Là où le regard ne porte pas – Tome 2

Volume 1

Bande dessinée de Georges Abolin et Olivier Pont.

Istanbul, 1926. Vingt après, William, Pablo et Nino retrouvent Lisa qui est très affaiblie. « Je suis morte… Je suis déjà morte… J’ai déjà connu cette sensation. Plusieurs fois… » (p. 3) La jeune femme les a fait venir pour qu’ils l’aident à retrouver Thomas, son amant, qui est parti au Costa-Rica suivre une impossible quête. Pour Lisa, Thomas est le cinquième membre de leur groupe qu’il est enfin temps de réunir. « Ce genre d’opportunités, cette chance de se retrouver comme ça, alors qu’on s’est perdu de vue, bêtement, ça se présente pas deux fois, tu vois. » (p. 14) Répondant à l’appel de l’amitié, les trois hommes acceptent de suivre Lisa en Amérique du Sud et de s’enfoncer dans la jungle pour retrouver Thomas et, peut-être, percer enfin le mystère qui les unit depuis l’enfance. « Nous nous serions retrouvés, reconnus, aimés, dans d’autres lieux, dans d’autres vies… Nous n’avions plus à nous poser de questions… Nous le savions… » (p. 64)

La bande dessinée alterne entre le périple des quatre amis et des extraits du journal d’Emily Rudeski, jeune femme qui a vécu des dizaines d’années plus tôt et semble avoir connu une expérience similaire à celle que connaissent William, Lisa et les autres. Il est question d’un amour qui transcende les existences, les époques et les continents. « Il est dit qu’on se retrouvera, un jour, ailleurs, où le regard ne porte pas, et qu’on se reconnaîtra. » (p. 96) Ce deuxième tome a définitivement quitté l’innocence et l’insouciance de l’enfance : si l’humour subsiste par endroit, il fait toujours écho à une gravité inéluctable. La fin est terriblement émouvante et mobilise des sentiments très humains. Mais aussi un espoir inexorable. Voilà une magnifique bande dessinée, servie par des illustrations superbes, toujours aussi riches et lumineuses.

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Là où le regard ne porte pas – Tome 1

Bande dessinée de Georges Abolin et Olivier Pont.

En 1906, la famille Bartley quitte Londres pour s’installer à Barellito, petit village de pêcheurs en Italie. Le père a l’espoir de développer la pêche grâce à son bateau à vapeur, mais les villageois sont ouvertement hostiles envers les arrivants. « Faut protéger son territoire ! Faut le défendre des étrangers ! On a rien de bon à attendre d’eux ! » (p. 60 ) Mais pour William Bartley, un gamin d’une dizaine d’années, tout n’est qu’émerveillement, d’autant plus qu’il s’est rapidement lié d’amitié avec Pablo, Nino et Lisa, trois enfants du coin avec lesquels il partage un étrange point commun. « Je pense qu’il y a quelque chose entre nous tous… quelque chose qui nous réunit… » (p. 68) Lors de séances secrètes, regroupés la nuit autour d’un artéfact mystérieux, les enfants font des expériences inexplicables, à base de flashes et de visions venues d’ailleurs. Mais la magie et l’innocence volent en éclats quand un drame affreux survient, brutal, et achève l’enfance.

Ce premier tome pose une intrigue des plus alléchantes et présente des personnages aussi attachants que prometteurs. Les paysages sont superbes et chaque planche explose de lumière italienne, chaude et omniprésente. Et même les nuits sont lumineuses et profondes. Voilà une bande dessinée que je n’aurai pas approchée de moi-même, alors un immense merci aux amis qui me l’ont offerte.

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Potins #59

Henry James est un auteur américain né en 1843 et décédé en 1916.

POTIN – Fortement déçu par la neutralité affichée par les États-Unis dans les premiers temps de la Première Guerre mondiale, il a demandé et obtenu la nationalité britannique en 1915.

Lisez : Washington Square et Le tour d’écrou.

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La nuit des béguines

Roman d’Alice Kiner.

En 1310, les béguinages de France ne savent pas qu’ils vivent leurs dernières années de tranquillité. « Toute femme n’étant ni épouse ni nonne est suspecte. Surtout lorsqu’elle s’acharne à prêcher, usurpant les privilèges du clergé. Et des hommes. » (p. 65) L’accusation d’hérésie et la condamnation de la béguine Marguerite Porete, autrice du Miroir des âmes simples et anéanties, sont les premiers indices de cette fin imminente. L’exécution des Templiers, ordre religieux qui a refusé de se soumettre à l’autoritarisme de Philippe Le Bel, est un autre funeste présage. De partout s’élèvent des voix pour critiquer les béguines et leur reprocher les pires vices. Il devient insupportable que des femmes soient libres, sans époux ni règle religieuse, qu’elles conservent leurs biens, exercent une activité et vivent en communautés, « une citadelle pour les femmes, pas une prison » (p. 15) Au grand béguinage de Paris, l’arrivée de Maheut la Rousse, jeune fille en fuite, lance un incendie qui va longtemps couver sous la braise, balayant d’autres béguines, mais aussi des religieux et des laïcs.

Le roman s’étire sur une dizaine d’années : les jeunes gens gagnent en maturité, des enfants naissent, des personnes meurent, et l’Histoire embarque dans son flot des destinées célèbres ou anonymes. Si le texte se lit facilement, c’est malheureusement en raison d’une narration et d’un style un peu faibles. Mais La nuit des béguines offre une bonne entrée en matière à ceux et celles qui voudraient découvrir l’histoire de ces communautés de femmes. Et je vous conseille surtout le roman de Clara Dupont-Monod, La passion selon Juette, qui présente l’histoire d’une véritable béguine que les Belges célèbrent encore.

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Simone Veil : L’immortelle

Bande dessinée de Pascal Bresson et Hervé Duphot.

26 novembre 1974. Simone Veil se prépare à présenter son projet de loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse. « Elle ne doit pas effrayer les hommes. Elle a l’intelligence de les comprendre, de ne pas entrer en conflit avec eux. » (p. 5) Depuis des semaines, la ministre de la Santé reçoit des lettres d’injures, de menaces, d’intimidation. Son projet de loi dérange, choque, révolte. Nombreux sont ceux qui en appellent à la loi divine, mais Simone Veil est confiante. « On ne doit pas se laisser intimider ni même se laisser entraîner dans un débat moral. » (p. 7) À quelques heures du vote, rien n’est joué et elle ne sait pas encore si elle peut compter sur le soutien de la gauche. Elle ne connaît pas la position de l’Église. On la voit fumer, beaucoup, et se souvenir. Reviennent l’enfance, l’adolescence sous l’Occupation, l’arrestation, le camp, la perte de ses proches. Reviennent la rencontre avec Marceline Lorridan-Ivans, la volonté de ne pas fléchir, de tenir jusqu’à la fin de la guerre. Après tout ce qu’elle a vécu, Simone Veil se sait solide et déterminée. Hélas, il en faudrait si peu pour qu’elle vacille, tandis que les hommes politiques de son propre parti agitent le spectre des agissements nazis pour qualifier l’IVG. « Je ne me laisserai pas abattre par ce torrent de haine et je ne montrerai pas à ces hommes qu’une femme est plus fragile qu’eux. » (p. 55) La suite de l’Histoire, tout le monde la connaît : la loi est passée et les femmes ont enfin acquis le droit de disposer de leur corps.

Très bel hommage à Simone Veil, récemment décédée, cette bande dessinée est aussi un rappel nécessaire face aux mentalités rétrogrades qui voudraient tant supprimer des droits à ceux et celles qui ont eu tant de mal à les obtenir. Faut-il rappeler que l’IVG n’est pas un mode de contraception, que l’avortement de confort n’existe pas, sauf dans l’esprit de ceux qui voudraient contrôler les femmes ? Apparemment, et malheureusement, oui. « Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. » (p. 32) Avec ses pages en noir et blanc parsemées de touches de monochromie qui changent selon les époques, ce livre est un bel ouvrage. Chapeau aux dessinateurs qui ont su représenter Simone Veil, Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing et bien d’autres sans les caricaturer, mais en saisissant l’essentiel de leurs traits. Ils sont tous parfaitement reconnaissables. Le seul reproche que j’ai à faire à cet ouvrage tient dans les dialogues que j’ai parfois trouvés un peu artificiels. Mais après tout, qu’en sais-je ? Je ne fréquente pas les hautes sphères du pouvoir et peut-être est-ce ainsi que les membres d’un gouvernement discutent…

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Potins #58

Elizabeth Gaskell est une autrice anglaise née en 1810 et décédée en 1865.

POTIN – Elle a commencé à écrire avec les encouragements de son époux pour se départir du chagrin d’avoir perdu son fils à l’âge de neuf mois.

Lisez : Le héros du fossoyeur, Lisette Leigh, L’œuvre d’une nuit de mai, Cousine Phillis, Les confessions de Mr Harrison et évidemment Nord et Sud.

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Chien-loup

Roman de Serge Joncour.

Été 2017. Lise et Franck partent pour trois semaines de vacances, dans un gîte perdu au milieu du causse. Pour Lise, c’est l’occasion de se couper des ondes, de renouer avec la vie simple et avec la nature. Pour Franck, c’est l’enfer : ce producteur stressé, drogué à l’information et à la connexion, ne supporte pas l’immense solitude des lieux. « Il se mit à marcher de long en large pour essayer d’attraper du réseau quelque part, il tenait le téléphone tendu devant lui, comme une télécommande pour rallumer le monde. » (p. 58) Et le calme n’étant pas le silence, Franck redoute tous les bruits venus du sous-bois et des collines alentours. Y aurait-il des ours ou des loups dans les parages, rôdant chaque nuit ? « Cette obscurité, il la ressentait comme une encre qui s’infiltrerait en tout. » (p. 89) Quand arrive un immense chien-loup qui semble se chercher un maître, Lise et Franck ne savent pas encore qu’ils vont toucher du doigt la cruauté et la folie humaines. Et que, par un étonnant retour d’histoire et de destin, leur séjour dans la maison isolée a un lien très fort avec l’Allemand dompteur de fauves, à qui on avait permis de se cacher de la guerre avec ses monstres rugissants tout en haut de la montagne. Cet Allemand dont la présence surplombante et menaçante lui a valu les pires accusations : n’était-ce pas lui qui était responsable des pluies diluviennes de l’automne, de la foudre sur les Orcières et de la disparition du soleil pendant l’hiver, alors que tous les hommes étaient au front et que les femmes s’épuisaient à travailler la terre et à continuer à vivre ? Mais personne, sauf la belle Joséphine, la femme du médecin, n’osait monter les voir, lui et ses fauves. « On ne cherche pas querelle à un homme qui fait s’asseoir des tigres et des lions, ça porte malheur… » (p. 99).

J’ai apprécié les débuts de ce roman qui rappellent la boucherie que fut la guerre de 14-18. Et par boucherie, j’entends le sens premier, ce lieu affreux où l’on abat les animaux : bœufs, chevaux, bêtes de cirque et de zoo, tant d’innocents enrôlés de force dans le conflit des hommes. J’ai aussi apprécié le rappel du lien qui unit l’homme et la bête domestiquée : « Être maître d’un animal, c’est devenir Dieu pour lui. » (p. 189) J’ai également apprécié l’alternance des chapitres, entre 1914 et 2017, ce qui construit un suspense haletant entre le drame passé et le drame en cours. Hélas, la résolution m’a beaucoup déçue : trop courte, trop brusque, trop facile en un sens. Autre point négatif : les répétitions d’un chapitre à l’autre, voire d’un paragraphe à l’autre, qui m’ont donné l’impression d’un récit qui ne progressait pas, qui piétinait, voire qui était tiré en arrière. Cependant, la plume de Serge Joncour est là, généreuse et riche, et rien que pour ça, cette lecture n’est pas manquée !

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Nuit

Roman d’Edgar Hilsenrath.

Dans le ghetto de Prokov, la survie s’organise au jour le jour. Chacun cherche un refuge pour la nuit, car les rafles emportent tous ceux qui sont trouvés dans la rue après le couvre-feu. « Nous envions les morts… et partout, quand sonne l’heure, personne ne veut mourir. Pourquoi tenons-nous tant à la vie ? / Parce que nous n’avons pas perdu espoir. / Si, Déborah, nous avons perdu espoir. » (p. 174) Parmi tous les miséreux, il y a Ranek. Ni plus chanceux ni plus débrouillard qu’un autre, il gagne chaque journée de survie à la force de ses maigres bras et de sa roublardise. Prêt à tout pour une pomme de terre, pour une gorgée de soupe ou une poignée de farine, Ranek se méfie de tous. Dans l’asile de nuit et partout dans le ghetto, la faim et la fatigue conduisent aux dernières extrémités. La solidarité est de plus en plus rare. « On essaie de rester humain… et après ? Qu’est-ce qu’on y gagne ? » (p. 370) Tout s’achète et tout se vend, même la misère et la honte. Dépouiller les morts de leurs maigres biens, jusqu’au plus petit chiffon, c’est toujours une heure de plus gagnée sur la nuit. « Les morts pardonnent aux affamés, et ils pardonnent aux désespérés. » (p. 381)

Dans ce premier roman qu’il a mis plus de 10 ans à écrire, Edgar Hilsenrath a placé beaucoup de sa propre expérience. Lui aussi a connu le ghetto, la faim, le typhus, le froid. Si son roman alimente inexorablement la littérature de l’Holocauste, l’auteur propose une image du Juif débarrassé de son misérabilisme : ici, la victime est prête à tout, à devenir criminelle, cruelle. Bien que bornés par les frontières du ghetto, les juifs de Prokov se rebellent juste en existant et rendent chaque coup, ne serait-ce qu’en crachant. « Mettez-vous ça dans le crâne une fois pour toutes : ne vous occupez pas des autres. Fichez-vous toujours de ce que font les autres, s’ils mangent, s’ils baisent ou s’ils crèvent… Rien à cirer… ici c’est chacun pour sa pomme. » (p. 59)

Le tour de force de ce roman, compris tout entier dans le titre, est de faire de tout le récit une longue nuit, même quand il fait jour. « Une nuit, ça peut être long. » (p. 286) L’aube ne poindra vraiment qu’avec l’ouverture du ghetto et la fin de la guerre. D’ici là, le crépuscule n’en finit pas. Et le temps de la nuit est dilaté par l’angoisse, les souvenirs et les cauchemars : il devient une éternité de peur, de souffrance et d’incertitude. « Tu n’as pas vraiment dormi. Ces pensées ont surgi de ta somnolence. Ces derniers temps, ça t’arrive souvent. Tu ne sais plus distinguer entre les rêves et les pensées. Mais tu n’es pas encore cinglé, juste affamé. » (p. 48) La dernière phrase du roman contient cependant une infinité de possibles et d’espoirs permis par la maternité : le jour ne s’est pas encore levé, mais certains auront la chance de le voir.

Résolument plus sombre que ses romans suivants, Nuit est sans conteste le texte fondateur de l’œuvre d’Edgar Hilsenrath, dont je ne peux que vous conseiller la lecture. Et si vous cherchez un autre texte immense issu de la littérature de l’Holocauste, lisez À pas aveugles de par le monde de Leïb Rochman.

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Potins #57

James M. Cain est un auteur américain né en 1892 et décédé en 1977.

POTIN – Mobilisé en France en 1918, il sera rédacteur du journal de la 79e division, intitulé Lorraine Cross.

Lisez : Mildred Pierce et Le facteur sonne toujours deux fois.

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Le meurtre de Roger Ackroyd

Roman d’Agatha Christie.

Je n’aime pas les romans policiers, notamment ceux d’Agatha Christie. Mais j’ai promis à quelques amis fans de cette autrice de lire au moins ce roman qui est selon eux un incontournable, un fondateur du genre. Qu’à cela ne tienne, voyons ce que ce bouquin a dans le ventre. Je m’abstiens de trop en dire : ceux qui connaissent la chute comprendront et ceux qui ne la connaissent pas m’en voudront peut-être de donner trop d’indices. Sachez seulement que, comme son titre l’indique, il s’agit de découvrir qui a tué Roger Ackroyd. Aidé du Dr James Sheppard, Hercule Poirot mène l’enquête. « La police peut se tromper, […] et à mon avis c’est ce qu’elle est en train de faire. » (p. 62) Tout le monde est suspect et tout le monde a un alibi ou une bonne excuse. Mais on ne l’a fait pas à Poirot : à la retraite ou non, l’insupportable petit Belge ne se laisse pas berner. « Voyez-vous, quand je sens que quelqu’un me cache quelque chose, j’imagine toujours le pire. » (p. 136)

J’ai trouvé le coupable avant la moitié du bouquin tant les indices m’ont semblé évidents, voire hurlants. Le procédé narratif a peut-être surpris les lecteurs de l’époque, mais tout de même, l’assassin dévoile quasi immédiatement son identité. Mais ce que je reproche surtout à Agatha Christie, c’est son style très daté. OK, ce n’est pas sa faute : quand elle écrivait, son style était d’époque, mais celui-ci vieillit très mal. Tout comme les opinions de la dame sur les Juifs, les domestiques ou encore les femmes qui me donnent quelques irritations ! Bref, j’ai lu le livre et on va dire que, maintenant, j’en ai fini avec Agatha Christie.

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Les intrus de la Maison Haute – Précédé d’un autre conte du Wessex

Nouvelles de Thomas Hardy.

Le bras atrophié – Le fermier Lodge rentre chez lui avec sa jeune et jolie épouse, Gertrude, ce qui ne manque pas de blesser Rhoda Brook, laitière abandonnée par le maître des lieux. Rapidement, le bras de la jeune mariée s’abîme et s’affaiblit. « C’est comme si quelque sorcière, ou le diable lui-même, m’avait attrapée là et flétri le bras. » (p. 28) Si on ajoute le passage d’un spectre, un rêve aussi troublant que prémonitoire et un procédé de guérison tout à fait macabre, nous avons là les ingrédients d’un drame fantastique du meilleur tonneau.

Les intrus de la Maison Haute – Accompagné de son témoin, Mr Darton est en chemin pour rejoindre sa fiancée, Sally Halls. « La raison pour laquelle j’ai décidé de l’épouser […] n’est pas seulement qu’elle me plaît, mais que je ne pourrais trouver mieux même d’un point de vue essentiellement pratique. » (p. 67) De son côté, la jeune femme attend son futur époux et une robe qui est un cadeau de mariage. Or, celui qui passe la porte n’est pas le fiancé, mais Philip Halls, le frère de Sally revenu inopinément d’Australie, et la robe escomptée est portée par l’épouse de ce revenant inattendu. Voilà qui bouleverse pour longtemps, voire toujours, les projets matrimoniaux établis.

J’apprécie depuis longtemps les romans de Thomas Hardy : il y déploie des personnages forts et des intrigues complexes, toujours nouées de tragédie, de dilemme et d’honneur malmené. Ses nouvelles – ou contes – sont du même niveau. En peu de pages, avec une remarquable économie de moyens, mais une parfaite maîtrise du principe romanesque, Thomas Hardy offre là deux histoires saisissantes. Il me tarde de lire ses autres contes du Wessex.

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Le magicien d’Oz

Roman de Lyman Frank Baum.

Au pays d’Oz, vous trouverez :

  • Dorothy et son chien Toto, arrachés du Kansas par une tornade ;
  • Les Souliers d’Argent de la Méchante Sorcière de l’Est ;
  • Des Munchkins et des Winkies ;
  • La Cité d’Émeraude et la Cité de Porcelaine ;
  • Une route pavée de briques jaunes ;
  • Un épouvantail sans cervelle ;
  • Un Bûcheron de Fer-Blanc sans cœur ;
  • Un lion sans courage,
  • Une cigogne, des mulots et des singes volants ;
  • Un Bonnet d’Or ;
  • Des lunettes aux verres verts verrouillés.

Je ne résume pas cette histoire que tout le monde connaît. Ce fut une lecture rapide et plaisante, avec une morale bienveillante un peu niaise, mais est-on jamais trop bienveillant ? « Vous autres qui avez un cœur, vous pouvez vous en servir pour vous guider et ne jamais nuire à personne. » (p. 50) Il me reste à voir le film pour achever de combler cette lacune dans ma culture populaire américaine.

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Potins #56

Donna Tartt est une autrice américaine née en 1963.

POTIN – Elle met près de 10 ans à écrire chacun de ses romans.

Lisez : Le maître des illusions, Le petit copain, Le chardonneret.

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Qui a ramené Doruntine ?

Nouvelle d’Ismaïl Kadaré.

Doruntine Vranaj revient chez sa mère après trois ans passés loin de sa famille, auprès de son époux. Elle affirme être revenue avec Konstantin, son frère, mais celui-ci est mort depuis des années, ainsi que les huit autres fils de la famille Vranaj. Qui, alors, a ramené Doruntine chez les siens ? « Peut-être que ce genre de choses plaît aux jeunes mariées d’aujourd’hui. Peut-être qu’elles aiment chevaucher la nuit enlacées à une ombre, dans les ténèbres et le néant. » (p. 185) L’affaire ne manque pas d’affoler le village et le capitaine Stres qui ne peut hélas pas interroger la jeune fille et sa mère, violemment ébranlées par leurs retrouvailles empreintes de mystère macabre. « Sous nos yeux est en train de naître une légende. » (p. 64) D’une noce à des funérailles, entre une promesse et une malédiction, le retour de Doruntine n’est pas seulement une énigme, c’est surtout la puissante manifestation de l’âme albanaise.

Je découvre Ismaïl Kadaré avec ce court texte et je suis enchantée. Sous le prétexte de présenter une fable médiévale albanaise, l’auteur célèbre son pays, son identité et la force d’esprit de son peuple. En outre, l’édition dans laquelle j’ai lu cette nouvelle est destinée aux scolaires et l’appareil critique est très intéressant.

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Sorcières, la puissance invaincue des femmes

Essai de Mona Chollet.

Après Beauté fatale où elle dénonçait l’injonction faite aux femmes d’être jolies et de se taire (pour résumer grossièrement ce brillant ouvrage), Mona Chollet décortique les atteintes faites aux femmes fortes, que ce soit par les hommes ou par les religions (majoritairement menées par les hommes). « Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femmes ces siècles de terreur ont-ils censurés, diminués, réprimés ? » (p. 3 & 4) Pour l’autrice, il s’agit de la femme indépendante, de la femme sans enfant et de la femme âgée. Comme dans son précédent essai consacré aux femmes, Mona Chollet cite de nombreuses penseuses féministes, mais illustre également sa démonstration de références populaires ô combien parlantes ! Les séries Charmed, Ma sorcière bien-aimée ou Buffy contre les vampires, les romans Moi, Tituba sorcière ou La servante écarlate ou encore le film Les sorcières d’Eastwick proposent des représentations différentes de la sorcière et il est passionnant de les croiser, de les comparer et de les opposer.

La sorcière, la vraie, celle qui terrifie le patriarcat – religieux ou non –, c’est la femme qui ne se marie pas, et/ou qui n’a pas d’enfant, et/ou qui a un emploi ou une activité en dehors du foyer, et/ou qui est financièrement ou socialement autonome. Bref, un être à l’égal de l’homme, et ça, mon brave Monsieur, évidemment qu’on ne peut pas laisser faire ! Je passe sur les siècles de violences patriarcales, paternelles, matrimoniales, gynécologiques, obstétriques et institutionnelles : au mieux, vous en avez entendu parler ; au pire, vous les avez subies. Alors, libérer la parole est plus que jamais nécessaire, comme c’est le cas actuellement avec #MeToo. Parce que cette libération, c’est permettre à la vérité d’exploser, mais aussi – pourquoi pas – aux incantations de résonner. Tremblez, oppresseurs de tout poil, la sorcière n’a peut-être plus de balai volant ou de chaudron bouillonnant, mais elle a toujours de grands pouvoirs !

Ma chronique n’avait pas pour but de résumer l’essai de Mona Chollet, mais de vous donner envie de le lire. Et si vous hésitez encore, quelques morceaux choisis pour achever de vous décider !

« À travers elle [la sorcière] m’est venue l’idée qu’être une femme pouvait signifier un pouvoir supplémentaire, alors que jusque-là une impression diffuse me suggérait que c’était plutôt le contraire. » (p. 12)

« Une femme doit avoir un maître, quitte à ce qu’il s’agisse de l’homme qui l’a enlevée et séquestrée alors qu’elle avait douze ans. » (p. 49)

« Les seuls cas où l’on accorde à un féminicide la place qu’il mérite, où l’on reconnaît sa gravité, c’est lorsque le meurtrier est noir ou arabe, mais il s’agit alors d’alimenter le racisme et non de défendre la cause des femmes. » (p. 68)

« La disqualification de l’expérience des femmes représente une perte et une mutilation immenses. Les inciter à changer le moins possible, à censurer les signes de leur évolution, c’est les enfermer dans une logique débilitante. » (p. 156)

« On finit par intégrer ce regard sur soi, cette évidence de sa propre inanité, de sa propre incompétence. » (p. 183)

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Howard P. Lovecraft – Celui qui écrivait dans les ténèbres

Bande dessinée d’Alex Nikolavitch.

Le jeune Howard P. Lovecraft supporte mal la vie à New York. De retour à Providence en 1926, qu’il ne quittera plus que pour visiter des amis, il poursuit son œuvre, cependant convaincu que cela ne vaut pas la peine d’être publié, mais tout en maudissant les éditeurs pour leurs lettres de refus. H. P. Lovecraft est un être ambigu, souvent maladroit et inadapté. « Je n’appartiens pas au monde. J’en suis le spectateur amusé, et parfois dégoûté. » (p. 18) De faible constitution physique et nerveuse, il se fatigue vite et ses idées très arrêtées sur des sujets divers ne l’empêchent pas d’être vivement impressionné par les découvertes astronomiques de son temps. Avec Harry Houdini, il commence la rédaction d’un ouvrage sur l’astrologie, pour la démonter, plus précisément. En parallèle, il bataille toujours pour faire publier L’appel de Cthulhu et il commence à écrire Le Necronomicon. Et jusqu’à la fin de sa vie – plutôt courte puisqu’il s’éteint à 47 ans des suites d’un cancer particulièrement agressif –, il entretient une correspondance assidue avec des lecteurs qui admirent son travail ou avec d’autres auteurs, comme Robert E. Howard.

Ayant lu tout Stephen King, auteur qui ne nie nullement l’inspiration que lui ont offertes les œuvres de Lovacraft, il serait temps que je découvre enfin le travail de cet auteur. Et bien que les illustrations de cette bande dessinée ne m’aient pas vraiment plu, le texte, lui, a su raviver une envie ancienne. Lovecraft, à nous deux en 2019, j’espère !

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Potins #55

David Vann est un auteur américain né en 1966.

POTIN – Il milite fortement contre le libre commerce des armes et pour la mise en place d’un suivi adéquat des vétérans de l’armée.

Lisez : Tout. Tout simplement, tout. Et donc : Sukkwan Island, Désolations, Impurs, Dernier jour sur terre, Goat Mountain, Aquarium, L’obscure clarté de l’air, Un poisson sur la lune, Komodo, La contrée obscure.

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Mon traître

Roman de Sorj Chalandon.

« J’étais le luthier de Paris, le silencieux, celui qui vient ici pour partager le temps. » (p. 7) Antoine s’est pris d’affection pour l’Irlande et d’amitié pour quelques habitants de Belfast. Le 9 avril 1977, il rencontre son traître : il s’appelle Tyrone Meehan. Il est membre de l’IRA et devient plus qu’un ami, plus qu’un frère pour Antoine. Il est presque un père. Mais Tyrone est aussi un traître. Traître à l’Armée républicaine, traître à l’Irlande catholique, traître à Bobby Sands, traître aux grèves de la faim, traître aux bombes artisanales, mais surtout traître à Antoine qui perd plus qu’un ami. « Mon Irlande avait suivi mon traître. Il l’avait capturée, emmenée avec lui en exil. » (p. 106) La félonie est révélée en 2006, 9 ans après que l’IRA a déposé les armes et ouvert un processus de paix avec le gouvernement britannique. 25 ans au service des Anglais qui sont bien difficiles, voire impossibles à pardonner. « Je n’étais pas triste de lui. Je n’étais pas triste de nous. J’étais triste de moi. Triste de n’avoir rien vu, rien entendu, rien senti. J’étais triste de ma somnolence, triste de mon affection, triste de mes certitudes. J’étais triste de chacun de mes gestes pour lui. » (p. 125)

Contrairement au Petit Bonzi et à Une promesse, ce roman de Sorj Chalandon n’a pas ému mon cœur intime, mais mon cœur citoyen. Je comprends qu’Antoine se soit épris de l’Irlande et de son combat, de ses habitants et de leur colère. « Je ressemblais à l’un d’eux, à force, sans le vouloir, sans faire exprès, sans rien changer à mon attitude. Je retrouvais en moi quelque chose qui sommeillait depuis toujours. Quelque chose de moi sans que je le soupçonne. » (p. 35) La longue guerre qui a déchiré le pays est d’autant plus révoltante quand elle s’incarne en des êtres qui se donnent entièrement à la cause alors que d’autres lui tournent le dos. Alors comment comprendre la traîtrise ? Comment l’excuser ? Mais aussi, comment blâmer ceux qui ont beaucoup donné et qui finalement renoncent ? « Quel était l’homme qui m’enlaçait ? Un traître ne peut pas regarder sa terre comme cela. Il ne peut pas aimer sa terre comme ça. » (p. 86) Mon traître remue les tripes, fait serrer les poings et trembler les paupières. C’est un magnifique roman.

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Usagi Yojimbo – 3

Bande dessinée de Stan Sakaï.

Je poursuis ma lecture des aventures du brave ronin aux longues oreilles. Ce garde du corps, c’est un peu le Kevin Costner des lapins, voyez-vous : impossible de résister à son charme ténébreux. Et encore moins quand il met ses fines lames au service des innocents, des opprimés et des laissés pour compte. « Fléau des bandits et des tyrans, c’est le guerrier samouraï au glaive cinglant, celui que de nombreux voudraient réduire en ragoût de lapin. » (p. 94) Au début de l’album, il sauve un tokayé (ce lézard bizarre aux airs de mini-dinosaure…) qu’il nomme Tachtu. La bestiole le suit dans son errance et l’aide avec reconnaissance, mais il lui manque une sérénité que Miyamoto ne peut pas lui offrir. Alors, le sage samouraï le laisse partir avec un compagnon plus approprié. Notre usagi (lapin) retrouve d’anciens amis, comme le rhinocéros Gen qui dévoile enfin un cœur aimable et désintéressé, mais il affronte aussi d’anciens adversaires et des chats ninjas aussi féroces qu’impitoyables. Et cerise sur le gâteau, il croise Léonardo, une des quatre Tortues Ninja !

Bref, c’est toujours aussi divertissant et agréable. Et il ne faut jamais manquer une occasion de lire une histoire avec un lapin dedans !

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Potins #54

Daphné du Maurier est une autrice britannique née en 1887 et décédée en 1989.

POTIN – Elle a été anoblie en 1969, mais ses enfants ne l’ont découvert qu’en lisant ses journaux, après sa mort.

Lisez : Rebecca (que je n’ai jamais chroniqué ici…), L’auberge de la Jamaïque, Le bouc émissaire, Le monde infernal de Branwell Brontë, La crique du Français.

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Une promesse

Roman de Sorj Chalandon.

Ils sont sept. Sept vieux amis. Sept fidèles qui ont promis de continuer à visiter Ker Ael, la maison de Fauvette et Étienne, après le décès du couple. Pour garder un semblant de vie dans les murs désertés. Pour maintenir une flamme fragile, mais têtue. Pour honorer un souvenir d’enfance. À chacun son jour de visite. À chacun son verre de promesse quand il a rempli son devoir. Et à chaque passage, les présences ténues d’Étienne et Fauvette continuent d’exister, vacillantes et fragiles, déterminées à rester ensemble jusqu’au bout. « Ils doivent s’enlacer fort, se tenir par les yeux, se protéger, ils doivent ne jamais se quitter du cœur. » (p. 24) Mais combien de temps peut-on tenir une promesse et hypothéquer l’existence des vivants d’une dette aux absents ? « Tu ne crois pas qu’on a tous été formidables ? […] Tu ne crois pas que ce cérémonial doit s’arrêter un jour ? / Je ne sais pas. / On n’a rien à se reprocher. Je suis sûr que Fauvette et Étienne sont fiers de nous. » (p. 60)

Après Le petit Bonzi qui m’a permis de découvrir un auteur au talent certain, Une promesse confirme mon impression : Sorj Chalandon sait mettre son grand talent au service d’histoires simples, mais profondément bouleversantes. Ici, le récit est tissé de légendes bretonnes, de superstitions de marins et de fables d’enfants. Se souvenir des morts, c’est garder vivace une veilleuse que l’on refuse d’éteindre, que l’on craint de souffler. Mais c’est surtout reconnaître ce que l’on doit aux gens doux et bons qui ont croisé notre chemin et qui, d’un sourire ou d’une parole, nous ont rendu l’existence moins âpre. Une promesse, c’est 125 pages de beauté, de délicatesse et de fidélité.

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Compromis

Pièce de Philippe Claudel.

À quelques jours de la victoire présidentielle de François Mitterrand en 1981, Denis, comédien raté, vend son appartement. Il attend l’acheteur en présence de son ami Martin, dramaturge que personne ne joue. Entre eux, 34 ans d’amitié. Denis trouve Martin rassurant : ça pourrait aider pour le compromis. « Tu ne crois pas que, au contraire, deux hommes pour en accueillir un troisième quand il s’agit simplement de signer un compromis de vente, ça a de quoi inquiéter ? À sa place, je serais sur mes gardes. » (p. 19) En attendant l’acheteur, ou le pigeon vu l’état de l’appartement, ça parle théâtre, mises en scène, rôles perdus ou gâchés, opportunités manquées. La franchise devient brutale et chacun renvoie à l’autre ses échecs et ses défauts, d’abord avec finesse, puis de plus en plus méchamment. « Tu caches remarquablement ton intelligence. » (p. 20) Voilà qu’arrive Duval, l’acheteur un peu niais : il assiste à un règlement de compte dont il fera aussi les frais.

Brillant et jubilatoire ! Au gré d’un humour noir, acide, grinçant, le rapport de forces entre les protagonistes ne cesse de changer, l’avantage passe d’un camp à l’autre à la faveur d’un mot de trop ou d’un mot de travers. « Martin, aie un peu confiance en toi ! Tu n’es pas un génie, mais tu n’es pas sans talent. » (p. 60) Le comédien et l’écrivain vident leur sac, crèvent un abcès vieux de 30 ans. Bref, on assiste à des épanchements de choses douteuses et dégoûtantes. Et c’est tout à fait réjouissant ! Et de tout cela, un conseil à retenir : quand vous êtes agacés, pensez à Mitterrand !

La pièce est créée en janvier 2019 au Théâtre des Nouveautés à Paris. Si seulement j’avais le temps de la voir… Évidemment, une nouvelle fois et comme toujours, je vous recommande de lire toute l’œuvre de Philippe Claudel.

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Idaho

Roman d’Emily Ruskovich.

De 1995 à 2025 s’entremêlent les destins de Wade, Jenny et Ann. Les deux premiers étaient les heureux parents de May et June, mais un drame inimaginable a détruit la famille. Alors que Jenny purge sa peine en s’interdisant tout ce qui pourrait la soulager, Wade a refait sa vie avec Ann. Mais à mesure qu’il perd la mémoire, Ann tente de reconstituer le terrible évènement de l’été 1995 et de maintenir vivante la famille disparue de son époux. « Parce que Wade avait tout jeté – les dessins, les vêtements, les jouets –, chaque vestige accidentel prenait une importance indescriptible dans l’esprit d’Ann. » (p. 22) Puisque Wade oublie l’accident et ses filles, Ann prend le relais de la mémoire, mais aussi celui de la douleur pour ne pas que s’éteignent le souvenir des enfants, mais aussi l’espoir qu’une d’elles revienne. « Elle a pris le passé de Wade et l’a étalé devant elle, faisant de son propre avenir un retour en arrière, alors même que ce passé disparaît. Ce lent effacement, cette ligne blanche traversent l’obscurité de la mémoire de Wade, voilà ce qu’Ann suivra sa vie durant. Et, à n’en pas douter, cela la mènera jusqu’aux portes de sa propre prison secrète. » (p. 147)

Me voilà bien déçue d’être passée à côté de cette histoire, de n’avoir éprouvé quasi aucune empathie pour ces personnages meurtris. La chronologie malmenée y est pour quelque chose, car je ne comprends pas le sens de ce jeu autour de la temporalité. De mon point de vue, ça ne fait que brouiller l’image d’ensemble. En outre, il y a des arcs narratifs intéressants, mais mal exploités, comme cette somme d’argent envoyée par erreur et dont le manque semble peser, ou encore l’histoire d’Elizabeth, compagne de cellule de Jenny, qui s’ajoute à l’histoire sans vraiment s’y intégrer. Indéniablement, Emily Ruskovich écrit avec talent et elle décrit à merveille la nature rude et superbe de l’Idaho, mais ça n’a pas suffi à retenir complètement mon attention et j’ai survolé les derniers chapitres.

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Potins #53

Thomas Hardy est un auteur britannique né en 1840 et décédé en 1928.

POTIN – Il se considérait principalement comme un poète et n’écrivait des romans que pour gagner sa vie.

Lisez : Jude l’obscur, Loin de la foule déchaînée, Le maire de Casterbridge, Tess d’Urberville, Une femme d’imagination et autres contes, La Bien-Aimée, Le retour au pays natal, Sous la verte feuillée, Les yeux bleus, Les intrus de la Maison Haute et un autre conte du Wessex et À la lumière des étoiles.

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Le lapin de Lucas

Roman de Gaïa, illustrations de Rafaël David.

Lucas voudrait un animal, mais sa maman est réticente. Pas question d’avoir un chat, un chien, un perroquet ou encore moins un serpent dans l’appartement. Avec la complicité de sa grand-mère, il reçoit un lapin pour son anniversaire. « Lucas en est sûr, Pilou est son meilleur ami pour la vie. » (p. 30) Hélas, passés les premiers moments de grande complicité, Lucas se désintéresse de Pilou et s’agace de ses bêtises. Persuadé que Lucas ne l’aime plus, le petit lapin tente sa chance dans le grand monde, mais comprend bien vite qu’il n’a pas sa place dans la nature.

Le message est clair et permettra sans doute à des enfants de bien réfléchir : un animal n’est pas un jouet que l’on peut délaisser sans conséquence dans une chambre, ou encore moins abandonner s’il devient gênant ou encombrant. Un animal à poils, à plumes ou à écailles est une responsabilité, un engagement que l’on prend pour plusieurs années. Alors, attention aux coups de tête ou aux coups de cœur : il est facile de se laisser attendrir par une petite bête, surtout en cette période de fêtes, moins de s’en occuper au quotidien. En ce sens, l’histoire est bien faite, mais une partie du message me gêne. En effet, le livre montre Pilou et un chien se reprochant de ne pas répondre aux attentes de leurs maîtres. Ce n’est pas ainsi que la relation doit fonctionner. Certes, il faut éduquer les animaux domestiques qui entrent chez nous, mais pas espérer en faire en marionnettes. Chaque animal a son caractère et son identité et il ne faut pas vouloir le modeler à l’image de son maître.

La fin de ce roman me plaît cependant beaucoup et encourage les jeunes lecteurs à se tourner vers les refuges plutôt que d’acheter en animalerie. Moi qui soutiens le mouvement Adopt, don’t shop, je peux qu’encourager la démarche ! Enfin, dernier bon point pour ce petit ouvrage : il est adapté aux lecteurs dyslexiques grâce à la police d’écriture qui accentue certains jambages et courbes pour éviter toute confusion entre les lettres.

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Bonne année !

Un peu d’humour de lapin pour bien commencer l’année !

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Potins #52

Tracy Chevalier est une autrice américaine née en 1962.

POTIN – Elle a rédigé de nombreux articles sur des auteurs dans diverses encyclopédies lorsqu’elle vivait en Angleterre.

Lisez : La dame en bleu, À l’orée du verger, Prodigieuses créatures, La jeune fille à la perle, La dernière fugitive, Le récital des anges ou L’innocence.

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Le lambeau

Témoignage de Philippe Lançon.

Philippe Lançon est un des survivants de la tuerie du 7 janvier 2015 qui a ravagé la rédaction et le personnel du journal Charlie Hebdo. Parce qu’il a préféré assister à la première conférence de rédaction de l’année au lieu d’aller directement chez Libération, mais aussi parce qu’il s’est arrêté dans un bureau pour parler de jazz au lieu de repartir immédiatement après la réunion, il a frôlé la mort et a perdu – outre des amis – sa mâchoire. « Désormais, toute parole, toute phrase me faisait sentir son prix. Ma mâchoire détruite avait une gueule de métaphore et ce n’était pas plus mal comme ça. » (p. 143) Philippe Lançon était sur le point de s’installer pour six mois à New York pour enseigner à Princeton et retrouver Gabriela. Désormais, tout est suspendu à cette mâchoire décrochée. Commence le long ballet des infirmières et des soignants, sous la surveillance ininterrompue des policiers qui gardent la chambre et filtrent les entrées. Après de nombreuses opérations et d’aussi nombreuses complications, Philippe Lançon retrouve un visage entier et réapprend à parler et à manger. Gueule cassée d’une guerre sans tranchée, il reprend l’écriture d’articles pour les deux journaux qui l’emploient. « Écrire, c’était protester, mais c’était aussi, déjà, accepter. » (p. 92) Après des mois à l’hôpital, entre les murs d’une chambre dont il a fait son cocon, il doit aussi réapprendre à vivre dehors, à sortir, à prendre le métro, à aller au théâtre. Sans trembler et en ignorant les regards. « L’irruption de la violence nue isole du monde et des autres celui qui la subit. » (p. 59)

Puissant et pudique, sans fard, mais sans voyeurisme, ce récit médical porte un éclairage nouveau sur l’après Charlie Hebdo, du point de vue original d’un journaliste devenu sujet de l’actualité. « La chirurgie est un livre qui n’en finit pas. » (p. 181) Dans La légèreté, Catherine Meurisse raconte ce qu’il en est pour ceux qui ont par hasard échappé à l’horreur. Philippe Lançon met des mots sur ce qu’il en est pour ceux qui l’ont éprouvé au plus profond de leur chair. « Je n’éprouve que peu de bonheur à être là, et, contrairement à certains de mes amis de Charlie, qui n’ont pas été blessés, aucune culpabilité à avoir survécu. » (p. 222) Ces deux œuvres se complètent, tant par leur propos que par leur forme : du dessin au texte, de la rescapée au miraculé, le tableau général gagne en profondeur à mesure que les témoignages se croisent, se répondent, se heurtent. Et même si tous échouent en quelque sorte à comprendre l’atrocité, tous clament l’absolue nécessité de continuer à vivre pour faire la nique aux censeurs. « Toute censure est bien une forme extrême et paranoïaque de critique. La forme la plus extrême ne pouvait être exercée que par des ignorants ou des illettrés, c’était dans l’ordre des choses, et c’était exactement ce qui venait d’avoir lieu : nous avions été victimes des censeurs les plus efficaces, ceux qui liquident tout sans avoir rien lu. » (p. 68)

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Joyeux Noël

Oh, un lapin de Noël…

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Potins #51

Italo Calvino est un auteur italien né en 1923 et décédé en 1985.

POTIN – Il a été membre de l’OULIPO.

Lisez : Le baron perché, Le chevalier inexistant, Le vicomte pourfendu et Si par une nuit d’hier un voyageur.

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