Mon calendrier de l’Avent #8

Une chose que j’aime de Noël :

LE SAPIN !

Il sent bon, il sème des aiguilles partout, on le décore, le chat joue avec les guirlandes, le chien le bouscule en passant, il accueille les cadeaux… Faut-il en dire plus ?

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La dernière nuit du Raïs

Roman de Yasmina Khadra.

Terré dans un bâtiment désaffecté, à Syrte, Mouammar Kadhafi refuse de croire que les rebelles peuvent renverser son pouvoir et lui retirer le contrôle de la Libye. « Si je suis encore en vie, c’est la preuve que rien n’est perdu. Je suis Mouammar Kadhafi. Cela devrait suffire à garder la foi. Je suis celui par qui le salut arrive. » (p. 12) Kadhafi est certain d’être un bon guide, d’avoir tout fait pour le bonheur de son peuple, alors pourquoi cette révolte ? De l’incompréhension à la colère en passant par la désillusion, la dernière nuit du tyran libyen est l’occasion d’exhumer des souvenirs et de compter les pertes. Non, la Libye ne peut pas tomber comme est tombée la Tunisie. Le printemps arabe, non, ce n’est pas possible. « Les révoltes arabes m’ont toujours barbé, un peu comme les montagnes qui accouchent d’une souris. » (p. 43)

Il est loin le petit bédouin qui n’avait que sa hargne et son ambition pour faire oublier l’absence de son père. Fasciné par Van Gogh et la beauté des femmes, Kadhafi semble parfois être un esthète incompris, un génie que l’histoire méprise. « L’orgueil est allergique à la raison. Quand on a dominé les peuples, on s’oublie sur son nuage. »  (p. 192) Mais à mesure que ses proches perdent courage et la confiance aveugle qu’ils lui vouaient, le raïs, le « chef » perd peu à peu de sa superbe. Le culte de la personnalité dressé à son image s’écroule. « Je suis seul face au destin, et le destin regarde ailleurs. » (p. 171)

Son ultime tentative de fuite se termine par le lynchage que l’on sait. Le temps d’une nuit, le lecteur a été plongé dans la folie sublime et baroque de la mégalomanie. « On raconte que je suis mégalomane. C’est faux. Je suis un être d’exception, la providence incarnée que les dieux envient, et qui a su faire de sa cause une religion. » (p. 88 & 89) En donnant la parole à celui que le peuple a foulé aux pieds et dont la mort a donné lieu à des réjouissances, Yasmina Khadra ne rend pas d’hommage. Il ne célèbre pas et il ne porte pas aux nues. Il imagine simplement les derniers instants d’un être dont l’existence est devenue une légende. Il en va des tyrans comme des statues : en les déboulonnant, on les remet en perspective et on les ramène à hauteur d’homme.

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Mon calendrier de l’Avent #7

Une chose que j’aime de Noël :

LES BONHOMMES DE NEIGE !

Ce n’est pas tous les ans que la neige tombe à Noël chez mes parents. Mais même sans la neige, le bonhomme de neige est un autre incontournable de mon imaginaire de Noël.

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Mon calendrier de l’Avent #6

Une chose que j’aime de Noël :

LES PAPILLOTES !

Une certaine marque dont le nom rappelle le réveillon en fait des délicieuses, mais mon papa a récemment découvert une gamme de papillotes bio à tomber par terre. Et même qu’il avait acheté un baluchon rien que pour moi l’an dernier. Et j’ai pas partagé !

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Billevesée #206

L’argot est un sociolecte, c’est-à-dire un langage pratiqué par un groupe social défini.

En ce moment, je m’intéresse beaucoup à la linguistique, mais je pars de très loin, alors je commence avec des évidences.

Alors, billevesée ?

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Mon calendrier de l’Avent #5

Une chose que j’aime de Noël :

PRÉPARER LE REPAS !

Chez moi, c’est surtout ma mère qui cuisine pour ce repas. Mais je confectionne souvent le dessert et les mignardises. Tout pour se régaler !

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Mon calendrier de l’Avent #4

Une chose que j’aime de Noël :

LA COURONNE DE NOËL !

Traditionnellement faite de branches de pin cerclées et décorée de houx ou d’autres éléments naturels, elle s’accroche sur la porte d’entrée de la maison. Pour moi, c’est un beau signe d’accueil et une invitation à partager le temps des fêtes.

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Bazaar – 2 tomes

Romans de Stephen King.

Je présente les 2 volumes à la suite : possibles dévoilements…

Tome 1 – Castle Rock est une petite ville du Maine qui profite de la fin de l’été. Il n’y a pas grand-chose à en dire. Tout le monde se connaît. Il y a des rivalités, des rancœurs ou des inimitiés entre certains habitants. Mais c’est ici comme partout. « Rien que des choses bien ordinaires, c’est ce que vous allez observer, je parie ; mais tous nos ennuis, à Castel Rock ne sont pas ordinaires. » (p. 12) Voilà qu’un nouveau commerce ouvre, le Bazar des Rêves. C’est étrange, le propriétaire, Leland Gaunt, semble toujours avoir ce que son client désire le plus. Je vais vous proposer l’affaire de votre vie. » (p. 175)Et il le lui vend pour presque rien, mais en plus de la somme dérisoire qu’il paye, l’acheteur doit s’acquitter d’une petite blague pour le compte de M. Gaunt. Oh, presque rien, une farce jouée à un voisin. Une farce vraiment ? Il semblerait que les mauvais tours que se mettent à se jouer les habitants de Castle Rock entre eux ne soient pas innocents. Ils attisent les haines et réveillent les instincts les plus noirs de la population. Attention, la folie monte à Castel Rock ! « Il avait découvert une autre grande vérité sur la notion de possession et de l’état psychologique particulier qui en est la conséquence : plus on a d’épreuves à endurer à cause de quelque chose que l’on possède, plus on tient à cette chose. » (p. 298 & 299) Et Leland Gaunt se frotte les mains en tissant sa toile de méchanceté, ses yeux changeants suivant chacun à chaque instant. « Leland Gaunt se voyait en électricien de l’âme humaine. Dans une petite ville comme Castle Rock, tous les fusibles étaient sagement alignés dans leurs boîtes. Ne restaient qu’à ouvrir celles-ci… et à entrecroiser les branchements. » (p. 381)

À la suite de Leland Gaunt et de Stephen King, on prend plaisir à voir que tout est bouleversé et qu’il est si facile de jouer avec la nature humaine. Si on peut gagner des âmes en bonus, c’est parfait !

Tome 2 – Après l’affrontement mortel qui a opposé deux femmes en pleine rue, Castle Rock retient son souffle, mais pas pour longtemps. Tout le monde veut garder son cher objet : une paire de lunettes, une carte d’un joueur de baseball, un remède contre la douleur, une queue de renard… « Tous avaient un rêve à satisfaire et étaient venus ici pour combler ce vide douloureux en eux et mettre un terme à leur souffrance. » (p. 277)Ce ne sont que des choses dérisoires, mais pour lesquelles leurs nouveaux propriétaires sont prêts à tuer, terrifiés à l’idée de les perdre ou que Leland Gaunt les leur reprenne. « Sois-moi fidèle, et tu prendras ton pied. Sois-moi fidèle, et tu pourras te payer tous ceux qui t’en ont fait baver, à Castle Rock. Sans compter que tu en repartiras plein aux as. Mais si jamais tu me trompes, tu passeras le reste de l’éternité à hurler. » (p. 81 & 82) Leland Gaunt voit tout, il orchestre tout depuis sa petite boutique. Sur les rayonnages, maintenant, il y a des armes. Il faut bien équiper la population, aider les individus à défendre leur bien ! Heureusement, le shérif Alan Pangborn veille et il va tenter de contrecarrer les sinistres desseins de Leland Gaunt.

C’est à dessein que je n’ai pas présenté tous les personnages de ce roman : il y en a une flopée et Stephen King prouve qu’il sait et qu’il aime créer des populations complètes, comme dans Salem ou Dôme. Et c’est un plaisir sadique que le lecteur observe le maître de l’horreur soumettre ces microcosmes aux pires expériences et aux rencontres les plus macabres. Leland Gaunt est un archétype de méchant vilain pas beau. Il traverse les siècles et exerce son odieux commerce depuis la nuit des temps. Son profit ? Faut-il vraiment le dire ?

Je me suis tout de même un peu ennuyée avec ce roman qui souffre de quelques longueurs. Mais ça reste un bon texte, horrifique à souhait, dégoulinant d’hémoglobine et d’autres sécrétions.

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Mon calendrier de l’Avent #3

Une chose que j’aime de Noël :

LE BONHOMME PAIN D’ÉPICES !

Il n’y en a jamais eu chez moi, mais c’est une figure incontournable de Noël dans mon imaginaire personnel !

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Mon calendrier de l’Avent #2

Une chose que j’aime de Noël :

LES GUIRLANDES !

Qu’elles soient à froufrou, lumineuses, en papier ou mangeables, elles offrent à un sapin et à une maison un charme indéniable.

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La vérité sur l’affaire Harry Quebert

Roman de Joël Dicker.

En août 1975, la jeune Nola Kellergan disparaît, probablement assassinée. L’évènement marque profondément Aurora, dans le New Hampshire. Trente-trois ans plus tard, le corps de l’adolescente est retrouvé et tous les soupçons se portent sur l’écrivain Harry Quebert. D’abord parce que le cadavre était enterré dans son jardin, ensuite parce qu’il a partagé un amour fou avec Nola. À l’époque, elle avait 15 ans, il en avait 34 et une telle relation était inacceptable. Tout accuse l’auteur à succès qui a publié une magnifique histoire d’amour dans les mois qui ont suivi la disparition de Nola : cette histoire a tout de celle qu’il a partagée avec la jeune fille. Alors, coupable ou pas coupable ? Il n’y a que Marcus Goldman, un ancien élève d’Harry Quebert, lui-même devenu écrivain, qui croit à l’innocence de son mentor. « Harry Quebert est le seul ami que j’ai. J’ai trente ans, et je n’ai que lui. Il m’a tout appris, il a été mon seul frère humain durant ces dix dernières années. À part lui, je n’ai personne. » (p. 316) En enquêtant sur la mort de Nola Kellergan et sur les évènements de l’été 1975, il va révéler les secrets et les mensonges d’une petite ville tranquille, mais aussi relancer sa carrière d’écrivain. À qui profite le crime, alors ?

Posons le contexte de cette lecture. J’avais commencé ce roman quelques semaines après sa sortie. Et je l’avais refermé après cent pages en poussant un soupir de soulagement. L’histoire n’est pas inintéressante, loin de là, mais j’ai buté sur le style très scolaire – si l’on peut parler de style – de l’auteur. Je n’accorde pas vraiment de crédit aux prix littéraires, mais ce roman a obtenu le grand prix de l’Académie française. Autant vous dire que j’attendais autre chose que des constructions simplistes, des approximations grammaticales et syntaxiques et des expressions toutes faites.

Une fois que j’ai réussi à passer au-dessus de la pauvreté et/ou de la lourdeur du style, je me suis laissé prendre par l’histoire et ses nombreux rebondissements. Je suis assez fière de moi parce que j’avais identifié un des points majeurs de l’intrigue vers le premier tiers de l’histoire. Aurora, charmante bourgade en bord de mer dans le New Hampshire, a des airs de Twin Peaks avec ses jeunes filles en détresse pas si sages que ça, ses secrets, ses rancœurs aigres et ses monstres ordinaires.

Le personnage de Marcus Goldman – si on oublie l’insupportable caricature de mère juive que lui a imposé l’auteur – est très intéressant. « J’étais un écrivain célèbre ; j’avais l’impression d’exercer le plus beau métier du monde. » (p. 20) Obsédé par la réussite et le désir d’être le premier, il doit apprendre à se mesurer à plus fort que lui et pas seulement à biaiser la compétition. C’est facile d’être le meilleur dans une assemblée de bras cassés, ça l’est moins quand on fait face à des adversaires à sa mesure. Confronté à la page blanche pour son deuxième roman, il réfléchit beaucoup, en se souvenant des conseils de son mentor, sur l’écriture, la création et le pouvoir de la littérature. Ça donne des passages plutôt bons.

Il y a beaucoup de livres dans ce livre. Le premier, c’est celui que le lecteur tient dans ses mains et qui contient tous les autres. Il y a celui d’Harry Quebert, qui a fait son succès et qui est en passe de faire son malheur quand le corps de Nola est retrouvé dans son jardin. Il y a aussi un autre roman de Quebert, que l’on découvre tardivement. Il y a le premier roman de Marcus Goldman, grand succès de librairie, et le deuxième qu’il n’arrive pas à écrire. Il y a celui que Marcus écrit sur l’enquête qu’il mène pour disculper son ami. Enfin, il y a le livre qui suivra l’enquête.

Je ne parle pas de l’inspecteur Perry Gahalawood et de l’éditeur Roy Barnaski qui sont, à mes yeux, deux énormes clichés ambulants. Ils ont le mérite de donner la réplique au personnage principal, mais misère, qu’ils sont grossièrement taillés ! Pour conclure, ce roman se lit bien et les rebondissements tiennent en haleine, mais il ne faut pas s’attendre à un style transcendant.

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Mon calendrier de l’Avent #1

À tout seigneur, tout honneur, une chose que j’aime de Noël :

LE CALENDRIER DE L’AVENT !

Le mien est en tissu avec des petites poches dans lesquelles ma mère glissait des sucreries et des chocolats.

Maintenant que je suis grande, que j’ai mon chez-moi et que je suis une personne sérieuse, je continue ! Et je remplis les petites poches avec les fameux bonbons au chocolat de la marque K**der ! Sauf cette année : ce sont des petits chocolats Milka offerts par une amie bisontine !

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La veuve

Roman de Gil Adamson.

« Dix-neuf ans et veuve déjà. Mary Boulton. Veuve par sa faute. » (p. 14) Coupable du meurtre de son mari, Mary prend la fuite pour échapper à la colère de son beau-père et de ses beaux-frères, deux jumeaux roux indissociables. Nous sommes au Canada, en 1903. Ce sont encore les hommes et l’Église qui font tourner le monde. Rien n’avait préparé la veuve à son mariage avec un homme sans tendresse, ni à son périple à travers les grands espaces sauvages du pays. « La veuve sentait le poids de son existence, les efforts infinis que coûte la vie. » (p. 83 & 84) Issue d’une famille aisée, Mary n’était pas prête à tenir une cabane au fond des bois ou à marcher pendant des jours dans le froid et la faim. Mais puisqu’elle a tué son mari, elle n’a pas le choix, elle doit partir.

Sur son chemin, elle rencontre des bienfaiteurs : une vieille dame, un Indien, un révérend, un nain. Elle ne sait pas rester en place, poussée par la peur et le besoin viscéral d’échapper à ses poursuivants. Elle rencontre surtout le Coureur des crêtes, un criminel qui se cache dans les montagnes pour échapper à la justice. Entre ces deux coupables, l’étincelle de l’amour flambe doucement, mais soumise aux grands vents du nord, elle aura bien du mal à ne pas vaciller. « Le Coureur des crêtes poursuivait son chemin, sa besace remontée sur les épaules, éperdu de désir en pleine nature. Déserteur au milieu de la verdure, égaré et quasi aveuglé par l’insomnie, car chaque souffle des arbres semblait annoncer le retour de Mary. » (p. 166)

Son prénom lui est donné par les autres personnages, très rarement par le narrateur qui la réduit à sa condition de veuve, comme si cette identité amputée et fantomatique désignait tout son être en le rendant très abstrait et inaccessible. « Elle avait vingt ans et son cœur avait déjà été poussé deux fois aux limites de son existence. En se mettant debout, elle s’était fait l’effet d’une nouvelle femme, affreusement habituée à la perte. » (p. 345) La veuve est indéniablement coupable. On comprend à demi-mot ce qui a motivé son geste de mort à l’encontre de son époux. Pourtant, il est impossible de ne pas éprouver de la sympathie pour cette femme révoltée qui choisit d’échapper au contrôle qu’elle a toujours subi, celui des hommes, celui de la bienséance et celui de la religion.

La Bible est un ouvrage important dans ce récit. Celle de Mary est couverte d’annotations et de signes qui dissimulent le secret honteux d’une fille de bonne famille. La Bible, c’est la somme de toutes les vertus et l’incarnation de la morale, celle que Mary a bafouée. Pourtant, auprès du révérend qui bâtit une étrange église bancale, la veuve commence à reprendre pied. « Elle éprouvait un soulagement tout simple. Dans la maison du révérend, elle avait trouvé une sorte d’amnistie. Rien à voir avec le bonheur, le fichu bonheur. » (p. 233)

La veuve est finalement un très beau western au féminin. On croise des Indiens, des mines de charbon, des chercheurs d’or, des grizzlys. Dans sa fuite, Mary ne trouve pas que la liberté, elle découvre sa propre force et la capacité de refuser ce qui ne lui convient pas. Ce n’est pas du féminisme, c’est de la survie.

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Mon calendrier de l’Avent

S’il est une période de l’année qui m’émeut, c’est bien Noël. J’aime cette ambiance de fêtes doucement préparées, ses réjouissantes attendues, ses plaisirs anticipés et ses promesses de retrouvailles et de bonheur. Noël, c’est aussi une des plus belles fêtes religieuses que je célèbre en tant que croyante. Mais pas de prosélytisme ici !

Depuis toujours, j’attends le premier décembre (et pas uniquement parce que c’est mon anniversaire), mais parce qu’il signifie que l’on peut découvrir la première surprise du calendrier de l’Avent. Je ne suis plus une enfant, loin s’en faut, mais j’aime toujours autant cette tradition qui fait patienter jusqu’au jour saint.

Cette année, je souhaite vivre avec vous cet esprit de Noël et de partage. Chaque jour jusqu’au 25, je vous révélerai une des choses qui font que j’aime Noël.

RDV ici dès demain, tous les jours à 10 h 00.

Et le 25 décembre, je tirerai au sort parmi toutes les personnes qui auront commenté les billets de mon calendrier de l’Avent : celui ou celle que le sort aura désigné recevra un petit quelque chose de ma part, comme un cadeau de Noël en retard, mais préparé depuis longtemps.

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Billevesée #205

Mardi, changement de décennie… 30 ans à l’approche !

Pour m’amuser, je me suis préparé un petit bingo avec des lapins.

Vous les avez tous ? Moi oui !

Alors, billevesée ?

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Le chardonneret

Roman de Donna Tartt.

Theo perd sa mère alors qu’ils visitaient un musée new-yorkais : une bombe explose et c’est l’horreur. Miraculeusement indemne, Theo n’a plus de maman, mais il a réussi à sortir un tableau des décombres du musée, une petite œuvre de Carel Fabritius représentant un chardonneret. « Dans mon esprit, les mots ‘Je dois rentrer à la maison’ ne cessaient de tourner en boucle, suivis, pour la millionième fois, de ‘Je ne peux pas’. » (p. 94) Recueilli pendant un temps par les parents d’un ami, Theo part finalement à Las Vegas chez son père et sa belle-mère. « Vivre avec eux, c’était comme vivre avec des colocs que j’apprécierais moyennement. » (p. 237) Il ne parvient pas à reprendre pied et à faire le deuil de cette mère qu’il adorait. Il pense aussi sans cesse à Pippa, cette petite fille rousse qu’il a aperçue dans le musée peu avant l’explosion. Il se noue tout de même d’amitié avec Boris, un garçon qui a parcouru le monde avec son père, mais qui manque profondément de repères et de limites. Avec lui, Theo découvre l’alcool et la drogue et vit des expériences aux frontières de la folie. Il est totalement à la dérive quand son père meurt. « Que fait-on quand est la victime d’un cœur périlleux ? » (p. 777) Theo décide alors de revenir à New York, toujours avec son tableau volé. Il devient adulte sans jamais se débarrasser de ses démons : quand il aura enfin le courage de les affronter, il sera peut-être trop tard.

Voilà un pavé que je redoutais d’aborder. Tant de critiques élogieuses, tant d’enthousiasme… Je me méfie toujours de ce genre d’accueil fait à un livre et je pense que ça influence négativement mon avis a priori sur un texte, me rendant extrêmement exigeante. J’ai trouvé ce roman dense jusqu’à l’étouffement, long et lent, inutilement pesant. Il y a de fabuleuses échappées grâce aux œuvres du patrimoine mondial citées au fil des pages, mais elles n’ont pas été suffisantes pour me faire apprécier vraiment cette histoire. La quatrième de couverture annonçait un retournement de situation, un coup de maître et je ne sais quoi d’autre. J’ai surtout rapidement été lassée d’accompagner ce personnage qui ne parvient pas à remonter la pente.

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Billevesée #204

Je cherchais l’origine de l’expression « à brûle-pourpoint », mais mon Robert est muet sur la question, se contentant de donner la définition que je connais déjà.

Quelqu’un pour m’aider ? Pourquoi un pourpoint brûlé donne-t-il l’idée d’immédiateté ?

Alors, billevesée ?

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Pêcheur d’Islande

Roman de Pierre Loti.

Sylvestre et Yann sont pêcheurs. En Bretagne, tous ceux qui, comme eux, partent vers le Nord pendant les mois d’été pour pêcher la morue sont des Islandais puisqu’ils s’approchent bien près de cette île septentrionale. À bord de la Marie, Sylvestre et Yann n’envisagent pas d’autre vie que celle qu’ils mènent. Mais Sylvestre est en âge d’effectuer son service militaire et c’est en Chine, bien loin de sa grand-mère Yvonne, qu’il va faire combattre pour la France. Quant à Yann, ce beau et grand garçon de 27 ans, il ne pense qu’à la mer, au grand dam de Gaud, la cousine de Sylvestre qui s’est éprise de ce jeune homme fort et doux. Pendant deux ans, n’osant se déclarer et attendant une parole de Yann, Gaud aime en silence. Quand un drame finit par les unir, la mer attend son heure, prête à rappeler sa promesse à Yann. « Un de ces jours, oui, je ferai mes noces […], mais avec aucune fille du pays ; non, moi, ce sera avec la mer. » (p. 22) Cette fanfaronnade pourrait être prémonitoire et bien funeste : avec la mer, les noces consommées sont stériles et cruelles.

La mer est bien plus qu’un décor ou un lieu : entité nourricière et assassine, elle donne autant qu’elle prend. Craints et respectés, les flots gardent une dimension mythologique, presque magique et les femmes qui restent à terre savent qu’elles ne peuvent pas disputer leurs hommes et leurs fils à cette maîtresse exigeante. « Inquiète, elle l’était beaucoup dans son bonheur, qui lui semblait quelque chose de trop inespéré, d’instable comme les rêves. » (p. 217)

J’avais découvert Pierre Loti quand j’étais adolescente avec Aziyadé qui ne m’avait pas vraiment convaincue. Je gardais cependant Pêcheur d’Islande pour la bonne bouche : quand il est question de Bretagne, de rudes amours et d’océan, je ne résiste pas. Certains aspects de ce roman m’ont rappelé Les travailleurs de la mer de Victor Hugo. Pierre Loti, s’il est moins épique, n’en est pas moins émouvant : il peint à merveille les chagrins profonds des hommes à tel point que j’ai souvent versé une larme sur les pages de ce roman.

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Dans le scriptorium

Roman de Paul Auster.

Le récit s’ouvre un vieil homme dans une pièce close à la fenêtre condamnée. M. Blank, ainsi que le nomme le narrateur, n’a plus de souvenirs. Il ne sait pas pourquoi il est dans cette chambre, qui il est, qui sont les personnes sur les photographies empilées sur le bureau. « Ce qu’il sait, c’est que son cœur est empli d’un implacable sentiment de culpabilité. En même temps, il ne peut se défendre de l’impression qu’il est victime d’une injustice terrible. » (p. 12) À mesure que la journée se déroule, Mr. Blank rencontre différentes personnes et apprend ou réapprend l’existence d’individus qu’il aurait envoyés en mission. Pour faire quoi ? Il ne s’en souvient pas, mais ces personnes nourrissent à son égard un profond ressentiment. Sur le bureau, il y a le manuscrit d’un certain Sigmund Graf : ce narrateur raconte une histoire dans un univers fantasy et inconnu. Mais l’histoire n’est qu’une ébauche et c’est à M. Blank de combler les blancs.

Scriptorium, quel beau mot, riche et plein d’une tradition perdue, celle des moines copistes. Et comme les lettrines des manuscrits qui offraient de petites histoires illustrées au sein du récit, Paul Auster ne déroge pas à son amour de la mise en abîme en proposant des histoires imbriquées qui finissent toujours par se recouper. « Nous sommes embarqués dans une histoire compliquée, et tout n’est pas nécessairement ce qu’on pourrait croire. » (p. 101) La narration extérieure nous décrit tout comme une expérience, comme si M. Blank était un rat de laboratoire soumis à une expérience sadique sans cesse renouvelée. Nous ne sommes pas très loin de Kafka tant les situations sont absurdes et les personnages incompréhensibles. À demi-mot, on comprend toutefois que M. Blank est un auteur dont les personnages se vengent en l’enfermant lui-même dans un récit.

Pour saisir toute la valeur et la profondeur de cette histoire, il me semble indispensable d’avoir lu d’autres textes de Paul Auster. Commencer par Dans le scriptorium serait comme partir à l’aventure sans boussole. Ce texte répond à d’autres romans de l’auteur. Lisez donc La nuit de l’oracle, Le livre des illusions ou La trilogie new-yorkaise. Et surtout, lisez Pourquoi écrire ?, réflexion courte mais passionnante sur le métier d’écrivain.

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Billevesée #203

Je voulais vous expliquer « jus de chaussette », mais j’ai eu trop peur de ce que je pourrais trouver. Déjà que je n’aime pas le café…

Donc, si cela vous intéresse, il vous faudra faire le boulot vous-mêmes !

Alors, billevesée ?

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Les météores

Roman de Michel Tournier.

Jean et Paul sont jumeaux. Ils se ressemblent tant que tout le monde a pris l’habitude de les appeler Jean-Paul. Fusionnels comme le sont souvent les couples de jumeaux identiques, Jean et Paul, les frères-pareils, avancent doucement dans l’existence. Mais la vie et les expériences vont peu à peu les séparer. Paul voudrait garder le couple uni et préserver la bulle gémellaire alors que Jean ne rêve que d’explorer et de s’ouvrir aux autres et au monde. « J’étais préposé à la garde de la cellule gémellaire. J’ai failli à ma vocation. Tu as fui une symbiose qui n’était pas amour, mais oppression. Les sans-pareils te faisaient des signes pour te séduire. » (p. 197) Quand les fiançailles de Jean échouent, ce dernier part à travers le monde, talonné par son frère qui fait enfin l’expérience de l’unicité et de la solitude, tout en comprenant l’ubiquité : lui et Jean sont pareils, mais en deux endroits différents. La rupture est enfin consommée. « Que la gémellité dépariée entraîne cette fausse ubiquité qu’est le voyage autour du monde, je ne le sais que trop – et je ne saurais dire où ni quand s’arrêtera mon voyage ? » (p. 512)

Une autre figure éclate tel un météore, celle de l’oncle de Jean et Paul. Alexandre est un homosexuel épanoui qui se surnomme le dandy des gadoues. Directeur d’une usine de traitement des ordures ménagères, il va d’une décharge à l’autre, superbe et fier au milieu de la crasse. Il y a un raffinement mystique et sexuel, une alliance du sublime et du prosaïque dans le portrait qui est donné des jumeaux et de l’homosexuel, le second rejoignant les premiers dans sa quête de son pareil, de celui qui lui ressemble. « Le couple homosexuel s’efforce de former une cellule gémellaire, mais avec des éléments sans-pareils, c’est-à-dire en contrefaçon. […] Il cherche en gémissant le frère-pareil avec lequel il s’enfermera dans une étreinte sans fin. » (p. 387)

Michel Tournier se livre à une ambitieuse réflexion sur le couple, ou comment être deux en un ou un en deux. « Quand on a connu l’intimité gémellaire, toute autre intimité ne peut être ressentie que comme une dégoûtante promiscuité. » (p. 265) Le cocon gémellaire doit éclater pour que les jumeaux ne s’asphyxient pas. Bénie et tendre pour les enfants, la gémellité est aussi monstruosité en ce qu’elle oppose des doubles confondus qui luttent pour s’identifier en tant qu’individus. Les jumeaux, ce sont une autre forme de l’hermaphrodite : dans le cas de Jean et Paul, le couple se déchire et lutte contre sa complétude pour retrouver son individualité.

Michel Tournier pourrait être un père de l’Église tant son discours religieux et théologique est profond et mystique, mais ce serait un père iconoclaste et subversif, un père qui abat les dogmes, ou plutôt qui les remodèle à l’image d’une société qui a évolué depuis les rois mages. « Je reste chrétien, bien que converti sans réserve à l’Esprit, afin que le souffle sacré ne balaie pas les horizons lointains sans s’être auparavant chargé des semences et des humeurs en traversant le corps du Bien-Aimé. L’Esprit avant de devenir lumière doit se faire chaleur. Alors il atteint son plus haut degré de rayonnement et de pénétration. » (p. 161) Prise telle quelle, cette citation est une merveille de dévotion, mais en lisant entre les lignes, on ressent surtout le chant d’amour d’un homme à un autre homme.

Ce roman est plein d’un lexique riche et complexe, savant dans tous les domaines : pour dire le monde et le représenter, il faut nommer les choses précisément. Et pour dire l’amour, Michel Tournier sait qu’il faut faire un effort incroyable pour éviter les banalités et les écueils du romantisme mièvre. « Rien n’est retenu, tout est donné et pourtant rien n’est perdu, tout est gardé, dans un admirable équilibre entre l’autre et le même. Aimer son prochain comme soi-même ? Cette impossible gageure exprime le fond de notre cœur et la loi de ses battements. » (p. 198 & 199) Là encore, il excelle à exprimer le plus beau des sentiments avec les plus belles des images. Et quand il parle du corps et de sexualité, jamais il ne se laisse prendre au piège du graveleux. « Le sexe, la main, le cerveau. Trio magique. Entre le sexe et le cerveau, les mains, organes mixtes, intermédiaires, petites savantes de l’un et de l’autre, caressant pour le compte du sexe, écrivent sous la dictée du cerveau. » (p. 88) Toujours, tout est magnifié sous la plume de cet auteur.

On croise certaines figures d’autres romans de Michel Tournier. Sans être jamais nommé, Abel Tiffauges, l’ogre du Roi des Aulnes, saisit Jean dans une scène à la fois christique et horrifique. Il est aussi question du Robinson de Vendredi ou les limbes du Pacifique. Pour explorer un autre traitement de la gémellité comme complétude infinie et monstruosité, je vous conseille Le livre des nuits de Sylvie Germain qui regorge de naissances multiples.

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Tout est fatal

Recueil de nouvelles de Stephen King.

« À cette époque, il y avait des fantômes partout. » (p. 67) Je ne vais pas vous résumer chaque nouvelle, ce serait tellement dommage. Sachez que si vous cherchez le talent de conteur de Stephen King, vous serez servi avec Tout est fatal. Mon grand bonheur est d’avoir trouvé dans ce recueil une nouvelle liée à l’univers de La tour sombre : j’ai revu Roland de Gilead ! Et j’ai retrouvé des thèmes chers à cet auteur qui devient un chouchou, comme la route, la prison, la mort, le couple en crise, les œuvres d’art qui prennent vie, les tueurs en série et autres morts violentes.

Il y a quelque chose de l’exercice de style dans ce recueil tant l’auteur pointe du doigt les textes immanquables que doit produire tout écrivain qui se targue d’écrire des récits d’horreur. On trouve la chambre d’hôtel hanté, l’enterrement d’une personne encore vivante et quelques autres morceaux d’anthologie. Évidemment, le roi de l’épouvante mitonne tout cela à sa sauce en n’oubliant pas de rendre hommage à ses maîtres et sources d’inspiration : Alfred Hitchcock, Agatha Christie, Ann Radcliffe, Franz Kafka, Nathaniel Hawthorne et autres. « L’existentialisme, mon lapin, quel concept, tout de même – voir Jean-Paul Sartre. D’après lui, l’enfer serait les autres. À mon sens, ça pourrait bien être une éternelle répétition. » (p. 554)

Dans les notes préliminaires ou conclusives de ses textes, Stephen King se permet quelques réflexions sur l’écriture et sur son métier. « Les histoires sont des artefacts : non pas des choses fabriquées, des choses que nous créons (et dont nous revendiquons la paternité), mais des objets préexistants que nous allons dénicher. » (p. 319) Sans jamais se départir d’un humour rouge sang, il prouve qu’il est tout à fait divertissant d’écrire des récits d’épouvante, mais que l’horreur ne doit jamais être gratuite : elle est certes jouissive, mais elle doit être réfléchie et mesurée, sinon le gore prend le dessus avec son cortège de clichés ridicules. Et en bon romancier, en artiste qui maîtrise son outil, l’auteur ne présente pas que des histoires qui font peur : il y a aussi des nouvelles qui font réfléchir et qui émeuvent aux larmes. Et certains passages qui font carrément rire à s’en faire péter les cordes vocales. Si, promis !

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Timoté fête Noël

Album d’Emmanuelle Massonaud et Mélanie Combes.

C’est le 1er décembre, le premier jour de l’Avent. Avec sa mamie, Timoté va acheter son calendrier de l’Avent : une fenêtre par jour pour patienter jusqu’à Noël. Il faut aussi penser à écrire la lettre au Père Noël : Timoté aimerait beaucoup recevoir un beau camion de pompier rouge. Le mois de décembre file à vive allure, les congés sont déjà là et Timoté n’a pas le temps de s’ennuyer. « Pendant que Papa et Papi rapportent le sapin de Noël, du gui et du houx très piquant, Timoté construit un bonhomme de neige. » Il faut aussi fabriquer une couronne de Noël et décorer la maison et le sapin. Voilà enfin le 24 décembre : avant de se coucher, toute la famille dépose ses souliers devant la cheminée. Et le 25, quelle joie de voir que le Père Noël a apporté les cadeaux tant attendus !

Les pages solides et plastifiées sont idéales pour les mimines a et les feutres baladeurs : un coup d’éponge et c’est tout propre ! Les couleurs sont à la fois vives et douces et animent des dessins tendres et ronds. Il y a des détails charmants dans les illustrations, comme cet exemplaire de Lapin Matin sur la table basse du salon : les carottes sont-elles cuites ? Le jeune lecteur est invité à chercher des petites choses dans la page, à faire marcher son imagination et son observation. Au détour d’une page, on trouve un code à flasher pour écouter un chant de Noël : une bonne raison pour papa et maman de lire cet album avec leur bout de chou ! Il y a aussi un jeu des différences à la fin de l’album et des décorations de Noël à découper et à assembler. J’aime ce genre d’ouvrage : joyeux, riche, festif et ludique, il apprend un autre rapport à l’objet livre. Et, vous vous en doutez, Timoté est mon nouveau petit héros favori à longues oreilles !

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Billevesée #202

Le quartier latin, à Paris, tire son nom de la langue dans laquelle étaient dispensés les cours donnés dans les nombreuses écoles et universités implantées dans son secteur.

Le latin, donc, pour ceux qui n’ont pas compris.

Alors, billevesée ?

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Petits oiseaux

Roman de Yôko Ogawa.

Le monsieur aux petits oiseaux s’occupe tous les jours de la volière du jardin d’enfants. On ne sait pas vraiment son âge, seulement qu’il est vieux. Quand il était enfant, il était le seul à comprendre son grand frère qui pratiquait une langue imaginaire et complexe, légère et musicale comme le chant des oiseaux. C’est la langue pawpaw : elle ne s’écrit pas, elle ne s’apprend pas, elle se ressent. Les deux frères ont grandi et vécu ensemble. Le cadet était régisseur d’un grand domaine tandis que l’aîné ne quittait la maison que pour acheter une sucette chaque mercredi. Ils prévoyaient parfois un voyage, mais s’arrêtaient toujours la volière du jardin d’enfants avant de faire demi-tour, comme si cette grande cage était à la fois un voyage et une destination. L’aîné est fasciné par les oiseaux et le cadet ne fait rien pour l’éloigner de ces précieux petits animaux. « Il savait lui aussi à quel point leur chant était joli quand son frère était présent. Comme pour prouver que leur chant était la pierre brute des mots, il se mêlait à la langue pawpaw pour ne faire qu’un, continuant à faire vibrer ses tympans. » (p. 103)

L’aîné était un homme craintif et simple que les habitudes réconfortaient. Pour accommoder et rassurer son frère, le cadet a toujours suivi la même routine, consolidant un foyer de plus en plus fermé. « Ils vivaient en protégeant leur nid à tous les deux. » (p. 93) Quand le cadet s’est retrouvé seul, il a continué la même vie simple, voire dépouillée. C’est finalement une histoire de perte et de solitude que celle de ce frère qui a toujours vécu pour son aîné, puis pour sa mémoire. « Faire de la volière le meilleur endroit pour les oiseaux le réconfortait dans la mesure où il en faisant une offrande à son frère. » (p. 106) Et même s’il a rencontré des personnes qui auraient pu le tirer de son isolement, le monsieur aux petits oiseaux n’a pas su s’ouvrir aux autres.

Quel crève-cœur que cette histoire ! Le monsieur aux petits oiseaux ne commence jamais à vivre : entre les voyages avortés, sa vie dévouée à son frère et sa retenue en toute chose, il ne met jamais les deux pieds dans l’existence. Son aîné, que d’aucuns qualifieraient d’idiot, était certes un homme isolé, mais avec une vie intérieure riche même si elle était mystérieuse. Le cadet reste prisonnier de sa solitude, ne parlant qu’aux oiseaux et à ses souvenirs. De Yôko Ogawa, j’avais vraiment apprécié La formule préférée du professeur où il était également question d’un homme enfermé en lui-même en raison d’une mémoire défaillante. Ce personnage parvenait toutefois à aller à la rencontre de l’autre et de la vie. Petits oiseaux me laisse une grande tristesse au cœur, en dépit de sa profonde poésie. Je finis sur une jolie phrase qui laisse penser que les oiseaux sont des interlocuteurs précieux. « Les oiseaux ne font que répéter les mots que nous avons oubliés. » (p. 19)

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Les révoltés de la « Bounty »

Roman de Jules Verne.

Parti d’Angleterre en 1787, le navire « La Bounty » fait route vers l’océan Indien. Mené par le capitaine Bligh, l’équipage supporte de moins en moins la dureté de celui-ci. En 1789, le second, Fletcher Christian, prend la tête d’une mutinerie. « Le plus terrible des capitaines n’est pas bien redoutable quand on sait s’y prendre. » (p. 11) Lancé dans une chaloupe avec quelques vivres et une partie de l’équipage qui lui est restée fidèle, le capitaine est abandonné à son sort en pleine mer. Après un terrible voyage, les débarqués parviennent à regagner l’Angleterre pendant que les mutins débarquent pour partie à Tahiti et pour partie sur l’île Pitcairn. Certains seront retrouvés et jugés, d’autres disparaîtront jusqu’à ce qu’un bateau accoste sur l’île Pitcairn et rencontre les fils des révoltés, issus de mariages avec la population locale.

Ce texte très court se présente comme une chronique, à la fois récit de voyage et journal de bord. Peu de chose à dire sur cette histoire tirée d’un fait réel. J’ai largement préféré les versions cinématographiques avec Marlon Brando et Mel Gibson dans le rôle de Fletcher Christian.

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Billevesée #201

Aujourd’hui, pour fêter la Toussaint, un dicton campagnard qui fait UN PEU froid dans le dos :

« Le jour des morts ne remue pas la terre, si tu ne veux sortir les ossements de tes pères. »

Alors, billevesée ?

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Carrie

Roman de Stephen King.

Chamberlain, petite bourgade du Maine, est ravagée par le feu le soir du Bal de Printemps du lycée. Cette désolation est le fait de Carrie White, tête de turc de l’école. Brimée et battue par sa mère, fanatique religieuse obsédée par le péché et le démon, la jeune Carrie échoue au quotidien à éviter les coups et les humiliations. « Elle avait tout de la victime expiatoire, du souffre-douleur, du canard boiteux, de la fille qu’on met en boîte à chaque instant. » (p. 6) Rares sont les soutiens de cette misérable adolescente. Miss Desjardin, professeur de sport, et Sue Snell, camarade de classe, ont bien tenté de tendre la main à Carrie. Mais le soir du bal, alors que tout semblait enfin bien se passer pour la jeune fille, des seaux de sang et la vindicte d’une lycéenne déclenchent la fureur télékinétique de Carrie.

La construction de ce texte très intéressante. Le récit alterne entre l’intrigue à proprement parler et les documents rédigés a posteriori au sujet du drame de Chamberlain. Ces derniers offrent de nombreuses prolepses et l’effet d’annonce, loin de désamorcer l’angoisse, ne fait que l’amplifier. Dans ce premier roman de très bonne facture, on voit toutes les promesses que tiendra Stephen King dans ses textes suivants.

Le film de Brian de Palma prend quelques libertés avec le roman, mais il est parfaitement terrifiant à sa manière.

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Gaspard, Melchior et Balthazar

Roman de Michel Tournier.

De quelques lignes tirées du seul évangile qui les mentionne, l’auteur invente l’histoire des rois mages. Avant d’arriver devant la crèche et de participer à l’épiphanie, à l’apparition du dieu vivant et incarné, ces trois souverains ont dû partir, prendre la route à la suite d’une comète à la traîne d’or. Chacun poursuivait un but différent sans savoir que le petit enfant couché dans une mangeoire aurait le pouvoir de combler toutes les quêtes.

Gaspard est noir. Son amour pour la blonde Biltine, esclave trop belle, est un constant rappel de sa couleur de peau. « Je ne voulais rien reconnaître encore, mais j’en savais déjà assez pour comprendre que la blondeur était entrée dans ma vie par effraction, et qu’elle menaçait de la dévaster. » (p. 18) Dévasté par la trahison de son amante, empli de sanglots et de rage, Gaspard quitte Méroé pour oublier sa peine, son amour et fuir la blondeur. Sa caravane croise celle de Balthazar : le roi de Nippur est un esthète et un collectionneur d’art. Il cherche les plus belles images confectionnées par l’homme. Et puisqu’il est dit que Dieu a créé Adam à son image et à sa ressemblance, pourquoi est-il donc interdit d’aimer les images ? En les aimant, n’aime-t-on pas Dieu ? Hélas, l’idolâtrie est punie dans la religion de Yahvé. « Je sais maintenant que je ne retrouverai la lumière et le repos que le jour où je verrai se fondre dans la même image l’éphémère et bouleversante vérité humaine et la divine grandeur de l’éternité. » (p. 73) À la recherche de cette image et pour fuir l’étouffante rigueur de son royaume, Balthazar parcourt les rives de la Méditerranée pour collecter les beautés du monde.

C’est dans le palais d’Hérode que Melchior rencontre Gaspard et Balthazar. Prince de Palmyrène, Melchior a été dépouillé de son royaume par son oncle. Pour fuir la mort, il a pris la route avec un vieux domestique. Rêvant vaguement de retrouver son trône et les richesses de son pays, il pense se dissimuler dans la foule qui habite au palais d’Hérode à Jérusalem. Ce roi-là, le roi des Juifs, est majestueux et immensément puissant. « Je suis le roi d’Orient le plus ancien, le plus riche, le plus bénéfique à son peuple. Et en même temps, je suis l’homme le plus malheureux du monde, l’ami le plus trahi, le mari le plus bafoué, le père le plus défié, le despote le plus haï de l’histoire. » (p. 126) Hérode a tué tous ses fils : avançant en âge, il doute d’avoir un héritier. Et voilà qu’un astre chevelu annonce la naissance du nouveau roi des Juifs. Le roi de Jérusalem envoie Gaspard, Melchior et Balthazar à la rencontre de cet héritier miraculeux, avec l’ordre impératif de venir lui rendre compte sous peine de représailles terribles. « Ils marchent vers l’étoile qui se hérisse d’aiguilles de lumière dans l’air glacé. » (p. 149) Et le voilà, l’enfant nu couché dans la mangeoire entre l’âne et le bœuf. Les trois souverains se recueillent humblement devant le futur sauveur des hommes, ce nouveau-né qui n’a rien de commun avec l’odieux Hérode. À genoux dans la paille, ils sont frappés par une profonde révélation d’amour. « Si tu attends d’un autre qu’il te donne du plaisir ou de la joie, l’aimes-tu ? Non. Tu n’aimes que toi-même. Tu lui demandes de se mettre au service de ton amour pour toi-même. L’amour vrai, c’est le plaisir que nous donne le plaisir de l’autre, la joie qui naît en moi du spectacle de sa joie, le bonheur que j’éprouve à le savoir heureux. Plaisir du plaisir, joie de la joie, bonheur du bonheur, c’est cela l’amour, rien de plus. » (p. 215)

Sur le chemin du retour, les rois mages rencontrent Taor, prince de Mangalore venu des confins de l’Inde à la recherche de la recette du rahat loukoum à la pistache. Taor est le quatrième roi mage, celui qui est parti trop tard et qui a manqué la rencontre avec l’enfant Jésus, mais celui qui préfigurera le sacrifice christique et qui, transfiguré par la première eucharistie, fera le premier l’expérience de la vie éternelle à ses côtés.

Si j’aime tant les textes de Michel Tournier, c’est parce qu’ils extrapolent à partir de textes fondateurs, religieux, païens ou historiques pour devenir de nouveaux textes fondateurs, ceux d’une mythologie littéraire complexe et sublime. Lisez Le roi des Aulnes et Gilles et Jeanne. Lisez Vendredi ou les limbes du Pacifique. Et pour rester dans le champ biblique, lisez Eleazar ou la source et le buisson. En s’attaquant à des figures monumentales de la littérature, de l’histoire, de la culture populaire ou des religions, Michel Tournier forme des créatures en les ramenant à un niveau très humain : c’est au travers de leur destin qu’elles accèdent à nouveau au sublime, dépoussiérées et redorées, prêtes à défier une nouvelle fois l’éternité. « Les légendes vivent de notre substance. Elles ne tiennent leur vérité que la complicité de nos cœurs. Dès lors que nous n’y reconnaissons pas notre histoire, elles ne sont que bois mort et paille sèche. » (p. 44) Grâce à Michel Tournier, la légende des rois mages vivra longtemps.

Bonheur de lectrice : il semblerait que les éditions Gallimard prévoient de publier les œuvres romanesques complètes de Michel Tournier dans la collection de la Pléiade. Il faudra attendre 2016, mais je saurai être patiente !

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Délivrances

Roman de Toni Morrison.

J’ai la chance de participer aux Matchs de la rentrée littéraire organisés par #PriceMinister, les #MRL15. J’ai reçu Délivrances de Toni Morrison. C’est une histoire magnifique, poignante et lumineuse.

Quatrième de couverture : Dans son onzième roman, qui se déroule à l’époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes. Au centre du récit, une jeune femme qui se fait appeler Bride. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Au fil des ans et des rencontres, elle connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge – à autrui ou à elle-même – et du fardeau de l’humiliation, elle saura, comme les autres, se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité.

 Voici donc mon avis – créatif, comme demandé par PriceMinister.

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Délivrances, pièce en une scène.

Voix dans le noir.

Sweetness – Ma fille, ta peau est noire comme goudron, sombre comme l’Afrique. Moi, mulâtre au teint blond, je ne sais que faire de toi.

Bride – Maman, ne peux-tu pas me prendre dans tes bras et me donner un peu de douceur ? Ne m’as-tu pas un peu aimée quand j’ai dénoncé cette femme et ce qu’elle faisait aux enfants de l’école ?

Sweetness – Oui, tu as fait ton devoir, tu m’as rendue fière. Toi, la petite noire, tu as mis une blanche en prison.

Sofia – La blanche, c’est moi. Quinze ans ont passé, je veux qu’on m’oublie. Je veux oublier.

Bride – Sofia, laisse-moi t’aider.

Sofia – Dehors ! Tu en as déjà trop fait !

Moi, lectrice – Tant de violence, tant de bruit ! Mon coeur est saisi d’émoi et de tristesse !

Voix dans l’ombre.

Bride – Maman, j’ai tellement mal ! Mon corps est blessé, ma féminité régresse, mon enfance frappe à la porte et elle cherche le pardon pour ses lâchetés.

Sweetness – Tu es une grande fille, tu as réussi, tu as de l’argent. Tu es un papillon de nuit qui fascine parce que ta peau noire brille comme un diamant. Que veux-tu de plus ?

Bride – J’étais resplendissante, le monde me voulait, les hommes m’aimaient. Je veux l’amour. Je veux Booker. Il est parti, disant que je n’étais pas la femme qu’il lui fallait. Je ne suis même pas sûre d’être la femme qu’il me faut. Qui suis-je ?

Booker – Laisse tomber le masque, Bride. Ta peau noire n’est pas ta seule identité. Tu es tellement plus, toi, ma belle. Confesse tes mensonges et j’abandonnerai mes chagrins pour te revenir.

Moi, lectrice – Oh, Bride, écoute-le ! Rends les armes !

Voix dans la lumière.

Bride – Je n’ai plus mal. J’ai fait face à mes démons. Je suis délivrée.

Moi, lectrice – Bride, merci de m’avoir emmenée dans ton monde sombre et lumineux. Mme Morrison, merci pour cette lecture bouleversante.

Rideau.

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