages de ce très bel album, on se dit finalement que ce n’est pas sorcier : si ces films sont si réussis, c’est grâce à la magie du cinéma. Moldus et Non-Maj’ n’ont pas besoin de baguette magique quand ils ont une caméra ! « Le monde magique est ancré dans le monde moldu, il a sa source dans notre réalité. » (p. 22)

Entrez dans la maison des Weasley et retrouvez les personnages que vous avez aimé ou aimé détester !

C’est avec plaisir que j’ai replongé dans cet univers dont je ne me lasse pas, sans être pour autant une fan acharnée. Bon, c’est vrai, j’ai lu tous les livres d’une traite en dix jours. C’est vrai, je regarde souvent les films. C’est vrai, je me suis jetée sur Harry Potter et l’enfant maudit quand il est sorti. C’est vrai, je n’aurais manqué pour rien au monde le film Les animaux fantastiques. C’est vrai, j’ai assisté avec ma petite sœur et un plaisir non dissimulé à la projection en cinéconcert de Harry Potter à l’école des sorciers, en décembre 2016 à la salle Pleyel. C’est vrai, je prévois déjà d’assister à la projection en cinéconcert du deuxième film. C’est vrai, je fredonne le thème des films sous ma douche. Pas une fan acharnée ? Hum… définition à revoir !

Un zeugma se balade dans cet article, l’as-tu vu ? (J’essaie de cacher des trucs à trouver dans ma chronique, mais ça a moins de classe que les surprises de cet album…)

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L’excellence de nos aînés

Roman d’Ivy Compton-Burnett.

La famille Donne s’installe dans une nouvelle maison, moins onéreuse que la précédente. « J’aime cette façon qu’on avait autrefois de ne jamais parler d’argent ; il valait beaucoup mieux ne pas savoir qu’on en manquait. Les gens ne le savaient réellement pas, et du jour au lendemain, ils se retrouvaient au bord de la ruine. J’y vois une marque de grandeur. » (p. 60) Anna, la fille aînée, gère le déménagement et l’attribution des chambres. Ses frères Bernard, Reuben et Esmond n’ont qu’à se plier à son autorité un brin tyrannique. Quant au père de famille, Benjamin Donne, il laisse à sa fille le soin de conduire le ménage. Les domestiques sont un peu secoués par la perte de quelques bagages et le changement, mais tout le monde est décidé à se satisfaire de la nouveauté. L’animosité entre les membres de la famille est palpable et personne ne fait vraiment d’effort pour la cacher. « Les signes d’antipathie qu’il décelait chez ses fils l’exaspéraient et le poussaient à leur donner d’autres motifs d’en éprouver. » (p. 37)

La famille Donne est cousine avec la famille Calderon. Les retrouvailles s’effectuent entre curiosité et impatience. Benjamin est le frère de Jessica Calderon, mariée à Thomas et mère de Julius, Terence, Tullia et Theodora. Entre Benjamin et ses sœurs Jessica et Sukey, l’entente est telle qu’elle semble exclure tous les autres. « Le frère et les sœurs sont si étroitement liés que même leurs enfants semblent à part. Ils ont dû pouvoir se reproduire, comme ces formes de vie primitives, au moyen de segments qui se briseraient d’eux-mêmes. » (p. 65) Sukey, la tante malade, ne sait que répéter que son heure est proche, à tel point qu’on ne l’écoute plus vraiment et que la surprise est grande quand elle disparaît. L’attribution de sa fortune soulève les rancœurs et les manigances se multiplient. Mariages entre cousins, en dépit des différences d’âge, ou avec des étranges, sans tenir compte des différences de classe pourtant tant décriées, deviennent urgents. le tout dans une ambiance follement cynique et désabusée. Les protagonistes sont finalement bien loin de l’excellence des aînés qu’ils se glorifiaient d’atteindre. « Je ne me soucie jamais de l’opinion que se font de moi les gens avec qui je suis […]. C’est peut-être que je pense qu’il leur revient de se préoccuper de celle que je me fais d’eux. » (p. 44)

Au sortir de cette lecture, je ne sais pas encore si j’ai adoré ou si j’ai détesté. Mon cœur balance entre le plaisir de ressentir l’ironie acide qui entoure les dialogues et l’ennui devant des discussions interminables et sans sujet. Un chapitre entier sur une superstition, non, vraiment, c’est trop long ! Mais quel délice d’écouter ces êtres orgueilleux et bavards ! Ça parle sans cesse, ça critique à mots couverts, ça se moque sous de supposées bonnes paroles et ça se plaint tout en se vantant. Si vous en doutez, oui, ces personnages sont détestables et totalement inadaptés à leur époque ! « Vous êtes des gens plus grands que nature, […], et vos problèmes sont à la même échelle. Certes, de moindres gens sont sans doute mieux adaptés à la vie courante. Ils l’abordent avec moins d’intensité et moins de résistance. » (p. 96) Ceux pour lesquels on pourrait éprouver de l’empathie sont faibles, mous et minables. Les personnages font de nombreuses références à la Bible, mais elle est davantage brandie comme un code d’honneur figé et vieillot que comme une feuille de route à appliquer au quotidien.

La quatrième de couverture compare l’œuvre d’Ivy Compton-Burnett à celle de Jane Austen. Il ne faut jamais croire les quatrièmes de couverture : la première est bien plus acide que la seconde, qui laissait à ses personnages la possibilité de s’amender. Chez Ivy Compton-Burnett, on meurt comme on a vécu, dans l’aigreur et la jalousie. C’est là que j’hésite dans mon appréciation : ai-je adoré ou détesté ce point de vue cynique sur le monde ? Je n’ai pas encore tranché.

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Le chercheur

Texte de Lars Muhl. À paraître le 15 mars.

Premier tome de la trilogie O’Manuscrit.

Lars Muhl était chanteur. Il a quitté le show-business après en avoir profondément éprouvé la vanité. « Que n’avais-je pas compris pour avoir, à un degré aussi effrayant, perdu mon équilibre intérieur ? » Seul, il s’est essayé au yoga et à la méditation. Il a commencé à apprendre l’araméen pour relire le Nouveau Testament dans la langue de Jésus et atteindre une plus grande signification. Il cherche des réponses, qui sont autant de libérations, aux nombreuses questions auxquelles il a déjà réfléchi, mais pas assez ou pas comme il le fallait. « Chaque vie est un voyage, et la mienne ne faisait pas exception. Mais étais-je parvenu à une impasse ou bien le voyage touchait-il à sa fin ? Du point de vue de ce qui consiste traditionnellement en une vie réussie, la mienne paraissait être à maints égards un échec. » Lars Muhl ne va pas mieux : son malaise est profond et il a besoin d’aide pour trouver la paix. C’est alors qu’il rencontre le Voyant, un sage sur une montagne du sud de la France qui le fait marcher et réfléchir autrement. Chaque ascension physique hausse la conscience de Lars Muhl. D’extases en visions et de méditations en réflexions, l’ancien artiste se libère, se pardonne, s’accepte, se comprend, se retrouve et s’élève.

Le texte se construit autour d’un double récit de voyage. Le premier est celui de Lars vers l’Espagne à travers l’Europe, pour retrouver le Voyant. Le second se déploie en souvenirs pendant que se déroule le premier. Lars se souvient du long chemin sur lequel il s’est engagé, de sa première rencontre avec le Voyant à Montségur et du travail spirituel qu’il a entrepris avec lui. Auprès de cet ermite en connexion avec l’Univers, il découvre le pouvoir de guérir à distance et de se laisser envahir par des forces cosmiques. « Lorsque j’agis hors des univers et que je suis accepté par les énergies, j’obtiens la permission de les ramener sur Terre et de les y utiliser. De les modifier. Et parce que je peux les transformer de façon tangible, parce exemple, en guérissant autrui, elles s’ouvrent pour moi à un niveau personnel. Au terme de toutes mes incarnations, je sais désormais que je suis autorisé à être là. » La fin de ce premier tome n’est certainement pas un achèvement, mais une nouvelle mise en mouvement. Lars avait déjà écrit des livres avant d’entamer son chemin spirituel, mais il en a désormais d’autres à écrire, et bien plus importants. « Vous êtes ici pour mettre les pieds là où personne n’ose se rendre. C’est votre tâche que de voyager à l’intérieur de l’inconnu, de pénétrer le mystère de l’éternité en l’homme, de faire advenir de nouvelles possibilités et d’écrire sur tout cela une fois chez vous. Vous êtes, si vous voulez, une sorte d’explorateur. »

Depuis quelque temps, j’ai l’envie de lire des textes plus spirituels et propices à la méditation. La vie parisienne, le travail, le stress, tout ça, cela demande un peu d’aide pour être surmonté, parfois. Hélas, ce texte n’est pas de ceux qui peuvent m’aider. L’expérience de Lars Muhl est intéressante et très certainement enrichissante, mais je ne suis pas touchée par tout ce qu’il vit. Pour dire les mots, je n’y crois pas. Cependant, je respecte cette spiritualité qui aide à vivre ceux qui la pratiquent.

Quelques extraits pour finir et vous donner envie, ou non, de découvrir ce livre qui a déjà fait sensation en Europe.

« C’était là la source possible d’une terrible souffrance : admettre que je n’étais rien, pis encore, accepter que je ne serai rien – je serai, tout simplement. »

 « L’idée de Dieu est la métaphore d’une conscience supérieure, d’une forme d’énergie supérieure dont tous nous faisons partie. Par conséquent, nous sommes tous des dieux, ou les enfants de Dieu, si vous préférez. Nous sommes créés pour faire évoluer autrui. »

« Aucun de mes talents ne vaut quoi que ce soit parce qu’ils ne me sont pas imputables à moi, en tant que personne. Tout ce qui importe, c’est que nous soyons disponibles, prêts à tout questionner. Il est possible que nous n’aboutissions pas à une conclusion nouvelle, que nous n’ayons pas de réponse nouvelle, mais nous en retirerons une conscience nouvelle. Une conscience bien plus globale. »

« Pour devenir un être spirituel, il faut de l’humour. L’humour est élégant. Il transforme et il ouvre. Le sarcasme, en revanche, pétrifie et ferme. Le sarcasme n’est que le prolongement de la petitesse de l’homme limité. »

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Les animaux fantastiques – Le Niffleur

Album de Ramin Zahed.

Une des bestioles les plus fameuses du film Les animaux fantastiques, c’est le Niffleur : ce petit animal attiré par tout ce qui brille cause bien des dégâts et précipite les aventures de Norbert Dragonneau à New York. Les acteurs du film racontent leur expérience de tournage avec les marionnettes et les effets spéciaux qui figurent les animaux fantastiques. « Pour le public, découvrir l’univers fascinant du film du point de vue de Jacob, un homme ordinaire, est une expérience exaltante. » (p. 13)

Et le grand plus de cet album, c’est évidemment le kit pour construire son Niffleur, en bois non traité. Pas besoin de colle ou de clous, tout est fait pour s’emboîter. Une fois le petit animal monté, ne reste qu’à le personnaliser ! Et voilà, on a son propre petit Niffleur à la maison. Ne pas oublier de le soulever si on ne retrouve plus ses clés, ses boucles d’oreille ou la monnaie pour le pain… Zou, je me lance dans les travaux pratiques !

Et pour ceux qui se demandent à quoi ressemble un Niffleur, voilà ! On a autant envie de le câliner que le secouer pour lui faire rendre tout ce qu’il a chipé et caché dans sa poche magique !

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La nuit de feu

Texte autobiographique d’Éric-Emmanuel Schmitt.

À 28 ans, jeune normalien et professeur de philosophie à l’université, Éric-Emmanuel Schmitt intègre un projet de film sur Charles de Foucauld. Il part à Tamanrasset sur les traces de cet officier converti, grand mystique chrétien. Une nuit, il se perd dans le désert. Seul dans un trou de sable, il n’a pas peur et fait une expérience unique : la rencontre de Dieu.

Les récits de conversion me plaisent toujours quand ils ont été vécus par des écrivains. Joris-Karl Huysmans et son roman de Durtal sont ma référence, mais Éric-Emmanuel Schmitt ne démérite pas. Sa façon de raconter l’évidence de Dieu au désert est bouleversante. Nul besoin d’une retraite de 40 jours : ce qui compte, c’est d’être disponible pour la rencontre. « Depuis un an, je cherchais ma place dans la vie, ma fonction, mon métier. Cette retraite au désert allait me permettre de progresser. » (p. 44) L’auteur ne donne pas une réponse définitive, mais présente sa façon d’habiter le mystère. Son expérience a été solitaire, personnelle, unique et profondément intime.

Je n’ai pas envie d’en dire plus sur le texte qui présente de nombreuses personnes, dont un Touareg d’une belle profondeur. Laissez-vous tenter par ce récit humble et émouvant. Pour vous donner envie, quelques beaux extraits.

« Au désert, on ne se soucie pas du reste puisqu’on occupe le centre du monde. » (p. 12)

 « Dieu n’est présent en moi que sous la forme de sa question. » (p. 75)

« Qui est mon ravisseur ? J’y songe avec tendresse… Ravi… Je suis ravi… Il m’a ravi… » (p. 140)

« Chaque voyageur répond à l’appel évasif du souci qui le ronge. » (p. 175)

« Y retourner… Pourquoi ? Une fois suffit. Une foi aussi. » (p. 184)

« Tous, nous ne sommes frères qu’en ignorance, pas en croyance. Ce ne sera qu’au nom de l’ignorance partagée que nous tolérerons les croyances qui nous séparent. En l’autre, je dois respecter d’abord le même que moi, celui qui voudrait savoir et ne sait pas : puis, au nom du même, je respecterai ensuite ses différences. » (p. 186)

« Je n’ai fait qu’éprouver, je ne prouverai donc pas, je me contente de témoigner. » (p. 197)

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Les animaux fantastiques – Un film magique

Album de Michael Kogge.

On retrouve dans ce petit ouvrage tout le charme du film. Fiche d’identité des personnages, description des lieux et des organisations, mise en contexte historique, tout est là pour revivre les aventures de Norbert Dragonneau, le célèbre magizoologiste anglais fraîchement débarqué à New York. « Il déniche et observe les créatures magiques du monde entier pour mieux informer la communauté des sorciers. Norbert vient en aide à ces animaux, pour certains menacés d’extinction. Il a aménagé des habitats paisibles dans sa valise pour chacun d’entre eux, et il s’en occupe avec un dévouement maternel. » (p. 9) On explore sa fameuse valise en cuir qui est bien plus grande à l’intérieur que ce qu’il paraît. Et on retrouve Jacob Kowalski, cet ouvrier qui voudrait être boulanger et préparer des pâtisseries polonaises. Ce Non-Maj’ ne se laisse pas démonter très longtemps par les merveilles dont il est témoin. Tina et Queenie Goldstein, les deux sœurs sorcières, auront fort à faire pour aider leurs nouveaux amis à retrouver toutes les créatures magiques échappées de la valise de Norbert et empêcher l’Obscurus de détruire la ville.

J’ai passé un excellent moment au cinéma devant le film et c’est un vrai plaisir de retrouver son univers et ses images dans cet album très complet. Agrémenté de nombreuses photos, il donne envie de revoir le film ! Et si ça vous dit, lisez aussi Les animaux fantastiques, l’ouvrage de J. K. Rowling dont est tirée l’œuvre cinématographique.

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Billevesée #267

Je m’en doutais, mais l’étymologie le confirme : le sabbat des sorcières et le sabbat hebdomadaire ont la même origine ! Idem pour le congé sabbatique.

Alors, billevesée ?

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L’école des dinos : Tricé est amoureux

Album de Pierre Gemme (texte) et Jess Pauwels (illustrations). À paraître le 8 février.

Quand il voit Edmonta, Tricé devient tout rouge. Et Para se moque de lui. « N’écoute pas Para, dit Diplo, c’est une chipie. Sois courageux et retournes-y ! » (p. 8) Suivant le bon conseil de son copain, Tricé propose à Edmonta de jouer avec lui. Mais Para fait encore des siennes : elle est vraiment jalouse que sa meilleure amie la délaisse pour passer du temps avec son amoureux. « Para m’a dit que si je continue à jouer avec toi, je ne serai plus sa copine. » (p. 20) Aie, Edmonta doit-elle choisir entre son amie et son chéri ? Pauvre Tricé, ce n’est pas facile d’être amoureux !

Que je les aime, ces dinos rigolos, ronds et colorés ! N’est-il pas adorablement mignon, ce tricératops amoureux ? Partager son cœur et son affection, ça s’apprend. Et souvent, la jalousie n’est qu’une peur de la solitude. « Être heureux, c’est formidable. […] Et le bonheur, ça se partage ! » (p. 26) Archa, Igua, Stéga, Pachy, Vélo, Tyrex, Diplo, et les autres sont les compagnons idéaux des jeunes lecteurs qui appréhendent de nouvelles situations au quotidien.

Le petit lexique sur le rabat de la première de couverture et la fiche finale sur le tricératops sont très bien faits et sont de bons outils d’apprentissage, tout en restant ludiques. J’aime la double notion d’école véhiculée par le titre : il y a celle où évoluent les dinosaures et celle du lecteur qui apprend avec ses personnages favoris. Le troisième volume de cette série mettant en scène des dinosaures à l’école ne me donne qu’une envie : lire une histoire mettant en scène Tyrex, en espérant qu’elle arrive. Mais d’abord, place à Stéga, la petite stégosaure.

Lisez mon avis sur Diplo est un héros.

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Carnets noirs

Roman de Stephen King.

1978. L’écrivain John Rothstein a pris sa retraite et vit reclus dans sa maison du New Hampshire. Le sort qu’il a réservé à son personnage fétiche, Jimmy Gold, n’a pas plu au jeune Morris Bellamy. « T’as créé l’un des plus grands personnages de la littérature américaine, puis tu lui as chié dessus […]. Un homme capable de faire ça mérite pas de vivre. » (p. 16) Morris assassine le vieil auteur et lui dérobe les centaines de carnets manuscrits qu’il a remplis depuis qu’il s’est retiré de la scène littéraire. Il espère y trouver une explication au sort de Jimmy Gold, voire une réhabilitation de son héros. Hélas, le crime ne paye pas et Morris se retrouve à l’ombre pour de nombreuses années sans avoir eu le temps de lire les précieux carnets de Rothstein.

2010. Tom Saubers était dans la foule qui a été fauchée par Mr. Mercedes. Grièvement blessé aux jambes, il ne peut plus survenir aux besoins de sa famille qui s’enfonce de plus en plus dans la précarité. Jusqu’au jour où son fils, Pete, trouve une malle pleine de carnets manuscrits et d’argent. « Les carnets étaient une preuve de crime autant qu’un trésor littéraire. Mais c’était un vieux crime, de l’histoire ancienne. Mieux valait ne pas remuer le passé. Pas vrai ? » (p. 99) Conscient des difficultés de sa famille, le garçon envoie l’argent par petites sommes à ses parents, de manière anonyme, et il se plonge avec délice dans les carnets. Tout se gâte quand, en 2014, Pete envisage de vendre les carnets et que Morris Bellamy sort de prison, bien décidé à lire enfin l’œuvre inachevée de Rothstein.

Et c’est là que nous retrouvons ce vieux Bill Hodges, flic retraité nargué par Mr Mercedes, fou dangereux qu’il a réussi à mettre hors jeu. Hodges va mieux que jamais après sa crise cardiaque et il travaille à son compte en attrapant de vilains bonhommes. Les années ont passé, mais il reste étrangement fasciné par Brady/Mr Mercedes et lui rend régulièrement visite dans la clinique où il végète et où d’étranges événements ne manquent pas de faire naître des rumeurs insensées. Néanmoins, quand il s’agit d’arrêter un autre fou dangereux, Bill Hodges est sur le coup et, avec ses comparses Holly et Jerome, il va sortir Pete du pétrin dans lequel il s’est fourré.

Ce deuxième volet de la trilogie consacrée à Bill Hodges est fichtrement bon ! Le vieux flic n’arrive qu’à la moitié du roman, mais l’auteur en a profité pour installer une bonne ambiance de peur viscérale. La continuité avec Mr Mercedes est élégante et jamais envahissante et quelque chose me dit que le dernier volume, à paraître en mars, va concerner Brady qui n’est pas si amorphe qu’il y paraît. Mention spéciale pour la description de la foire à l’emploi où Brady a lancé la Mercedes volée, décrite du point de vue de Tom Saubers. Évidemment, le triste sort de John Rothstein n’est pas sans rappeler Misery et les déboires d’un auteur aux prises avec une fan exigeante et délirante, mais aussi Histoire de Lisey où un lecteur trop exalté est persuadé que son auteur fétiche est mort en laissant des textes inédits.

Je préfère toutefois le titre original, Finders Keepers, qui aussi le nom de l’agence de Bill Hodges. En gros, celui qui trouve garde et c’est exactement ce qui se passe avec les précieux carnets de Rothstein. Et comme ce bon vieux Stephen King n’est pas qu’un auteur, mais également un lecteur, voici un extrait criant de vérité. « L’une des révélations les plus électrisantes dans une vie de lecteur, c’est de découvrir qu’on est un lecteur – pas seulement capable de lire […], mais amoureux de la lecture. Éperdument. Raide dingue. Le premier livre qui donne cette impression ne s’oublie jamais et chacune de ses pages semble apporter une nouvelle révélation qui brûle et qui enivre. » (p. 122) Après ce roman, j’ai envie de lire les romans de John Rothstein et de rencontrer son héros, Jimmy Gold. Oui, je sais bien que les deux sont des pures inventions du King, mais parfois, au détour d’un extrait ou d’une évocation, je me prenais à rêver d’une trilogie américaine si puissante que des hommes soient capables de tuer pour en connaître la suite. À défaut, j’attends avec impatience le dernier tome de la trilogie et j’ai dans l’idée que Bill Hodges va morfler…

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Mr Mercedes

Roman de Stephen King.

Dans la nuit du 9 au 10 avril 2009, des centaines de personnes font la queue avant l’ouverture d’une grande foire à l’emploi. C’est l’événement qu’a choisi un détraqué pour foncer dans la foule avec une Mercedes volée. Pour Bill Hodges, policier à la retraite, ce dossier non classé est un échec. Aussi, quand Mr Mercedes, surnom donné au conducteur par les journaux, le contacte, il sent reculer ses envies suicidaires et veut tout mettre en œuvre pour coincer le fou furieux qui a fait tant de victimes. « Le psychopathe ne dit sûrement pas la vérité quand il affirme qu’il n’éprouve absolument aucun besoin de recommencer. Mais Hodges est tout à fait certain d’une chose : il a besoin que la presse parle de lui. » (p. 35) Mr Mercedes a déjà poussé au suicide la propriétaire de la voiture qu’il a volée et il voudrait bien faire de même avec Hodges. Mais il a affaire à plus forte partie. Et dans ce jeu du chat et de la souris, la proie n’est pas celle que l’on croit. Titillé à l’excès, Mr Merdeces finira-t-il par craquer ? « La seule chose qui importe, c’est de produire son manifeste […]. Inciser la peau du monde pour y laisser une cicatrice. Ce n’est que ça, après tout, l’Histoire : du tissu cicatriciel. » (p. 412)

Stephen King est un coquin, un filou, un trublion. Oui, j’aime les synonymes et le rythme ternaire. Dans ce roman, il fait référence à ses propres œuvres, Christine ou Ça. Il ne se regarde pas le nombril, loin de là. En fait, son œuvre est tellement inscrite dans la culture populaire qu’elle peut être utilisée au même titre que celle d’un autre auteur. Et le King fait ça avec classe et un recul goguenard absolument délicieux. Autre point fort de ce roman, Bill Hodges ! Ce personnage de vieux flic en retraite est très attachant et fichtrement bien construit. Mr Mercedes propose une enquête bien ficelée où le coupable est connu depuis le début. Reste à savoir combien de victimes il fera d’ici la fin du roman. « Est-ce qu’on peut lui reprocher d’avoir frappé le monde qui a fait de lui ce qu’il est ? » (p. 411) J’ai hâte de lire Carnets noirs pour retrouver Bill Hodges avant la parution en mars du dernier volume de la trilogie consacré à ce personnage. Voilà des lectures simples et efficaces !

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La bête de Jumièges

Bande dessinée de Pascal Patti (scénario), Mor (dessins) et François Fleury (couleurs).

Hiver 12016 : les Anglais ravagent un village français et un jeune garçon assiste au massacre de sa famille. 1224, à Jumièges en Normandie, les beaux jours sont entachés de meurtres terribles : des jeunes filles sont assassinées et leur cadavre sont mis en scène dans la ville. Davian, le jeune garçon rescapé, est devenu un jeune homme fort et charmant qui travaille dans la forge de son oncle. Quand il en a le temps, il étudie la médecine à l’abbaye avec le frère Théodémar. Davian et le moine décident de partir sur les traces du fou sanguinaire responsable des atrocités qui ensanglantent la ville, puis Paris, Tours et Rocamadour. Le meurtrier semble à la fois les devancer et les poursuivre. « Je pense qu’il se joue de nous comme il se jouerait avec des insectes qu’on écrase. » Et il laisse des extraits de l’Apocalypse de Jean sur les cadavres qu’il abandonne derrière lui. Alors que Davian se rapproche de plus en plus du criminel, le passé de Théodémar refait surface. Qui est coupable ? Qui est innocent ? Et qui paiera pour tous ces crimes ?

J’attendais beaucoup de cette bande dessinée sur fond historique à l’époque médiévale. Bon, soyons clair : j’ai détesté ! Le dessin est tout à fait agréable à regarder, l’intrigue est intéressante et plutôt bien menée en dépit d’une conclusion en eau de boudin assez prévisible. Alors bon, qu’est-ce qui coince ? LES DIALOGUES ! Et pour que j’utilise des capitales dans une chronique, il faut que ce soit énorme. Vindiou de vindiou, ce n’est pas possible de faire parler les gens comme ça, en tout cas plus en 2016 (date de parution de la BD) ! Je n’admets pas un seul instant que le petit forgeron du village et tous les autres gugusses s’expriment de manière aussi ampoulée. C’est cliché et vraiment agaçant : au Moyen-Âge, tout le monde parlait vraiment de cette façon ? Mouais… Vous voulez un exemple ? Si vous y tenez… « Ma douce, ma mie, me voilà. / Les heures sont trop lourdes quand je ne suis pas à tes côtés mon amour. Je les compte en maudissant le temps de se faire si cruel à mon égard. / Suis-moi et je te promets de me faire pardonner et de rattraper ce temps furibond qui te semble si long à l’égard de mes étreintes que tu aimes tant. » Je vous avais prévenus !

Cette bande dessinée a pu voir le jour grâce à un financement participatif, moyen de plus en plus en vogue pour produire des projets refusés par les voies traditionnelles. Parfois, si certains projets sont refusés, c’est qu’ils ne sont pas aboutis. Malheureusement, je pense que c’est le cas pour cet ouvrage.

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Billevesée #266

Asseyez-vous un moment, que je vous explique comment je m’y prends avec mes billevesées.

J’ai un joli carnet (avec un lapin dessus) dans lequel je note les sujets dont j’ai envie de traiter. Et je fais ça vite, souvent en style télégraphique, voire en morse et parfois en hiéroglyphes. Ce qui n’aide pas toujours quand il s’agit de se relire.

Dans mon carnet, en face de la date du jour, j’ai écrit « ventre mou ». Et je ne sais plus du tout pourquoi. Probablement pas pour vous parler de mes poignées d’amour…

Mais comme il n’était pas question de vous laisser sans rien ou de bouleverser mon planning en remontant toutes les billevesées d’une semaine, j’ai préféré vous raconter cette histoire ô combien inintéressante.

Alors, billevesée ?

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Le goût du bonheur – Trilogie

Cette trilogie passionnante compte de très nombreux personnages qui sont tous attachants, complexe, vivants et crédibles. Tous connaissent des drames indicibles et des joies bruyantes. Les plus forts prennent soin des plus fragiles qui savent en remontrer aux premiers et leur apprendre la patience, la tolérance et la générosité. Sous la plume de Marie Laberge, le goût du bonheur est toujours un peu acide ou amer, pour n’en être finalement que meilleur.

Avec cette trilogie, j’inscris une nouvelle participation au Défi des 1000 de Fattorius. Les trois tomes comptent respectivement 560, 690 et 724 pages, soit un total de 1174 pages.

Je ne peux que vous conseiller les autres romans de Marie Laberge. J’en ai lus beaucoup avant d’ouvrir ce blog, mais récemment j’ai lu Quelques adieux et je ne peux que vous le recommander.

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Le goût du bonheur – Tome 3 : Florent

Tome 1 : Gabrielle – Tome 2 : Adelaïde

Roman de Marie Laberge.

Kitty la folle a finalement réussi à séparer Adélaïde et Nic et à briser leur famille. Désormais, Adélaïde ne pense qu’à sauver ce qui reste des siens : sa petite Léa et son bébé Thomas. « Il faut garder le passé, mais cesser de le creuser. Il faut laisser les morts où ils sont et ne pas leur demander de revenir. Les morts de peuvent qu’une chose pour les vivants, et c’est leur rappeler de vivre. » (p. 24) Mais le deuil de la jeune femme est long et il n’y a que Florent qui est capable de la sortir de son chagrin. Devenu un créateur très en vue, il est torturé par son homosexualité et ses désirs que la religion et la morale condamnent. Adélaïde l’aide à s’affranchir de ses doutes et de ses peurs, elle-même torturée par un désir puissant. Tout le monde attend d’elle qu’elle se remarie, mais c’est inconcevable : le seul homme de sa vie est Nic et elle ne pourra pas le remplacer, même si elle s’éprend de Paul Picard, un chirurgien qui lui est entièrement dévoué. Et elle ne veut plus entendre parler de religion. « Pourquoi obéirait-elle à des gens qui s’inclinent et se prosternent devant un dieu qui ne protège même pas les bébés ? » (p. 91) À la tête des entreprises de son défunt mari, elle fait prospérer les affaires et en fait profiter ses employés et les défavorisés. Léa grandit et s’attache de plus en plus à Leah, la première fille de Theodore, le premier amour de sa mère. Adélaïde la protège encore et toujours du secret de sa naissance et du traumatisme d’avoir trouvé le cadavre de son père assassiné. « Il y a une règle dans cette famille, on paie pour ses erreurs. » (p. 458) Horrifiée par la névrose meurtrière de Kitty et par le comportement ultra violent de Pierre, le fils de sa sœur Béatrice, Adélaïde craint la folie et les fous, mais parfois elle s’interroge sur son propre comportement. « Était-cela, la folie ? Ne pas trouver sa place et devenir une catastrophe pour s’en faire une ? » (p. 317)

Entre protéger les siens et les laisser vivre leurs erreurs, Adélaïde balance. Elle chérit la famille qu’elle s’est créée, entre liens de sang et liens de cœur, et les fantômes de ceux qu’elle a aimés. Des années 1950 à 1970, on achève de suivre les destins de tous les personnages de la trilogie. Tous ont souffert et ri. Tous ont donné et perdu. Tous ont vécu, tout simplement. J’ai refermé le troisième tome de cette saga avec plaisir et tristesse, heureuse d’avoir suivi l’accomplissement des personnages et navrée de les laisser derrière moi.

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Le goût du bonheur – Tome 2 : Adélaïde

Tome 1 : Gabrielle

Roman de Marie Laberge.

L’histoire reprend juste après la mort tragique de Gabrielle. La famille Miller est sous le choc et Edward est dévasté, d’autant plus qu’Adélaïde lui a annoncé être enceinte de Theodore, son associé juif parti faire la guerre en Europe. « Mon péché est tout ce qui me reste de Theodore, alors vous comprendrez que je ne veux surtout pas le laver. Je veux le garder et en prendre soin. Je suppose donc que j’ai perdu la foi. » (p. 50) Pour la tirer de ce mauvais pas, Nic lui propose de l’épouser, de reconnaître l’enfant et de l’installer à Montréal auprès de lui. Bien que très éprise de Theodore, la jeune Adélaïde ne peut se défendre d’une grande attirance envers Nic qu’elle connaît depuis toujours. « Deux amours peuvent se disputer la priorité d’un cœur, mais l’un ne fait pas la grâce de disparaître devant l’autre pour lui permettre de s’abattre à l’aise. » (p. 458) Comme sa mère, elle aime sans compter et se réjouit que Florent ait quitté le sanatorium après cinq ans d’une longue guérison. Pendant ses années d’enfermement, le jeune homme timide a développé ses talents artistiques. C’est décidé, il sera créateur de mode pour sublimer la beauté des femmes. Richissime et prospère grâce à ses nombreuses entreprises, Nic soutiennent son projet. « On n’est pas obligés de devenir seulement ce que nos parents étaient, on a le droit de les dépasser. Ce n’est pas les humilier ou les trahir, ce serait plutôt… je ne sais pas, les rendre fiers ? » (p. 242) La petite Léa est née et fait le bonheur de ses parents, même si Adélaïde ne cesse de penser à Theodore : reviendra-t-il d’Europe, son bel amant juif ? Quand Nic part à son tour à la guerre, Adélaïde prend soin de son neveu et de sa belle-sœur, Alex et Jeannine. La longue attente causée par la guerre dans toutes les unions autour d’Adélaïde se teinte parfois de désespoir et de terreur, mais la jeune femme refuse de se laisser abattre. Elle reste forte pour sa fille et ses deux grands amours, Theodore et Nic. « C’est déjà assez difficile d’accepter d’être une vivante qui survit et qu’aucun amour ne détruit. » (p. 324) En l’absence de Nic, elle gère les entreprises de son époux et se révèle une femme d’affaires avertie et énergique, peu désireuse d’épargner les égos masculins.

Les autres enfants de Gabrielle ont tracé leur chemin. Avide de reconnaissance, Béatrice n’a aucune pensée pour son époux parti à la guerre et ne rêve que de percer dans le monde de la radio, négligeant son fils Pierre qui est laissé aux bons soins de Reine, la cousine stérile et mal mariée. Fabien s’est engagé dans l’aviation militaire. La jeune Rose s’occupe tant bien que mal de la maison des Miller à Québec, entre un père neurasthénique et un petit frère très effacé. Les années de guerre passent et Adélaïde retrouve son époux. Le bonheur semble enfin à portée de main, mais Kitty, la sœur de Nic, fait son grand retour. Depuis son enfance, Adélaïde hait et craint cette femme capable de causer d’immenses dégâts. Ses inquiétudes n’étaient pas infondées et ce deuxième volume se clôt sur une tragédie indicible. Après un premier tome qui a pris le temps de présenter tous les personnages (et je ne les ai pas tous nommés), le deuxième continue de tracer les destins et les drames. La Seconde Guerre mondiale est vue d’outre-mer, du côté de ceux qui sont restés au pays. Elle n’est pas qu’un écho lointain et a des conséquences sur la vie quotidienne, entre le rationnement et l’effort demandé par le gouvernement. La contribution du Canada est immense : si son sol n’est pas touché par les combats, ses enfants sont sacrifiés sur les plages de France et dans les camps nazis. Des années 1940 à 1950, on assiste également à la poursuite de la libération des femmes avec l’avortement et la contraception devenus plus abordables et moins tabous. Mais la religion pèse toujours lourdement et freine l’indépendance des esprits les plus soumis. Après la conclusion tonitruante du deuxième volume, je ne m’arrête pas. C’est parti pour le dernier tome de la trilogie !

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