Tante Chinoises et les autres

Ouvrage de Nathalie Jungerman.

Née en 1882 et décédée à 21 ans de la tuberculose, Marguerite Bonnevay aurait pu, à n’en pas douter, être une percusseuse de la bande dessinée française. L’été de ses 12 ans, en vacances avec ses parents dans un petit village du Var, elle a croqué les habitants et les scènes, donnant naissance à des personnages hauts en couleur. Ses illustrations dynamiques et très colorées rappellent des images d’Épinal, mais augmentées de l’humour féroce d’une très jeune fille. « Conférence célèbre et intéressante du futur évêque de Gonfaron présidée par la Révérende Tante Chinoise magnétisée par les pieds de nez qu’on lui envoie. »

Je retiens avec affection les femmes vêtues de rouge montées sur des cochons rétifs qui tentent d’aller à la mer. Après des années d’oubli, l’œuvre précoce de Marguerite Bonnay est redécouverte et David Perlov en a fait un film, qui s’ouvre sur un prologue tendre et admiratif de Jacques Prévert. Certains ne voyaient que des dessins d’enfant, mais les plus avertis ont senti toute l’ironie triste d’une jeune fille déjà marquée par la mort. Voilà un ouvrage touchant et précieux pour les amateurs de bande dessinée.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Usagi Yojimbo – 14

Bande dessinée de Stan Sakai.

Miyamoto poursuit son chemin. Il passe la nuit dans une auberge cernée par des obakémono. « On a tous les démons possibles et imaginables… Renards, têtes volantes, ogres, démons, gobelins au long nez, mille-pattes géants, gobelins corbeaux… À votre guise ! »  (p. 13) Plus loin, il affronte un démon masqué qui s’en prend uniquement aux ronins, samouraïs sans maître qui vendent leurs services à qui les demande. Il croise aussi d’affreuses araignées bien plus grosses que lui : si ces bestioles vous effraient, passez votre chemin ! Le samouraï aide des potiers et, sans le savoir, rend son bien à un pauvre marchand dépouillé. Bientôt, il sera en mesure de dissimuler la faucheuse d’herbe dans le temple d’Atsuna, dans l’espoir que la paix perdure.

La recette de ces albums est simple : un beau lapin courageux, des aventures, de l’honneur, une dose certaine d’humour et de tendresse. Et ça marche : je me régale à chaque fois !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Usagi Yojimbo – 13

Bande dessinée de Stan Sakai.

Miyamoto et Gen se remettent de leurs blessures sous la surveillance attentive du prêtre Sanshobo. Dès qu’il se sent suffisamment remis, le ronin décide de partir en reconnaissance du trajet jusqu’au temple d’Atsuna où lui et Sanshobo prévoient de dissimuler la faucheuse d’herbe, cette épée qui menace la paix du pays. Une nouvelle fois, le chemin du brave guerrier est loin d’être de tout repos ! Il croise des démons, des fantômes ou encore le son étrange d’une flûte maléfique. Il se montre toujours juste et protecteur envers les faibles. « Nul n’est au-dessus des lois ! La justice est à tout le monde ou à personne ! » (p. 93) Il aide l’inspecteur Ishida à résoudre des meurtres et vient au secours d’une courtisane d’une grande beauté. Et surtout, il se révèle plus que jamais être un amour avec les enfants. Il leur raconte d’ailleurs une adorable histoire à base de lapin né dans une pêche ! Bref, je suis toujours sous le charme du beau samouraï aux longues oreilles !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

La cuisine de Marguerite

Recueil de recettes de Marguerite Duras.

« Je ne suis pas très expansive, mais les gens ne se trompent pas là-dessus parce que je leur donne à manger… Je ne leur dis pas que je les aime, je ne les embrasse pas, je ne suis pas quelqu’un de tendre, alors je fais à manger pour les autres. » (p. 46) Marguerite Duras aimait recevoir ses proches dans sa grande maison de Neauphle-le-Château. Pour les nourrir, elle privilégiait les recettes simples, conviviales et roboratives. L’ouvrage compile certaines de ses recettes et des conseils culinaires, comme la nécessité de laver plusieurs fois le riz avant de le cuire. Certes, les recettes sont peu précises, mais leurs titres sont originaux, hommages aux personnes dont l’autrice a hérité ces plats ou souvenir de moments particuliers.

L’ouvrage est illustré de reproductions des recettes manuscrites de Marguerite Duras et de photographies de la cuisine de Neauphle-le-Château. Il y a beaucoup de plats de viande, donc ce n’est pas pour moi, mais j’ai noté quelques recettes végétariennes et toutes les inspirations asiatiques de cette cuisine. Duras aimait les soupes autant que moi, et ça me réjouit follement ! Je retiens aussi que, comme dans ses œuvres écrites, l’autrice place une profondeur certaine, voire du désespoir, dans sa cuisine. « Vous voulez savoir pourquoi je fais la cuisine ? Parce que j’aime beaucoup ça… C’est l’endroit le plus antinomique de celui de l’écrit et pourtant on est dans la même solitude, quand on fait la cuisine, la même inventivité… » (p. 16)

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Komodo

Roman de David Vann.

« Toute ma vie, j’ai aimé mon frère, je l’ai vénéré, je l’ai suivi. » (p. 5) Tracy a 45 ans. Son mariage est loin d’être une réussite et elle est épuisée par ses jumeaux, deux garçons de 5 ans qui la vampirisent. Pour renouer avec son frère Roy et leur mère, elle part une semaine en Indonésie faire de la plongée. « Viens passer des vacances bien plus stressantes que ton quotidien, parce que ça va être super marrant et sympa de se retrouver tous ensemble. » (p. 26) La promesse de quelques jours reposants s’éloigne dès que Tracy rejoint Roy. Entre eux, immédiatement, les conversations sont à couteaux tirés. « Comment est-on censé passer une semaine entière sans parler de rien ? » (p. 34) Et comme un miroir cruel, la beauté des fonds marins est un mirage tant la plongée dissimule des dangers mortels.

David Vann sait terriblement bien parler des familles dysfonctionnelles, comme il le prouve depuis ses premiers textes. « Peut-être que la famille est un immense sac à merde qui se balance dans le vent, et qu’on s’en sert de piñata avant de reculer pour ne pas être éclaboussé quand elle éclate. » (p. 38) L’animosité cinglante entre les trois protagonistes ne fait que révéler la violence que chacun s’inflige, ainsi que des pulsions de meurtre de plus en plus brûlantes. Et le drame irréversible est à portée de main, au bout de doigts. Il ne faudrait qu’un battement de cil pour ouvrir les vannes au pire. Komodo explore l’esprit épuisé d’une femme à bout de patience, de pardon et de compréhension. « Et qu’est-ce que je reçois comme récompense, moi, pour n’avoir jamais causé de problème ? je demande. Si le fils prodigue a droit à tous les honneurs, que reçoit la fille fidèle ? » (p. 65) Et c’est du pur génie : jamais racoleur, jamais caricatural, le roman est une peinture vraie de l’instant qui précède les tragédies.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Galère of Thrones

Bande dessinée de Madame Lady et Tom.

Quatrième de couverture – Ce livre recueille les aventures de nos héros. Il nous raconte leur courage, leur ténacité et leur bravoure. Des turpitudes de Djone Neige aux amours de Marjolaine et Jéfré… Vous ne verrez plus jamais vos héros de la même manière…

Que dire cet ouvrage parodique ? Peu de choses. Il est à mes yeux sans intérêt, d’une inutilité crasse. Il surfe sur un phénomène populaire, et sinon ? Sinon, rien. Je ne lui ai trouvé aucune dimension humoristique et c’est à peine si j’ai souri devant certaines vignettes.

Cette parodie force tellement le trait que ça en devient idiot et stupide, sans aucun ressort comique. « Vous êtes en présence de l’inflammable, la matriarche des salamèches, l’héritière du trône coupant, la péteuse de chaînes, la nudiste des flammes, la fashion queen des sept terres, la pilote reptilienne, la fille du roi débile… / Tu crois que c’est bientôt fini ? ça fait plus de deux heures! faut vraiment que je pisse ! / Crois-tu qu’elle les invente au fur et à mesure ? » L’ouvrage ne fait que souligner des éléments de la série déjà 1000 fois repris, parodiés et moqués sur les réseaux sociaux et Internet. Bref, sauf si vous êtes vraiment en manque de Daenerys et Tyrion, passez votre chemin, y a rien à voir ici !

Publié dans Mon Enfer | Laisser un commentaire

Après l’orage

Bande dessinée de Victor de Taillac.

Le jeune lieutenant Henri de Maury quitte Perpignan et celle qu’il aime pour le front. La guerre sera courte, tous le pensent. Et tous espèrent une victoire éclatante. Mais l’hécatombe des premières semaines remplace le bel enthousiasme du départ. La fin de l’été 1914 moissonne les hommes en pleine vigueur, et non les blés qui brûlent sous les canons allemands. « L’horrible bête sans visage vomit ses balles dans une mécanique implacable. Et les pantins de carnaval, joyeusement fagots de leurs pantalons rouges, se font hacher sans pitié. » 5 septembre, c’est la bataille de la Marne qui commence. Et l’ordre de Joffre tombe : il faut tenir les positions coûte que coûte, ne laisser aucun pouce de terrain à l’ennemi. Henri de Maury doute : où est-elle la glorieuse guerre dont il a rêvé toute sa jeunesse ? Est-ce vraiment cette boucherie à ciel ouvert ?

Parsemée d’extraits de textes de Charles Péguy et de Stefan Zweig, cette lente bande dessinée est comme un film que l’on passe au ralenti. Les balles sifflent pendant des secondes interminables, les corps se soulèvent sous les obus sans jamais sembler retomber. Et les cris de douleurs des blessés composent une bande-son sinistre. Mais le dessin de Victor de Taillac est sublime. Dans des couleurs naturelles et poudrées, il compose des décors superbes où le sang rehausse tristement les détails de l’été. Les pages en camaïeu de gris parlent d’une femme, ou plutôt de plusieurs femmes, beautés éternelles auxquelles les hommes se dévouent et consacrent plus que leur existence. Car pour les survivants des tranchées de 14-18, quelle vie est désormais possible ?

Les éléments d’archive en fin d’ouvrage augmentent le texte avec pertinence. Le centenaire de la Première Guerre est encore tout proche et pourtant semble déjà si lointain. C’est de l’Histoire, mais ça ne doit pas seulement être du souvenir.

Publié dans Mon Alexandrie | Marqué avec | Laisser un commentaire

Le château des animaux – 2 : Les marguerites de l’hiver

Tome 1 : Miss Bengalore

Bande dessinée de Xavier Dorison et Félix Delep.

La construction de la tour de guet continue, par tous les temps. Pour faire face à l’hiver, le taureau Silvio a imposé une heure de travail quotidienne supplémentaire pour le ramassage du bois. Bois que les animaux doivent acheter après l’avoir ramassé. L’injustice creuse les ventres et glace les nuits, mais Bengalore et César sont déterminés à tenir bon. Ils exigent le bois gratuit pour tous. Alors que Silvio s’entête et que les chiens continuent leurs attaques odieuses, les animaux sont de plus en plus nombreux à tomber malades, épuisés par le froid et la faim. Il en faudrait bien peu pour mettre le feu aux poudres. « Seuls des moyens justes donneront des résultats justes. Ce n’est pas en semant du sang et des larmes que nous récolterons la liberté ou la paix ! » (p. 16)

Je savais que j’aurais dû attendre que cette série soit complète ! Parce que maintenant je piaffe de lire les 2 derniers tomes. Je veux retrouver le charmant César et la courageuse Bengalore. Et je veux croire dans leur victoire, parce que s’ils savent faire fleurir des marguerites dans la neige, ils sont capables de tout !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Le château des animaux – 1 : Miss Bengalore

Bande dessinée de Xavier Dorison et Félix Delep.

Les hommes ont quitté le Château. Les animaux se sont organisés pour survivre, mais sont-ils plus libres qu’avant ? Tandis que le taureau Silvio profite du confort du château et que les chiens organisés en milice font régner l’injustice, les autres animaux s’échinent à remplir le grenier central et à construire une nouvelle tour de guet. Après une nouvelle exécution aussi cruelle qu’injuste, certains habitants décident que tout doit changer. « Il faudra se souvenir de ce jour, Miss B. / Oui, comme du jour de la mort d’Adélaïde… / Non ! Comme du dernier jour où nous n’avons rien fait. » (p. 9) Miss Bengalore, jolie chatte blanche, s’épuise toute la journée pour gagner sa pitance et défendre ses chatons. Avec l’oie Marguerite et le lapin gigolo César, elle réclame une répartition équitable des ressources, en vain. Avec l’arrivée du rat Azélar, qui raconte comment un petit fakir a tenu tête à un empire, c’est tout le château qui pourrait bien trembler. « Il est bien plus aisé que vous ne l’imaginez de vaincre la haine par l’amour, le mensonge par la vérité… et la violence par l’acceptation d’un peu de souffrance. » (p. 50)

Hommage évident à La ferme des animaux de George Orwell, cette bande dessinée n’hésite pas à montrer des images très graphiques. Avertissement : si vous êtes comme moi très sensibles à la souffrance animale, ouvrez cet ouvrage avec précaution. Il y a 2 pages qui m’ont véritablement coupé le souffle et soulevé le cœur. La jolie Bengalore et le coquin César sont des protagonistes attachants. Et voir la désobéissance civile prônée par Gandhi exercée par des animaux de basse-cour, c’est loin d’être bouffon. Bien au contraire, cela remet en perspective bien des systèmes politiques.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Présentes – Ville, médias, politique… Quelle place pour les femmes ?

Texte de Lauren Bastide.

L’autrice est la créatrice du podcast La Poudre qui donne la parole aux femmes. Dans cet ouvrage, elle compte. Parce que c’est en comptant que l’on prend conscience de la sous-représentation des femmes dans tous les espaces et médias. Les statistiques et chiffres composent une démonstration irréfutable : les femmes sont encore largement minoritaires, partout. « Ça fait des siècles qu’on associe le discours des femmes à une certaine forme d’irrationalité, voire d’hystérie, qui préconditionne toutes leurs prises de parole publiques et façonne les perceptions de leurs discours. Les femmes sont condamnées à être les Cassandre de la société, celles qui disent toujours la vérité et qu’on ne croit jamais. » (p. 183) Alors, pour se faire entendre, elles créent des espaces pour parler des sujets qui les concernent – et tous les sujets les concernent – puisqu’on ne leur donne pas ou peu ou mal la parole dans les espaces existants, souvent dirigés par des hommes et principalement ouverts aux hommes. « C’est pour moi le geste le plus féministe qu’on puisse accomplir : créer des espaces où les récits des femmes peuvent se déployer sans entrave. » (p. 199) Mais au-delà de ça, il faut adapter les espaces, tous les espaces, aux femmes et non l’inverse. Et leur ouvrir tous les espaces : public, artistique, scientifique, médiatique, politique, sportif, etc.

Laurent Bastide aborde de nombreux sujets qui tous rejoignent la question du féminisme : intersectionnalité, patriarcat, validisme, lesbophobie, grossophobie, homophobie, racisme, harcèlement de rue, port du voile, mansplaining, cyberharcèlement, plafond de verre, plafond de mère, etc. « J’aimerais ne plus entendre que le féminisme constitue une sorte de police de la pensée qui obligerait la société à se conformer à sa vision. » (p. 181) Le ton est assez piquant, mais surtout limpide, criant d’évidence et hurlant de vérité. L’autrice emploie les mots justes, surtout s’ils fâchent. Les notes de bas de page sont pertinentes non seulement parce qu’elles renvoient à des sources qui semblent innombrables, mais surtout parce qu’elles donnent le nom des hommes en tout petit : dans le corps de texte, c’est celui des femmes qui est au centre, pas celui de leurs bourreaux et pas celui des oppresseurs. Et la bibliographie en fin d’ouvrage est monumentale, à double titre : grand nombre de références et mise en avant de productions féminines.

L’amie qui m’a offert ce livre estime que chaque femme devrait l’offrir à une autre femme, pour que toutes aient accès à cette démonstration indispensable. Et pour moi, cette lecture a été aussi fluide et impactante que Moi les hommes, je les déteste.

Quelques extraits pour vous convaincre de lire ce texte !

« J’ai voulu écrire un livre engagé et radical. J’ai voulu aussi écrire un livre accessible et convaincant. » (p. 7)

« Pour que les femmes soient respectées, crues, valorisées, il faut, avant tout, œuvrer à ce qu’elles soient vues et entendues. » (p. 9)

« Ce qu’il y a de plus redoutable dans l’invisibilisation des femmes, c’est qu’elle est invisible. » (p. 9)

« Les femmes sont invisibilisées partout où l’on produit de la connaissance, partout où l’on contribue à modeler l’inconscient collectif de la société. Et il ne peut pas y avoir de société juste si les représentations collectives se construisent en oubliant la moitié de l’humanité. » (p. 16)

« Il y a une urgence à dire le nom des femmes et à faire applaudir leurs accomplissements. » (p. 18)

« Vous pensez sûrement que j’exagère, mais c’est ça, le quotidien du féminisme en France. Des femmes qui disent des choses sensées et qui se font aussitôt insulter. » (p. 47)

« La blanchité, comme le masculin, est un faux neutre. Un point de vue qu’on présuppose objectif alors qu’il est, comme tout point de vue, fait de biais et d’imprégnation culturelles inconscientes. » (p. 104)

« Oui, Internet, c’est de la bombe. Mais c’est aussi un espace où les violences contre les femmes sont considérées comme allant de soi. » (p. 154)

« Les femmes sont mes sœurs et j’agis pour cela, pour manifester une communauté de destins avec toutes celles qui subissent, comme moi, l’oppression patriarcale. » (p. 238)

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Carton rouge

Album d’Émile Jadoul.

Notre petit héros aux longues oreilles aime jouer au football. « Chaque jour je prends mon ballon pour aller à l’école. On s’amuse bien avec les copains. » Une fois à la maison, il ne trouve que Papa pour jouer avec lui… Mais Papa ne semble pas très friand de ce sport !

Et Maman ? On ne lui demande si elle a envie de jouer au football ? Ce sport est uniquement une affaire de garçons ? Je suis venue à cette lecture pour le lapin protagoniste et je la quitte avec une irritation certaine !!!

Publié dans Ma Réserve | Laisser un commentaire

Une joie féroce

Roman de Sorj Chalandon.

Jeanne n’a pas 40 ans, mais elle a un cancer. « Je me suis demandé si le mal était entré en moi par effraction ou si je lui avais offert l’hospitalité. S’il s’était invité ou si je l’avais accueilli. » (p. 13) De séances de chimio en perte de cheveux, Jeanne se sent de plus en plus démunie, peu soutenue par son mari. Mais il y a Brigitte, Assia et Mélody, elles aussi atteintes de cancers féminins. Elles l’accueillent dans leur grand appartement et, ensemble, les quatre femmes espèrent des lendemains plus gais. « Elle l’a prise dans ses bras. Comme on console, comme on protège, comme on épuise un immense chagrin. » (p. 100) Unies par la maladie, les amies sont également liées par de lourdes et tristes histoires de maternité. Et pour réunir une mère et sa fille, elles organisent un braquage.

Voici donc le jour où j’ai lu toute la fiction de Sorj Chalandon. Une joie féroce est un beau livre, mais pas le meilleur de l’auteur à mon sens. Il y manque un je ne sais quoi, quelque chose qui m’aurait vraiment étreint le cœur. Toutefois, comme souvent, Chalandon sait monter des secrets et des mensonges qui explosent la confiance quand ils sont révélés, tout en rendant la vérité laide, bien que nécessaire. J’attends maintenant le prochain roman de l’auteur. Avec une féroce impatience.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Tout est bon dans le Breton

Bande dessinée de Fabien Delettres. À paraître le 15 mai.

La Bretagne, ça vous gagne ? Peut-être après la lecture de cet album ! J’y ai passé de nombreuses vacances étant enfant et ça reste la région de France que je préfère. C’est aussi celle des Bretons : la Bretagne, ils l’aiment, ils la défendent, ils la revendiquent ! « Le Breton n’est pas chauvin, il est juste lucide ! Pas de pollution, pas de bruit, pas de métro bondé, pas de bouchon, ah si, mais on les fait sauter à l’heure de l’apéro ! » (p. 13)

Si l’esthétique « hermine et triskel » vous déplaît, si le beurre doux est le seul que vous aimez ou encore si vous râlez contre la pluie, passez votre chemin, la Bretagne n’est pas pour vous. Et tant mieux, ça en fera plus pour les Bretons et les vrais amateurs de cette région enchanteresse. À la fois abécédaire, manuel de survie du non-breton, lexique, revue de presse de la PQR ou encore annexe du Guinness Book, cette bande dessinée prête à sourire. L’humour est parfois un peu lourd et caricatural, mais il est comme le kouign-amann :généreux ! N’y voyez pas malice, le ton est bon enfant. Et de toute façon, si ça vous déplaît, on saura vous faire comprendre que vous vous méprenez… « Le Breton ne ferme jamais sa gueule quand il a tort, alors imagine quand il a raison. » (p. 22)

Après cette lecture, j’ai surtout plus envie que jamais d’aller m’installer dans une chaumière face à l’océan, quelque part sur la pointe du Finistère…

Publié dans Mon Alexandrie | Marqué avec | Laisser un commentaire

Discours de réception du prix Nobel de la littérature – Stockholm, 7 décembre 1993

Discours de Toni Morrison.

En 1993, Toni Morrison a reçu le prix Nobel de littérature. Comme c’est l’usage pour chaque lauréat, elle a prononcé un discours à l’occasion de la remise de ce prix. En quelques dizaines de pages, elle développe un texte aux allures de conte africain. « Ce qui inquiète cette femme, c’est que la langue dans laquelle elle rêve, la langue qu’elle a reçue à la naissance, se retrouve manipulée, exploitée, confisquée même, à des fins scélérates. » (p. 11 & 12) Il est question d’une très vieille femme noire, aussi aveugle que sage. Et il est question des jeunes générations, des générations futures. Évidemment, il est question du langage, de l’écriture et de la façon dont la littérature doit être utilisée pour faire sens et faire communauté. « Nous sommes mortels. C’est peut-être cela, le sens de la vie. Mais nous sommes source de langage. C’est peut-être cela, la mesure de notre existence. » (p. 25)

En peu de phrases et beaucoup d’images, Toni Morrison prouve s’il en était besoin qu’elle méritait amplement le prix Nobel de littérature. Je ne peux que vous conseiller la lecture de son discours, mais surtout de son œuvre.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Les sorcières de la république

Roman de Chloé Delaume.

2062, la France trépigne d’impatience à l’ouverture du procès qui va revenir sur le Grand Blanc. Que s’est-il passé entre 2017 et 2020 ? Pourquoi le pays a-t-il voté l’amnésie générale à 98 % ? « Je suis sûre d’avoir voté oui. Voulu quoi, pour éviter quoi ? C’était il y a plus de quarante ans. Et je ne sais toujours pas ce que j’ai eu, à ce point, intérêt à oublier. » (p. 101)

Sur le banc des accusés, une seule personne, la Sibylle. Vieille de plusieurs milliers d’années, née du temps de la Grèce antique, toujours aussi belle, elle raconte comment les déesses oubliées de l’Olympe ont décidé de reprendre les choses en main, de contrer la fin du monde annoncée pour décembre 2012, de renverser les pouvoirs phallocrates et d’instaurer un monde puissamment féminin. Pour ça, elles ont fondé le Parti du Cercle et fait élire Élisabeth Ambrose présidente de la République française. « Une secte d’intérêt public, qui prônait la sororité, l’autonomie orgasmique et les enseignements du Nouveau Commencement. Une cellule d’activistes pagano-féministes, qui pratiquaient la magie à des fins politiques. » (p. 10) La Sibylle a tout vu, bien avant tout le monde. Normal, c’est son métier. Mais personne n’a écouté ses avertissements. Normal, c’est toujours le cas. Le grand projet des déesses a échoué, on s’en doute, mais la Sibylle est là pour que personne n’oublie. « Au commencement était le Verbe et puis le Trademark a surgi. Je suis la gardienne de l’histoire, ma parole est copyrightée. » (p. 45) Évidemment, tout dépendra du verdict.

Ce que propose Chloé Delaume, c’est un roman féministe, presque un manifeste, sous forme de compte rendu d’audience. Mais attention, nous sommes face à un procès-spectacle : le Tribunal du Grand Paris a investi le Stade de France. Les gradins sont pleins à craquer ! La France de 2062 est une dictature du divertissement et de la consommation : chacun a l’obligation de participer, de s’exprimer, de soutenir le pouvoir en place. L’humour est féroce et jubilatoire, hautement décomplexé et misandre par touches bien dosées. Les échanges de mail entre Artémis et Jésus-Christ ont fait mes délices. Et si vous aussi, vous avez un peu moqué François Hollande qui subissait sans cesse des intempéries lors de ses sorties officielles, avez-vous pensé à une malédiction ? « Un coup des Sorcières de Salers, une association de socialistes auvergnates pratiquant le zoroastrisme et le culte de Ségolène Royal. » (p. 200)

À ranger très près du Pouvoir de Naomi Alderman, mais pas trop loin non plus de La république des femmes de Gioconda Belli, Les sorcières de la république brosse un portrait acide d’une société en perdition, empêtrée dans la crise des religions et le culte de la personnalité présidentielle. En rendant la magie accessible à toutes les femmes, Chloé Delaume fantasme un pays où les urnes ont moins de pouvoir que les chaudrons. « Changer un membre du PS en un objet utile, un traître écologiste en porte-parapluie, un ancien Président en un petit poney bai, ou Jean-François Copé en pain au chocolat, reconnaissez que c’était de bonne guerre. » (p. 324)

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

La Comtesse des digues

Roman de Marie Gevers.

À la mort de son père, Suzanne reprend l’activité de Dyckgraef, ou comte des digues. Le long des eaux de L’Escaut, il faut veiller aux rives, aux effondrements et aux marées pour que le polder ne soit pas inondé. La jeune fille connaît son métier et est profondément attachée à son pays d’eau et de champs. Mais au village, on jase. A-t-on jamais vu une Comtesse des digues ? La fonction peut-elle s’exercer sans un homme, sans un mari ? Et la vibrante Suzanne, en proie aux premiers désirs, ne sait à qui elle pourrait donner sa main ? Pas à Monne, le grossier brasseur. Peut-être à Triphon, fidèle employé de son père. Ou encore à Max Larix, nouveau propriétaire d’une parcelle. Mais plus que sa main, c’est son cœur que la trop raisonnable Suzanne veut offrir. Pour cela, elle aura à accepter quelques renoncements d’orgueil.

Cette histoire est simple et charmante, tranquille et inéluctable comme les saisons. « Le soleil couché, le vent se leva, sautant à l’ouest, et une brume envahit les prés et les champs humides. Ce fut l’automne. » (p. 151) Dès le début, j’ai su à qui Suzanne lierait son existence, mais j’ai pourtant pris plaisir à suivre ses émois dans un paysage superbe. Marie Gevers dépeint à merveille des lieux qu’elle connaît et qu’elle aime. J’ai évidemment tiqué devant le discours qui professe que seul le mariage peut dompter les ardeurs des jeunes filles solitaires, mais il faut remettre le texte dans son contexte : il a été écrit en 1929. Je choisis de retenir l’écrin de nature dans lequel repose cette histoire d’amour de facture très classique, mais douce et plaisante.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Les ronces

Ouvrage poétique de Cécile Coulon.

Comment résume-t-on la poésie ? Le peut-on ? Le faut-il ?

Cécile Coulon, c’est un génie brut qui parle d’amour et de souvenir, de montagnes et d’enfance, de nostalgie et d’attente, de course à pied et de déambulation dans les sommets. Entre délicatesse et brutalité, ses mots refusent la banalité.

« Je voudrais que la poésie soit aussi naturelle à ceux / qui m’entourent que l’émotion / qui jaillissait cette nuit-là, devant cette place, / avec cette facilité improbable des moments / qui n’auraient pas dû être, / qui furent tout de même, mal fichus, débordants / de grâce et de paroles impassibles. » (p. 15)

« Tu venais d’arriver dans mon désir à la manière / d’un voyageur qui se trompe de quai. » (p. 19)

« Il faudrait plus souvent dire aux êtres tristes / que ce qui ne doit pas arriver / généralement, n’arrive pas. » (p. 33)

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Nellie Bly – Dans l’antre de la folie

Bande dessinée de Virginie Ollagnier et Carole Maurel.

En 1887, la jeune journaliste Nellie Bly se fait passer pour folle et manœuvre pour être envoyée sur l’île de Blackwell afin d’étudier les conditions d’internement des femmes et dénoncer des pratiques inhumaines. Traitée comme les autres pensionnaires, elle endure l’insalubrité, la faim, la cruauté, voire la torture et le sadisme du personnel soignant. Aucune guérison possible entre les murs de l’asile, aucune compassion à espérer. « La folie qu’on attribuait aux femmes était souvent l’expression des violences qui leur avaient été faites. » (p. 128) Nellie se lie d’amitié avec des femmes aussi peu folles qu’elle-même, mais envoyées là pour des raisons fallacieuses. « Sans leur avoir donné la moindre chance de s’expliquer, le médecin condamna ces pauvres femmes à rester probablement jusqu’à la fin de leurs jours chez les fous. Tout cela parce qu’elles n’étaient pas parvenues à remplir ce rôle assigné aux filles. » (p. 43) Et de fait, c’est Blackwell qui fait naître la folie, qui anéantit tout espoir et qui pousse à la démence, seul refuge des âmes meurtries.

Quand elle quitte les lieux, Nellie tente d’alerter le grand public et d’obtenir de meilleures conditions de vie pour toutes les femmes recluses à Blackwell. « Folle d’impuissance face à l’institution qui ne l’écoute pas. Folle de rage d’être considérée comme démente. Folle d’angoisse à l’idée de rester enfermée toute sa vie ici. » (p. 88) Le scandale fait les gros titres, mais les mesures correctives sont lentes et insuffisantes. La jeune femme ne renonce pas et donne au journalisme d’investigation ses lettres d’humanité. « La charité n’autorise pas la maltraitance. » (p. 46)

L’ouvrage s’achève par des interviews des deux autrices. Elles expliquent comment elles ont découvert le travail et l’engagement de Nellie Bly. Il est hautement symbolique et indéniablement puissant que ce livre ait été produit par des femmes. Je salue notamment les illustrations de la folie, entre spectres et tentacules infernaux qui s’insinuent partout.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Petit Lapin cherche un ami

Album de Céline Claire et Aurore Damant.

Comme l’annonce le titre, le petit héros cherche un ami. Il part en forêt et propose à tous ceux qu’il croise de le rejoindre pour un pique-nique dans la clairière. Petit Lapin n’a qu’une crainte, c’est de croiser le loup que l’on dit très dangereux. Mais est-il vraiment prudent de convier toutes les créatures qui peuplent les bois ?  « Petit Lapin a des larmes qui coulent sur ses joues. Il a mal au genou et il a eu si peur… si peur d’être mangé ! »

J’ai évidemment choisi cette lecture pour la bouille du personnage. Comment résister à ces grands yeux et à cette trogne adorable, avec le petit foulard autour du cou ? Moi, je veux bien être l’amie de ce petit lapin couillon qui invite une sorcière et un dragon à son goûter…

Je profite surtout de cette chronique pour vous parler d’un site dont la démarche me séduit beaucoup, et où vous pouvez trouver ce petit livre. éco-album revend à prix réduit des albums destinés au pilon. C’est une opportunité idéale pour faire des cadeaux aux enfants (et aux grands enfants) sans se ruiner et en évitant la destruction de produits de consommation (les livres, donc) qui ont demandé des ressources pour être produits. Certes, le papier se recycle très bien, mais cela demande également de l’énergie. La première étape dans la gestion des déchets est de limiter la création de ces derniers !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

La papeterie Tsubaki

Roman d’Ito Ogawa.

Hatoko, dite Poppo, a repris la papeterie familiale après la mort de sa grand-mère qui l’a élevée seule. Et comme son aïeule, elle assume la fonction d’écrivain public. Carte de vœux, faire-part, lettre de rupture ou encore courrier de refus, la jeune femme exerce un métier désuet et pourtant indispensable à l’ère du numérique, dans un pays pétri de traditions. « J’écris tout ce qu’on me demande, c’est sûr. Mais c’est pour venir en aide aux gens qui en ont besoin. Parce que je veux leur apporter du bonheur. » (p. 138)

Au long des quatre saisons, Poppo accomplit sa tâche avec patience et abnégation, au gré de rencontres souvent originales et toujours uniques. Car confier ses mots au talent d’un inconnu, c’est une preuve de confiance qui nécessite de se découvrir et de révéler un peu de soi. Poppo s’efface derrière ce qu’elle écrit, afin que le destinataire ne sente pas son travail, mais uniquement le message qui lui est adressé. « Être écrivain public, c’est agir dans l’ombre, comme les doublures des grands d’autrefois. Mais notre travail participe au bonheur des gens et ils nous en sont reconnaissants. » (p. 61) Les histoires que Poppo entend sont singulières et touchantes parce que vraies, imparfaites aussi parce qu’humaines.

Avec elle, le lecteur découvre le rituel ancestral de l’écriture et l’art de la calligraphie, de la préparation de l’encre et du choix des instruments, du papier à la plume qui serviront à rédiger le message. On apprend aussi les règles de la correspondance, entre politesse, proximité et conventions. « Cette lettre était pleine de délicatesse : la délicatesse de ne pas franchir certaines lignes, de faire preuve de retenue, de ne pas semer le trouble. » (p. 101) À mesure que Poppo développe son art, elle renoue avec le souvenir de sa grand-mère et fait la paix avec ce que le passé a laissé en suspens. Au fil des jours, elle redécouvre la valeur profonde de l’amitié, de la filiation et des liens que l’on crée pour constituer sa propre famille.

De cette autrice, j’ai déjà lu et apprécié Le restaurant de l’amour retrouvé et Le jardin arc-en-ciel. Cet autre roman est tout aussi simple et charmant que les précédents, sans prétention, mais débordant de tendre humanité et de douceur de vivre.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Les gens heureux lisent et boivent du café

Roman d’Agnès Martin-Lugand.

Diane a perdu son époux et sa fille dans un accident de voiture. Depuis des mois, elle s’enfonce dans un deuil morose. Ni ses parents ni son meilleur ami ne parviennent à la tirer de cet état. À l’approche de la triste date anniversaire, Diane décide de quitter Paris et de partir en Irlande. Elle loue une maison au bord de la mer et espère que la solitude et le grand air l’aideront à reprendre pied. Mais voilà que son ténébreux et orageux voisin s’évertue à lui pourrir la vie.

Alooooooors, par où commencer ? Un peu de contexte : j’ai lu ce livre à voix haute avec une amie pour pouvoir dire que, voilà, c’est fait, j’ai lu un livre de cette autrice que tout le monde encense. Une mise au point s’impose : chacun lit ce qu’il veut et il n’existe pas de bonne ou de mauvaise littérature. Toutefois, ne nous mentons pas : il y a des niveaux en littérature. Agnès Martin-Lugand évolue dans celui du feel good, du léger et des bons sentiments. Ce n’est pas ma tasse de thé, mais ce n’est pas ça que je reproche à ce roman.

Je lui reproche de ne pas respecter son lecteur à bien des égards !

  • Il massacre la conjugaison et la concordance des temps.
  • Il transforme un verre de vin en pinte de Guinness en 3 lignes. (Personnellement, je préfère, mais la chimie impose certaines limites…)
  • Il prône un masculinisme violent parfaitement toxique (pléonaaaaaaaasme !)
  • Il collectionne les fautes de frappe. (J’ai lu le livre en ebook, peut-être n’est-ce pas ce pas le cas de l’édition papier. Non, je n’irai pas vérifier.)
  • Il utilise des expressions, des mots et des formulations à mauvais escient : ça rend le texte bancal et non, ce n’est pas de la licence poétique !
  • Il transpire le sexisme et une forme assez lâche d’homophobie.
  • Il fait allumer plus de cigarettes qu’un humain ne peut en fumer.

Ce roman est un mauvais texte, même si la fin, heureusement, évite les pires clichés du romantisme éculé. « Il faut d’abord que je me reconstruise, que je sois forte, que j’aille bien, que je n’ai plus besoin d’aide. Après çà, seulement, je pourrai encore aimer. » Je n’ai ressenti aucune empathie pour Diane ni aucune patience envers l’odieux Edward. Seul Postman Pat, le chien, a trouvé grâce à mes yeux. Parce qu’il ne dit pas un mot et parce que ses réactions, certes prévisibles, ont l’immense avantage d’être crédibles.

Publié dans Mon Enfer | Laisser un commentaire

Le petit livre des gros câlins

Ouvrage de Kathleen Keegan. Illustrations de Mimi Noland.

« Les scientifiques du monde entier ont prouvé que les câlins sont aussi indispensables à notre bien-être physique qu’à notre équilibre affectif. » (p. 13) Par personne et par jour, il faudrait 4 câlins pour survivre, 8 pour se maintenir en forme et 12 pour se sentir vraiment heureux. Avec la moitié d’étreinte que me consent Bowie chaque jour, je suis loin du compte !

Ce petit livre ne vous apprendra rien de révolutionnaire, mais il fait office de doux et précieux rappel. « Les câlins, mieux que l’espéranto, parlent une langue universelle. » (p. 62) Hors de toute considération sensuelle ou sexuelle, cette pratique physique est accessible à tous, à tout âge. En abuser est sans conséquence négative, ce qui est assez rare quand quelque chose est aussi agréable ! « Autres avantages des câlins. Ils sont écologiques et ne polluent pas l’environnement. Ils économisent le chauffage central. Ils sont portatifs. » (p. 22)

Les dessins sont charmants, ces gros ours sont un peu bouffons, mais ne vous laissez pas avoir par le ton faussement léger du texte. C’est une tactique de survie que nous offre Kathleen Keegan, d’autant plus dans un monde qui se virtualise de plus en plus. Allez, faisons-nous des câlins !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Bowie, les livres qui ont changé sa vie

Ouvrage de John O’Connell.

Quatrième de couverture – Le livre idéal pour découvrir les inspirations de David Bowie à travers les ouvrages de sa bibliothèque. David Bowie était un lecteur compulsif qui ne se déplaçait jamais sans sa bibliothèque portative. Trois ans avant sa mort, en 2013, dans le cadre de la mémorable exposition qui lui a été consacrée, il a offert au public une liste des cent livres l’ayant le plus influencé. Dans cet ouvrage, John O’Connell a choisi de les passer en revue en examinant leur impact sur la vie et l’œuvre de la star. Dans un premier temps, les titres semblent se succéder comme autant de pièces d’un puzzle insoluble : que viennent faire 1984 ou Sur la route à côté des Chants de Maldoror ? Fiction, essais, revues de bandes dessinées, occultisme, spiritualité, psychologie et histoire de l’art… La liste et les domaines qu’elle englobe sont pour le moins éclectiques ! Au fil des pages, l’auteur nous abreuve d’indices et d’une mine d’anecdotes qui permettent de se faire une idée plus précise de cet artiste transformiste. Un éclairage passionnant sur un esprit curieux, qui a su se nourrir de ses diverses passions pour construire une carrière et une œuvre devenues cultes.

Une bibliothèque mobile ! David Bowie avait une bibliothèque mobile, sorte de grande malle à étagères où il gardait ses ouvrages. Fallait-il vraiment un tel détail pour que je sois encore plus raide dingue fan finie du bonhomme ? Probablement pas, mais ça ne nuit pas ! « Le Victoria et Albert Museum publia la liste sur laquelle se fonde le présent ouvrage : celle des cent livres que Bowie considérait comme les plus importants et influents (ce qui ne signifie pas forcément ses préférés) parmi les milliers qu’il avait lus dans sa vie. » (p. 8)

John O’Connell explore l’influence des lectures de l’artiste britannique sur ses œuvres. Et c’est sans surprise que des influences apparaissent comme évidentes dans certains titres et textes du chanteur. Jamais de plagiat, mais toujours des hommages, des interprétations nouvelles. Assimilant tout ce qu’il touchait pour l’incorporer à sa création, David Bowie était un lecteur averti et sensible.

À chaque fin de chapitre, l’auteur nous conseille l’écoute d’un titre du grand Bowie et des lectures complémentaires pour continuer à nourrir notre curiosité. L’ouvrage se picore, au gré des envies. Et les illustrations de Luis Paadin sont un plaisir pour les yeux. En bonne adepte des listes que je suis, j’ai évidemment dressé celle des titres cités dans l’ouvrage, et ma liste d’envies de lecture a bien grossi en conséquence !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Bride Stories – 5

Manga de Kaoru Mori.

Nous voici le jour des doubles noces de Leyli et Layla, turbulentes héroïnes du volume précédent. Elles épousent deux frères, Saman et Farsami. Mais il reste tant à faire avant l’arrivée des invités ! Il faut égorger les moutons et préparer le banquet. Les festivités commencent, et avec elles un long défilé de bénédictions et de cadeaux. Les jumelles ont bien du mal à rester sagement assises et elles mènent déjà leurs fiancés par le bout du nez ! La complicité des nouveaux couples est évidente et il semble certain que, une fois la folie de la jeunesse envolée, ces quatre jeunes gens seront heureux et mèneront une vie sage et rangée.

Henry Smith profite de la fin de la fête pour reprendre enfin son chemin vers Ankara, avec son guide Ali. La route est encore longue et les risques sont nombreux. Avant de refermer cet épisode, nous retrouvons Amir et Karluk, le jeune couple central de ce manga. Leur vie continue, même si la menace d’un conflit avec le clan Hargal pèse toujours. Amir continue d’exceller au tir à l’arc, mais elle respecte des lois immémoriales. « Quand je chasse dans la steppe, je ne touche jamais aux rapaces, car ce sont les messagers des cieux. » Aussi, quand elle trouve un faucon apprivoisé blessé, elle fait son possible pour le soigner.

J’apprécie beaucoup les postfaces de chaque volume de ce manga. L’autrice répond à des questions de ses lecteurs et donne de nombreuses précisions, comme l’usage des bols à thé ou la physionomie de certains animaux. C’est instructif tout en étant sympathique, ludique comme j’aime ! Je vais très vite emprunter la suite de cette histoire à la bibliothèque !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Le légataire – Série intégrale

Attention, révélations possibles dans cet article qui présente une série BD entière !!!

Cette série est la suite du Décalogue.

Tome 1 : Le rendez-vous de Glasgow – Bande dessinée de Franck Giroud, Camille Meyer et Joseph Béhé.

Le livre de Simon est réédité et Gwen, toujours pas remise de la mort de son compagnon, gère son héritage littéraire. Au gré de diverses rencontres, elle est confrontée au Tueur de la Clyde, sérial killer qui semblait avoir disparu. L’omoplate portant l’étrange verset coranique et Nahik, même disparus, continuent de faire parler et d’inquiéter les intégristes islamiques. « Cela prouve qu’il existe quelque part une relique terriblement dangereuse ! Un faux très ancien, suffisamment bien imité pour tromper ceux dont la foi est chancelante ! » (p. 43)

Avec ce premier volume, Franck Giroud reprend un déroulement chronologique classique. Il ne va plus à rebours de l’histoire pour remonter aux sources du Décalogue, mais se projette vers le futur. Le suspense est toujours aussi intense et c’est très satisfaisant de retrouver des personnages qu’il avait fallu quitter très vite pour partir dans le passé. Cela promet des développements intéressants !

Tome 2 : Le songe de Médine – Bande dessinée de Franck Giroud, Camille Meyer et Joseph Béhé.

Merwan, intégriste repenti, est toujours hanté par la mort d’Halid Riza dont il est responsable. Il part à Zurich pour trouver les recherches menées par l’écrivain frappé d’une fatwa. Il ne sait pas que les intégristes musulmans qu’il a quittés sont également sur ses traces et sont déterminés à faire disparaître tout ce qui irait à l’encontre de leur vision d’un Islam violent et vengeur. Contrairement à ce que l’on pensait, le texte gravé sur l’omoplate est loin d’avoir disparu. « La Dernière Sourate ne doit pas être détruite : car le jour où plus personne ne songera à remettre l’Islam en question, il faudra bien restituer aux fidèles la véritable parole du Prophète ! » (p. 50) Les musulmans n’ont pas fini de se déchirer sur le sens profond de leur religion. Et le Vatican entend bien maintenir l’ordre établi.

J’avoue avoir un peu tiqué en voyant arriver l’Église catholique dans l’équation. Je crains un développement à la Da Vinci Code. Il semble certes inévitable que l’une des plus grandes religions monothéistes du monde se manifeste dans cette histoire, mais j’espère que l’auteur nous évitera un complot abracadabrant…

Tome 3 : Le labyrinthe de Thot – Bande dessinée de Franck Giroud, Camille Meyer et Joseph Béhé.

« Choisir pour une entreprise aussi délicate un homme traqué à la fois par la police et par les intégristes, je trouve cela un peu trop audacieux. » (p. 4) Merwan se demande en effet pourquoi le Vatican a besoin de lui. Dans l’attente de sa rencontre avec la personne qui tire les ficelles, il replonge dans les recherches d’Halid Reza. Jeune chercheur, Halid a travaillé avec le professeur Farag Idriss qui a échappé de peu à la destruction d’un monastère orthodoxe en Grèce. Il rencontre aussi Shelley, rescapée du même drame. Tous les trois partent en Égypte à la recherche du labyrinthe de Thot. Ce qu’ils trouvent dépasse leurs attentes, mais révèle également la vraie nature de chacun d’eux.

J’avais craint un délire catholico-complotiste mal géré, mais ce troisième album tient ses promesses et met en appétit pour la suite. J’avais été très frustrée de la disparition rapide d’Halid Reza dans le tome 2 du Décalogue. Il prend ici la place d’honneur et l’occupe très bien.

Tome 4 : Le cardinal – Bande dessinée de Franck Giroud, Camille Meyer et Joseph Béhé.

Le Vatican a fait appel à Aline, l’ancienne petite amie de Merwan, pour le convaincre de parler. « En quoi les déboires d’un jeune beur en cavale intéressent-ils un des membres les plus éminents de la curie romaine ? » (p. 17) Ce qui intéresse surtout l’Église catholique, c’est d’avoir un homme dans la place, au plus près des sources de l’intégrisme. C’est d’autant plus urgent qu’un attentat dévastateur a visé le Pape à Béthléem. « Si nous parvenons à parvenons à prouver que cet hymne à la tolérance émane bien de Mahomet lui-même, nous aurons de quoi saper durablement l’influence du fondamentalisme ! » (p. 23)

Ce quatrième épisode fait revenir un personnage du Décalogue et je n’aurais certainement pas parié sur son retour ! Finalement, cette série dérivée me plaît bien plus que l’autre, Les Fleury-Nadal. Parce qu’elle reste très proche de l’œuvre originale et tisse des liens très étroits avec elle. Elle ne se contente pas de combler des blancs, elle la prolonge !

Tome 5 : Le testament du prophète – Bande dessinée de Franck Giroud, Camille Meyer et Joseph Béhé.

Missionné par le Vatican, sous une fausse identité, Merwan cherche ce qu’Halid Reza, alors jeune universitaire, a caché dans un musée du Caire. Et surtout, il est en quête de vérité. La dernière sourate doit être révélée au grand public. « Vous avez fait du bon travail, Merwan ! De l’excellent travail ! Grâce à vous, il y aura peut-être un peu moins de haine et de sang dans le monde… » (p. 49) L’ancien fondamentaliste cherche aussi à racheter ses erreurs, peut-être à se racheter à ses propres yeux. Quant à la dernière sourate, elle reste un texte maudit quand elle est entre de mauvaises mains. Et son histoire n’est sans doute pas terminée.

Ah, qu’il est bon qu’une série s’achève sur un triomphe, et surtout que ses auteurs sachent quand mettre le point final ! Le légataire montre le talent de Frank Giroud, capable de tenir son sujet pendant tellement d’épisodes. Le dernier album laisse ce qu’il faut de suspense pour que l’imagination du lecteur fasse le reste. Bref, une sacrée bonne série de BD !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Le plaisir

Livre de Maria Hesse.

Dans son introduction, Lara Moreno donne le meilleur des conseils et le meilleur résumé de ce livre. «  Ce livre peut se lire comme un livre d’anatomie. Pas n’importe lequel : un livre d’anatomie qui décrypte le paysage le plus humain du monde. Celui qui est capable de nous exploser au bout des doigts. »

Le plaisir s’apprend. Il se découvre. Il se travaille. Il s’apprivoise. « Mais si elles ne savent rien, comment vont-elles pouvoir demander ce qu’elles aiment ? » L’autrice-illustratrice raconte ses expériences et son approche du plaisir. Il n’existe pas de chemin tout tracé ni de formule magique. Chacune (oui, parce qu’il est ici question du plaisir féminin) doit trouver ce qui l’excite, mais aussi ce qui ne fonctionne pas.

Maria Hesse propose des portraits courts de femmes auxquelles la conquête du corps doit beaucoup ! Colette, Cléopâtre, Simone de Beauvoir ou encore Mata Hari. Avec un humour piquant, elle parle de jouissance sans gêne ni tabou. « En fin de compte, Lilith se lassa et décida de quitter l’Éden : c’était quoi ce paradis où il n’y avait pas moyen d’avoir un orgasme ? »

Face au male gaze, au patriarcat et à la domination masculine, l’autrice invite chaque femme à s’émanciper en s’emparant de son propre plaisir. « Le sexe a longtemps été raconté par l’homme, pensé par et pour lui. Certains ont du mal à concevoir que notre sexe puisse ne pas dépendre du leur, de même que notre état d’esprit. » Il s’agit d’apprendre à dire oui à l’orgasme, tout en sachant à dire non quand ça ne convient pas. Déculpabiliser le sexe et le plaisir, voilà un engagement qui me parle ! « Tous les corps sont beaux : apprenons à les aimer avec leur âge, leurs imperfections et dans leur diversité. »

J’ai été séduite par le travail de Maria Hesse en lisant Bowie. Je retrouve ici la beauté de ses dessins floraux et végétaux. Et la douceur épaisse du papier donne à cette lecture une dimension sensuelle incroyablement agréable.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Mitterand, un jeune homme de droite

Roman graphique de Philippe Richelle et Frédéric Rébéna.

En 1935, François Mitterrand est un jeune étudiant en droit, issu d’un milieu catholique bourgeois de droite. Mais plutôt que la magistrature, c’est la littérature qui l’intéresse, si tant est qu’il puisse obtenir le prix Goncourt. Il a de l’ambition et abhorre l’incurie intellectuelle. « La modestie, c’est l’affaire des médiocres. » (p. 31) Ainsi, il préfère discuter avec un ouvrier qu’avec un camarade, si le premier est plus vif d’esprit que le second. « S’il fallait se limiter aux écrivains de droite, nous n’aurions qu’une demi-vision du monde. » (p. 9) Le jeune Mitterrand est un amoureux passionné, voire excessif, mais aussi un séducteur très sûr de lui. Prisonnier militaire pendant la Deuxième Guerre mondiale, il s’échappe avec succès et entre dans l’administration de Vichy, certain de pouvoir aider les prisonniers, les évadés et les réfugiés. Mais face à la politique outrageusement collaborationniste de Laval, la nécessité de résister s’impose.

Pour moi, François Mitterrand, c’est un vieux monsieur, président de la République quand j’étais enfant. Et surtout l’incarnation du socialisme. Grâce à cette bande dessinée, je découvre un homme bien plus complexe, ouvert à toutes les rencontres tant qu’elles sont stimulantes et émulatrices. Le dessin, en quelques traits, rend parfaitement hommage au visage de ce politique. Et j’ai bien envie maintenant de lire une biographie complète du bonhomme !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Sur un air de fado

Roman graphique de Nicolas Barral.

Août 1968. Depuis quarante ans, la dictature de Salazar étouffe le Portugal. Mais on dit que la santé de l’homme est très mauvaise. « Tout le monde devrait foutre le camp d’ici… et surtout que le dernier à partir pense bien à éteindre la lumière ! » (p. 48) Fernando Pais est médecin. Il mène la vie tranquille d’un célibataire sans souci. Certes, il passe souvent à la PIDE pour donner des soins à un officier et croise ainsi des victimes des méthodes brutales de la police, mais il ne se mêle pas de politique. Ou plutôt, il ne s’en mêle plus depuis qu’il a dû lui sacrifier son grand amour. Témoin de la bêtise d’un gamin révolutionnaire qui veut venger un drame familial, Fernando secoue son lourd passé et retrouve l’espoir d’une autre existence. « N’ayant jamais connu que la dictature, nous avons appris à nous contenter du bonheur que Salazar nous octroie. » (p. 119)

Construit sur une alternance entre le présent et les souvenirs, cet ouvrage est une merveille de légèreté feinte et factice. Les fantômes y sont omniprésents et la douleur est sourde, fichée de longue date dans des cœurs qui ont appris à battre moins fort pour se préserver. Le réveil politique et humain de Fernando est touchant et donne la preuve que rien, jamais, n’est perdu.

Moi qui ne connais franchement pas grand-chose du Portugal, j’ai glissé sans peine dans cette histoire aux couleurs chaudes et aux sujets glaçants. Ce roman graphique brosse un panorama simple d’une période de l’histoire portugaise et m’a donné envie d’en savoir plus.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Le dernier bain de Gustave Flaubert

Roman de Régis Jauffret.

« Je vous donne ici des phrases de mon cru dont le plus souvent vous ne trouverez trace ni dans mes œuvres ni dans ma correspondance ni d’une façon générale dans aucune archive. Deux siècles après sa naissance, un auteur doit se renouveler. » (p. 26 & 27) Gustave Flaubert est dans sa baignoire et, alors que la mort s’approche, il convoque ses souvenirs, ses amis, ses amants, ses maîtresses et ses personnages. Alfred Le Poittevin et Maxime du Camp, Élisa Schlésinger, Louise Colet et Guy de Maupassant, tous revendiquent une dernière fois l’attention de l’auteur. « Quand je suis remonté à la surface, elle avait disparu. Les personnages n’existent pas davantage que les dieux. » (p. 12) Le gueulard Flaubert entame une âpre discussion avec la Bovary qui lui reproche l’histoire qu’il lui a donnée. Dans un délire pré-mortem, il réécrit ses œuvres et sa vie.

J’avais beaucoup apprécié le roman Claustria de l’auteur. Je n’ai rien lu d’autre de lui, mais un texte sur Flaubert avait tout pour me plaire. La première partie a répondu à mes attentes : c’est avec tendresse que j’ai suivi le jeune Gustave dans son ivresse de mots et de lectures. « À la puberté la logorrhée me poussa plus dure encore que la barbe au pubis. » (p. 49) Avec compassion, j’ai assisté à ses crises d’épilepsie. Mais la deuxième partie m’a laissée sur le côté. Passant de la première à la troisième personne, la narration se veut résolument plus fantasmagorique. Mais ce que le texte gagne en imagination, il le perd en humanité. Bien loin de donner une dimension nouvelle et originale à un auteur sur lequel on a déjà tant écrit, Régis Jauffret en fait une silhouette encore plus floue, un ectoplasme. Dommage. Mais ce livre m’a donné envie de relire Madame Bovary, pour la énième fois.

Publié dans Ma Réserve | Marqué avec | Laisser un commentaire

Bride Stories – 4

Manga de Kaoru Mori.

N’ayant toujours pas réussi à reprendre Amir à sa nouvelle famille, le clan Hargal cherche des alliés contre Numaji à qui il n’est pas en mesure de fournir une épouse. Et dans les environs, puisqu’il se dit que les tensions montent entre les Russes, les Perses et d’autres pays, il semble plus prudent de regrouper les forces.

Sur les rives de la mer d’Aral, les jumelles Leyli et Layla sont aussi ravissantes que turbulentes. En âge de se marier, elles rêvent à des époux riches et beaux, et si possible de ne pas être séparées. Alors que leur père ne doute pas de leur trouver des fiancés convenables, leur mère s’inquiète qu’elles ne soient pas prêtes pour le mariage. « Je vous ai préparé un programme d’entraînement pour jeune mariée !! On commence tout de suite, et sans rechigner ! […] C’est en s’acquittant correctement de son rôle de mère et d’épouse qu’on obtient le respect des autres !  John Smith observe les préparatifs de la noce avec passion, noircissant des pages entières de notes et se gavant de la cuisine locale. Et accessoirement, puisqu’il se fait passer pour un médecin afin de voyager plus tranquillement, il doit répondre à des cohortes de gens malades…

Cet épisode frais et léger est surtout un prétexte pour explorer les bords de la mer d’Aral et ses richesses. Les jumelles sont des personnages adorablement attachants, d’autant plus pour moi qui ai grandi avec deux petites sœurs nées le même jour ! Leurs gamineries sont moins insupportables qu’hilarantes. Je remarque surtout l’immense talent de la mangaka quand il s’agit de dessiner des animaux. Il y a notamment un superbe couple de loups, dynamique et criant de réalisme.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire