Entre Neige et Loup

Bande dessinée d’Agnès Domergue et Hélène Canac.

Lila, toute petite fille aux longs cheveux violets, vit sur une île, loin de tout. Elle a peur de la neige et ne sort jamais, protégée par son père et entourée de ses amis Moshi, Mochi et Bambou. Un soir que son père ne revient pas à la maison, Lila se lance à sa recherche dans l’île enneigée. Ce faisant, elle part à la rencontre de ses souvenirs et de son passé, pour ne pas perdre définitivement ses couleurs.

Délicat comme un conte japonais et dynamique comme une histoire d’aujourd’hui, ce joli album est un plaisir à lire. Les images sont d’une beauté éblouissante et le récit, entre poésie et magie, est de ceux que l’on n’oublie pas. J’en retiens surtout deux phrases qui résonnent profondément dans mon histoire. « On ne peut pas toujours tenir ses promesses. / Alors une promesse, c’est le risque du mensonge. » (p. 14)

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La voleuse des toits

Roman de Laure Dargelos.

Quatrième de couverture – Véritables piliers de la société, les règles écarlates ont prohibé toutes formes d’expression : l’art, la littérature et la musique n’existent plus. Chaque jour, la milice multiplie les exécutions pour asseoir l’autorité du régime. Dans ce monde totalitaire, Éléonore Herrenstein, une jeune aristocrate, s’élève contre l’ordre établi. Demoiselle respectable le jour et voleuse la nuit, elle espère rejoindre la rébellion pour renverser le gouvernement. Hélas, la voilà brusquement fiancée à l’un des hommes les plus puissants du royaume. Qui est donc Élias d’Aubrey, cet être impénétrable qui semble viser le pouvoir absolu ? Un étrange secret ne tarde pas à ressurgir du passé, un mystère qui entoure une toile peinte un demi-siècle plus tôt. Éléonore ignore encore que sa quête l’entraînera bien plus loin qu’elle ne l’imagine. Dans un voyage au-delà du possible…

C’est un abandon en page 100… Ce que j’ai lu de ce premier roman autoédité est loin d’être complètement mauvais, mais je n’ai pas pu surmonter les nombreux défauts de débutante de l’autrice. Le texte est alourdi par des maladresses narratives et une tendance à vouloir expliquer tout le symbolisme du récit. C’est dommage parce qu’en tant que lectrice, je me sens infantilisée. Par exemple, l’héroïne se fait nommer Plume dans ses activités illicites.« C’était l’envie de vivre sans contraintes qui lui avait inspiré son surnom. » (p. 5) Je n’ai pas besoin d’une telle phrase pour comprendre le sens du pseudonyme d’Éléonore. De plus, le style est dodelinant et l’autrice se laisse trop facilement aller aux phrases et idées toutes faites. « Il existait une liberté qui jamais ne s’évanouirait. La liberté de rêver… » (p. 7) Enfin, tout est plutôt cousu de fil blanc, avec toutefois des incohérences qui rendent l’intrigue bien difficile à suivre. Bref, pas pour moi, livre suivant !

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Recherché ! Gabin le lapin, voleur de livres

Album d’Emily Mackenzie.

Gabin préfère les livres aux carottes. Pour les dévorer certes, mais avec les yeux, de la première à la dernière page ! Hélas, rapidement, il a fait le tour – et plusieurs fois – des ouvrages qu’il possède. Il lui faut d’autres sources d’approvisionnement. « Un engouement irrésistible qui le conduisait à s’introduire dans les chambres à coucher d’inconnus pour lire leurs livres pendant qu’ils dormaient ! » De la lecture furtive, Gabin passe au larcin… mais le jeune Arthur ne compte pas se laisser faire ! Le garçon rouquin est aussi un grand bibliophile et il veut récupérer ses bouquins !

Ce court album est un petit plaisir simple et drôle pour les fanas de lecture comme moi ! Alors si un lapin se faufile entre les pages, le plaisir est décuplé, d’autant plus que le coquin Gabin cultive la même manie que moi : dresser des listes de livres ! Lui et moi ne pourrions que nous entendre : mais attention, tout livre prêté s’appelle Revient ! Je te surveille, Gabin…

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Mémoires de la forêt – Les souvenirs de Ferdinand Taupe

Roman de Mickaël Brun-Arnaud. Illustrations de Sanoé.

Dans la forêt de Bellécorce, Maître Archibald Renard tient une librairie où chacun·e est libre de déposer le livre qu’iel a écrit en espérant qu’un client l’achètera. « Trouver le bon livre pour le bon animal était une mission importante, surtout lorsqu’il n’en existait qu’un seul exemplaire. » (p. 15) Un jour, c’est Ferdinand Taupe qui se présente dans la librairie, non pas pour déposer un livre, mais pour reprendre le sien, Mémoires d’Outre-Terre. Le vieil animal, frappé de la maladie de l’Oublie-Tout, n’a que quelques photos et son livre pour retrouver la trace de Maude, son grand amour. Mais le livre a été vendu à un inconnu… « Auriez-vous l’infinie bonté de me ramener sur le chemin de mes souvenirs ? » (p. 105) Archibald quitte alors le confort de sa boutique joliment cirée pour parcourir la forêt de Bellécorce, de lieu en lieu, pour aider Ferdinand à remonter le fil de sa mémoire. D’anciennes connaissances en nouveaux ami·es, les deux compères suivent les traces de Maude.

Il faudrait un cœur bien endurci pour ne pas s’émouvoir de ce voyage à rebours du temps. La tendresse patiente du renard pour la vieille taupe est bouleversante et parle à tous : que faire quand un proche se perd à lui-même ? L’auteur a une façon très délicate de parler de la démence sénile, sans misérabilisme, mais sans cacher ses douleurs. Ode vibrante à l’amitié, le roman est aussi une déclaration d’amour aux livres et à ceux qui les aiment, auteur·ices et lecteur·ices. Vous aussi, tournez les feuilles de la forêt de Bellécorce et laissez-vous emporter par la magie d’un autre monde.

En ouvrant ce roman, je m’attendais à une histoire comme Le vent dans les saules de Kenneth Grahame, roman qui a enchanté mon enfance et que j’ai relu avec délice à l’âge adulte. La comparaison était donc, par défaut, à l’avantage de mes souvenirs. Je suis tout à fait ravie d’avoir découvert un texte qui n’a rien à envier au chef-d’œuvre écossais.

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Miss Charity – Tome 2 : Le petit théâtre de la vie

Tome 1 : Miss Charity – L’enfance de l’art

Bande dessinée de Loïc Clément et Anne Montel, d’après le roman de Marie-Aude Murail.

Charity Tiddler a désormais 15 ans. Privée de sa douce et aimable gouvernance, Mademoiselle Blanche Legros, la jeune fille trouve encore et toujours refuge dans le troisième étage de la maison familiale, dans la nursery où elle continue d’abriter sa petite ménagerie. Toujours passionnée par l’étude de la nature et le dessin, accompagnée de son fidèle lapin Peter, elle aimerait échapper aux obligations qui pèsent sur les filles en âge de se marier. « À ce stade-là de ma vie, j’avais une terrible envie d’écrire quelque chose, mais je ne voyais absolument pas quoi. Il ne se passait rien, et pire encore, je n’arrivais pas à exprimer ce que je ressentais. » (p. 65) Lors d’un été en Écosse, elle est frappée par la beauté des paysages et elle sait désormais à quoi consacrer son temps : la peinture !

Après avoir relu L’enfance de l’art, j’ai follement apprécié replonger dans l’adaptation du roman de Marie-Aude Murail, évidemment pour le charmant lapin, mais surtout pour la justesse avec laquelle est présenté le glissement doux-amer de l’enfance vers l’âge adulte. Entre l’inquiétante nurse Tabitha et le maladif cousin Philip, la jeune Charity découvre le malheur et les chagrins qu’un goûter ne peut pas effacer.

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Libres de penser – Dix femmes, dix vies philosophiques

Bande dessinée de Jean-Philippe Thivet, Anne Idoux, Marie Dubois, Jérôme Vermer.

« Dans l’histoire, il y a toujours eu des femmes libres et hardies qui ont fait honneur à l’humanité par leurs actes. » (p. 92)

Connaissez-vous ces dix femmes et leurs travaux ?

  • Cléobuline voyait dans les énigmes une excellente façon d’apprendre et de comprendre le monde.
  • Hypatie d’Alexandre a dédié sa vie à apprendre et à chercher la voie de la sagesse.
  • Sei Shônagon voyait la beauté des petites choses éphémères et a créé une nouvelle façon d’écrire.
  • Hildegarde de Bingen cherchait l’énergie du monde pour en comprendre le fonctionnement.
  • Christine de Pizan cherchait l’ordre en toutes choses.
  • Gabrielle Suchon voulait que les femmes aient accès aux sciences.
  • Louise Michel réclamait la liberté pour toutes et tous.
  • Nathalie Sarraute étudiait les mystères du monde et la complexité de l’être humain.
  • Simone de Beauvoir professait que la femme peut être le sujet de sa propre existence.
  • Etty Hillesum a cherché la paix, même au cœur de la barbarie humaine.

Les courtes biographies replacent la pensée de ces dix femmes dans leurs époques respectives. La présentation est simple, voire sommaire, mais accessible et suffisamment claire pour donner envie d’en savoir plus. Excellente introduction à la vie et à l’œuvre de ces femmes, cette bande dessinée philosophico-documentaire est à mettre entre toutes les mains ! Elle rappelle parfaitement que les femmes ont toujours pensé et cherché à dépasser le rôle que la société, la religion et/ou le patriarcat voulaient leur imposer.

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L’écorce des choses

Bande dessinée de Cécile Bidault.

Nous voici dans le monde silencieux d’une petite fille. L’enfant est sourde et les seules paroles que nous lisons sont celles de sa narration interne, aussi muette qu’elle. Dans la nouvelle maison où ses parents ont emménagé, elle fait du grenier le plus formidable espace de jeux, parfois partagé avec un voisin de son âge qui n’a cure de son handicap. Face aux difficultés de couple de ses parents, la fillette fait de son mieux et c’est le passage des saisons qui lui apporte de nouvelles possibilités de bonheur.

Que cette œuvre est belle ! Les sols fleuris sont des prairies magiques où je voudrais m’étendre longtemps ! Avec délicatesse et poésie, Cécile Bidault met en image la différence et la solitude qu’elle peut créer, mais aussi les façons de les dépasser. Il est évidemment difficile de résumer une histoire presque sans texte, mais je vous assure que vous passerez un très beau moment en tournant les pages de cet album qui mérite encore de nombreuses récompenses !

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La fin des hommes

Roman de Christina Sweeney-Baird.

2025 : en quelques semaines, une épidémie décime 90 % des hommes. Pas des humains : des hommes. Les femmes sont porteuses du virus, mais asymptomatiques, et seuls les hommes meurent. De jour en jour, Catherine, Lisa, Amanda, Elizabeth, Dawn, Irina, Morven, Amaya, Rosamie, Maria et des millions d’autres font la chronique de ce mal qui menace l’humanité. Alors que, dans l’attente d’un vaccin, les survivants se terrent pour ne pas être contaminés, les femmes reprennent en main tous les secteurs qui font fonctionner le monde, des professions où elles étaient minoritaires aux instances de décision où elles étaient largement sous-représentées. « Environ un homme sur dix a survécu. Nous devons les protéger. L’avenir de l’humanité en dépend. Sans oublier les femmes que nous devons également soigner afin qu’elles continuent de faire tourner le pays. » (p. 100)

Avec lucidité, l’autrice a imaginé en 2018 ce que ce serait une planète confrontée à une pandémie. La lanceuse d’alerte n’est pas prise au sérieux, jugée hystérique. Les autorités sanitaires et politiques tardent à réagir, laissant passer la seule chance d’endiguer le mal. Les familles amputées de leurs membres masculins, parfois réduites à une seule femme, sont brisées, inconsolables, et pourtant le bonheur reste possible, car la vie continue. Il est facile de chercher des boucs émissaires, moins de continuer à faire société pour préserver l’humanité. Le rationnement, les restrictions, les réquisitions ou encore la conscription, inimaginables dans un monde sain, deviennent des décisions incontournables. « Personne n’est censé tirer profit de l’Apocalypse. » (p. 250) Et quid des homosexuels et des femmes trans dans un univers qui, soudain, ne pense plus qu’à la reproduction ? Christina Sweeney-Baird a pensé avec finesse les comportements individuels et les défauts qu’il est si difficile de gommer en période de crise. « Certains survivants ont développé un complexe de supériorité. Le simple fait d’appartenir au groupe des ‘élus’ leur donne l’impression d’être des dieux. » (p. 265)

Ce roman m’a rappelé La république des femmes de Gioconda Belli et Le pouvoir de Naomi Alderman. Le premier imagine un pays où les femmes au pouvoir font leur possible pour rétablir l’équilibre entre les sexes, le second dépeint un monde où les hommes souffrent désormais des discriminations que les femmes ont subies pendant des millénaires. La fin de l’homme est plus nuancé, plus crédible et très intelligemment mené. L’autrice se permet tout de même quelques traits d’humour misandre tout à fait savoureux. « À mon avis, Bernard est immunisé parce qu’après l’avoir entendu débiter ses âneries misogynes, le Fléau s’est dit ‘Non merci, je n’en veux pas de celui-là’. S’il vous fallait une preuve que les meilleurs partent toujours en premier, considérez le fait que Bernard est l’un des seuls députés de son parti qui ait survécu. » (p. 232) Avoir lu ce texte après la pandémie de Covid 19 laisse une impression étrange, celle de savoir que la civilisation humaine n’est pas passée si loin de la catastrophe.

Sans aucun doute, je range de roman dans mon étagère de livres féministes !

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La neige en deuil

Roman d’Henri Troyat.

Isaïe Vaudagne est berger. Par le passé, il était un guide de haute montagne renommé, mais trois accidents l’ont fait descendre pour de bon des hauteurs. « Entre lui et le pays d’en haut existait une alliance d’amour et de sécurité. Mais, un jour, le pays d’en haut lui avait retiré sa confiance. » (p. 24) Heureux entre ses bêtes et auprès de son jeune frère, Marcellin, il n’envisage l’existence que comme une douce succession de gestes répétitifs et réconfortants. Aussi, quand Marcellin fait part de son souhait de s’installer en ville, Isaïe sent son monde vaciller. C’est en se rendant avec son frère sur le lieu d’un crash d’avion, quelque part dans les cimes enneigées, que l’homme espère retrouver la sérénité de son existence.

Henri Troyat dresse un duel fratricide et une tragédie terrible dans les montagnes, au moment où l’hiver commence à réclamer son dû aux hommes et à la nature. Les projets du cadet se fracassent sur l’immobilisme de l’aîné, mais le combat le plus retentissant est celui de l’homme qui ose, après en avoir été rejeté, retenter de parcourir les flancs de la montagne. Reste à savoir si celle-ci pardonne à ceux qu’elle a fait tomber.

L’auteur m’émerveille à chaque texte que je découvre. Très jeune adolescente, j’ai été chavirée par Le geste d’Ève, recueil de nouvelles qui flirtent parfois avec le fantastique, et j’ai frissonné d’effroi en lisant L’araigne, titre honoré du prix Goncourt en 1938. Sous la plume d’Henri Troyat, l’humanité est rarement digne d’être sauvée, mais l’auteur l’écrit sans jugement, plutôt avec un fatalisme tendre. Ainsi va le monde, semble-t-il dire, et bien fou serait qui celui ou celle qui voudrait en changer le cours…

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Conte de fées

Roman de Stephen King.

Charlie a 17 ans et déjà une certaine et douloureuse expérience de l’existence. « Les gens au cœur bon brillent d’un éclat plus vif dans les moments sombres. » (p. 434) Après la mort de sa mère, son père est tombé dans l’alcoolisme et le garçon a grandi dans un foyer triste. Ayant obtenu la réalisation d’un souhait formulé dans un moment de désespoir, Charlie s’est promis de rendre ce qui lui a été accordé. C’est ainsi qu’il s’attache au vieux et désagréable M. Bowditch et à sa vieille chienne Radar. D’abord homme à tout à faire auprès du vieillard acariâtre, Charlie devient un ami de la maison et apprend à connaître Adrian Bowditch. L’homme est immensément riche et résolument secret. « L’or n’est pas uniquement fascinant. Il est dangereux. Et celui-ci vient d’un endroit dangereux. » (p. 226) Tout se précipite après un premier drame et, par amour pour le très vieux chien, Charlie s’enfonce dans un monde maudit, prêt à tout pour sauver l’animal.

Je n’en dis pas plus, car il serait dommage de déflorer ce nouveau pavé du King ! Avec ses chapitres très courts et dynamiques, le roman de 1007 pages du roman m’a happée et ne m’a pas lâchée ! D’aucuns pourraient lui reprocher quelques centaines de pages en trop : ce n’est pas mon cas. La longue mise en place est pertinente et fait que l’on s’attache irrémédiablement à Charlie et Radar. On tremble alors d’autant plus quand ils sont en danger. Une fois encore, Stephen King prouve son talent pour le suspense, via des prétéritions suffisamment vagues et inquiétantes pour pousser le lecteur à lire le chapitre suivant. Au 19e siècle, l’auteur du Maine aurait été un feuilletoniste de génie !

Ce qui me touche le plus profondément dans ce roman, c’est la déclaration d’amour que King adresse au meilleur ami de l’homme, le chien. Ce n’est pas la première fois qu’il met en scène ce compagnon à quatre pattes, mais je n’ai jamais ressenti avec autant d’émotion l’affection qu’il lui porte. « L’inconvénient avec les chiens […], c’est qu’ils ont confiance en vous. » (p. 580) La relation entre Charlie et Radar est puissante et a plusieurs fois fait déborder mon cœur d’amie des animaux.

Évidemment, impossible de ne pas souligner le talent de Stephen King quand il s’agit de créer un autre monde. Dans Rose Madder, La Tour Sombre ou encore Histoire de Lisey, il a dressé des univers complets, et il remet ça avec Conte de fées. Comme le titre l’annonce, tout finira peut-être bien, ou peut-être pas, car dans le monde des fées et des merveilles vivent aussi de terribles monstres. Conte de fées est un très bon roman, certes pas le meilleur roman de l’auteur, mais il est efficace et parfaitement mené. Pour moi, King a fait le taf et je me suis régalée !

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Le français va très bien, merci

Essai du collectif Les linguistes atterrées.

Quatrième de couverture – Les discours sur les « fautes » saturent quasiment l’espace éditorial et médiatique contemporain. Mais la différence entre une faute et une évolution, c’est la place qu’elle occupera à long terme dans l’usage. Et l’usage, ça s’étudie avec minutie. C’est le travail des linguistes. Face aux rengaines déclinistes, il devient indispensable de rétablir la rigueur des faits. Non, l’orthographe n’est pas immuable en français. Non, les jeunes, les provinciaux ou les Belges ne « déforment » pas la langue. Oui, le participe passé tend à devenir invariable. Non, le français n’appartient pas à la France. Oui, tout le monde a un accent, voire plusieurs. Dix idées reçues sur la langue, et surtout trente propositions pour en sortir.

Avec ce court ouvrage dont chaque chapitre s’ouvre sur des extraits d’articles ou d’interviews, le collectif des Linguistes atterrées remet les pendules à l’heure. Face à la peur de la faute qui entraîne parfois le refus de prendre la parole, il est temps de revenir à plus de souplesse et de décontraction. Parce que la langue, ça sert avant tout à communiquer. « Nous appelons à nuancer les discours omniprésents qui prennent les grammaires et les dictionnaires pour des tables de la loi immuables, gravées dans le marbre. » (p. 6) La langue française a une histoire, et s’il est intéressant de la connaître, ce n’est pas indispensable pour la pratiquer. Et il serait vain de la réduire à la France. « Quand on l’enseigne comme langue étrangère, on enseigne un français artificiellement épuré. » (p. 13) La francophonie, débarrassée du poids colonial, a beaucoup à apporter à l’une des langues les plus parlées dans le monde.

Ne paniquons face aux emprunts faits à l’anglais : il y a quelques siècles, c’est l’italien qui était le grand péril ! Mais surtout, voyons chaque entrée étrangère comme une belle conséquence de la globalisation. Non au nationalisme à courte vue et bas du front : le français ne disparait pas derrière les mots anglais ou arabes. « Si l’on retient un mot, c’est qu’il nous apporte quelque chose. […] La langue a le sens pratique, elle emprunte pour s’enrichir. » (p. 18) De fait, soyons darwiniens et voyons dans chaque évolution de la langue sa volonté farouche de perdurer.

En matière linguistique, l’élitisme est de mauvais aloi, car loin d’être protecteur, il exclut des locuteurs qui ne maîtrisent pas toutes les règles. On ne peut que rire et s’agacer (dans l’ordre que vous voulez) de la mainmise que l’Académie française pense avoir sur le français. « En définitive, qui a le pouvoir sur la langue ? Toutes celles et ceux qui la parlent. » (p. 26) Le français est un outil, et un outil doit servir, pas s’empoussiérer sur une étagère.

Le collectif met en garde contre le mirage de l’orthographe, cette compétence ultime à maîtriser pour oser prétendre maîtriser la langue. C’est d’une part tout à fait impossible et d’autre part tout à fait inutile. Une nouvelle réforme de l’orthographe est indispensable pour en finir avec les raffinements inutiles. Donc, sus à la dictée et haro sur les règles ineptes où les exceptions font la loi ! Pour bien maîtriser une langue, il est plus utile de comprendre le sens des mots que de chercher les fautes. La réforme rendrait plus accessible le français et lèverait bien des barrières.

Et la numérisation du monde, alors, n’est-ce pas un danger terrible pour notre belle langue ? Stop à la diabolisation de l’ordinateur et des smartphones ! « Le français est très présent sur Internet. Une langue absente de la toile serait une langue morte ! » (p. 40) Vous voyez que tout va bien ! Cessons d’opposer l’écrit et l’oral. Agissons contre la glottophobie et l’insécurité linguistique ! Dédramatisons la langue inclusive et la féminisation des mots ! Si de nouveaux mots apparaissent, c’est que le besoin existe. « C’est d’ailleurs souvent parce qu’un usage devient majoritaire à l’oral que la littérature s’en empare. » (p. 56)

Le collectif des Linguistes atterrées rappelle à juste titre que la linguistique est une vraie science. Si ces professionnel·les ne s’émeuvent pas des « menaces » que la presse et certains milieux réactionnaires montent en épingle, je pense que nous pouvons tous nous détendre. La langue française a encore de longs et beaux jours devant elle. « Face aux puristes qui prétendent éradiquer des façons de parler, rendre mutiques des catégories entières de gens, discréditer quiconque n’ose pas suivre leurs pseudo règles, les linguistes permettent à chacune et à chacun de se réapproprier sa langue. » (p.58 et 59)

Ce n’est un secret pour personne, je suis passionnée par la langue française. C’est parfois agaçant pour mon entourage parce que je vois les fautes et que je les corrige. Je le sais, je me soigne. PROMIS, JE FAIS DES EFFORTS ! J’ai pris un immense plaisir à lire cet essai. Cela m’a rappelé mon amour pour le français, ma volonté de défendre son accès pour tous·tes et le chemin qu’il me reste à parcourir pour être davantage accompagnante quand je remarque des erreurs.

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Apaiser nos tempêtes

Roman de Jean Hegland.

Anna et Cerise tombent enceintes très jeunes. La question se pose pour elles de garder l’enfant. Choisir ou refuser d’être mère : deux chemins possibles dans la vie d’une femme. Les années passent, Anna et Cerise sont confrontées à leurs échecs et leurs terreurs de mère, face à tout ce qui peut blesser l’être qui reste à tout jamais le tout petit. « L’amour, ça protège pas. »  (p. 164) Quand l’indicible survient et que la vie bascule à jamais, continuer à vivre est une option terrible. « C’était une autre défaite, cette possibilité de guérir. » (p. 199)

Je choisis de ne pas trop en dire pour vous laisser découvrir les histoires croisées de Cerise et Anna. Vient un moment, évidemment, où ces femmes se rencontrent, autour des enfants, mais surtout autour de leur détresse. « On est tellement seules, dans notre rôle de mère. » (p. 274) Le roman dépeint la solidarité des femmes entre elles, sans angélisme ni bons sentiments. Il montre aussi une Amérique dangereuse et impitoyable avec les plus fragiles. « Elle pleura parce qu’elle était épuisée, […] parce qu’elle était inquiète et triste, et parce qu’elle ne savait plus tomber amoureuse de la lumière. » (p. 187)

De la même autrice, j’avais lu avec enthousiasme l’excellent Dans la forêt. Et si le thème de l’avortement traité en littérature vous intéresse, je vous recommande Un livre de martyrs américains de Joyce Carol Oates.

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T’as pas l’impression de prendre toute la couverture ?

Ouvrage de L’Indéprimeuse.

Sous-titre : Poésies visuelles et jeux de (mauvais) caractères

Dans la préface, Maurice Barthélémy nous rappelle que « la forme fait le fond, et inversement. La typographie a autant d’importance que la phrase. » Dans une mise en page qui rappelle la collection Blanche des éditions Gallimard, l’autrice-artiste s’amuse avec l’espace et avec la langue. Entre jeux de mots et marges malmenées, elle laisse entendre sa délicieuse misandrie décomplexée. « Sachez qu’à l’origine, le mot ‘virgule’ signifiait ‘petite verge’. Pensez-y la prochaine fois que vous la mettrez n’importe où. » C’est un vrai plaisir d’explorer ce livre féministe et inclusif !

L’ouvrage se fait joliment vachard, voire piquant à l’encontre des intellos poseurs et des snobs de la culture. Les bobos germanopratins ne sont pas interdits d’accès, mais s’ils peuvent baisser d’un ton, c’est mieux ! Et soudain, une fulgurance simple et follement poétique traverse la page. « Le mot ‘sexes’ est un palindrome, et je pense que c’est très beau qu’on puisse le lire en va-et-vient. »

D’aphorismes en fantaisies typographiques, l’Indéprimeuse nous entraîne dans son univers original et drôle.

Je vous laisse avec quelques extraits.

« Scoop : la fameuse intuition féminine était en fait de l’intelligence. »

« La réponse à toutes les questions que vous vous posez est soit «’le patriarcat’, soit ‘le vinaigre blanc’. »

« Rappel : un féminisme qui ne dérange personne, ce n’est pas du féminisme. C’est du marketing. »

« Il n’y a pas de filles faciles, il n’y a que des filles qui ont envie. »

« Femme : avec un ‘e’ prononcé ‘a’, on a tout de suite su qu’on allait rien nous simplifier. »

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Crépuscule

Roman de Philippe Claudel.

Aux confins de nulle part, dans un hiver terne, un meurtre et des profanations religieuses entrechoquent les haines et les médiocrités. « On n’aime jamais tout à fait ce qui est différent de nous et vient d’ailleurs. » (p. 7) Au milieu des laideurs aux remugles interminables, des ambitions malsaines et des destins obscurs, des figures pures se détachent.

Pour une fois, je n’en dis pas plus des personnages ou des péripéties et je vous laisse plonger dans cet intense roman. Comme dans Le rapport de Brodeck et L’archipel du chien, l’auteur interroge le rapport à l’autre et la façon dont l’humanité se livre si facilement à des scènes de barbarie d’un autre temps et à des ravages criminels commis sous la dictée d’une autorité lointaine. « Si l’Enfer avait choisi la petite ville pour y planter son théâtre de feu, qui seraient en ce cas les damnés ? » (p. 259) L’espoir semble maigre, et pourtant sa flamme vacille sans s’éteindre.

Crépuscule est selon moi un des meilleurs romans de Philippe Claudel. Ce dernier y manie une fois encore une plume acerbe et délicieusement féroce pour peindre des portraits terriblement humains. « L’immobilité est gage de paix et la bêtise, bien souvent son alliée. Les sociétés, petites ou grandes, savent donner les rênes de leur administration aux crétins somptueux. » (p. 37) J’ai ri autant que frémi dans ces pages enténébrées.

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Les employés

Roman d’Olga Ravn.

Le texte est une compilation de dépositions. Celles-ci ne sont pas dans l’ordre, de longueur très variable, parfois expurgées, et il en manque certaines. Devant des enquêteurs à l’identité inconnue, les membres d’équipage racontent ce qui se passe dans le six millième vaisseau depuis que des objets venus de La Nouvelle Découverte sont stockés à bord. « Je sais que vous dites que je ne suis pas dans une prison ici, mais les objets m’ont dit le contraire. » (p. 27) Ces artéfacts sont-ils vivants, conscients, sentients ? Sont-ils responsables des dérèglements émotionnels qui affectent les humains et les ressemblants ? « C’est peut-être la raison pour laquelle vous me prenez pour quelqu’un de criminel. À moitié humain, fait de chair et de technologie. Quelqu’un de trop humain. » (p. 19) Et qu’est-il arrivé au cadet 4 et au troisième pilote ? À mesure des dépositions, il est évident que la production à bord est menacée et que le six millième vaisseau est en perdition.

Avec son découpage haché et lacunaire, le récit oblige le/la lecteur·ice à combler les manques et à accepter qu’iel n’aura pas toutes les réponses. Et c’est aussi bien, car le centre de la réflexion est l’humanité et ce qui la caractérise. Faut-il être né·e pour être humain·e ? Un être conçu dans une machine, créé pour être parfaitement ressemblant à l’humain, ne peut-il pas prétendre à la même définition ? Évidemment, les ombres tutélaires de Philip K. Dick et Isaac Asimov planent sur ce roman, mais Olga Ravn propose une œuvre de science-fiction sensible et inclusive.

« Je ne sais pas si je suis encore humain. Suis-je humain ? Est-ce que dans vos papiers on peut voir qui je suis ? » (p. 25)

« N’est-ce qu’une question de nom ? Puis-je devenir humain, si vous me dénommez ainsi ? » (p. 55)

« Pensez-vous que l’on se souviendra de nous ? Qui se souviendra de ceux qui ne sont jamais nés, mais qui vivent quand même ? » (p. 77)

« On m’a peut-être créée, mais maintenant je suis en train de me créer moi-même ? » (p. 107)

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Cache-cache bâton

Roman graphique d’Emmanuel Lepage.

De 5 à 9 ans, l’auteur a vécu dans une communauté en Bretagne, le Gille Pesset. Plusieurs familles, catholiques et de gauche, voulaient tenter une autre façon de vivre ensemble, moins individualiste et plus propre au monde moderne et à la foi partagée. « Nous voulions révolutionner l’Église de l’intérieur ! » (p. 85) De ces quelques années, il reste à Emmanuel Lepage des souvenirs colorés, des éclats vifs comme le soleil, mais il lui manque l’origine du projet et, surtout, les raisons pour lesquelles ses parents ont brusquement quitté le Gille Pesset. Pendant plusieurs années, l’auteur interroge les fondateurs de cet habitat partagé. Il découvre des secrets de famille, des idéaux, le poids encore lourd de la foi dans les années 60 et 70 et cette aventure humaine un peu utopique. « Comment habiter, comment vivre ensemble… comment agir sur le monde que l’on veut changer ? » (p. 113) De dialogues en souvenirs, les témoignages qu’Emmanuel Lepage recueille dessinent la chronique d’un temps révolu et d’une réflexion menée sur l’institution ecclésiale et la société en général. Le projet du Gille Pesset prend naissance au moment de Vatican II et de mai 68. Tout bouillonne et tout craque : les modèles passés sont trop étroits pour ces jeunes couples et ces familles qui ont l’espoir d’autre chose. « Nous sommes des gens de gauche en opposition avec les valeurs dominantes de la société, contre l’autonomie et la privatisation de la famille. […] Nous cherchons l’épanouissement de la personne dans une entité plus large que la famille. » (p. 182 & 183)

Et cette histoire, c’est aussi celle de l’auteur. « C’est au Gille Pesset que tout a commencé. Là où sont les clés de tous mes livres. » (p. 147) Quand il dessine les témoignages, l’auteur utilise le gris et le sépia, mais quand il met en image ses propres souvenirs, la couleur éclate, vibrante comme le sont les heureux moments de l’enfance. « Pour nos parents, le Gille Pesset est une idée, une utopie… Mais pour moi et pour chaque enfant du groupe, il est le Monde. On est de son enfance. » (p. 160) C’est en faisant le chemin à rebours de sa mémoire et de celle des familles du Gille Pesset qu’Emmanuel Lepage comprend comment les idéaux et les espoirs cette petite communauté ont fait long feu.

J’ai plongé dans ce récit autobiographique avec beaucoup d’émotion, mais aussi de curiosité. J’ai découvert tout un pan du catholicisme breton, dans une époque que mes parents ont connue, qui pour moi n’est qu’histoire, mais histoire trop proche pour être vraiment objectivée. « Papa, cet homme que je vais raconter, ce n’est plus toi, et puis ce sera mon interprétation. » (p. 3) Au-delà du propos, je retiens surtout le dessin d’Emmanuel Lepage. Les pages représentant des racines et des arbres ont une symbolique évidente, mais d’une beauté immense. Cache-cache bâton est une œuvre profondément émouvante et qui ne laisse pas d’interroger sur notre monde actuel.

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L’armée d’un seul homme

Roman de Moacyr Scliar

À Porte Alegre, tout le monde appelle Mayer Guinzburg « Capitaine Birobidjan ». Ce rêveur veut fonder une société idéale, un communisme parfait, d’abord avec des amis, puis seul avec une chèvre, une poule et un cochon. Il refuse de transiger avec les valeurs qu’il suit obstinément. « Birodjan savait qu’un mensonge progressiste valait mieux qu’une vérité réactionnaire. » (p. 77) Personne ne comprend cet illuminé et ses délires utopiques, et certainement pas son épouse. Sans cesse en butte au reste du monde et systématiquement désespéré par l’échec de ses projets, le Capitaine reste fidèle jusqu’au bout à ses idéaux.

J’ai moins apprécié cette fable politique les autres romans de Moacyr Scliar que j’ai lus. C’est une courte lecture agréable, mais qui m’a laissée un peu insatisfaite. Du même auteur, je vous conseille Max et les fauves, Les léopards de Kafka et Les dieux de Rachel.

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Les échassiers

Roman d’Isabelle Aupy.

Il y a l’en-Bas et il y a l’en-Haut.

Il y a un monde où les enfants sont précieux, chéris, entourés de tous les soins, où les adultes attendent leur retour de la chasse en combattant l’Ogre et où les vieillards sont la mémoire des clans. « Tous les enfants possédaient tous les parents de chaque clan. C’était comme ça que le monde courait sous nos pieds. » (p. 13) Et dans ce monde, des géants aux jambes de bambou sont invisibles au-dessus des nuages impénétrables.

Il y a un monde où les enfants sont inutiles et doivent gagner leur place et où les adultes subviennent à tous les besoins, pendant que les Gardiens commettent les pires infamies derrière les murs. « Pour moi, grandir signifiait fuir son enfance désespérément. »  (p. 23) Et dans ce monde au-dessus des nuages, il est impossible de garder la tête haute très longtemps, sous le poids du soleil.

Ces deux mondes sont voisins et ne se connaissent pas, mais dans chacun d’eux, la violence prend des formes terribles. En bas comme en haut, les enfants ne comprennent pas les adultes. Dans un monde, il faut tout faire pour rester un enfant et dans l’autre il n’est jamais trop tôt pour devenir adulte. Les narrateurs de chaque univers sont d’anciens enfants qui auraient pu être frères s’ils étaient nés dans le même marais ou sur la même plateforme.

La construction de ce livre est brillante. Ouvrez-le dans le sens que vous voulez et commencez votre lecture, la première et la quatrième de couverture sont identiques. Peut-être découvrirez-vous d’abord l’en-Haut, ou peut-être l’en-Bas… Et quand vous aurez atteint la moitié de l’ouvrage, retournez-le et continuez à lire. Ces deux mondes sont bel et bien réunis dans un même endroit, mais pour toujours inaccessibles l’un à l’autre. Et c’est à vous, lecteur·ice, de dresser les échelles ou de tendre les cordes entre eux.

J’aime les livres qui offrent une expérience physique pendant la lecture. Si vous en cherchez également, lisez Le papier peint jaune de Charlotte Perkins Gilman, publié chez Tendance négative. Et d’Isabelle Aupy, je vous conseille également Le panseur de mots, roman qui joue sur le langage.

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Bestiaire désenchanté : 50 dessins pour interroger notre relation aux animaux

Ouvrage de Marcel, texte et illustrations.

  • Acidification des océans ;
  • Agriculture intensive ;
  • Pollution et bétonisation des sols ;
  • Destruction des habitats naturels et de la biodiversité ;
  • Zoonose ;
  • Chasse, braconnage et surpêche ;
  • Cirques, zoos, corridas et delphinariums.

Tous ces sujets font froid dans le dos, surtout dans celui des bêtes que l’humain massacre pour ses divertissements cruels, son alimentation carniste et sa conviction profonde d’être l’espèce vivante la plus évoluée. « Il n’y a rien de sportif dans toute activité impliquant un animal sans son consentement. Aucun animal ne mérite d’être maltraité ou tué pour s’amuser. » (p. 66) Pour moi qui suis végétarienne depuis des années, qui tends progressivement vers le véganisme et qui considère ma petite chatte comme une compagne de vie et non comme une possession, ce livre est un état des lieux terrifiant, mais nullement inédit. Les associations de défense de la cause animale et les écologistes alertent depuis des années sur ces situations qui ne menacent pas les animaux uniquement en tant qu’espèces, mais bien toute la biodiversité, et donc l’être humain. « Même si l’on se prend pour les rois et reines du monde, on a besoin de cette Terre. On a besoin des vers de terre. » (p. 16) Il y a urgence à changer nos comportements, nos consommations et notre regard sur le règne animal.

L’indifférence naît souvent de la méconnaissance. Une fois que l’on a parcouru les quelque 100 pages de cet ouvrage, comment rester de marbre devant le tourment animal et l’injustice dont pâtit le vivant non humain ? « Ce que ce livre cherche à mettre en lumière, c’est l’immense souffrance que notre espèce cause aux animaux non humains et la vaste diversité des rapports d’exploitation qu’elle entretient avec eux. » (p. 7) Confronté·e aux sévices très imaginatifs que l’humain inflige aux espèces qu’il juge inférieures, comment ne pas tendre vers le végétarisme, le végétalisme ou le véganisme ? « Diverses études s’intéressent aujourd’hui à l’intersectionnalité entre causes animale et féministe et mettent à jour des liens entre société patriarcale et soumission animale. » (p. 32) Comment ne pas être convaincu·e que l’antispécisme est la seule façon d’être une femme ou un homme respectueux·se de la nature ? Nous avons tant perdu le lien avec le vivant que nous ne voyons en l’animal qu’un produit de consommation. « Ironiquement, c’est au moment des repas que nous avons le plus de contact avec les animaux aujourd’hui. » (p. 78)

Si cette lecture ou ce sujet vous intéressent, lisez aussi Insolente veggie : une végétalienne très très méchante de Rosa B. ou encore Éloge de la baleine de Camille Brunel.

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Ils étaient dix

Roman d’Agatha Christie.

Le juge Wargrave, Vera Claythorne, Philippe Lombard, Emily Brent, le général Macarthur, le docteur Armstrong, Anthony Marston, Monsieur Blore et le couple Rogers ne se connaissent pas, mais les voilà réuni·es sur l’île du Soldat par le mystérieux A. N. O’nyme. « Chacun semblait ne pas trop savoir que penser de ses compagnons. » (p. 23) Tous et toutes dissimulent un crime dans leur passé : quand ces méfaits sont révélés au moment du thé, les invité·es se demandent pourquoi et par qui iels ont été rassemblé·es. Évidemment, le fait qu’iels succombent successivement – et de manière toujours surprenante – sous les coups d’un mystérieux assassin n’est pas de nature à détendre l’atmosphère. « Une île, c’était un monde en soi. Un monde peut-être, dont on risquait de ne pas jamais revenir. » (p. 28) Le meurtrier est-il parmi les convives ou y a-t-il une autre personne sur l’île ?

J’ai lu ce roman pour honorer un challenge lancé par mon groupe de lecture. Je suis toujours aussi peu friande des textes de la reine du crime. Comme avec Le meurtre de Roger Ackroyd, j’ai démasqué très vite le coupable : l’intrigue a alors beaucoup perdu en saveur, car j’attendais juste de connaître la conclusion. Cependant, le roman est bien rythmé et se lit rapidement : il m’a occupée pendant une grosse heure et c’est parfois tout ce que j’attends d’un livre !

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Les gens qui plantent

Ouvrage de Marie Poirier et Xavier Fender.

Je découvre avec bonheur un nouveau petit volume de la jolie collection publiée par les éditions Venterniers. « Les gens qui plantent rêvent de pousser. » Ici, il est question de nature, de patience, d’évasion et d’un amour immense pour ce qui est à venir. Moi, face au bébé myosotis que j’étais de faire pousser, je me sens aussi impuissante qu’insuffisante. Mais j’attends, et on verra bien… « Les gens qui plantent font confiance au temps. » Dans des vignettes vives, les dessins sont des griffonnements légers très précis et très beaux. Chaque phrase est un aphorisme doux et plein d’espoir. « Les gens qui plantent énormément font pousser des livres. »

Après Les gens qui s’aiment, Les gens qui cherchent leur chat, Les gens qui likent et Les gens qui dansent, je continue à explorer cette collection délicate et poétique.

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Walk me to the corner

Roman graphique d’Anneli Furmark.

Elise a 56 ans. Elle est mariée à Henrik depuis des années. Leur vie de couple est monotone, mais pleine de respect et de confiance : les conjoints ne se cachent rien. Alors, quand Elise rencontre Dagmar et que son cœur s’emballe, elle n’en cache rien à son époux. « Ce qu’elle voulait plus que tout au monde, c’était mettre son bras autour de la taille de Dagmar et ne jamais l’en retirer. » (p. 20) Pendant un temps, elle essaie de concilier son mariage et cette passion nouvelle. Les messages tombent en cascade entre les deux femmes quand elles sont séparées. Elise sait qu’un choix est nécessaire, mais avant qu’elle ait eu le temps d’en faire un, la décision de quelqu’un d’autre s’impose à elle.

J’ai été formidablement émue par cet amour lesbien entre deux femmes d’âge mûr. Les grands sentiments n’appartiennent pas à la jeunesse et ils font feu de tout bois. L’autrice dessine avec pudeur le bouleversement que cette rencontre engendre dans plusieurs vies. Les dessins sont simples, mais très expressifs. J’ai passé un très beau moment de lecture.

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Du côté des Indiens

Roman d’Isabelle Carré.

Quatrième de couverture – Ziad, 10 ans, ses parents, Anne et Bertrand, la voisine, Muriel, grandissent, chutent, traversent des tempêtes, s’éloignent pour mieux se retrouver. Comme les Indiens, ils se sont laissé surprendre ; comme eux, ils n’ont pas les bonnes armes. Leur imagination saura-t-elle changer le cours des choses ? La ronde vertigineuse d’êtres qui cherchent désespérément la lumière, saisie par l’œil sensible et poétique d’Isabelle Carré.

J’avais beaucoup apprécié le premier texte de l’autrice, Les rêveurs, et je suis très sensible à son travail de comédienne. Je me suis lancée dans son deuxième roman avec confiance et espoir. Hélas, rencontre manquée… J’ai abandonné à la moitié, ne parvenant pas à surmonter l’ennui qui s’est installé dès les premières pages. Je ne sais pas si c’est le passage d’un personnage à un autre, les errances entre passé et présent ou encore les choses dites à demi-mot, mais je n’ai pas réussi à m’accrocher aux histoires qui m’étaient racontées.

Tant pis, il y a beaucoup d’autres choses à lire !

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Phèdre

Pièce de théâtre de Marina Tsvétaeva.

J’ai récemment relu (et tout aussi peu apprécié) Phèdre de Jean Racine. Cela a donné lieu à de passionnants échanges avec mon groupe de lecture, et plusieurs d’entre nous se sont demandé à quoi ressemblerait cette histoire racontée par une femme. En cherchant un peu, voilà comment je suis tombée sur ce texte de l’autrice russe Marina Tsvétaeva.

Ici, le drame est simplifié, tout comme le nombre de protagonistes. Il y a Phèdre, évidemment, Hippolyte tout à sa passion pour la chasse et entièrement dévoué à la vierge et farouche Artémis, Thésée impérial et enfin la nourrice qui précipite tout le tragique. « Qui que ce soit, il n’y a pas de mal, ni de peur / Si ce n’est pas ton fils par le sang. » (p. 41 &42) Après avoir arraché l’aveu d’amour de la malheureuse Phèdre, la vieille femme veut être rétribuée des soins qu’elle a donnés en nouant une terrible liaison, imposant à la reine de vivre l’amour qu’elle refuse. Comme dans les classiques, la femme tourmentée ose ouvrir son cœur à l’inaccessible Hippolyte, mais, rejetée et souffrant déjà tant de l’exil loin de Crète, elle se pend pour en finir avec ses tourments. La miséricorde finale de Thésée est plus humaine que chez Racine, et l’autrice jette un nouvel éclairage sur ce mythe millénaire. « L’écume d’Hippolyte et la sueur de Phèdre / Ne sont pas des menées de vieilles femmes, mais / Une affaire ancienne, une querelle connue, antique. / Pas de coupable. Tous innocents. » (p. 79)

En peu de pages, Marina Tsvétaeva modernise la figure de Phèdre et me la rend presque sympathique. Cela tient surtout au fait que l’autrice, au travers de l’héroïne tragique, parle d’elle et de son propre exil d’URSS. Les dieux ne président plus aux destinées des hommes et des femmes : ce sont désormais d’autres hommes qui malmènent les êtres.

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Quand Hitler s’empara du lapin rose

Roman de Judith Kerr, illustré par l’autrice.

En 1933, Anna a 9 ans et elle mène la vie simple et heureuse d’une petite fille entourée d’amis et d’une famille aimante. Mais en Allemagne, son père est menacé, car il écrit ouvertement contre Adolf Hitler et ses projets. « Si vous ressemblez à tout le monde et que vous n’allez pas dans une église spéciale, qu’est-ce qui te dit que vous êtes juifs ? Comment pouvez-vous en être sûrs ? » (p. 9) La famille s’installe donc en Suisse en espérant un retour rapide à l’apaisement dans son pays. Mais l’exil se prolonge et les ressources viennent à manquer, car personne ne veut publier les articles de Vati. « On dirait que les Suisses sont si jaloux de leur neutralité qu’ils rechignent à publier les écrits d’un anti-nazi notoire comme moi. » (p. 66) Parents et enfants partent donc en France où il faut apprendre une nouvelle langue et attendre des jours meilleurs pendant que les nouvelles d’Allemagne ne rassurent pas.

Avec ce récit très autobiographique, l’autrice raconte une enfance aux portes de la guerre, dans un monde qui efface la frontière avec le monde adulte. L’innocence existe encore, avec les disputes entre frère et sœurs, des jeux simples et les petites fiertés scolaires, mais la peur s’incarne en toutes choses, comme ce lapin rose si doux qu’il a fallu abandonner en quittant le pays. Je comprends pourquoi ce roman est un classique jeunesse de la littérature anglaise.

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Vénère : Être une femme en colère dans un monde d’hommes

Essai de Taous Merakchi.

Quatrième de couverture« Parce que je suis une femme, j’ai peur de sortir seule la nuit, de porter des vêtements qui me plaisent, d’exprimer mon opinion ou mes émotions. Ces peurs sont à l’origine d’une immense colère que j’essaie de contenir tant bien que mal. Cette colère, ça fait désormais trente-quatre ans que je vis avec et qu’elle me ronge les tripes, au point de se retourner régulièrement contre moi. Lassée d’être seule à en subir les conséquences, j’ai donc cherché à comprendre quels en étaient les origines et les éléments déclencheurs, afin de l’assainir et de la diriger non plus contre moi-même, mais contre ceux qui la méritent. » Taous Merakchi prend ici la parole pour toutes les femmes qui n’en peuvent plus d’avoir peur, de ne pas être prises au sérieux et de toujours devoir se justifier.

L’autrice parle de sa colère d’être à la merci de la convoitise débridée et poisseuse des hommes, sa colère d’avoir peur quand elle marche dans la rue la nuit, sa colère d’avoir peur des hommes en permanence, sa colère de savoir ce que vivra sa fille, simplement parce qu’elle est femme. « C’est pas tellement qu’on fait le choix d’être en colère, c’est qu’on ne peut pas faire autrement, quand on choisit d’ouvrir vraiment les yeux. » (p. 32) La colère, chez Taous Merakchi, ce fut longtemps une douleur intérieure et brûlante : elle en a fait un moteur et une force.

Un immense merci, Taous Merakchi, d’avoir mis les mots sur ce qui me torture souvent, à savoir ne pas être raffinée et élégante dans mon quotidien et dans mes rages. Et pourquoi faudrait-il que je le sois ? Pourquoi ma colère devrait-elle être polie, policée ? Elle est belle comme elle est : foutraque, brouillonne, bouillonnante, hystérique, féministe, féminine.

La colère est légitime parce que l’indifférence et la patience ont fait leur temps. Le ressenti brut, brutal, c’est la preuve qu’on existe encore et qu’on a quelque chose à défendre : une cause, son corps, la liberté, ce que vous voulez.

Évidemment, ce texte va directement dans ma bibliothèque féministe !

Je vous laisse avec des extraits forts, très forts.

« Ne me regardez pas, sauf si c’est pour me craindre, m’admirer respectueusement, ou vous prosterner sur mon chemin. C’est pourtant pas compliqué. » (p. 40)

« Comment pourrais-je lutter contre les hommes si je leur apparais aussi bête et aussi futile qu’ils m’imaginent ? Comment faire valoir ma parole si mes références sont plus hollywoodiennes que sorbonnesques ? Et pourtant, c’est là que j’ai trouvé, pour l’instant, la meilleure illustration de ma rage. C’est là que je vois mon reflet, que je me sens entendue, écoutée, comprise et représentée. Alors j’y vais à mon rythme, et chaque jour je lutte pour ne pas culpabiliser, pour ne pas me juger, pour ne pas me mépriser, et je me nourris des autres plutôt que de me comparer à eux, et un jour, peut-être, viendra l’équilibre. Et ma colère trouvera mieux à faire ailleurs, je l’espère. » (p. 13)

« Ce qui me fascine dans cette émotion et le rapport qu’on entretient avec elle, c’est son côté cheval de Troie. Quand la colère domine notre bouquet d’émotions personnel, elle cache toutes les autres en elle. Quand on ouvre la trappe, on peut voir tomber la peur, la tristesse, l’anxiété, les névroses diverses et variées accumulées au fil des années, tout est lié. » (p. 20)

« On nous refuse des libertés et des droits fondamentaux, on n’a pas le droit aux mêmes privilèges, et en plus on s’étonne quand on s’en offusque et on nous accuse d’être naïves et d’ignorer la nature humaine. » (p. 50)

« Je m’en veux de continuer à faire la roue pour des tocards qui ne savent même pas s’essuyer le cul correctement. Et pourtant, j’ai constamment peur de les décevoir, quand je les aime, et de leur paraître inférieure, même quand je les méprise. » (p. 119)

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La reine de l’Idaho

Roman de Thomas Savage.

Thomas Burton reçoit une lettre d’une femme prétendant être sa sœur aînée, abandonnée par leur mère à sa naissance, en 1912. Pour l’écrivain du Maine, c’est impensable : jamais Beth, sa mère si belle et si douce, n’aurait fait une telle chose. Et pourtant, il y a des documents qui semblent prouver cette terrible décision. « J’étais debout près de mon bureau, douloureusement conscient de ce passé pas très lointain où je n’avais rien à faire. » (p. 251) De son côté, Amy, adoptée bébé par les McKinney, essaie de savoir qui est cette femme qui a pu ainsi se séparer d’elle, quelques instants après son premier cri. Des décennies plus tôt, on rencontre Emma Sweringen, matriarche à la tête de la fortune familiale, femme d’affaires intelligente et redoutable. « Emma était comme un feu de broussailles. Quand on l’arrêtait d’un côté, elle repartait de l’autre. » (p. 155) Elle veille férocement sur sa famille et ses enfants, bien décidée à leur offrir le meilleur futur possible, notamment à sa fille Beth.

La construction de ce roman est très réussie. Plutôt que de présenter une recension fastidieuse de tous les membres de cette famille et de leurs existences, l’auteur présente une histoire lacunaire, où les chronologies se mélangent et s’embrouillent, comme tout récit fait à plusieurs voix. Cela donne une somme tout à fait réaliste où se mêlent les secrets, les souvenirs flous et partiels, les lettres et les mensonges. L’histoire devient presque légende, les chagrins prennent la place des vivants et ces derniers doivent réapprendre ce qu’est une famille, même s’il y a des sacrifices auxquels il faut consentir, quitte à s’arracher le cœur.

De cet auteur, j’ai déjà énormément apprécié Le pouvoir du chien, superbement adapté au cinéma par Jane Campion. Je ne peux que vous recommander cet autre roman, et je me réjouis que les éditions Gallmeister republient l’œuvre de Thomas Savage.

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Les gens qui dansent

Ouvrage de Marcelle, illustré par Marie Poirier.

En phrases courtes où résonne tant de beauté, Marcella nous parle du mouvement des êtres. « Les gens qui dansent se débordent avec élégance. » Sa poésie est un peu étrange, douce et étonnante, entre quotidien et inconnu. On ne sait si le geste sera gracieux ou brisé, mais on sent que le membre doit bouger exactement comme ça, pas autrement. Les illustrations sont dynamiques, rehaussées d’un bleu profond en à-plat qui figure tout le mouvement. C’est simple et très émouvant.

Maintenant que j’ai lu quatre titres de la collection « Les gens » aux éditions Les Venterniers (maison du Nord !!!), je veux tout lire. Je suis conquise par ces petits livres pas tout à fait carrés, au papier épais relié à la main, avec une sur-couverture pliée qui fait comme une bague. J’aime les beaux ouvrages et ceux-là sont précieux tant ils sont délicats.

Les gens qui s’aiment, Les gens qui cherchent leur chat et Les gens qui likent.

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Les gens qui s’aiment

Ouvrage de Marcelle, illustré par Elsa Hieramente.

Qui sont-iels, ceux et celles qui s’aiment ? « Les gens qui s’aiment sont nus. » En courtes phrases éminemment poétiques, l’autrice nous parle de ces gens-là avec tendresse. « Les gens qui s’aiment se laissent partir. » On les envie, on les admire, les gens qui s’aiment, même s’ils sont souvent agaçants, comme ces amoureux·ses qui se galochent sur les bancs publics alors qu’on est soi-même seul comme une chaussette abandonnée.

C’est avec ce titre que les éditions Les Venterniers ont lancé la collection « Les gens ». J’ai déjà lu avec plaisir Les gens qui likent et Les gens qui cherchent leur chat. J’apprécie ce petit format poétique, relié à la main et numéroté. Du travail d’orfèvre, un bijou de papier ! Les illustrations au trait sont minimales, mais très expressives.

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Les gens qui cherchent leur chat

Ouvrage de Carole Lataste.

L’autrice écrit et illustre le vide laissé par le compagnon félin introuvable. « Les gens qui cherchent leur chat exposent dans la rue. » Entre affichettes pleines d’espoir et phrases un peu désabusées, elle nous rappelle que la solitude n’est pas solitude quand on vit avec un chat. Quand on le perd, la place inoccupée est béante et le cœur infiniment triste. « Les gens qui cherchent leur chat vous collent leur manque. » Alors, ces propriétaires esseulés attendent qu’on les appelle pour leur dire que leur matou est retrouvé. « Les gens qui cherchent leur chat vous remercient. »

J’ai découvert la collection « Les gens » avec Les gens qui likent, et j’apprécie vraiment ce petit format poétique illustré. Ce volume en particulier est tendre, doux-amer, électrique comme la fourrure du chat gorgée de soleil.

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