Petit enfer dans la bibliothèque

Tome 1 : L’affaire Jane Eyre – Tome 2 : Délivrez-moi ! – Tome 3 : Le puits des histoires perdues – Tome 4 : Sauvez Hamlet ! – Tome 5 : Le début de la fin – Tome 6 : Le mystère du hareng saur

Roman de Jasper Fforde.

Les OpSpecs ont été réhabilités et Thursday Next est persuadée qu’elle va obtenir la direction de l’OS-27, chargée des questions littéraires. Malheureusement, sa semaine ne va pas du tout commencer comme elle l’entendait. « Une semaine qui avait débuté par une expédition à Swindon pour y dénicher un boulot et s’était terminée par des torrents de feu purificateur tombant des cieux, une révision du budget opérationnel des services des bibliothèques du Wessex et par la mort de Gavin Watkins abattu d’un coup de feu par mon fils. » (p. 13) Il y a une autre apocalypse qui se prépare, Goliath n’en finit pas d’échafauder des coups fourrés et Thursday se débat avec des Thursday artificielles qui voudraient prendre sa place. Elle cherche aussi à se débarrasser du virus mental que lui a inoculé Aornis Hadès tout en essayant de convaincre sa fille, Tuesday, de mener l’existence normale d’une adolescente et de lâcher un peu ses mathématiques. Elle doit en même comprendre pourquoi son vieil ennemi, Jack Maird, détruit de très vieux livres et qui cherche à faire quoi avec la Matière Noire de la Lecture. Une semaine musclée en perspective, donc, mais c’est l’ordinaire quand on s’appelle Thursday Next.

On va dire que je ne suis jamais contente… Dans le tome précédent, je déplorais que l’intrigue se déroule presque exclusivement dans le Monde des Livres. Ici, c’est bien le contraire : pas une seule incursion dans les bouquins. Ce septième volume des aventures de Thursday Next reste dans l’univers de la fantasy, mais avec un penchant certain pour la science-fiction et les histoires de voyage dans le temps. « On prétend que l’industrie du temps fut supprimée parce qu’elle s’était avérée impossible à créer. » (p. 277) Petit enfer dans la bibliothèque reste un très bon thriller, parfaitement rythmé, toujours drôle, mais il me manque le grain de folie propre aux rencontres avec les personnages de fiction. Le tome 8 n’est pas encore traduit, mais son titre, Dark Reading Matter, laisse espérer quelques promenades du côté de la Grande Bibliothèque. Croisons les doigts – pas les flux, ça porte malheur !

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Les ours à la rescousse

Album jeunesse.

Racaille, Bastien et Bruno s’amusent tranquillement quand ils apprennent qu’un ourson est en fâcheuse posture dans un arbre : il est accroché à une branche par les bretelles de son pantalon. Vite, les bons amis aident le petit ours à descendre de cet arbre. Ah, ils sont bien courageux ces petits oursons.

L’histoire est simple et plaisante, mais il faut surtout s’attarder sur les illustrations. Ne sont-ils pas A-DO-RA-BLES (et je pèse mes syllabes) ces ours en peluche raccommodés avec des morceaux de tissu ? L’un porte un canotier, l’autre un chapeau mou, celui-ci un bob et celui-là un chapeau de paille.  Les illustrations pastel sont tendres et doucement nostalgiques. C’est un plaisir pour les yeux !

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Le restaurant de l’amour retrouvé

Roman d’Ito Ogawa.

Quand son petit ami la quitte en vidant leur appartement, Rinco perd sa voix. « Ma voix était devenue transparente. » (p. 18) Il ne lui reste qu’une jarre de légumes en saumure, un panier et un cœur brisé. Désemparée, elle retourne dans son village natal, auprès de sa mère qu’elle n’apprécie pas vraiment. Pour reprendre sa vie en main, elle décide de mettre à profit ses talents culinaires et d’ouvrir un restaurant dans l’annexe de la maison familiale. « Mon restaurant, je voulais en faire un endroit à part, comme un lieu déjà croisé mais jamais exploré. Comme une grotte secrète où les gens, rassérénés, renoueraient avec leur vrai moi. » (p. 59) Avec l’aide d’un vieil ami, elle met en œuvre son projet. Rapidement, il se murmure que quiconque mange les plats préparés par Rinco voit ses rêves d’amour prendre forme. Son succès professionnel est entier, mais il lui reste à guérir son cœur et à l’ouvrir à sa mère.

Il est ici question d’une soupe d’amour, d’un lapin anorexique et de précieux petits bonheurs. « La moindre petite chose me donnait envie de déposer un baiser sur la joue du Bon Dieu. » (p. 71) Abattue, mais pas vaincue, Rinco poursuit obstinément son voyage vers la sérénité et la paix. Son fanal, c’est son talent aux fourneaux. « Cuisiner était, dans mon existence, comme un arc-en-ciel fragile qui flotterait dans la pénombre. » (p. 13) En nourrissant proches et inconnus, elle fait plus que rassasier des estomacs, elle caresse des âmes et enchante des esprits.

Le style est simple, souvent pauvre et flirte avec l’oralité du témoignage : il s’accorde bien avec les balbutiements d’une voix qui cherche son propre écho. L’histoire est jolie, réconfortante et spirituelle à plus d’un titre, sans philosophie de comptoir ou réflexion biscornue : il n’est question que d’évidences, mais celles-ci échappent parfois à l’œil qui se perd dans ses larmes.

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Billevesée #177

Lire, relire, c’est toujours lire.

Aujourd’hui, je ne me casse pas la tête, je vous invite à découvrir ma nouvelle page dédiée à mes relectures.

Alors, billevesée ?

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Hamlet

Tragédie de William Shakespeare.

Sur les remparts du château d’Elseneur, des gardes affirment avoir vu le spectre du défunt roi. « Quel sens particulier donner à ceci ? Je n’en sais rien ; mais, à en juger en gros et de prime abord, c’est le présage de quelque étrange catastrophe dans l’État. » (p. 11) Hamlet, prince de Danemark, est le fils du roi trépassé et le neveu du nouveau souverain, Claudius. Ce dernier a épousé Gerturdre, la veuve de son frère, qu’union qu’Hamlet désapprouve vivement. Quand il rencontre à son tour le spectre de son père, il se met en tête que son oncle est un assassin et qu’il a commis un régicide pour accéder au trône. L’honneur lui ordonne de venger son père, mais Hamlet recule, pense, réfléchit, pèse les pour et les contre tout en nourrissant en son cœur une haine farouche envers son oncle et sa mère. « Que le lit royal de Danemark ne soit pas la couche de la luxure et de l’inceste damné ! » (p. 30) Ailleurs, dans une chambre du palais, Ophélia, la fille du chancelier Poloniusne sait si elle doit croire aux déclarations du prince ou se garder de sa folie apparente.

Hamlet est une figure de l’indécision : alors qu’un coup d’épée ou une question pourrait tout changer, il diffère. Et cette tragique procrastination permet à toute l’intrigue de se nouer jusqu’aux drames finaux. Je ne suis pas friande des tragédies de William Shakespeare que je trouve plus lugubres que grandioses. Je préfère de loin ses comédies ou ses poèmes.

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Superlapin

Album jeunesse de Stephanie Blake.

Il suffit d’une cape et d’un loup et un petit lapin devient Superlapin ! Le voilà qui jaillit des couvertures, prêt à toutes les aventures ! « Mais enfin, chère mère, je ne suis pas un petit lapin, je suis Superlapin ! Les Superlapins attrapent les méchants, vous savez bien ! » Mais reste-t-on un Superlapin quand on a une vilaine écharde dans le doigt ? Après tout, pourquoi pas !, tant que le pouvoir de l’imagination est intact !

Aujourd’hui, je comble une lacune en découvrant le petit lapin aux longues oreilles de Stephanie Blake. Je ne le trouve pas vraiment mignon – il faut dire que j’ai des critères assez stricts – mais il est très drôle et il m’a fait penser à un de mes petits-cousins !

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La course

Album de Béatrice Tanaka. Illustration de Michel Gay.

Lièvre court à toute allure à travers la plaine. Y a-t-il des chasseurs ? Ou le feu ? Ou un autre danger ? Coyote ne sait pas, mais il se met aussi à courir, suivi d’Élan, de Loup et d’Ours. « Si Loup court à cette vitesse, c’est que la situation est grave, très grave. »Au bout d’un certain temps, ils se fatiguent. Pourquoi courent-ils, au fait ? Ours demande à Loup qui ne sait pas, il a juste suivi Élan qui suivait Coyote qui faisait comme Lièvre. Et donc, pourquoi Lièvre courait-il ?

Je ne dis pas un mot de la chute qui est très drôle. Cet album est une adaptation d’un conte des Indiens Kutenaï et la sagesse de cette histoire ancestrale traverse très bien les siècles. Comme l’a dit plus tard Jean de La Fontaine, rien ne sert à courir… Les aquarelles sont très douces, épurées et charmantes.

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Comment Thomas Leclerc 10 ans 3 ans et 4 jours est devenu Tom L’éclair et a sauvé le monde

Roman de Paul Vacca.

Thomas, dit Tom, est un jeune garçon autiste tout à fait brillant. Mais dans les années 1960, il n’existe pas encore vraiment de procédures pour intégrer ce type d’enfant dans les écoles et dans la société. Tom se débrouille comme il peut, ses parents aussi. Fasciné par les superhéros, Tom s’identifie à ses héros. « N’est-il pas comme tous ces superhéros, un être jeté dans un monde qui ne semble pas être fait pour lui ? Pourquoi ne serait-il pas comme eux, dont les superpouvoirs constituent aussi le revers d’un handicap secret ? Dont les actions masquent souvent une profonde solitude ? » (p. 27) Tom estime que sa mission est de sauver le monde : il va donc tenter de sauver un chien, sa grand-mère, sa camarade Palma et aussi l’amour de ses parents. « Tom sent qu’il se transforme en mini-Sisyphe à houppette, parti pour refaire à l’infini les mêmes missions microscopiques ? » (p. 37) Et au passage, s’il peut devenir normal, ce sera aussi un bien. Parce que Tom le sent profondément : il n’est pas normal. « Un superhéros doit affronter le monde. Et Tom doit traverser ce mur du silence pour aller voir ce qui se passe de l’autre côté. » (p. 54)

De leur côté, les parents, Serge et Pauline, ne sont pas heureux. Pauline se sent coupable de l’état de son fils et a besoin d’échapper à la routine étouffante d’un quotidien sans horizon. Et Serge aimerait échapper à la routine écrasante d’un emploi sans intérêt. En parallèle des aventures de Tom se dessine l’histoire d’un couple qui ne sait plus comment s’aimer, ni comment se retrouver.

Ah, cette fâcheuse mode des titres à rallonge qui essoufflent le lecteur avant même qu’il ait ouvert le livre ! Ce genre de titre, outre qu’il a tendance à réduire maladroitement l’histoire à ce qu’il annonce, présente un écueil fâcheux : en dotant son texte d’une identité si étendue, l’auteur prend le risque que le lecteur n’arrive pas à fixer le titre dans sa mémoire. Comment, alors, parler d’un livre dont on est incapable de prononcer le titre sans user de moyens mnémotechniques ?

Outre ce détail, l’histoire est charmante, plutôt tendre et parfois drôle. Ne connaissant pas de personnes autistes, je suis bien incapable de juger de la vraisemblance du personnage principal. Il me semble toutefois que la fin du roman est bien improbable. Je garderai de cette lecture un souvenir plutôt positif même si je ne suis pas vraiment le public de ce genre d’histoire que je conseille aux jeunes lecteurs.

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La venture d’Isée

Album de Claude Ponti.

Isée est décidée : elle quitte ses parents pour quelques jours. « Je veux vivre une venture, et une vraie belle. » Suivie de Tadoramour, son petit frère, elle ne suit que les chemins qu’elle veut et ne va que vers les horizons qui lui plaisent. « Elle prend un chemin qui traverse des saisons mélangées. » En chemin, elle rencontre le Frédilémon et d’autres créatures, notamment un ersatz de Petit Prince qui n’est pas à la fête. Tous souhaitent l’épouser, mais Isée n’est pas là pour se marier, mais pour vivre une belle venture. « Tiens, va voir là-bas si j’y suis ta fiancée ! »

Les monstres charmants et les drôles de bestioles de Claude Ponti font mes délices : enfant, j’étais fascinée par ses histoires ; adulte, je les relis avec attention et émotion. J’aime l’inventivité lexicale de cette histoire et les jeux de lecture : il faut avoir les yeux partout. Isée est une jeune héroïne courageuse, déterminée et droite dans ses baskets : elle sait ce qu’elle veut et elle ne s’en laisse pas compter, et surtout pas fleurette. Oui, l’aventure est aussi pour les petites filles !

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Billevesée #176

Je n’aime pas la mayonnaise, mais ça ne m’empêche pas de m’interroger sur son étymologie. Attention, fouillis ! Voilà ce que dit Wikipedia. Je ne reformule même pas !

La première acception du mot apparaissant en 1806. Il pourrait venir de Mahon, capitale de Minorque dans les Baléares, Espagne, occupée par les Anglais  et conquise par le maréchal de Richelieu en 1756. Son cuisinier lui aurait présenté cette sauce, baptisée « la mahonnaise », fabriquée avec les deux seuls ingrédients dont il disposait : œuf et huile. Néanmoins, cette sauce commençait à être décrite un peu avant cet évènement.

Une autre hypothèse repose, d’après Carême, sur un dérivé de magnonaise (du verbe magner ou manier) ou, d’après Prosper Montagné, de moyeunaise (ou moyennaise ), basé sur moyeu(x) (ou moyen) qui signifie jaune d’œuf en vieux français. On a pu aussi proposer de rattacher le mot à l’ancien verbe mailler signifiant « battre ».

Joseph Fabre affirme, pour sa part, que mayonnaise est une altération du mot magnonnaise, dérivé de Magnon (Lot-et-Garonne) et qu’un cuisinier de Magnon l’aurait vulgarisée d’abord dans le Midi ; il note que cette sauce a été nommée indifféremment mahonnaise, bayonnaise et mayonnaise.

La ville française deBayonne (sauce « à la Bayonnaise ») aurait également pu donner son nom à ce type de sauce par déformation orthographique. Cette forme semblerait être confirmée par le fait qu’il n’existe pas de trace écrite de la sauce « à la mayonnaise » avant le début du XIXe siècle, donc longtemps après la prise de la ville de Mahon.

Une hypothèse, plus controversée, et émise par le linguiste et historien Nicolas Lepreux, suggère que la mayonnaise proviendrait de la région de Mayenne, et que le « e » se serait mué en « o » au fil du temps : l’histoire apocryphe raconte que le duc de Mayenne aurait trop abusé la veille de la bataille d’Arques de poulets assaisonnés d’une sauce remarquable, si bien que le lendemain il tomba de cheval et perdit la bataille.

Alors, billevesée ?

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Les travailleurs de la mer

Roman de Victor Hugo.

Sur l’île de Guernesey, en dépit de sa mauvaise réputation, Gilliat est un homme bon, voire un homme d’exception : marin aguerri, charpentier et maréchal-ferrant à ses heures, Gilliat vit seul et éloigné du monde. Un jour de neige, il tombe amoureux de Déruchette, la jolie nièce de Mess Lethierry, riche propriétaire de l’unique bateau à vapeur de l’île. Quand la Durande fait naufrage, Gilliat se lance dans un sauvetage spectaculaire, espérant gagner le cœur de Déruchette. Mais la belle aimera-t-elle le farouche Gilliat ?

Une image précède ce roman, celle de Gilliat combattant la pieuvre, hideux monstre plus terrifiant que les tempêtes les plus violentes. « Tous les idéals étant admis, si l’épouvante est un but, la pieuvre est un chef-d’œuvre. » (p. 434) La lutte entre l’homme et l’animal est fabuleuse, mais j’ai de loin préféré le combat que Gilliat livre à la mer en lui arrachant la carcasse de la Durande.  Le sauvetage de la machine est épique et conjugue de nombreux éléments tragiques. On trouve la noblesse de cœur, la force physique hors du commun, le courage héroïque et l’humilité généreuse. Gilliat est un martyr de l’amour qui fait de son être une offrande à la mer, seule compagne éternelle.

Mess Lethierry aime passionnément deux choses : son bateau et sa nièce. Il a d’ailleurs nommé la seconde d’après la première. « Durande et Déruchette, c’est le même nom. Déruchette est le diminutif. » (p. 150) Les deux figures féminines sont jumelles et complémentaires puisque Gilliat, en sauvant l’une, libère l’autre. Dans un roman de Victor Hugo, il n’y a pas d’intrigue ou de personnages secondaires, mais des chemins de traverse qui reviennent toujours au sujet principal : maisons visionnées, contrebandiers, anciennes trahisons, tout cela fait l’objet d’un traitement particulier jusqu’à ce que la tapisserie soit achevée.

Et surtout, Victor Hugo étudie à fond et il aime ses sujets d’étude. Les travailleurs de la mer est dédié à Guernesey, île refuge où il panse les plaies de l’exil. Un livret précède le roman : L’archipel de la Manche est une cartographie savante et amoureuse des îles anglo-normandes, mais aussi une étude sociohistorique. « Les îles de la Manche sont des morceaux de France tombés dans la mer et ramassés par l’Angleterre. De là une nationalité complexe. Les Jersiens et les Guernesiens ne sont certainement pas anglais sans le vouloir, mais ils sont français sans le savoir. S’ils le savent, ils tiennent à l’oublier. » (p. 42) L’île qui a accueilli l’exilé méritait un hommage, elle a eu un roman et cette reconnaissance est des plus éternelles.

Du grand Victor, je ne peux que vous conseiller encore et encore Notre-Dame de Paris et L’homme qui rit.

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Brume

Recueil de nouvelles, en deux volumes, de Stephen King.

Paranoïa Ici, vous trouverez :

  • Une tempête suivie d’un brouillard dans lequel se cachent des créatures terrifiantes ;
  • Un singe mécanique animé des pires intentions ;
  • Une femme qui roule si vite qu’elle rajeunit, mais à quel prix ? ;
  • Un tigre dans une école ;
  • Un étudiant sniper ;
  • Une technologie qui permet la téléportation sous certaines conditions ;
  • Des mystères, de l’hémoglobine et des vilaines bestioles.

Dans ce premier volume, on sent les défauts des textes de jeunesse : Stephen King, en cherchant son chemin vers l’horreur la plus complète, accumule les effets et en fait parfois tellement qu’on se croit devant un téléfilm de série Z. Certaines phrases sonnent terriblement faux : « Les vieux arbres nous veulent du mal. […] Je crois même qu’ils nous tueraient s’ils en étaient capables. » (p. 47 & 48) Et là, hélas, la terreur cède parfois le pas au rire, fou et tonitruant parce que non, vraiment, on ne peut pas y croire. Cependant, pour avoir lu des textes ultérieurs de l’auteur, je sens qu’il était déjà sur la bonne voie, qu’il tirait les bonnes ficelles. « La terreur est l’élargissement de la perspective et de la perception. » (p. 144) Je suis donc plutôt indulgente devant la grossièreté de ces textes.

La faucheuse Et ici, vous trouverez :

  • De très mauvais souvenirs ;
  • Des personnages inquiétants en raison d’une très légère – si légère – différence ; « C’était un jeune homme avec un vieux visage, si vous voyez ce que je veux dire. » (p. 37)
  • Un club où l’on se raconte des histoires terrifiantes ;
  • Des personnages qui semblent ne pas vieillir et une vieille dame qui est sûrement une sorcière ;
  • Une mer de sable ;
  • Un miroir où vous n’allez pas aimer vous regarder ;
  • Un chirurgien échoué sur une île avec peu de perspectives de survie ;
  • Des automobiles malveillantes et autres machines possédées ;
  • Une vieille femme qui disparaît dans l’hiver ;
  • Les affres de la création chez les écrivains.

Vivre une histoire qui fait peur est parfois moins terrifiant que raconter une histoire qui fait peur et Stephen King, en bon conteur, l’a bien compris. « Tout récit macabre doit avoir une origine ou un secret. » (p. 188) Dans ce deuxième volume, le futur maître de l’épouvante est encore un apprenti qui fait ses armes sur des sujets qu’il exploitera plus tard dans des récits plus longs. On trouve déjà certaines des obsessions de l’auteur : les automobiles, les liens familiaux, l’alcool, la réflexion sur le travail de l’écrivain et la folie qui est une puissance incontrôlable. « La folie est une sorte de balle élastique qui atteint le cerveau. » (p. 289) Ces textes sont de qualité très inégale, mais ce fut un plaisir de remonter dix-sept années d’écriture et de tâtonnements artistiques. Le génie est une chose, mais sans le travail, les erreurs et les recommencements, il est peu de choses. C’est aussi cela qu’écrit, humblement, Stephen King.

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Purge

Roman de Sofi Oksanen.

Un matin de 1992, alors que le bloc de l’Est poursuit son effondrement et que les Russes quittent peu à peu l’Estonie, la vieille Aliide trouve une jeune fille affolée dans son jardin, Zara, jeune Finlandaise qui fuit un homme. « Peut-être qu’elle faisait maintenant une erreur en se rebellant contre son destin de pute, mais il était vain de penser à cela maintenant. » (p. 293) L’histoire de Zara entre en résonance avec celle d’Aliide qui, des décennies plus tôt, a aimé Hans, le mari de sa sœur, et qui aurait tout fait pour l’avoir rien qu’à elle, jusqu’à l’impensable. Depuis des années, elle vit avec des secrets et des hontes : son passé est lourd à porter et elle craint sans cesse qu’il refasse surface, qu’il remonte de la cave où elle vécu sa plus grande douleur. Aliide est de ceux qui ont collaboré, qui ont laissé les Russes toucher à l’Estonie. Pour ça, elle sait qu’on la hait et elle craint les pillages, mais elle ne reculera jamais. « Cette terre était sa terre, elle en était issue et elle y resterait, elle n’en partirait pas, elle n’y renoncerait pas. » (p. 195) Aider Zara, finalement, c’est s’opposer enfin à l’URSS, dire non à la toute-puissance des hommes et à leurs désirs sales. Zara aussi a beaucoup à cacher, mais elle cherche surtout à comprendre le pesant secret de famille qui est son héritage.

Sordide. Épais. Poisseux. Crasseux. Ces qualificatifs n’ont cessé d’accompagner ma lecture. Purge est un roman pesant et sombre où se heurtent en un violent fracas l’histoire de l’Estonie et le destin de quelques individus. La rédemption ne s’y acquiert qu’au prix du sacrifice et de la brutalité. L’image récurrente des mouches qui se posent sur la viande résume parfaitement l’atmosphère de ce récit : ici, tout est putride. Lecture âpre et dérangeante, mais qui marque pour longtemps. Il est dans mes habitudes de lire les bestsellers des années après tout le monde : j’aurais peut-être dû attendre encore un peu pour ouvrir celui-là.

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Kœnigsmark

Roman de Pierre Benoit.

Une nuit, quelques heures avant un assaut contre les Allemands, le jeune lieutenant Vignerte raconte ses amours malheureuses à un camarade de tranchée. Tout commence en 1912 quand, pauvre étudiant en Sorbonne, il refuse un poste de professeur dans une école parisienne pour devenir le précepteur d’un jeune duc en Allemagne. En effet, sa vocation universitaire est bien faible face à son goût pour le luxe et la richesse. Raoul Vignerte part donc pour le grand-duché de Lautenbourg-Detmold où il s’éprend follement de la grande-duchesse Aurore, remariée à son beau-frère après la mort étrange de son époux en Afrique. « Tu souffres. De quoi ? De ta maudite imagination. Ne sens-tu pas désormais que le sort pourrait t’offrir vainement les femmes de Paris, les trésors d’Iranie, sans satisfaire le rêve composé de nuées que tu portes en toi ? Elle, cette femme, la grande-duchesse ? » (p. 100) Dans cette cour allemande, Vignerte trouve une bibliothèque fascinante, des intrigues, des mystères, des adultères et des histoires qui sonnent comme des légendes.

Sans aucun doute, ce roman a vieilli, mais le texte a cet aspect jauni qui m’émeut. L’intrigue amoureuse, mise au premier plan, sert à merveille l’intrigue policière, voire politique, qui entoure le remariage de la grande-duchesse Aurore. J’ai souri devant le motif si classique – presque cliché – de l’amour entre le très jeune homme et la femme mariée, tendre rapprochement irrémédiablement voué à l’échec. La figure du jeune pauvre qui « monte » à Paris, puis ici dans une cour royale, est toujours porteuse d’une grande puissante dramatique : on aime voir le jeune homme en découdre, s’enivrer de plaisirs inédits, se croire maître du monde après quelques premiers succès, mais on n’oublie jamais d’où il vient. « Je m’assis humblement dans un coin avec la maladresse de ceux qui craignent qu’on voie qu’ils n’ont pas l’habitude. » (p. 29)

Je ne pense pas me souvenir très longtemps de ce texte tant il raconte une histoire que j’ai déjà lue ailleurs et souvent, mais il m’a offert un charmant moment de lecture et c’est parfois tout ce qu’il faut attendre d’un roman.

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Sula

Roman de Toni Morrison.

Dans les années 1910, dans le Fond, le quartier noir de Medaillion, Ohio, Nel et Sula partagent une amitié solide et intense. « C’était des petites filles solitaires dont l’isolement était si profond qu’il les enivrait et les précipitait dans des visions en technicolor incluant toujours une présence, quelqu’un qui, à l’égal de celle qui rêvait, partageait les délices de ce rêve. » (p. 60) Hélas, la vie va éloigner les deux inséparables : Nel choisit le mariage et la vie de famille, Sula veut le plaisir et la liberté, jamais les attaches. « Sula apprenait que le sexe était quelque chose d’agréable et de fréquent, mais sans rien d’extraordinaire. » (p. 52) Quand elle revient à Medaillion, des années trop tard, tout a changé et personne ne veut d’une négresse indépendante et fière, même pas Nel. « Je ne veux avoir personne d’autre. Je veux m’avoir, moi. » (p. 102) C’est alors toute une ville qui fait front contre un individu, toute une ville qui se fond dans une haine aigre et hypocrite. Les revendications de Sula étaient vouées à l’échec, elles étaient trop belles pour ne pas être lancées à la face du monde.

L’Amérique profonde, le début du 20e siècle et son racisme : cet univers n’était déjà pas fait pas pour les femmes, encore moins pour les femmes noires. Le passage de l’amitié d’enfance à l’affrontement de femmes est explosif : au détour d’une phrase, la rupture est consommée et les deux amies de jadis sont désormais rivales. Je suis sous le charme de la beauté des dialogues, riche d’une oralité musicale et rythmée comme un vieux gospel. Toni Morrison peint un superbe portrait de femme, mais elle crée également des personnages secondaires qui mériteraient qu’on leur consacre des romans. Je ne cite que Shadrack, inventeur de la journée internationale du suicide, et Eva Peace, unijambiste pour qui la fin justifie les moyens. Sula confirme mon admiration pour Toni Morrison et sa plume belle et exigeante.

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Billevesée #175

Quand une amie blogueuse lance un concours photo pour faire gagner un livre dont le titre est L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA et qu’elle demande une mise en scène à base de placards ou de tiroirs, je ne résiste pas à mettre en scène un lapin.

Alors, billevesée ?

J’adore mon petit meuble multicolore !

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Un roman anglais

Roman de Stéphanie Hochet. À paraître le 6 mai 2015.

1917 dans le Sussex : Edward et Anna Whig sont comblés depuis la naissance de Jack. Mais Anna aimerait reprendre ses travaux de traduction tout en offrant à son fils les meilleurs soins possible. « Je voulais que Jack jouisse de la vie avec insouciance, dans un nid de mensonges bienveillants que j’avais fabriqué pour lui. » (p. 10) À l’annonce postée dans le Times, c’est George qui répond. George comme l’auteure George Eliot. Mais ce n’est pas une jeune fille qui descend du train : c’est un jeune homme qui sera le garde d’enfant de Jack. Décidant de ne pas donner prise aux préjugés, Anna accueille avec curiosité ce garçon au cœur fragile qui sait si bien s’occuper de Jack. « J’ai remarqué comme il aime tenir la main de Jack tout comme Jack aime avoir sa main dans la grande paume du jeune homme. L’un lié à l’autre, aussi intimement qu’une éléphante à son petit, avec la même disproportion de taille entre les deux. Comme si l’enfant se hissait en se tenant à George. Comme si George puisait en Jack la joie même de l’enfance. » (p. 70) Quant à Edward, horloger minutieux et aux ambitions réduites, il est jaloux de cet inconnu qui lui vole l’affection de son fils et l’attention de sa femme, qui le place en intrus dans sa propre maison, qui fait de lui le bouffon d’un drame intime. « Edward rêve à son monde avant que George y fasse irruption. Un jeune homme cardiaque entre chez vous, votre l’enfant l’apprécie et votre femme change, qu’en penser ? » (p. 136)

Les chapitres sont courts et présentent une réflexion ininterrompue qui relève de l’intime, sans jamais tomber dans l’écueil – éculé – du journal. Le lecteur est pris dans une manifestation du stream of consciousness : ce que l’on lit, ce n’est pas le personnage narrateur qui s’exprime consciemment, c’est plutôt le flot coupablement débridé de ses pensées. La guerre en fond sonore ajoute à la tension qui se noue dans le théâtre domestique : l’incertitude qui entoure la survie du cousin John et l’horreur qui arrive par bribes de France jettent des ombres sinistres. « Comment avez-vous métamorphosé les Flandres en champs de boue, en territoire de sang ? » (p. 75)

L’auteure propose un remarquable portrait de femme : Anna, déchirée par l’accouchement, doit recomposer sa féminité en y ajoutant la maternité. « Je suis une lionne aimante en colère, ma nature demeurée secrète est d’une sauvagerie sanglante. J’ai tous les droits face à toi, Jack. » (p. 87) Face à George, Anna se redécouvre et change, jetant aux orties une pelisse qu’elle ne savait pas avoir endossée et qu’elle ne savait pas si inconfortable. Anna devient sublime et – comme la femme du bandeau qui entoure le roman et qui ressemble tant à une peinture de Dante Gabriel Rossetti – elle irradie de mystère.

Si vous êtes toujours à l’affût des plumes de demain, arrêtez-vous ici : Stéphanie Hochet est une plume d’aujourd’hui, moderne et originale, érudite et modeste. La lettre qu’Anna Whig écrit au ministre de la guerre contient toute la beauté et tout le talent de l’auteure. Lisez-la, relisez-la. En un sens, elle fait écho aux lettres de poilus que l’on connaît tous un peu. L’écriture de Stéphanie Hochet est fine, précise et très évocatrice. Il y a des images dans ce roman. Je n’ai pas pu m’empêcher de prêter à George les traits de David Bowie dans Merry Christmas Mr Lawrence (titre français : Furyo), pendant les années de pensionnat du personnage : ce jeune homme blond, longiligne et troublant s’est imposé à mon imagination, comme un mirage, comme une évidence.

De Stéphanie Hochet, lisez aussi son brillant Éloge du chat ou un autre de ses romans, Sang d’encre.

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Billevesée #179

Un peu d’étymologie, parce que j’adore ça.

Penchons-nous, sans nous casser la margoulette, sur le mot « shérif ».

Ce mot est la contraction des termes anglais « shire reeve » : « shire » est une circonscription administrative similaire au comté ; « reeve » est un officier qui maintenait l’ordre parmi les serfs d’un domaine. Au Far West, le shérif est un figure emblématique, très douée de la gâchette, et que l’on reconnait à son insigne étoilé. Donc, plus question de serfs, mais de hors-la-loi et de duels au soleil de midi dans la rue principale !

Alors, billevesée ?

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Les aventures de Thursday Next par Jasper Fforde

Tome 1 : L’affaire Jane Eyre – Tome 2 : Délivrez-moi ! – Tome 3 : Le puits des histoires perdues – Tome 4 : Sauvez Hamlet ! – Tome 5 : Le début de la fin – Tome 6 : Le mystère du hareng saur – Tome 7 : Petit enfer dans la bibliothèque

Thursday Next est détective littéraire et agent de la Jurifiction. Elle se balade dans les livres, traque les criminels littéraires et protège les romans écrits ou à venir. Dans son monde, la littérature est une composante essentielle de la vie quotidienne et les technologies ultra-sophistiquées permettent toutes les folies : voyager dans le temps, dans les livres, dans les rêves, etc.

Ça ne se lit pas, ça se dévore ! Et c’est une nouvelle participation au Défi des 1000 de Fattore : 410 + 444 + 446 + 472 + 500 + 478 + 408 = 3158 pages !

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Bienvenue !

Album jeunesse de Jean-Baptiste Baronian. Illustrations de Laurence L. Afano.

C’est la fête de l’école, tout le monde doit participer. « Je vous rappelle, dit la maîtresse, que vous m’avez promis de préparer chacun des attractions. Et surtout, essayez d’avoir des idées amusantes et originales. » Julot le lapin aimerait bien trouver une idée amusante et originale, mais c’est plutôt l’idée qui va le trouver, en la personne de Grand Lion, un jeune jongleur de rue, et de Léonard qui dessine à la craie sur le sol. Il y a aussi un groupe de musiciens de rue. Voilà, ils sont tous invités à la fête de l’école. « Dites, les enfants, on n’est pas très chics pour aller à votre fête… Vous savez, quand on est obligé de travailler du matin au soir dans la rue… / Vous êtes bien comme ça, dit Julot, n’ayez aucune crainte. Vous êtes tous les bienvenus. » Et la fête de l’école est une réussite !

Bons sentiments et angélisme parcourent un peu cette histoire, mais le seul message que je veux retenir de cet album composé de dessins à la gouache et de collages, c’est que l’école est ouverte à tous les talents. Non au formatage, oui au partage et et à l’autoformation !

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Les oiseaux

Roman de Tarjei Vesaas.

Mattis vit depuis toujours à la charge de sa sœur, Hege. Il ne travaille pas et est très peu capable de mener à bien une tâche. Au village, tout le monde l’appelle La Houpette. Et Mattis déteste ce surnom : il sait qu’il est idiot et qu’il cause du souci à sa sœur. « Une voix monta en lui : C’est moi qui ai fait grisonner Hege. Ainsi, peu à peu, la vérité l’accabla. Il eut profondément honte de sa conduite. » (p. 29) Mais les résolutions ne Mattis ne tiennent jamais longtemps. Il suffit qu’une bécasse passe au-dessus de la maison et il se prend à rêver que tout va changer. C’est là le grand défaut de Mattis : il rêve et il espère trop. « Je vais finir par me tuer à force de penser, répondit-il, et c’était la vérité. » (p. 260) Alors qu’il est devenu passeur sur le lac, il devient l’instrument de sa propre perte, du bouleversement de son existence et l’exécutant de sa plus grande peur : perdre Hege.

Mattis est une bouleversante figure d’idiot : avec sa conception tronquée du monde, il voit plus loin que les autres, mais il est incapable de faire comprendre ce qu’il a vu. Cassandre imbécile aux rêves exaltés, Mattis n’aurait sa place que dans un monde où il serait isolé avec sa sœur. Mais Hege, quasi mutique, exprime silencieusement et hargneusement son désir d’ailleurs et d’autre chose. Le récit est sous-tendu par un potentiel de violence qui vibre à chaque page et qu’un souffle pourrait faire éclater. Et pourtant, il ne se passe presque rien dans cette histoire, à peine quelques évènements quotidiens qui font frissonner l’ordinaire. Mais c’est compter sans la fureur incontrôlée des rêves de Mattis et les profonds tourments de l’attente résignée dans lesquels plonge Hege.

Du même auteur, je vous conseille Palais de glace. Et au sujet des rapports fraternels, avec un traitement différent, lisez L’honnête tricheuse de Tove Jansson.

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Billevesée #174

Paris, affectueusement, on peut l’appeler Paname.

Mais d’où donc que ça vient ?

Très probablement du panama, ce chapeau portés par les ouvriers qui creusaient le canal du même nom, couvre-chef adopté par les Parisiens élégants des années 1900.

Alors, billevesée ?

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Le livre d’un été

Roman de Tove Jansson.

Sophie passe l’été avec sa grand-mère et son papa sur une petite île du golfe de Finlande. La vieille femme fume en cachette, construit une réplique de Venise avec des brindilles et ne se prive jamais de faire une sieste. Insensiblement, Sophie grandit, s’interroge, se rebelle. La tendre connivence vire doucement à l’affrontement entre l’aïeule et l’enfant, la première étant lourde d’un savoir qu’elle ne peut pas partager, la seconde s’effrayant un peu de tout ce qui lui reste à connaître. « Il y a très longtemps, la grand-mère avait eu envie de raconter tout ce qu’elles faisaient, mais personne ne le lui avait jamais demandé. Et maintenant, elle en avait perdu l’envie. » (p. 77) Les journées s’écoulent lentement, chaque évènement devenant à lui seul une épopée, et le temps est davantage spectateur qu’acteur de l’histoire. Il assiste à l’inexorable décrépitude de la vieille, laquelle se sait fermement poussée vers la fin par une enfant pleine de vie.  « Je sais que je peux tout faire. J’ai pu tout faire pendant si longtemps et j’ai vu et j’ai vécu de toutes mes forces. Cela a été fantastique, je t’assure. Mais maintenant, c’est comme si tout m’échappait, je ne me souviens pas, je ne m’intéresse pas, et pourtant c’est justement maintenant que j’en aurais besoin. » (p. 81) La violence est pourtant sans éclat et ne reflète que le cours immuable du monde.

Le style est d’une grande délicatesse, forgé dans la poésie de la banalité et des petits riens. Ce roman présente la beauté des choses qui ont été toujours là, la mer, la forêt, la mousse et le vent. Comme je l’avais déjà constaté et apprécié dans L’honnête tricheuse, Tove Jansson fait montre d’une économie de mots qui parvient à tout dire : les ellipses, les silences et les interruptions sont lourds de sens et de sentiment. La fin du roman est comme une saison qui s’achève : on n’y croit pas vraiment, on espère que ça va continuer, mais il faut se rendre à l’évidence, il est temps de tourner la page.

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Blanche-Queue

Album jeunesse de Dick Dudley. Illustrations de Carol Wynne.

Blanche-Queue est un lapin curieux. Il regarde tout et s’interroge beaucoup. « Est-ce un joli nuage, doux et soyeux… ou un mouton un peu paresseux ? » Il y a tant de choses à découvrir dans la maison et tout autour !

J’aime les livres que l’on peut manipuler. Ici, je me suis régalée : il y a des languettes à soulever et des morceaux de tissu à toucher. Les questions vont par deux autour d’une même matière et permettent à l’enfant de faire des rapprochements entre les objets, les animaux et les formes. La surprise est au-rendez à chaque morceau de carton qu’il faut soulever et c’est un vrai plaisir de tourner les pages de ce petit album cartonné.

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Les petits vieux d’Helsinki mènent l’enquête.

Roman de Minna Lindgren.

Dans la résidence du Bois du Couchant, des petits vieux passent leurs derniers jours entre parties de cartes, pilules et potins. La douce tranquillité des lieux est ébranlée par la mort d’un des employés et par les déclarations d’un pensionnaire qui prétend avoir été agressé sexuellement par son aide-soignant. Remontent alors des questionnements sur la gestion administrative de l’établissement et sur la facturation abusive de certains services proposés aux résidents. Siiri et Irma, deux des pensionnaires, décident d’en savoir plus, mais ce n’est pas facile quand il leur faut déjà plusieurs minutes pour quitter leur lit tous les matins.

Depuis Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, on a compris qu’on ne peut plus cantonner les vieux dans les maisons de retraite. Mais le texte de Jonas Jonasson ne reposait pas sur l’humour sinistre qui anime le roman de Minna Lindgren. On trouve ici une compilation de tous les clichés que l’on s’attend à lire sur le troisième âge. Je ne suis hélas pas bon public face à ce genre de burlesque triste. « On mettait un appareil auditif aux vieux dans une seule oreille, uniquement pour prévenir tout le monde qu’ils n’entendaient pas. » (p. 46) Les pertes de mémoire, l’incontinence, le gâtisme, les déambulateurs et l’abus de faiblesse sur personnes vulnérables, ça ne me fait pas rire.

Le cœur incroyablement lourd, j’ai abandonné cette lecture après 150 pages. Mon avis n’est donc, forcément, pas représentatif. J’ai lu sur certains blogs que ce roman était réjouissant, drôle et loufoque. Alors ne vous fiez pas à mon seul ressenti et tentez votre chance avec ce roman.

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Billevesée #173

La première loterie française fut organisée par François Ier qui avait l’idée d’utiliser cette pratique pour renflouer les caisses du Trésor royal.

Alors, billevesée ?

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Bowie Style

Ouvrage de Marc Paytress.

Impossible de passer à côté de David Bowie sans le voir. Outre le chanteur, il y a l’image qu’il affiche. Et peut-être qu’il n’y aurait pas de chanteur sans cette apparence qu’il n’a jamais cessé de soigner et de faire évoluer. « J’aime être bien habillé, mais je ne pense pas que ma réputation doive reposer sur mon style vestimentaire. » Il ne faut pas réduire David Bowie à ses extravagantes tenues de scène, à ses audacieux maquillages et à ses incessantes excentricités. « Le style, pour Bowie, est indissociable de l’art. Ce sont les livres qu’il lit, les tableaux qu’il achète, les films qu’il regarde. »  Il y a bien un style David Bowie : c’est un ensemble complexe et délicat que Marc Paytress tente d’embrasser dans son livre, à grand renfort de photographies, d’anecdotes, de références et d’extraits de presse.

Peintre, auteur, chanteur, mime, acteur, Bowie a quelque chose de l’homme-orchestre, de l’artiste ultime. Touche-à-tout talentueux et audacieux, en 50 ans de carrière, il n’a eu de cesse d’intégrer la nouveauté dans son art, voire de la devancer et de la créer. Au fil des images, on voit comment l’iconoclaste est devenu une icône, comment le profanateur est devenu une légende et comment l’avant-gardiste est devenu une référence.

On trouve de superbes photos de scène, des portraits et des clichés privés : la collection d’images de Marc Paytress est un gigantesque book où Bowie, mannequin un brin cabotineur, prouve que l’objectif lui va très bien. « Dans l’idée que Bowie s’en faisait, la célébrité n’était pas ce qui récompense une carrière artistique réussie ; c’était une composante inaliénable du processus créatif […]. C’était une conception ingénieuse et révélatrice. » Mais qu’on ne s’y trompe pas, en superposant les masques et les maquillages, David Bowie s’expose et se met en scène pour mieux se cacher de lui-même et de ses démons intimes.

Bowie style est un bel objet où j’ai retrouvé les magnifiques costumes de David Bowie que j’ai pu approcher lors de l’exposition David Bowie is, à la Philharmonie de Paris. Mais pour une biographie plus exhaustive de l’artiste, je vous conseille David Bowie de Jérôme Soligny, une des références françaises en la matière.

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Le mystère du hareng saur

Tome 1 : L’affaire Jane Eyre – Tome 2 : Délivrez-moi ! – Tome 3 : Le puits des histoires perdues – Tome 4 : Sauvez Hamlet ! – Tome 5 : Le début de la fin

Roman de Jasper Fforde.

Le Monde des Livres a bien changé après la Refonte : le voilà doté d’une véritable géographie. « Au large des côtes s’étend l’île du Compte d’Auteur, et au-delà du Compte d’Auteur s’étend l’île du Fandom. Au-delà du Fandom se trouve la Dissertation et encore au-delà l’Excuse pour n’avoir pas rendu sa dissertation. Celle-ci est souvent la plus lyrique, construite qu’elle est dans un état de panique et d’urgence en espérant échapper à une heure de colle. » (p. 429) Sur cette île de la Fiction, il y a des frictions sur certaines frontières, notamment entre le Roman Grivois et la Littérature Féminine. Les pourparlers de paix sont pour bientôt, mais Thursday Next a disparu et sans elle pour arbitrer le dialogue, il y a fort à parier qu’une guerre éclate entre les deux genres narratifs. Thursday5, qui est l’avatar de fiction de la célèbre détective, fait son possible pour la retrouver. Avec les Hommes en Plaid à ses trousses et Sprockett, un robot majordome, collé à ses basques, elle ne peut compter que sur elle-même pour remettre un peu d’ordre dans le Monde des Livres et combler le déficit en Métaphore.

Si j’ai passé un bon moment avec ce sixième volume des aventures de Thursday Next, je suis moins enthousiaste qu’à la fin de mes précédentes lectures. Premier point à noter : le traducteur a changé au volume précédent. Ce n’est plus Roxane Azimi qui officie, mais Jean-François Merle. Dans Le début de la fin, j’avais déjà ressenti un changement de ton et de rythme que j’avais réussi à occulter. Dans ce tome, c’est beaucoup plus difficile : je ne retrouve pas l’enthousiasme farfelu et la facilité lexicale des précédents tomes. Cela tient peut-être au texte original, mais à situations similaires – courses poursuites, quiproquos –, je préférais la plume de Roxane Azimi.

Deuxième point, ce volume se passe presque intégralement dans le Monde des Livres : ce qui faisait à mes yeux le charme des précédents volumes, c’est justement les aller-retour entre fiction et réalité et ce que cela supposait de situations compliquées, voire inextricables. Ici, immersion totale dans le monde fictionnel, jusqu’à l’overdose par moment. « J’ouvris la porte sur trois Dostoïevskicismes qui me dévisagèrent à travers un épais nuage de relativisme moral. » (p. 17) L’humour est toujours bien présent et l’intrigue se tient bien, avec un dénouement aussi retentissant que les précédents, mais tout de même, trop de fiction fatigue le lecteur.

Tout cela ne m’empêchera pas de lire le septième volume et advienne que pourra !

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Lièvre et Ours vont à la pêche

Album d’Emily Gravett.

Quelle belle journée ! Idéale pour aller pêcher ! Avec tout le matériel nécessaire, Lièvre et Ours vont au bord de la rivière. Hélas, si Ours aime pêcher, il n’est pas vraiment doué ! « Il pêche le chapeau de Lièvre. » Et d’autres choses insolites… Lièvre s’ennuie un peu et pendant qu’il fait des guirlandes de marguerites, Ours s’endort sur sa canne à pêche. Il faut être patient pour attraper un poisson, et quand ça mord, il faut être bien réveillé pour ne pas perdre sa prise !

Voilà une charmante histoire magnifiquement servie par des illustrations superbes. Le petit lapin gris aux très longues oreilles et le grand ours roux et doucement hirsute forment un beau duo d’animaux. Le trait du crayon gras est doux et dense : sa couleur est profonde et très lumineuse. L’album lui-même est un très bel objet : carré avec sa couverture découpée, il offre de belles pages au papier épais et presque cartonné. Bref, voilà un vrai plaisir de lecture pour petites et grandes lectrices.

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Le petit lapin à l’école

Album jeunesse de Dick Bruna.

Le petit lapin se rend à l’école. Il y a tant de choses à découvrir avec la maîtresse. « Le petit lapin apprend à écrire, il fait des dessins, mais il ne sait pas lire ! » Il apprend à compter, il chante avec ses camarades de classe et apprend la danse des lapins. Mais ce qu’il préfère, c’est faire des dessins avec beaucoup de couleurs, d’autant plus que la maîtresse les accroche ensuite sur les murs de l’école, et tout le monde peut les voir !

Je craque devant ce petit personnage et ses illustrations d’une grande simplicité. Les formes sont faciles à reproduire et les dessins rapidement identifiables. Pourtant, il n’y a rien de niais ou de simpliste : l’immédiate compréhension de ce qui est représenté permet au contraire d’aller plus loin dans l’histoire. Les couleurs sont très vives et donnent beaucoup de dynamisme au récit. Voilà qui me donne envie de retourner à l’école !

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