Impuretés

Roman de Philippe Djian.

Lisa est retrouvée noyée dans le lac. Toute la colline soupçonne son frère Evy. Le mutisme de celui-ci ne plaide pas en sa faveur. Entre son père, ancien junkie, et sa mère, actrice dépressive sur le retour, tout semble rendre son existence cauchemardesque. Initié trop tôt aux drogues et au sexe, Evy sombre lentement dans un gouffre. Et tombent avec lui les proches de Lisa et tous ceux qui ne prennent pas garde à la force d’une jeunesse désabusée.

L’auteur a un don dérangeant, celui de mettre des mots sur le malaise, sur cette frontière ténue entre le moral et l’immoral. Les mots collent à la peau, visqueux et lourds. La narration, entre ellipses et faux-semblants, se traîne de page en page. C’est trop glauque pour moi…

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Jésus sans Jésus, la christianisation de l’Empire romain

Essai de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur

L’Antiquité a été ébranlée par l’irruption d’une nouvelle croyance: le christianisme, en rupture marquante avec le judaïsme, a mis plus de cinq siècles à s’imposer comme la religion officielle du grand Empire romain, de chaque côté de la Méditerranée, renversant le paganisme et le polythéisme. Un homme, Jésus de Nazareth, suivi de ses disciples, a mis en branle une formidable machine à penser et à régner.

Les auteurs, avec talent et perspicacité, mènent un travail minutieux sur le développement du christianisme. Certains chapitres sont légèrement obscurs, mais l’ensemble est cohérent et bien documenté. Ils retracent habilement les retournements et les dérives qui ont transformé le judaïsme en christianisme. Jésus était venu proclamer l’avènement du Royaume d’Israël, au sein duquel les enfants d’Israël – c’est-à-dire les Juifs – rejoindraient le Seigneur dans sa gloire. La réalité et la suite des choses ont prouvé que le Royaume d’Israël, supposé advenir à la fin des temps, s’est installé au sein de l’Empire romain, et ceux qui y étaient destinés, toujours les Juifs, en ont été exclus, au nom d’un antisémitisme ironique. Le christianisme s’est en fait développé sans Jésus Christ, juif convaincu.

J’ai vraiment apprécié ce voyage dans l’histoire, la façon qu’ont les auteurs de rétablir les vérités, le vrai sens des mots et des choses. Cet ouvrage a nourri ma culture et ma foi de catholique tout en éclairant ma lanterne sur bien des points.

Je ne résiste pas à citer un long passage de cet ouvrage (pages 229 à 231). C’est une synthèse très claire de la construction du christianisme, de sa rupture avec le judaïsme et de sa transformation en religion unique, officielle voire obligatoire. Ces lignes devraient donner le goût aux lecteurs intéressés de s’aventurer plus avant dans le texte.

Supposons un instant que Jésus revienne sur terre. Il n’est pas besoin de faire preuve de beaucoup d’imagination pour comprendre qu’il serait stupéfait. […] Mais il l’aurait été tout autant s’il était réapparu au V° ou au VI° siècle, lorsque le christianisme est devenu la religion officielle et unique de l’État romain, tandis que le judaïsme, vaguement toléré, étroitement borné, soigneusement isolé, n’avait plus aucun espoir de devenir un jour la religion de l’humanité toute entière.

Premièrement : sans doute, vers 450-500, Jésus serait-il abasourdi de voir que le monde existe toujours, que la Fin des temps qu’il a annoncée sans relâche ne s’est pas produite, que le Royaume de Dieu ne s’est pas rétabli avec puissance.

Deuxièmement : il serait tout aussi attristé de constater que la restauration du royaume d’Israël n’a pas eu lieu et que Rome, plus que jamais domine la Palestine.

Troisièmement : quant à Jérusalem, il n’y reconnaîtrait rien, tant la ville a été transformée par les Romains, qui sont allés jusqu’à créer un parcours de pèlerinage « touristique » sur les lieux où il a été torturé et exécuté, désormais baptisés « lieux saints ».

Quatrièmement : même s’il pouvait être honoré de l’attention portée à sa personne, lui qui n’avait vécu que dans le judaïsme et pour le judaïsme, il enragerait vraisemblablement de voir les chrétiens se réclamer de lui, se proclamer « véritable Israël », tout en stigmatisant les juifs comme fils du Diable (Jn 8,44)

Cinquièmement : son étonnement serait aussi grand à la lecture de l’évangile, où ses actes et ses paroles sont rapportés par des témoins qu’il n’a jamais rencontrés, qui ne l’ont jamais vu, jamais connu.

Sixièmement : il ne comprendrait pas non plus pourquoi apparaissent sur sa bouche des phrases qu’il n’a jamais prononcées, comme ses dialogues avec Pilate ou, au sommet, l’ineffable formule « mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18,36)

Septièmement : ne parlant ni le grec, ni le latin, Jésus aurait par ailleurs beaucoup de mal à lire ces textes qui lui sont consacrés – comme à dialoguer avec les chrétiens qui le vénèrent.

Huitièmement : il n’accepterait certainement pas que son livre, la Bible hébraïque, soit reléguée à l’arrière-plan, périmé comme un « Ancien Testament ».

Neuvièmement : plus incroyable serait d’apprendre que, pour les fidèles du christianisme, il n’est pas un prophète comme ses collègues prophètes de l’Antiquité, mais un dieu, le Fils de Dieu, voire Dieu lui-même, de « même substance » que son « Père ».

Dixièmement : qu’il ait pu ressusciter avant le Jugement dernier, revenir seul d’entre les morts, lui paraîtrait de toute façon une hypothèse abracadabrante.

Onzièmement : alors qu’il n’avait aucun lieu où poser sa tête, comment pourrait-il songer à s’abriter dans les basiliques ou les églises, qui désormais attirent tous les regards, étalent leurs ors et leurs marbres et ornent les murs de son effigie (peut-être penserait-il qu’il s’agit de sa caricature), l’exposant « glorieux », mais supplicié sur le bois du malheur?

Douzièmement : alors qu’il n’avait cessé de vitupérer les riches et les puissants, le pouvoir des autorités, qu’elles soient romaines ou juives, comment accepterait-il que, si le royaume des cieux est toujours promis dans l’au-delà à ceux qui m’ont rien ici-bas, les riches et les puissants se dispensent de passer par le chas de l’aiguille et continuent à jouir des plaisirs de la vie sans vergogne?

Treizièmement : crucifié par les Romains sous le chef d’accusation « roi des Juifs », ne s’insurgerait-il pas de voir son disciple Pierre [Shimon] trôner chez les ennemis des juifs, à côté de Paul, nouveaux Romulus et Remus de la légende romaine du christianisme?

Quatorzièmement : et ce Paul, qui se disait le dernier des apôtres, comment Jésus admettrait-il que, se réclamant de son enseignement, il ait pu proclamer que « la force du péché, c’est la Loi » (Co, 15,56), que par elle abonde la faute et qu’elle s’avère incapable d’apporter la perfection aux hommes?

Quinzièmement : ne serait-il pas horriblement choqué de voir que l’instrument de son supplice par les Romains, la croix, est devenue sur la bannière chrétienne le symbole même de la mainmise de Rome?

Seizièmement : comme nous, ne se poserait-il pas la question, toujours la même et lancinante question, qui ne vaut que parce qu’elle est question, éternelle, sempiternelle, qui se dérobe dès qu’on s’approche trop près du feu de la réponse: pourquoi? comment? Ou, en d’autres termes, comment expliquer le succès du christianisme?

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Le cœur cousu

Roman de Carole Martinez. Prix Renaudot des lycéens 2007.

Dans la famille Carasco, au terme d’une initiation longue et mystérieuse, les femmes se transmettent de génération en génération un coffret qui recèle leur don. Quand Frasquita ouvre le coffret, les secrets de la broderie se révèlent à elle. Son talent la fait connaître au-delà des limites de Santavela, son petit village d’Andalousie. Un peu sorcière, Frasquita sait aussi recoudre les hommes. Jouée et perdue par son époux lors d’un combat de coq, Frasquita est cédée à un homme qui abuse d’elle. Accusée d’adultère, elle doit quitter le village. Commence une longue errance dans laquelle elle entraîne ses six enfants. Chacun d’eux possède un don extraordinaire. L’aînée muette, Anita, est une conteuse qui sait les choses sans les avoir vues ni entendues. Angela, que d’étranges plumes accompagnent, possède une voix assassine et affolante. Pedro el rojo est une force de la nature dont la seule passion est de dessiner. Martirio a le don de la mort au bout des lèvres. Clara ne vit que de lumière et de soleil. Par-delà la mer, les robes de noces que tisse Frasquita sont l’ultime indice qui permettra à son époux de la retrouver. Et c’est Soledad, la dernière enfant, qui écrit l’histoire de sa famille.

La première partie m’a laissée perplexe. Plus d’un épisode est largement inspirée de Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Le cadre-même de cette fable est fort ressemblant. L’action se déroule dans un village perdu d’Andalousie, à une époque bien nébuleuse. Seule une furtive allusion à Louis Pasteur permet de situer les évènements. Il y a dans chaque personnage une dimension merveilleuse, de magique et de folle qui donne au texte une puissance de conte. Les règles du temps sont mises à mal. Les enfants assistent au mariage de leurs neveux alors même que les parents de ceux-ci ne sont encore que des enfants. J’ai beaucoup aimé la mythologie familiale qui inscrit la filiation dans un passé immémorial et légendaire. La langue est soutenue, travaillée, vraiment poétique. Seul regret : le titre ne reprend qu’un court épisode du livre. Il est bien trop réducteur.

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La rose des vents

Roman de Dominique Marny.

Solange Favier, jeune veuve d’une trentaine d’année, a fait de sa demeure un hôtel de charme sur les bords de la Méditerranée. Chaque été, les vacanciers se retrouvent pour goûter la douceur du climat et la qualité de l’accueil que Solange a su créer. Avec sa filleule Marianne, elle s’attache à faire du séjour de ses clients un moment béni. La quiétude des lieux ne résiste hélas pas aux troubles qui précédent la seconde guerre. La petite communauté d’intellectuels allemands qui a fui le Troisième Reich n’est plus en sécurité à Sanary. Les habitants se montrent hostiles et la menace se fait plus pressante. La Rose des Vents vit ses dernières heures de paix.

Peu de choses à dire sur ce roman. Une énième variation sur une figure féminine qui résiste. Toutes ne peuvent certes pas être des Lucie Aubrac, mais celle-ci manque sérieusement d’étoffe. La guerre n’est qu’un prétexte aux romances amoureuses qui se nouent. Sans grand intérêt.

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L’éternel mari

Roman de Fédor Dostoievski. Traduction de Boris de Schloezer.

Veltchaninov est un ancien mondain que son hypocondriaquie et ses angoisses ont éloigné de la société. Un jour, il aperçoit un homme qui porte un crêpe à son chapeau. Cette rencontre l’impressionne vivement. A plusieurs reprises, il croise la route de ce personnage étrange. Un soir, l’homme se présente à sa porte. Veltchaninov reconnaît enfin une vieille connaissance, Pavel Pavlovitch. Neuf ans auparavant, il avait été l’amant de son épouse. Veltchaninov pressent que les desseins de son ancien ami sont troubles, et peu pacifiques à son égard.

La traduction est mauvaise! Des répétitions et des lourdeurs rendent ce texte très pénible à lire, bien que le sujet soit très intéressant. Dommage.

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Hélène de Champlain

Roman historique en trois tomes de Nicole Fyfe-Martel.

Tome 1 – Manchon et dentelle

Hélène Boullé a douze ans quand son père la marie à Samuel de Champlain, explorateur au service du roi de France. Objet d’échange, Hélène sait qu’elle est condamnée à subir les volontés de sa famille et de son époux. Mais sa nature rebelle s’y refuse. Elle brave les règles et les convenances pour vivre pleinement son amour avec Ludovic Ferras, un jeune pelletier.

Tome 2 – L’érable rouge

Hélène de Champlain est revenue en France après six ans à Québec. Sa santé est fragile et sa mémoire lui fait défaut. Séparée de Ludovic, elle n’a aucun souvenir de ses derniers moments en Nouvelle-France. Elle sait qu’on lui cache des choses au sujet de son amant, mais tout le monde garde le silence. Pour retrouver la paix, elle entreprend d’écrire ses souvenirs et de reconstituer le fil de son existence en Nouvelle-France.

Le premier tome est abrutissant de mièvrerie ! Dans « roman historique », il y a « historique ». J’attendais des données concrètes sur l’existence de cette femme qui a marqué les débuts de la Nouvelle-France. Au lieu de cela, il n’y a que bécottements entre amoureux, disputes et réconciliations. Les tractations du Sieur de Champlain préparant l’installation d’une colonie française à Kébék sont réduites au minimum, et c’est bien dommage. L’histoire du Québec m’intéresse, et je trouve regrettable qu’elle ne soit qu’un prétexte à peine évoqué pour une romance dégoulinante. Je ne suis pas allergique aux romans sentimentaux dans lesquels les amoureux se promettent la lune sous les étoiles, bien au contraire, mais ce roman n’a d’historique que le nom! Le personnage d’Hélène est mal écrit, entre féministe avant-gardiste et midinette frivole. C’est bien dommage, d’autant que ce premier tome comporte plus de 1000 pages dans l’édition que j’ai choisie: c’est trop lourd à porter pour si peu à découvrir!

Le deuxième tome gagne en qualité sur le point de la construction. Les flash-backs sous forme de réminiscence sont assez maladroitement amenés, mais ça donne du souffle à ce tome qui n’apporte, somme toute, rien de bien neuf. Il s’achève sur une révélation qui, pour ma part, n’a rien de fracassant. C’est à se demander si la lecture de ce deuxième tome était indispensable… Et je regrette les TROP nombreuses coquilles dans l’édition que j’ai choisie. Le troisième tome va retourner sous ma pile de livres…

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La cathédrale de la mer

Roman d’Ildefonso Falcones.

Libre après le combat qu’a mené son père pour les délivrer de leur servage, Arnau grandit à Barcelone auprès de la Vierge de la mer. D’abord porteur de pierres pour la cathédrale Santa Maria del Mar, Arnau devient le héros de tout un peuple. Tour à tour cambiste puis consul de la cité catalane, Arnau affronte la Grande Peste, la persécution des Juifs et l’Inquisition. Il est toujours en tête des combats en faveur des pauvres et des opprimés.

Belle fresque historique qui progresse à mesure que s’élève les murs de la cathédrale Santa Maria. L’auteur nous fait traverser l’histoire de Barcelone avec passion et aventure. C’est un bon roman, captivant et divertissant, un peu de la trempe des romans de Dumas ou de Zévaco, tout en batailles et passions amoureuses.

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L’angoisse du morpion avant le coït

Texte d’Antonio Fischetti.

Questions incongrues, grands mystères de la sexualité… Tout est là, et surtout le pire…

J’avoue, ce n’est pas la lecture la plus glorieuse de ces derniers jours… Mais qu’est-ce que j’ai ri ! Ce livre valait bien un article pour tous les bienfaits qu’il m’a apportés : des zygomatiques remusclés, des abdominaux renforcés, de l’endorphine plein mes cellules et quelques petits trucs pour devenir la parfaite petite-amie…

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L’ombre du vent

Roman de Carlos Ruiz Zafon.

Daniel est encore un enfant quand son père l’emmène au Cimetière des Livres. Là, il adopte un livre. Un livre de Julien Carax. Dès lors, toute son existence est vouée à la découverte de cet auteur. Quelle est son histoire ? Qui est l’homme qui détruit tous les livres de Carax ? Daniel retrace une vie dans la Barcelone de la guerre d’Espagne, à ses risques et périls.

Une grande réussite ! Une enquête au cœur même de la littérature, mâtinée d’un peu de surnaturel. L’intrigue est haletante, les personnages sont admirablement écrits. Je n’ose pas en dire trop! Pas question de dévoiler les arcanes de ce texte aux futurs lecteurs !

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C’est fou, une fille

Roman de Marie Billetdoux.

Un homme et une femme se réveillent un matin, nus dans le cabinet d’architecte de la femme. Ils ont connu une expérience sensuelle bouleversante. Ils ont redécouvert le plaisir de l’amour et le plaisir de donner. Hélas, le fragile moment de complicité parfaite qui suit l’amour ne peut durer. La réalité revient toujours, brutale et crue. À la lueur du matin, il y a des vérités qui font mal.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vécu une telle expérience de lecture. Le style est sensuel, c’est du plaisir et de l’émotion à chaque mot. Le texte est court, vif et ciselé. À découvrir sans aucun doute!

En voici un extrait: Tout, j’aime tout de toi, même ce que tu n’aimes pas de toi, je l’aime… Je désespérais de rencontrer une femme comme toi, avant toi j’étais mort, j’étais en train de mourir, c’est une femme comme toi que je veux, avec toi tout est différent, je t’attendais, je t’aime, j’ai envie de toi, j’ai besoin de toi, j’ai besoin de toi pour toujours, c’est fou la force que tu dégages, tu rayonnes, tu rayonnes littéralement, aucune femme avant toi ne m’avait fait cet effet-là, avec toi, c’est incroyable, je m’aime, j’ai tellement de mal à croire qu’on puisse m’aimer, il y a de la lumière, de la grandeur en toi, tu me plais, tu me rends à moi-même, je n’imaginais pas que tu pouvais être aussi douce, avec toi je suis moi, avec toi, je peux être moi, j’ai toujours cru que je n’étais pas aimable, personne n’a su, comme toi, accéder à mon intimité, une seule, une fois, peut-être, mais je ne l’aimais pas, c’est une comme toi que j’espérais, je ne veux pas passer à côté d’une femme telle que toi, je ne veux jamais te perdre, je t’aime partout, je t’aime en entier et pour toujours, tu peux faire de moi ce que tu veux, tu es une grande dame, rien ne pourra entamer un amour comme celui que je ressens, je me connais, c’est la première fois que j’aime vraiment, je n’ai jamais aimé quelqu’un comme ça, je t’aime, je suis à toi, […]

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Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary

Roman de Philippe Doumenc.

En expirant, Emma laisse échapper qu’on l’a assassinée. Rémi, un enquêteur fraîchement envoyé de Rouen, va devoir trouver qui serait le meurtrier, si meurtre il y a eu. Chacun s’accuse, puis se rétracte. Les témoignages s’annulent ou se contredisent. Sans cesse, Rémi se trouve dans une impasse.

Voilà un texte ambitieux! Quand j’ai aperçu la couverture et le titre en librairie, je me suis demandé quel impudent osait s’attaquait au chef-d’œuvre de Flaubert, que j’ai bien dû lire une dizaine de fois! D’abord sceptique et craintive, je me suis laissée prendre au jeu. La mort d’Emma Bovary est traitée comme un fait divers, et devient le prétexte à une nouvelle histoire, avec de bons personnages et une trame solide. Ce roman est une grande réussite. Il ne se pose pas comme une suite au texte de Flaubert, mais réellement comme un nouveau roman, avec sa propre forme et son style. Je le recommande aux amateurs de classiques! Ce livre est en passe d’en devenir un !

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Dernier amour / Un soir au club

Romans de Christian Gailly.

Dernier amour – Paul Cédrat va mourir. C’est une question de jours. À Zürich, son œuvre est huée, entre cette de Haynd et de Beethoven. À la veille de s’éteindre, il rencontre une femme mystérieuse, celle qui sera son dernier amour.

Un soir au club – Simon Nardis a arrêté de jouer du jazz en cessant de boire. Il mène une vie rangée d’époux fidèle et écoute de la musique classique. Mais il suffit de si peu, d’un peu de hasard, pour que la fièvre du jazz le reprenne. Et la fièvre de l’amour aussi, avec Debbie. Une soirée et une journée suffisent pour que tout s’enchaîne, trop vite, comme un swing endiablé.

Comme avec tous les textes de Christian Gailly, il est toujours criminel et dangereux d’en dire trop. Il y a toujours de la musique, des femmes, des clubs de jazz et des destinées sublimées. J’ai lu les deux romans l’un à la suite de l’autre, et j’y ai trouvé une cohérence narrative très intéressante, comme une mélodie qui s’enchaîne…

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Les droits imprescriptibles du lecteur

Extrait de Comme un roman de Daniel Pennac.

  1. Le droit de ne pas lire.
  2. Le droit de sauter des pages.
  3. Le droit de ne pas finir un livre.
  4. Le droit de relire.
  5. Le droit de lire n’importe quoi.
  6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
  7. Le droit de lire n’importe où.
  8. Le droit de grapiller.
  9. Le droit de lire à haute voix.
  10. Le droit de nous taire.
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Rêve d’ailleurs

Roman de Luanne Rice.

Daisy a quitté le Wyoming à la mort de son fils Jake, emmenant avec elle la jumelle de l’enfant perdu, Sage. Pendant 16 ans, dans le Connecticut, elle a essayé de refaire sa vie et d’offrir une existence sécurisée à sa fille. Mais Sage a grandi sans la présence de son père, et elle veut désormais le retrouver et renouer avec ses origines. Elle part dans le Wyoming. Pour Daisy, c’est un retour sur les lieux du drame, les lieux de son premier amour avec James, le père de ses enfants.

Sympathique histoire sur fond de road-movie. Pas vraiment de profondeur, mais il est appréciable de se plonger dans un livre « facile » de temps en temps.

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L’assommoir

Roman d’Émile Zola.

Gervaise se retrouve seule avec ses deux enfants quand Lantier la quitte. Elle accepte d’épouser Coupeau, un brave ouvrier zingueur. Gervaise ouvre de son côté une boutique de blanchisserie qui gagne rapidement en renommée tant le travail des ouvrières est de qualité. Mais après un accident qui le prive de son emploi, Coupeau commence à boire et mène le ménage à la ruine, pendant que Lantier, de retour, profite des largesses de la maison.

Du grand Zola ! Je suis définitivement séduite ! Tout ce qu’écrit Zola, c’est du plaisir ligne après ligne!

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Les Amants de la Mer Rouge

Roman de Sulaiman Addonia.

Nasser a quitté son pays en guerre pour vivre en Arabie Saoudite. Dans la ville de Djeddah, il lave des voitures pour gagner sa vie. Pour Nasser, le quotidien est en noir et blanc. Le blanc, c’est la couleur du vêtement des hommes qui se pressent sur le chemin de la mosquée. Le noir, c’est la couleur de la robe des femmes, ensevelies sous le tissu, retranchées du monde et soumises à toutes les suspicions. Dans cet univers, les hommes assoiffés de désir ont l’habitude de s’attacher les services de jeunes garçons pour attendre jusqu’au mariage. Lassé de cette existence, Nasser ne peut cependant rien faire pour y échapper. Du moins le croit-il. Un jour, il reçoit un message d’amour d’une inconnue. Le geste même de cette femme est sacrilège. Nasser décide de braver tous les interdits, les chefs religieux et la police des mœurs. Prêt à tout, il sacrifie sa sécurité pour vivre pleinement la passion qui s’offre à lui.

Voilà un texte puissant. Chaque page est pleine d’une sensualité sauvage, mais aussi d’une frustration terrible. L’auteur a décrit avec talent le quotidien des musulmans dans l’Arabie Saoudite des années 80. Chaque lettre échangée entre le héros et son habibi (son amour) vibre d’une poésie digne du Cantique des Cantiques. La fin du livre, que je me garderai bien de révéler, est empreinte d’espoir pour tous les amants. Il n’y a pas d’amour impossible, ni de passion inutile. Tel est le message de l’auteur. Voilà un livre qui va circuler dans mon entourage!

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La vague

Roman de Todd Strasser.

En 1969, dans un lycée américain, Ben Ross, professeur d’histoire, lance une expérience inédite dans sa classe. Pour aider ses élèves à comprendre les mécanismes du nazisme et le comportement des Allemands sous le Troisième Reich, il crée un mouvement au slogan puissant: « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action. » Très vite, le professeur est entièrement pris par son personnage et par le mouvement qu’il a créé. Ses élèves se plient aux règles et en édictent de nouvelles. Ils abandonnent leur libre arbitre et leur sens critique pour ne se consacrer qu’au développement de la Vague. Le lycée californien devient un microcosme totalitaire qui inquiète les parents des élèves et les autres professeurs. Et des incidents tendent à prouver que Ben Ross ne maîtrise plus du tout son expérience historique.

Ce fait divers romancé ne brille pas par sa grande qualité littéraire. La langue est sommaire, les personnages à peine esquissés. Mais ce texte court relate bien ce qui a lieu dans ce lycée de Californie. Voici un texte à lire au même titre que les récits des déportés. Il témoigne que l’horreur peut très vite refaire surface et il rappelle que la vigilance est de mise, même des années après l’Holocauste.

Le film éponyme de Dennis Gansel est une excellente adaptation de ce livre.

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La dame à la lampe

Roman de Gilbert Sinoué.

Au 18° siècle, de l’Angleterre à la Crimée et son mortel conflit, Florence Nightingale a révolutionné le métier d’infirmière. De cette profession traditionnellement réservée à la lie de la société féminine, elle a fait un métier d’honneur et de dévouement, avec des règles de conduite et une formation. Connue pour ses crises de mysticisme, son exigence et son intransigeance, celle qu’on a surnommé la Dame à la lampe s’attire les foudres de certains dirigeants, mais aussi le soutien de la reine Victoria. Les malades l’attendent, l’espèrent. Les autres infirmières craignent son humeur changeante. Entière dans son engagement auprès des malades, infatigable dans son combat pour l’hygiène, elle obtient ce qu’elle veut à force de ténacité. A sa mort, Jonathan Brink, journaliste américain, entreprend d’écrire la vie de cette femme exceptionnelle, d’après les témoignages de ceux qui l’ont le mieux connue.

Si le sujet est intéressant, le traitement qui en est fait est loin d’être abouti. Et c’est bien dommage. Le personnage historique qu’est Florence Nightingale méritait une meilleure reconnaissance. Le texte se compose d’extraits des notes du « rossignol », de témoignages de ses proches, d’articles de journaux, le tout lié dans une narration anonyme. Il y a un manque certain de fluidité d’un chapitre à l’autre. On nous renvoie dès les premières pages aux notes en fin de livre. Mais certaines notes de bas de page m’ont laissé à penser que même le traitement chez l’imprimeur laissait à désirer. Dommage, car ce sujet a tout pour me plaire. Ce personnage féminin exemplaire n’est pas sans me rappeler celui que Pauline Gill a mis en avant dans son roman Docteure Irma, la première femme médecin canadienne.

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Roman

Texte d’Onuma Nemon.

Impossible de dire de quoi traite ce texte. J’ai abandonné après quarante pages. Sans mots vulgaires ou termes choquants, la narration est violente, la façon même d’utiliser la langue est agressive. L’impression qui me reste après quelques pages, c’est l’oppression. Il est rarissime que j’abandonne un livre avant la fin, sans lui donner sa chance, sauf quand il me fait peur…

Si certains l’ont lu, je veux bien leurs avis et commentaires.

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Terre des oublis

Roman de Duong Thu Huong.

Miên est une femme chanceuse: son mari Hoan est un riche planteur de la région du Hameau de la Montagne, leur fils Hahn est un beau petit garçon. Leur vie bascule le jour où le premier mari de Miên revient au village. Disparu depuis 14 ans, déclaré mort après la guerre qui a opposé le pays à la France, puis aux États-Unis, Bôn a traversé le pays, s’est perdu et porte en lui les marques d’une souffrance humaine incompréhensible. Bôn veut retrouver la femme pour laquelle il a tenu toutes ses années, il veut la vie de couple et la famille dont la guerre l’a privé. Pour satisfaire à l’honneur et aux codes traditionnels, Miên sacrifie son bonheur, son fils et son amour pour Hoan pour revenir auprès de l’homme qu’elle n’aime plus. Durant des mois, elle endure la misère et l’humiliation. Bôn est trop faible pour défricher une terre, pour tenir un métier. Seule, elle subvient aux besoins du couple grâce à l’argent que Hoan a mis à sa disposition. Bôn le sait, il ne peut pas lutter contre cet homme fort auquel son épouse ne cesse de penser. La seule issue pour lui est d’avoir un enfant de Miên, un enfant pour cimenter leur couple.

Une superbe peinture humaine! L’histoire de chacun des trois personnages est peu à peu dévoilée. On découvre les blessures secrètes qui ont construit chaque destinée. Au travers de ces existences particulières, c’est le Viet Nam qui est mis à l’honneur. Tout un monde de senteurs et de saveurs s’expose au fil des pages. Les paysages se découpent sous la plume de l’auteur. La traduction est riche, elle préserve l’ampleur des phrases.

À découvrir sans aucun doute !

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Le sabre des Takeda

Roman d’Inoue Yasushi, traduit par Marie-Noëlle Shinkai-Ouvray.

Au 17° siècle, les seigneurs japonais vivent de conquêtes et de batailles pour étendre leurs territoires respectifs. La ruse et la stratégie sont au cœur de ces conflits où la violence et le courage poussent les hommes à des exploits extraordinaires. Une figure se détache, celle de Yamamoto Kansuké, un général borgne et boiteux marqué de nombreuses cicatrices. Cet homme est le stratège du clan Takeda. Son génie en fait l’arme secrète de la maison Takeda. Il nourrit un rêve, celui de l’unité du Japon. D’alliances en batailles, il met en œuvre son plan, pour la gloire de son maître et de la concubine de celui-ci, la belle princesse Yubu.

Pfiou ! Que de souffle et d’endurance il faut pour venir à bout de ce livre ! Les longueurs qui s’accumulent sont à peine rattrapées par les pages d’intense action. Et il manque un index pour les termes exotiques! Tout le monde n’est pas diplômé de culture nippone! Cela dit, le roman est une belle fresque et le personnage de Kansuke est bien décrit.

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Alabama Song

Roman de Gilles Leroy. Prix Goncourt 2007.

Zelda Sayre, une Southern Belle des plus célèbres, épouse le très jeune lieutenant Fitzgerald. Agés d’à peine 20 ans chacun, ils sont propulsés sous les feux de la célébrité. Très vite, Zelda devient l’ombre et le faire-valoir de son époux, qui se sert sans vergogne dans les écrits de son épouse pour nourrir sa propre création. Rongés d’alcool, de drogues et par une vie nocturne épuisante, les époux Fitzgerald n’alimentent plus que la presse à scandale. D’Amérique en Europe, ils laissent dans leur sillage des drames et des déchirures. Maintes fois internée, soumise aux traitements expérimentaux les plus hasardeux, Zelda sait que son époux fait tout pour la garder à sa merci.

J’étais dans le clan Claudel, pour son Rapport de Brodeck, en 2007. J’ai donc longtemps boudé le texte de Gilles Leroy. Mais je ne regrette pas de l’avoir ouvert. L’histoire de Zelda Sayre Fitzgerald, revue et romancée par l’auteur est superbe. Le mélange des époques, des débuts de l’histoire du couple aux déboires qu’il rencontre, permet un beau voyage dans les Années Folles et l’Après-Guerre. Je le recommande sans aucun doute.

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La révolte des accents

Roman d’Erik Orsenna.

Grâce à sa vue d’exception, Jeanne décroche un job d’été pas comme les autres: surveillance du port et des bateaux depuis les hauteurs du phare. Un soir, une jonque crée l’animation dans l’île. Après une représentation de Roméo et Juliette, les acteurs et la jonque quittent l’île. Et avec eux toutes les épices et tous les accents. Sur l’île, tout devient fade et incompréhensible. Jeanne décide de partir à la recherche des accents, pour les convaincre de se reposer sur les phrases.

Après La grammaire est une chanson douce et Les chevaliers du subjonctif, j’ai retrouvé avec plaisir Jeanne et son frère Thomas. Et toujours, cette petite saveur nostalgique. L’écriture est simple, l’histoire aussi. Et tout fonctionne à merveille. J’en redemande.

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La guerre de Troie n’aura pas lieu

Pièce de Jean Giraudoux.

Pâris a enlevé Hélène. Les Grecs demandent réparation. Mais Andromaque et Hector ne veulent plus la guerre, et sont prêts à perdre la face pour gagner la paix. Cassandre sait que l’inévitable est en marche.

Très bonne pièce, très caustique. Les répliques sont savoureuses et les personnages sont superbes, mais au plus fort de leur médiocrité. Facile à lire, j’aimerais beaucoup assister à une représentation de cette pièce.

Une réplique d’Hélène, dans la scène 8 de l’acte I, m’a marquée : « Je n’aime pas beaucoup connaître les sentiments des autres. Rien ne gêne comme cela. C’est comme au jeu quand on voit le jeu de l’adversaire. On est sur de perdre. » Quel cynisme !

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Moi, Tituba sorcière

Roman de Maryse Condé.

Tituba est né à la Barbade. Sa mère, esclave, a été pendue pour avoir défendu sa vie contre un blanc. Orpheline, Tituba est solitaire. Sa rencontre avec John Indien bouleverse son existence. Avec lui, elle arrive à Boston, au service d’un nouveau maître, le pasteur Parris. Puis à Salem, elle est accusée de sorcellerie. Finalement amnistiée, elle retrouve sa Barbade natale et participe aux premières révoltes des nègres marrons.

Les écrits de Maryse Condé me séduisent sans aucun doute! Cet autre texte, ancré dans le passé lourd et obscur des esclaves créoles, est puissant comme un charme vaudou. Je me suis laissée entraînée dans les aventures de la pauvre Tituba, et j’ai découvert le procès des sorcières de Salem sous un autre angle. A tous ceux qui aiment les histoires sensées, mais teintées d’un peu de mystère, je recommande cet autre texte de Maryse Condé.

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Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part

Recueil de nouvelles d’Anna Gavalda.

Je ne ferai pas le détail de chaque histoire. Ce que j’aime avec les nouvelles, c’est qu’on peut en manger à tous les repas, sans craindre l’indigestion.  L’auteure tape dans les sujets classiques mais efficaces: l’amour, la séduction, la vengeance, la culpabilité, le doute existentiel…

Ça se lit très vite, très bien, c’est drôle, effrayant, édifiant… mais ça s’oublie vite !

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Les Naufragés de l’île Tromelin

Roman historique – documentaire d’Irène Frain.

L’Utile, vaisseau français fait naufrage aux abords de l’Ile des sables, réputée pour son récif corallien très dangereux. À son bord, un équipage français et une cargaison précieuse. Précieuse et illégale. Des esclaves noirs achetés à Madagascar. Les rescapés du naufrage comprennent vite que leur unique chance de survie est de quitter l’île au plus vite. Avec les débris de l’Utile, Blancs et Noirs construisent main dans la main un bateau pour s’enfuir. Mais le vaisseau est trop petit pour les embarquer tous. Le capitaine promet solennellement de revenir chercher les esclaves. Quinze ans après, on retrouve l’île et huit survivants, sept femmes et un bébé. Que s’est-il passé sur cette île ? Pourquoi les autorités françaises ont-elles tout fait pour empêcher le sauvetage des esclaves ? Ce drame éveille les consciences, notamment celle de Condorcet qui commencera sa lutte pour l’abolition de l’esclavage.

Dès le début, j’ai été décontenancée. Le personnage principal semble d’abord être l’île. Puis il semble qu’elle soit remplacée par le naufrage, lui-même supplantée par la survie sur l’île. Très difficile d’identifier la voix narratrice. On sait qu’elle se fonde sur des documents d’époque, mais elle semble polymorphe. Tantôt il semble que c’est l’écrivain de bord qui relate ce récit, tantôt on croit entendre le capitaine, ou bien un autre officier. Ce texte oscille entre documentaire et roman historique. Mais pour être le premier, il lui manque la précision des citations et des relevés. Et pour être pleinement le second, il lui manque le romanesque et les dialogues. Il est d’ailleurs assez pénible de voir s’enchaîner les descriptions et les analyses mentales des protagonistes sans que jamais une parole ne soit échangée. C’est un texte intéressant, mais qui manque de cohérence. Il est dommage que l’auteure n’ait pas pleinement assumé un genre, car il m’est très difficile au final de définir si j’ai aimé ou non ce livre. Je suis à la fois déçue par le documentaire et frustrée par le roman. Néanmoins, ce texte a pour lui de révéler le plus clairement possible un fait historique vraiment méconnu en tentant de réparer les erreurs et les fausses idées.

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L’araigne

Roman d’Henri Troyat.

Gérard Fonsèque est un vieux garçon, qui vit dans l’appartement familial entre sa mère et ses trois sœurs. Quand Luce se marie avec Paul Aucoc, Gérard sent qu’il perd de son emprise sur son entourage. Du fond de sa chambre, retranché dans sa chambre sombre, il rumine des plans tortueux pour garder ses sœurs et sa mère auprès de lui. Prêt à tout pour faire échouer le mariage de sa sœur Élisabeth, il ment, déforme la vérité. Et quand il apprend que Marie-Claude, la dernière à ne pas avoir quitté le nid, s’apprête à défaire ses liens, il  invente un stratagème odieux pour retenir toute l’attention.

Excellent comme toujours ! Henri Troyat sait dépeindre la complexité et la bassesse humaine avec un cynisme délicieux ! Je le recommande, et je n’en dis pas plus pour laisser le plaisir !

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La der des ders

Roman de Didier Daeninckx.

René Griffon est un ancien soldat, reconvertit en détective. Le colonel Fantin requiert ses services pour démasquer un maître chanteur. Griffon est vite pris par un jeu de faux-semblant.

Décidément, je n’aime pas les romans policiers. D’autant que celui-ci est tellement mal écrit que c’est une vraie douleur de supporter la langue et la syntaxe de l’auteur !

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Les enfants du jazz

Recueil de nouvelles de Francis Scott Fitzgerald.

L’auteur nous offre différents regards sur une époque qui change, les « Roaring twenties » ou « les années vingt rugissantes ». Le jazz s’impose. La vie n’est pas aisée mais chacun espère qu’elle le deviendra. Comme cet homme surmené qui, lassé d’entendre les récriminations de son épouse, l’endort pendant plusieurs jours pour pouvoir mener à bien son projet. Ou comme Benjamin Button, cet homme au destin extraordinaire: à sa naissance, il a l’apparence et la sagesse d’un vieillard. Sa vie ne sera qu’un retour à l’enfance, à l’innocence et à l’ignorance.

Chaque nouvelle est un petit trésor. Le jazz chante à chaque page et c’est un régal ! J’ai hâte de découvrir l’adaptation de David Fincher sur la nouvelle de Benjamin Button.

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