Alex

Roman de Pierre Lemaitre.

Alex est jeune et jolie. Elle attire les regards et suscite le désir. Mais elle ne s’attendait pas à être enlevée par un homme qui lui parle à peine et l’enferme dans une petite cage en hauteur. « Quand on traite une femme de sale pute, c’est qu’on veut la tuer, non ? »  (p. 55) Combien de temps faut-il pour mourir dans de telles conditions ? L’enquête pour la retrouver piétine, mais quand elle aboutit, il est trop tard : Alex a disparu. S’ouvre alors une nouvelle enquête d’une autre ampleur : Alex est-elle vraiment une victime ? Est-ce un monstre ou un innocent qui était suspendu dans la cage ?

Le sens du récit, le talent de raconter une histoire, Pierre Lemaitre les maîtrise. Ici, il développe une horreur croissante où le sordide rivalise avec l’indicible. Et les rats, putaing, les rats… JE HAIS LES RATS ! Cependant, le thriller n’est pas et ne sera jamais ma tasse de thé. Le sensationnalisme de ce genre m’agace beaucoup. Je préfère de loin les romans plus classiques de l’auteur, Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie, que je vous recommande sans hésiter.

Publié dans Ma Réserve | Laisser un commentaire

Harry Potter – À la découverte de l’histoire de la magie

Ouvrage collectif.

À l’occasion des 20 ans de la parution du premier tome des aventures du jeune sorcier à lunettes rondes, la British Library a organisé une exposition autour de l’œuvre de J. K. Rowling et de la magie en général. En examinant et en croisant de très nombreux documents historiques de toutes les époques et de toutes les civilisations, on découvre les sources d’inspiration de la créatrice du monde d’Harry Potter. Saviez-vous que Nicolas Flamel a vraiment existé ? Qu’on trouve vraiment des bézoards dans les estomacs des chèvres ? Ce livre est aussi une invitation à pratiquer la magie : recettes de potion, tours et incantations, lecture des lignes de la main ou des cartes, tout est là pour vous donner les bases de l’éducation du sorcier. Mais je ne vous garantis pas que vous obtiendrez votre BUSE avec ces quelques activités bien innocentes.

L’ouvrage est clairement ce que j’appelle un beau livre : couverture richement colorée et lumineuse, format atypique, pages épaisses, contenu iconographique passionnant et références bibliographiques et muséographiques à ne plus savoir où donner de la tête. Les chapitres correspondent chacun aux matières enseignées à Poudlard : lutte contre les forces du mal, divination, botanique, etc. C’est avec un plaisir immense que j’ai retrouvé de très nombreuses illustrations de Jim Kay qui met en image les 7 tomes des aventures d’Harry Potter dans des ouvrages grand format absolument superbes.

En revanche, j’ai découvert avec surprise que J. K. Rowling utilise avec talent le crayon pour autre chose que pour écrire : en témoignent tous les croquis, plans et portraits qu’elle a dessinés. Preuve qu’elle a su décrire ce qu’elle avait en tête, c’est que les traits qu’elle donne à ses héros sont ceux que j’imaginais grosso modo avant que les acteurs des films superposent leur bobine à celle des personnages de papier. « Quand je planifie une histoire, plein d’idées me viennent en même temps : j’essaye de retenir les meilleures et de les noter. Mes carnets sont remplis de flèches et de triples astérisques qui signifient que je dois sauter quatre pages pour dépasser les idées griffonnées à la hâte vingt minutes plus tôt et reprendre le fil de l’histoire. » (p. 113)

Ce livre magnifique me permet de patienter un peu jusqu’à la sortie au cinéma de la suite des aventures de Newt Scamander et des Animaux fantastiques 2. Il est évidemment question des films, de la pièce de théâtre et des autres livres tirés du premier arc narratif. Je doute de me lasser un jour de cet univers magique. Sans être une Potterhead capable de citer les noms de tous les personnages alphabétiquement, je me plais à découvrir sans cesse de nouveaux détails dans les textes que j’ai lus et les films que je commence à bien connaître.

Si vous voulez poursuivre votre découverte du monde exceptionnel imaginé par J. K. Rowling, je vous conseille ces quelques lectures.

Publié dans Mon Alexandrie | Marqué avec | Laisser un commentaire

Potins #26

J. K. Rowling est une autrice britannique née en 1965.

POTIN – Les aventures du petit sorcier qu’elle a inventé ont été traduites en plus de 80 langues.

Lisez : Le cycle d’Harry Potter, évidemment.

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Nous rêvions juste de liberté

Roman d’Henri Loevenbruck.

Hugo a grandi dans une misère affective profonde, au sein d’une famille peu aimante, et marqué par la mort de sa petite sœur. Quand il rencontre Freddy, Oscar et Alex, il se découvre une vraie famille où les amis sont des frères. « T’es un des nôtres, maintenant. On sera toujours là pour amortir la chute, mon pote. / On ne m’avait jamais rien dit d’aussi doux. » (p. 32) Les quatre gamins sont tous révoltés et bouillonnants d’énergie et glissent lentement vers la délinquance juvénile, jusqu’à devenir de vrais voyous. À mesure qu’ils franchissent les limites de la loi, qu’ils fument et boivent plus que de raison et qu’ils bouffent des kilomètres de bitume sur leurs bécanes, ils forment un groupe férocement soudé répondant à un code d’honneur très particulier. « C’était chouette d’être tous les quatre, de traverser la ville ensemble comme une armée qui partait au combat pour rendre justice. » (p. 79) Hélas, tout dérape : un des gamins frôle la mort, tous sont envoyés en maison de correction et quand ils en sortent, tout a changé. Les rêves de liberté s’effilochent et il faut grandir. Mais Hugo s’y refuse et fonde le club de moto de Providence, suivi d’anciens amis et rejoint par de nouveaux frères. La liberté semble alors si proche, si réelle. « Mon petit bonheur simple, c’était de vivre et de rouler avec cette belle bande de voyous dont personne d’autre voulait. » (p. 216) Hélas, dès l’incipit, on sait que quelque chose a mal tourné puisque la justice s’en est mêlée.

Ce récit d’écorché vif m’a terriblement rappelé la géniale série Sons of Anarchy (surtout combien elle me manque et combien j’ai hâte que paraisse le spin-off Mayans MC) : j’y ai retrouvé l’ambiance des motorclubs telle que dépeinte dans la série et le caractère follement séduisant des bikers paumés (KIM COATES FOREVER !!!). « La vie, les gens, tous essaient de t’empêcher d’être libre. La liberté, c’est un boulot de tous les jours. Un boulot à temps plein. » (p. 243) Malheureusement, gros bémol tout au long de ma lecture : selon moi, la forme orale du récit d’Hugo sonne faux, comme si l’auteur imaginait la façon dont un jeune voyou pourrait s’exprimer, sans avoir vraiment discuté avec l’un d’eux. Ce langage qui mélange style courant, vulgarité et quelques envolées lyriques ne m’a pas convaincue, et ça a grandement freiné mon enthousiasme pour ce roman dont l’intrigue est cependant très belle, poignante et bouleversante. « J’ai pas envie de tourner la page, j’ai envie de la déchirer. » (p. 292)

Publié dans Ma Réserve | Laisser un commentaire

Le journal de Gurty – Vacances en Provence

Roman de Bertrand Santini.

Gurty est aussi heureuse qu’un petit chien peut l’être : c’est enfin l’heure des vacances en Provence avec son humain Gaspard. Elle retrouve son amie Fleur et son ennemi juré, le chat Jean-Jacques, aussi appelé Tête de Fesses. Mais de toute façon, tout le monde le sait, « les chats ne sont pas des gens normaux. » (p. 31) Gurty court après les écureuils, respire les bonnes odeurs de crotte de la nature, voire se roule dedans, et chipe le poulet rôti du dimanche.

Le petit héros poilu de ce roman jeunesse est drôle, touchant et attachant. Il se moque un peu des humains qui donnent parfois des surnoms vraiment couillons à leurs compagnons et il énonce avec sagesse une vérité lucide contre les animaleries. « Il faut se méfier des marchands d’animaux. Ce sont des menteurs. Par exemple, ils prétendent aimer les bêtes, mais c’est pas vrai car on ne vend jamais quelque chose qu’on aime pour de vrai. » (p. 23) Le roman se découpe comme un vrai journal intime, avec des chapitres correspondant à la succession des jours, mais il faut savoir que le calendrier canin a une drôle façon de mesurer le temps qui passe et qu’il rend hommage à des saints qui ont du chien ! Le texte s’achève sur quelques pages de jeux aux allures de cahier de vacances pour inviter l’enfant à repenser à sa lecture et à continuer à s’amuser. À mettre entre toutes les jeunes mains qui aiment les chiens et/ou qui rêvent de vacances !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Potins #25

Jasper Fforde est un auteur britannique né en 1961.

POTIN – Il a longtemps travaillé dans le cinéma.

Lisez : Les aventures de Thursday Next.

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Le mystérieux Mr Kidder

Roman de Joyce Carol Oates.

L’été de ses 16 ans, Katya garde les enfants de la riche famille Engelhardt à Bayhead Harbor. Sa rencontre avec le vieux et élégant Mr Kidder marque un tournant dans sa jeune existence. Elle trouve auprès du mystérieux vieillard de quoi étancher son besoin d’être vue et reconnue, son désir de susciter l’intérêt et de plaire. « Car Katya avait cette faiblesse : elle voulait désespérément être aimée, même par les personnes qui lui déplaisaient. » (p. 119) Tout cela la change furieusement de son quotidien entre un père absent et une mère alcoolique et accro au jeu. L’attention que lui porte Mr Kidder est délicieuse, également gênante et souvent dérangeante, mais Katya ne peut plus s’en passer. « Ce fut alors qu’elle commença à penser souvent à lui. D’abord avec amusement, même avec dérision, puis avec une intensité de sentiment inexplicable. » (p. 77) Pour plaire au vieil homme, Katya accepte de poser pour qu’il fasse son portrait. Au fil des séances et des échanges, elle comprend enfin ce que Mr Kidder attend d’elle, en quoi consiste la fameuse mission qu’il veut lui confier. « Aucun baiser ne s’oublie ; il demeure dans le souvenir comme dans la chair. » (p. 111)

Il serait réducteur de comparer Katya a Lolita, même si les similitudes sont nombreuses. L’adolescente sait qu’elle détient un pouvoir considérable sur Mr Kidder, mais elle n’en abuse pas, sans cesse effrayée par ce qu’il pourrait entraîner. Son besoin profond n’est pas vénal, mais sentimental. « Elle éprouvait le désir d’être embrassée, enlacée et embrassée, d’être aimée et protégée. Car il n’y a aucune peur aussi primitive que celle de ne pas être aimée, de ne pas être protégée. » (p. 132) Elle est finalement telle qu’elle est décrite dans le titre original : A Fair Maiden. En anglais, l’adjectif fair a plusieurs sens : blonde, belle, honnête. Tout cela, Katya l’est et le reste, en dépit de quelques écarts de conduite. De la relation trouble et troublante qui unit cette très jeune fille et ce vieil homme naît une conclusion sublimée et purifiée de tout vice. Le mystérieux Mr Kidder se situe au croisement du conte de fées, du conte macabre et du conte initiatique. Plus court que d’autres romans très denses de l’autrice, il offre les portraits délicats de deux personnes isolées qui unissent leur solitude en un mélange de tendresse et de soumission/domination où le pouvoir change sans cesse de main.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Potins #24

Carole-Anne Boisseau est une autrice française.

POTIN – Je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur cette autrice. En fait, je voulais surtout vous parler (encore) de Lapingouin, ce petit héros que j’aime tant.

Lisez : Les chocozœufs de Pâques, Ma première nuit chez Tortuchon, Chut, Lapingouin est amoureux…, Raconte-moi quand j’étais né, Mon monde à moi, Même pas peur des monstres, Qui veut jouer avec Lapingouin ?, À table, Lapingouin ! et Au lit, Lapingouin !

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Les super Méchants – Opération Toutous

BD-roman d’Aaron Blabey.

Un grand méchant loup, un fourbe serpent, un piranha vorace et un requin aux dents longues qui se constituent en équipe, ça ne semble pas être l’idée du siècle pour préserver la tranquillité des moutons, des baigneurs et autres innocents. Encore moins si leur devise est « Toujours là pour vous sauver. Même si vous n’avez rien demandé. » (p. 4) Ces super méchants en ont assez qu’on les déteste et d’effrayer tout le monde. Désormais, ils veulent faire les choses bien et venir à la rescousse de ceux qui en ont besoin. Cependant, avec leur dégaine de vrais méchants et leur caractère complètement barré, ces antihéros arriveront-ils à assurer la mission qu’ils ont en vue ?

J’aime les livres pour les enfants (et pour les adultes, vu qu’il paraît que j’en suis une…) qui s’amusent avec la police d’écriture, la casse et la mise en page, surtout quand ça sert à appuyer le discours. Ici, on voit les mots nous crier dessus ou nous faire les gros yeux, et c’est absolument hilarant, comme une forme d’onopatopéisation (oui, j’invente des mots) du récit et des dialogues, d’où l’appellation BD-roman sur la première de couverture. Ce livre est inclassable, mais assurément à mettre sous les yeux des lecteurs de tout âge ! Il est drôle à pleurer ou à hurler à la lune, selon vos préférences. J’ai particulièrement ri à une blague de prout. Parce que j’ai toujours 8 ans au fond de moi, OK !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Potins #23

Jack Kerouac est un auteur américain né en 1922 et décédé en 1969.

POTIN – Né de parents québécois, son prénom est en réalité Jean-Louis et sa famille l’a longtemps surnommé Ti-Jean.

Lisez : Sur la route et Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines.

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Les saboteurs de l’ombre – La guerre de secrète de Churchill contre Hitler

Texte de Giles Milton.

Quatrième de couverture : Au printemps 1939, une organisation très discrète est fondée à Londres, surnommée « l’armée secrète de Churchill » : elle a pour objectif de détruire la machine de guerre d’Hitler, au moyen d’actes de sabotage spectaculaires. Les opérations de guérilla qui devaient frapper au cœur du Troisième Reich étaient dirigées par six hommes atypiques. Churchill les avait choisis pour leur créativité et leur mépris des convenances. Millis Jefferis et Stuart Macrae s’occupèrent d’organiser les activités et de produire à grande échelle de nouvelles armes secrètes. Cecil Clarke était un ingénieur fou qui avait passé les années 1930 à inventer des caravanes futuristes ; c’est lui qui élabora la bombe destinée à assassiner le favori d’Hitler, Reinhard Heydrich. William Fairbairn était un retraité corpulent à la passion peu commune : il était le spécialiste mondial des techniques d’assassinat sans bruit. Avec son comparse Eric Sykes, il avait pour mission d’entraîner les hommes parachutés derrière les lignes ennemies. Menée par Colin Gubbins, un fringant Écossais, cette organisation fut si efficace qu’elle changea le cours de la guerre. À l’aide de documents d’archives classés Secret Défense jusqu’à ce jour, Giles Milton nous livre avec son humour anglais irrésistible le récit invraisemblable de cette guerre contraire à toutes les règles du vrai gentleman.

Il serait bien vain et même présomptueux de prétendre résumer par moi-même un épisode véridique de l’Histoire. Voilà pourquoi je vous renvoie à la quatrième de couverture qui est très bien faite. Colin Gubbins n’avait pas l’approbation de ses supérieurs, mais c’est en partie grâce à ses méthodes de guérilla que la guerre de 39-45 a été remportée par les Alliés. « Après deux ans de guerre, le gouvernement britannique et ses serviteurs apprenaient enfin à se conduire comme des mal élevés. » (p. 175) Dans son bureau secret situé dans Baker Street, à deux pas de la maison de Winston Churchill, il a pensé la guerre différemment pour donner l’avantage à l’Angleterre et aux ennemis du nazisme. « Dans l’armée régulière, on avait très peu l’expérience de cette guerre souvent indigne de gentlemen. » (p. 29) Grâce à l’équipe exceptionnelle qu’il a rassemblée, il a élaboré des opérations de sabotage d’envergure, souvent extrêmement audacieuses, menées en Afrique, en Grèce, en Norvège ou encore en France. Giles Milton présente dans le détail leur préparation, ce qui les rend très visuelles, voire cinématographiques. Le livret iconographique présent au milieu de l’ouvrage illustre intelligemment le propos et donne envie de se perdre dans des kilomètres d’archives.

Les portraits des membres de l’équipe d’élite de Colin Gubbins sont passionnants. Nous sommes en présence de personnes extraordinaires, peu communes parce que visionnaires ou faisant montre d’une morale peu acceptable, et pourtant positive. « Il allait avoir besoin d’un petit groupe d’experts qui l’aiderait à trouver où frapper pour mieux enrayer la machine de guerre d’Hitler. Des experts qu’il avait peu de chances de trouver dans l’armée régulière. Gubbins devait dénicher des mauvais garçons, des loups solitaires, des excentriques sachant penser en dehors du cadre et aimant l’action. » (p. 35) Mais il n’est pas question que d’hommes dans cet ouvrage. Joan Bright et Margaret Jackson ont été deux assistantes indispensables au travail de Colin Gubbins, des femmes travaillant sans relâche à l’effort de guerre jusqu’à l’armistice.

La réussite de ces opérations, de cette stratégie novatrice et de cette guerre irrégulière était la façon de Colin Gubbins de servir son pays au plus fort de la guerre, mais également de prendre une revanche sur sa hiérarchie militaire en prouvant sa valeur de soldat. « Après l’attentat contre Heydrich, Colin Gubbins comprit quel puissant avantage il avait sur les nazis. Si tous les coups étaient permis, la guerre devenait un jeu, un jeu à haut risque, mais qui ne manquait pas d’attrait. En plaçant bien ses cartes, il cesserait d’être un sous-fifre mal-aimé pour devenir maître de la stratégie. » (p. 229) Ce portrait d’homme déterminé ferait un excellent biopic au cinéma. J’ai été saisie par le sang-froid de Gubbins, l’inventivité de ses hommes et la témérité de cette brigade secrète. À noter que les techniques et les technologies développées par ces saboteurs ont été saluées par tous pendant la guerre, et même par certains officiers de l’armée allemande qui en faisait pourtant les frais.

J’avais déjà apprécié la plume de Giles Milton dans son roman Le nez d’Edward Trencom qui parle de fromage, entre autres choses. Ici, son style enlevé et entraînant fait dévorer sans effort les quelque 400 pages de ce document historique.

Publié dans Mon Alexandrie | Marqué avec | Laisser un commentaire

The End

Bande dessinée de Zep

Au son des paroles prophétiques de Jim Morrison une poignée de chercheurs tentent de décoder les signaux que s’échangent les arbres depuis des millénaires. « La mémoire de notre planète écrite dans l’ADN de l’arbre. » (p. 22) D’étranges champignons apparaissent à proximité des usines de Pharmacorp, soupçonnée de polluer massivement l’environnement. Mais Theodore, un des stagiaires qui participe au projet, a le sentiment que la menace est plus grande et imminente, et surtout qu’elle émane d’entités qui semblent bien inoffensives.

Difficile d’en dire moins, mais impossible d’en dire plus ! Je vous laisse découvrir cette excellente bande dessinée d’un auteur que j’apprécie de plus en plus à mesure qu’il produit des oeuvres profondes et belles. Pour vous convaincre du talent de Zep, lisez Une histoire d’hommes, Découpé en tranches et surtout Un bruit étrange et beau. Et au hasard d’une balade en forêt, prenez le temps de rassurer les arbres, de saluer respectueusement leur écorce et de les remercier. Et surtout, surtout, écoutez Jim Morrison.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

King Kong théorie

Texte de Virginie Despentes.

La libération de la femme et la révolution sexuelle ne sont qu’un pas. Pour Virginie Despentes, il reste bien des combats à mener pour que cesse enfin la domination masculine. « Souffrir, et ne rien pouvoir faire d’autre. C’est Damoclès entre les cuisses. » (p. 30) En dépit des évolutions, le corps collectif, la société et l’État restent encore oppressifs et donnent trop peu la parole aux femmes. L’autrice revendique le droit de parler du viol, de dire le mot et de s’en relever : aucune femme, jamais, ne devrait avoir honte d’avoir été violée, ni faire de cet évènement une remise en cause négative de sa féminité. « Cachez vos plaies, Mesdames, elles pourraient gêner le tortionnaire. Être une victime digne. C’est-à-dire qui sait se taire. La parole toujours confisquée. Dangereuse, on l’aura compris. Dérangeant le repos de qui ? » (p. 73) De même, la prostitution et le porno ne doivent plus être considérés comme des activités soumettant ou diminuant la femme, mais comme des manifestations de leur « empowerment ». Chaque chapitre s’achève par un extrait d’un livre parlant de femme, de féminité ou de féminisme : c’est toute une bibliographie qu’il me tarde d’explorer.

La conclusion se veut un plaidoyer bienveillant pour que les femmes et les hommes se libèrent des carcans qu’on leur a imposés et pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Cependant, je ne suis pas d’accord avec toutes les généralités que présente l’autrice en se fondant sur son expérience. Je n’ai pas vécu ce qu’elle a traversé, mais j’ai eu ma part d’agressions physiques et verbales. Comme Virginie Despentes le professe, je garde la tête haute, mais je ne vois pas en l’homme un agresseur potentiel. Je ne mets pas le pied dehors en m’attendant à chaque instant à être plus ou moins malmenée par la population masculine. Avoir une telle défiance envers une moitié de l’humanité ne s’accorde pas avec ma vision très optimiste – d’aucuns diraient Bisounours – du monde et de l’espèce humaine. J’ai déjà exprimé cette position en parlant du roman de Naomi Alderman, Le pouvoir. J’en profite pour vous recommander un autre texte parlant de l’injonction de la féminité, l’excellent Beauté fatale de Mona Chollet. Et je vous laisse avec quelques extraits du texte de Virginie Despentes.

« C’est en tant que prolotte de la féminité que je parle, que j’ai parlé hier et que je recommence aujourd’hui. » (p. 7)

« La figure de la looseuse de la féminité m’est plus que sympathique, elle m’est essentielle. » (p. 8)

« C’est tout de même épatant, et pour le moins moderne, un dominant qui vient chialer que le dominé n’y met pas assez du sien… » (p. 11)

« Il faut, de toute façon, que les femmes se sentent en échec. Quoi qu’elles entreprennent, on doit pouvoir démontrer qu’elles s’y sont mal prises. » (p. 15)

« Après plusieurs années de bonne, loyale et sincère investigation, j’en ai quand même déduit que la féminité, c’est la putasserie, l’art de la servilité. » (p. 76)

« Car, finalement, nous ne sommes pas les plus terrorisées, ni les plus désarmées, ni les plus entravées. Le sexe de l’endurance, du courage, de la résistance, a toujours été le nôtre. Pas qu’on ait eu le choix, de toute façon. » (p. 86)

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Potins #22

Marguerite Yourcenar est une autrice française née en 1903 et décédée en 1987.

POTIN – Élue en 1980 à l’Académie française, elle est la première femme à intégrer cette institution.

Lisez Nouvelles orientales, et si vous ne devez en choisir qu’une, que ce soit « Notre-Dame-des-Hirondelles ».

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

L’Archipel du Chien

Roman de Philippe Claudel.

Tout commence – et peut-être finit – avec trois corps noirs échoués sur une plage d’une île de l’Archipel du Chien. Au lieu de prévenir les autorités, les notables locaux décident de faire disparaître ces preuves accablantes de la misère humaine. « Je veux que cette histoire ne soit connue que de nous seuls et que nous l’emportions avec nous au moment de notre mort sans l’avoir racontée à quiconque. » (p. 33) Seul l’Instituteur, nouvellement arrivé sur l’île, s’élève contre cette décision : il veut comprendre d’où venaient les malheureux dont le voyage désespéré s’est achevé aux portes de l’Europe. Il se moque que sa croisade menace un hypothétique projet immobilier de grande envergure dont l’île pourrait bénéficier. Mais le Maire ne l’entend pas de cette oreille et c’est avec un scandale plus grand et une ignominie plus abjecte qu’il tente de masquer son premier forfait. Et ce n’est pas l’arrivée du Commissaire qui arrangera les choses ni rétablira la vérité. Finalement, c’est une vengeance quasi mystique, qui se manifeste d’abord par une puanteur étouffante, puis par un feu purifiant, qui rend justice aux sacrifiés dans une fin apocalyptique. « Maintenant que vous le dites, c’est vrai que ça pue, mais j’ai l’impression que ça vient de vous ! » (p. 128)

Philippe Claudel signe une histoire édifiante, un peu à la manière des contes moraux du 18e siècle. La désignation des personnages par leur fonction et non par des noms, et l’apostrophe liminaire envers le lecteur rendent encore plus troublante cette ressemblance. Le roman s’ouvre par un réquisitoire contre l’homme dont il semble vain d’attendre un changement de comportement. « Vous vous ressemblez tant, sortis du même inaltérable moule. » (p. 5) La voix qui s’élève n’est pas celle d’un narrateur, c’est celle d’une entité insaisissable qui ne croit plus que la bonté peut triompher. Pour elle, l’homme se rend aveugle pour ne pas troubler son confort personnel. « Vous croyez que l’être humain aime qu’on lui montre sa propre laideur dans un miroir ? On ne se voit jamais comme on est, et quand on se découvre, c’est insupportable ! » (p. 122)

Le lien avec Le rapport de Brodeck est évident. Une fois encore, il est question de l’accueil que l’on réserve à l’autre, à l’étranger, à l’impromptu, à l’inattendu. Le roman donne à voir toute l’horreur de la réalité vécue par les migrants, partis de l’Afrique qui n’est séparée de l’Europe que par une mer assassine, mais rendue encore plus lointaine par l’indifférence, voire la haine de ceux qui ne veulent pas accueillir plus malheureux qu’eux. « Réveillez-vous ! Vous pensez pouvoir vivre longtemps en dehors du monde ? Tenez, c’est justement le XXI° siècle qui m’amène. » (p. 70) Une fois encore, les hommes s’attachent à dissimuler la honte indicible, la bêtise crasse et l’égoïsme lourdaud. Mais contrairement au Rapport de Brodeck, j’ai trouvé cette tentative moins mélancolique et plus écœurante, comme si l’espoir avait décidé de ne pas s’engager sur cette voie pavée de mauvaises intentions.

Et toujours, toujours, Philippe Claudel déploie un style poétique, lumineux même au plus fort des ténèbres humaines. « Qu’est-ce que tu veux qu’elles lui disent, les vagues, à part la chanson de l’eau, […] ? La mer, ça ne parle pas. » (p. 46) Pour avoir une vision plus optimiste du sujet, je vous conseille L’opticien de Lampedusa d’Emma-Jane Kirby.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Samuel le petit T-Rex qui voulait être gentil

Album de Julien Leclercq (texte) et Sandrine Massuger (illustrations).

Samuel n’a pas le comportement classique d’un tyrannosaure : il ne mange pas de viande et il ne veut faire peur à personne. Le spécialosaure conseille à ses parents d’envoyer Samuel dans une école d’herbivores où il trouvera peut-être sa place. Hélas, alors qu’il était la tête de Turc dans son ancienne école de carnivores, ici personne ne veut jouer avec lui, car il fait peur aux autres enfants. Sauf peut-être Imaya, une petite tricératops. « Dès lors, chaque midi, Imaya rejoignait le tyrannosaure. Ils passaient de bons moments ensemble, et Samuel en oubliait qu’il inspirait crainte et méfiance à ses camarades. » (p. 19) La preuve que tout le monde peut s’entendre et que les différences peuvent rapprocher plus que séparer ?

Quand j’ai vu ce titre dans la dernière sélection de Masse critique de Babelio, je n’ai pas pu résister. Entre moi et les T-Rex, c’est une longue histoire d’amour. Et ceux qui disent les T-Rex ont des p’tits bras et ne peuvent pas faire de câlins n’y comprennent rien ! Mais me voilà un peu déçue par cet album : le style est vraiment scolaire, voire vieillot par endroit. L’histoire est jolie, mais peu originale. Du haut de mes 32 ans, j’aime les dinosaures, oui, mais dans le genre, j’ai préféré le texte et les illustrations des albums de Pierre Gemme et Jess Pauwels : Diplo est un héros et Tricé est amoureux.

Cependant, mon avis compte moins que le travail de Yakabooks, la maison d’édition qui a publié ce petit livre. Pour lutter contre l’illettrisme et permettre à chacun d’accéder aux livres, Yakabooks propose tous ses livres au prix unique de 2 €, qu’il s’agisse de petits albums comme celui-ci ou de romans plus conséquents. Voilà l’objectif de cette maison d’édition, et je le trouve louable : « Vous permettre de découvrir de nouveaux auteurs sans risque pour le porte-monnaie, lancer la carrière de plumes talentueuses, supprimer le premier frein d’accès au livre, faire écore des lecteurs et des curieux… C’est notre mission. » Donc, vraiment, oubliez mon avis négatif et faites un tour du côté du catalogue de Yakabooks !

Publié dans Ma Réserve | Marqué avec | Laisser un commentaire

Potins #21

Joris-Karl Huysmans est un auteur français né en 1848 et décédé en 1907.

POTIN – Son véritable nom est Charles Marie Georges Huysmans.

Lisez : Croquis parisiens, Les sœurs Vatard, Le drageoir aux épices, Marthe, histoire d’une fille, Là-bas, La cathédrale, En rade, En route, Sainte Lydwine de Schiedam, Sac au dos, Rêveries d’un croyant grincheux, À rebours, Écrits sur l’art (1867-1905), La retraite de Monsieur Bougran et tout le reste de son œuvre.

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

911

Roman de Shannon Burke.

Quatrième de couverture : Lorsqu’il devient ambulancier dans l’un des quartiers les plus difficiles de New York, Ollie Cross est loin d’imaginer qu’il vient d’entrer dans un monde fait d’horreur, de folie et de mort. Scènes de crime, blessures par balles, crises de manque, violences et détresses, le combat est permanent, l’enfer quotidien. Alors que tous ses collègues semblent au mieux résignés, au pire cyniques face à cette misère omniprésente, Ollie commet une erreur fatale : succomber à l’empathie, à la compassion, faire preuve d’humanité dans un univers inhumain et essayer, dans la mesure de ses moyens, d’aider les victimes auxquelles il a affaire. C’est le début d’une spirale infernale qui le conduira à un geste aux conséquences tragiques. Dans un style viscéral, Shannon Burke prend littéralement le lecteur à la gorge et nous livre un portrait de la condition humaine digne d’Hubert Selby Jr ou de Richard Price.

Ce roman a été proposé par mon club de lectrices (vous me manquez, les filles !!!) D’ordinaire, je suis studieuse, je n’abandonne pas les livres que je dois lire en groupe, c’est plus facile pour en parler. Mais là, j’ai lâché l’affaire en page 20. Le vase a débordé avec la description d’un chien malmené dans la mort. Je le tolère à peine chez Stephen King, mais là, c’était tellement gratuit et insupportable que je n’ai pas voulu aller plus loin. Avant ça, le roman proposait déjà des scènes glauques à souhait. OK, oui, c’est le sujet : il est évident que le récit d’una ambulancier urgentiste à Harlem ne peut pas envoyer des paillettes et des chamallows, mais non, je ne peux pas. Et je ne veux pas. Il y a des romans/œuvres dont on sait qu’ils nous feront plus de mal que de bien : c’est le cas de celui-ci.

En outre, je n’ai éprouvé aucune empathie pour le narrateur et son coéquipier. « Lorsque plus rien n’a de sens, y compris la vie ou la mort d’autrui, vous n’êtes plus qu’à un pas du mal. Et ce putain de pas est terriblement facile à franchir. » (p. 6) Certes, c’est difficile de s’attacher en 20 pages et je ne crois pas au coup de foudre, même littéraire. Mais j’ai lu des romans « médicaux » où il ne faut que quelques paragraphes pour embrasser corps et âme le récit et le parcours du héros. Je vous conseille d’ailleurs La ballade de l’enfant gris qui, comme son auteur, propose une médecine humaine et humaniste. C’est ce que promet la quatrième de couverture, mais je n’ai pas les tripes pour essayer de savoir si c’est vrai. J’aurais aimé comprendre pourquoi le titre original est Black Flies, même si j’ai bien une idée… Bref, je raccroche rapidement 911 et je passe à autre chose. Tant pis, j’écouterai les copines en parler !

Publié dans Mon Enfer | Laisser un commentaire

Petite sœur, mon amour

Roman de Joyce Carol Oates.

La petite Bliss Rampike n’a que 6 ans quand elle est retrouvée assassinée dans le sous-sol de sa maison. Qui s’en est pris à cette minuscule star des patinoires, connue dans le pays tout entier pour son talent sur la glace ? Il y avait trop d’admirateurs autour de la fillette. Il y a eu trop d’aveux, trop d’indices, trop de sources anonymes, trop d’incertitude. Neuf ans après le drame, Skyler écrit sur la mort de sa sœur, les années qui ont précédé, les jours qui se sont précipités avant la tragédie, l’odieuse couverture médiatique et la vie après tout ça. Alors qu’il n’avait que 9 ans, le garçon a été soupçonné d’avoir tué sa sœur, par jalousie et par rancœur. Il a toujours clamé qu’il n’y était pour rien et le répète dans son texte. « Faites-moi confiance ! Je jure de ne dire que la vérité telle que je l’ai vécue. » (p. 25) Pourtant, tout porte à croire que Skyler n’est pas digne de confiance : drogué, malade, instable, le jeune homme a bien mal abordé le virage de l’adolescence après l’horreur qui a ébranlé sa famille. De souvenirs mêlés en chronologie malmenée, Skyler tente de rassembler des faits qui expliqueraient – peut-être – pourquoi Bliss a été assassinée. Il nous fait entrer dans l’intimité malsaine de la famille Rampike où le père est un géant adoré et craint et où la mère est aussi frustrée qu’angoissée. Betsey est obsédée par la réussite de ses enfants et par la reconnaissance sociale : elle est prête à tout pour être acceptée dans la bonne société de Fair Hills, et Bliss est le tremplin parfait pour cela. « Populaire ! En Amérique, y a-t-il autre chose qui compte ? » (p. 193) Chaque évènement que raconte Skyler fissure un peu plus le portrait de famille qui se racornit jusqu’à devenir un petit bout de charbon malodorant.

Le lecteur sait le drame avant même d’ouvrir le roman puisque la quatrième de couverture l’annonce sans ambages et que l’intrigue est plus ou moins inspirée de faits réels. Le récit de Skyler nous fait tourner autour de l’assassinat, aller à rebours de cette mort atroce et anticiper la suite. « De ce jour, et pour toujours, ils vécurent tous horriblement et eurent beaucoup de tourments. » (p. 373) Dans ce conte de fées qui tourne au cauchemar, il faut être très attentif aux notes de bas de page dans lesquels Skyler se livre et se raconte sans masque, se voyant lui-même comme une note de bas de page dans l’histoire des Rampike. Ces annotations symbolisent la détresse d’un petit garçon qui a vite compris qu’il était le moins aimé des deux enfants de la famille. Alors, c’est certain, Skyler était délaissé et jaloux, mais surtout profondément malheureux. Et il a porté cette peine pendant des années, car comment vivre encore quand l’enfant chérie n’est plus ? À force de ressassements, de ruminations et de pardons, Skyler saura-t-il laisser tout cela derrière lui ? « Ta sœur est morte. Tu es vivant. Et alors, ensuite ? » (p. 646) Une fois encore, Joyce Carol Oates dresse un portait amer de la famille américaine moyenne et de la société des médias. Elle lance quelques coups de griffe bien acérés contre le business des enfants stars et contre le sacrosaint modèle du self-made-man à qui tout réussit. Ce long roman fend le cœur à plusieurs reprises et interroge habilement les relations au sein d’une fratrie. Chanceuse que je suis d’avoir grandie avec des frangins et des frangines à l’écoute, généreux et heureux !

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Potins #20

Hannah Arendt est une autrice allemande, naturalisée américaine, née en 1906 et décédée en 1975.

POTIN – Arrêtée en 1933 par la Gestapo, elle a été libérée grâce à la sympathie d’un policier. Elle a sans attendre quitté l’Allemagne.

Lisez : Eichmann à Jérusalem et le reste de son œuvre aussi brillante que profondément humaine et humaniste.

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Le chien qui aimait les livres

Album de Bruno Roza (texte) et Antonin Roza (illustrations).

Cette histoire nous est racontée par Bill, le chien de la maison. « Sur le fait que je suis un chien pas comme les autres, il y a un point que je tiens à préciser. Moi, je me sens normal. » (p. 23) Aujourd’hui encore, il reste à la maison avec Jules, son jeune maître, qui souffre de crises d’angoisse en pensant à l’école. Bon, ça signifie qu’il faut partager le lit de Jules avec Cachou, le chat pas très aimable de la maison. Mais surtout, Bill sait que le petit garçon souffre et qu’il essaie d’exprimer sa peine dans la bande dessinée à laquelle il travaille. Dans son histoire, il est plus fort que le gamin qui le maltraite, et lui et tous ses copains peuvent enfin jouer tranquillement dans la cour de récréation. Et finalement, si c’était grâce à ce groupe, et non tout seul, que Jules parvenait à surmonter son angoisse ?

Roza_Chien qui aimait les livres_1

Gros coup de cœur pour les petits dessins du chien et du chat disséminés dans les pages. Et aussi pour l’humour involontaire du chien qui réagit souvent au premier degré. « Maman était montée sur ses grands chevaux, toujours invisibles pour moi, mais c’est vrai que j’entendais parfaitement la cavalcade. » (p. 65) Voilà un magnifique album qui parle de la brutalité à l’école et de la force de l’amitié. La narration portée par le chien apporte une distanciation naïve sur un sujet grave et permet d’aborder ce dernier avec plus de douceur. C’est une histoire à mettre dans toutes les bibliothèques d’école.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Potins #19

Jean Genet est un auteur français né en 1910 et décédé en 1986.

POTIN – Il a commis son premier vol à 10 ans.

Lisez : Notre-Dame des Fleurs, Le condamné à mort, Les Bonnes.

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Alice automatique

Roman de Jeff Noon.

À la poursuite du perroquet de sa tante, Alice tombe dans une horloge et passe de 1860 à 1998. Ce qui se passe ensuite ? Alice cherche les pièces manquantes d’un puzzle. Elle parle avec des animaux et d’autres créatures étranges. « La néomonie, c’est une maladie terrible qui mélange animaux et humains en combinaisons nouvelles. » (p. 39) Elle rencontre sa peur jumelle (oui, peur). Elle cherche à comprendre à quoi servent les points de suspension. Mais surtout, elle doit retrouver son histoire pour retourner dans son époque. « Alice, tu es à la fois une personne réelle et un personnage imaginaire et comment tuer l’imagination ? Peut-être y a -t-il un petit moyen pour que ton histoire se poursuive… même si cela impliquerait d’aller à rebours de toutes les règles de la vie, de la mort et de la narration. » (p. 108)

Jeux de mots, glissements de sens et invention lexicale sont au rendez-vous ! Vous rencontrerez Quentin Tarantula et peut-être portera-t-il un pentalon. Un pentalon ? Ben oui, un pantalon à cinq jambes. Mais ce roman n’est pas seulement absurde et étrange, il est aussi stimulant, drôle et provocateur. En témoignent les incises de l’auteur et les devinettes auxquelles il invite le lecteur à réfléchir avant de poursuivre sa lecture. Parce qu’il est parfois très important de se poser un peu pour cogiter… « Le problème, chez toi, Alice, c’est que tu comprends toujours tes actes une fois qu’il est beaucoup trop tard. » (p. 31)

Hommage évident à l’œuvre de Lewis Carroll, que vous croiserez sous son vrai nom dans ce roman, Alice automatique est un plaisir pour les linguistes amateurs, pour les amoureux du classique original et pour tous ceux qui ont des termites dans la tête. J’avais beaucoup aimé Descendre en marche du même auteur. Avec cette nouvelle lecture, je contresigne mon goût pour la SF psychédélique britannique.

Publié dans Mon Alexandrie | Marqué avec | Laisser un commentaire

Le pouvoir

Roman de Naomi Alderman.

Les femmes se découvrent un nouveau pouvoir : un fuseau placé sous leur clavicule envoie de l’électricité. Désormais naturellement armées, elles se défendent des hommes, voire les attaquent et les soumettent. « Cette fille est une sorcière ! C’est comme ça qu’une sorcière tue un homme. » (p. 34) Avec cette foudre au bout des doigts, les femmes peuvent détruire, mais aussi protéger et guérir. Elles se constituent en groupes et peu à peu en gouvernement et même en religion. « C’est la Mère et non le Fils qui est l’émissaire des Cieux. Nous devons appeler Dieu « Notre Mère ». Dieu Notre Mère est descendue sur Terre incarnée dans le corps de Marie, qui a renoncé à Son enfant afin de nous libérer du péché. Dieu a toujours dit qu’Elle reviendrait sur Terre. Et Elle est aujourd’hui revenue pour nous enseigner Ses voies. » (p. 108) Évidemment, les hommes refusent ce renversement des forces : ils crient au complot, à la fake news, au terrorisme. Devant ce recul de leur suprématie, ils ripostent, se vengent et font escalader la violence. « Elles nous haïssent tous. Elles veulent notre mort. » (p. 55)

Le parallèle entre ce roman et Sleeping Beauties est inévitable : le pouvoir aux femmes, et gare aux hommes ! Ce roman m’a beaucoup rappelé les épisodes de Buffy contre les vampires, quand toutes les femmes deviennent des potentielles (comprendre des potentielles tueuses de vampires). « Les adolescentes peuvent réveiller ce truc chez les femmes plus âgées. Et elles peuvent se le transmettre. » (p. 88) Avec pertinence, cette fiction souligne le pouvoir de l’image et de la diffusion, mais aussi les dérives de la mémoire et comment l’on manipule l’Histoire.

À la fin de son roman, l’autrice remercie Margaret Atwood pour son soutien, et la filiation entre les deux femmes est évidente. Le pouvoir, c’est un peu un préquel de La servante écarlate avec un renversement des chromosomes X et Y. « Ces filles ne se distinguaient en rien des autres, elles n’étaient ni plus populaires, ni plus drôles, ni plus jolies, ni même plus intelligentes. Si quelque chose les avait réunies, c’est qu’elles étaient celles qui avaient le plus souffert. » (p. 108) Naomi Alderman invente une nouvelle Genèse après un Cataclysme et des millénaires de domination aveugle et brutale. Mais (et c’est un mais tonitruant), je trouve dommage que ce roman soit aussi pessimiste, voire déprimant. Les femmes au pouvoir ne changent rien et elles font aux hommes ce qu’elles ne voulaient pas qu’ils leur fassent. « Le pouvoir de faire mal, c’est la seule chose qui vaille. » (p. 69) Ma déception tient sans doute à mon irrépressible optimisme et à mon espoir de voir émerger un monde sans opposition de genre.

Publié dans Ma Réserve | Laisser un commentaire

Potins #18

Ann Radcliffe est une autrice britannique née en 1764 et décédée en 1823.

POTIN – Elle apparait dans une nouvelle d’Edgar Allan Poe, intitulé Le portrait ovale.

Lisez : Les mystères d’Udolphe.

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Sucre noir

Roman de Miguel Bonnefoy.

Dans ce roman, vous trouverez :

  • Une frégate échouée au sommet d’une forêt,
  • Le trésor perdu du capitaine Henry Morgan,
  • Des champs de canne à sucre
  • Une jeune fille rêveuse,
  • Un chercheur d’or,
  • Un couple infertile,
  • Une distillerie de rhum,
  • Une enfant née du feu,
  • Une maisonnette fermée à clé et interdite,
  • La passion, la fièvre, l’embrasement.

Voilà, débrouillez-vous avec ces éléments, je n’en dis pas davantage sur cette aventure époustouflante. Les vies y défilent en un paragraphe, au gré d’un style riche et profond, bringuebalées par une ironie dramatique hautement cruelle. Les destins sont obscurs, fulgurants et amers. Impossible de ne pas penser à l’immense Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Cette filiation dans le réalisme magique est évidente, mais Miguel Bonnefoy ne se laisse pas écraser par le maître du genre. Il crée un univers extraordinaire et archaïque où la modernité pénètre difficilement, où les statues émergent du sol, où l’or se mêle à la végétation et où la mélasse ne colle pas seulement aux doigts, mais aussi aux existences.

Si ces trois extraits ne vous convainquent pas de lire ce roman, c’est à désespérer !

« Maria Dolores annonce qu’elle a noyé son cœur dans un tonneau de rhum. Récompense à qui viendra le boire. » (p. 23)

« La canne à sucre, c’est comme l’espoir. […] Il faut la brûler pour qu’elle repousse avec plus de force. » (p. 51)

« Si les étoiles étaient en or, je creuserais le ciel. » (p. 69)

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Au bonheur des lapins

Album de Marie Nimier et Béatrice Rodriguez.

Pablo est peintre et il crée des tableaux très vivants : les liserons s’échappent du cadre et le lac déborde de la toile. Dans son atelier qui tient à la fois de la chambre d’enfant et de la cabane dans les arbres, il est heureux. Il est encore plus heureux dans son beau jardin qui produit de beaux légumes, notamment du persil. Mais un matin, plus un brin de cette herbe si délicieuse ! Pablo mène l’enquête : c’est la faute d’un lapin ! « Mais pas n’importe quel lapin… Un lapin qui lui tire la langue, un lapin qui lui montre son derrière, bref, un lapin qui se moque de lui. » Pablo est bien décidé à débarrasser son jardin de cette bestiole !

Lapin Toucour a fui la forêt, bien trop dangereuse depuis que les chasseurs l’ont investie. Par chance, il a trouvé un beau jardin doté d’un beau potager, plein de ce persil si tendre dont il est friand. Il y a aussi un homme qui vit à côté du jardin. Il est bien aimable, ce grand bonhomme : il lui donne ses déchets pour en faire du mobilier, il inonde son terrier pour en faire une piscine, etc. Quelle chance il a d’avoir un voisin si accommodant !

Dans quel sens commencer cet album ? Soit par l’histoire de l’homme, soit par l’histoire du lapin, à vous de voir ! Inutile de vous faire un torticolis, retournez le livre à 180° et reprenez votre lecture. Au final, vous lirez la même histoire, mais soit du point de vue de Pablo, soit du point de vue de Lapin Toucour. Ne vous y trompez pas : il n’y a pas un récit négatif ou un récit positif, mais plutôt une convergence des intérêts des deux protagonistes.

Ce très bel album, ludique et inspirant, est un vibrant plaidoyer pour le vivre-ensemble et l’ouverture aux autres qui sont des sources d’inspiration et d’inépuisables ressources pour mener une vie riche et heureuse.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire

Potins #43

Michel Zévaco est un auteur français né en 1860 et décédé en 1918.

POTIN – Très virulent dans ses propos parfois anarchistes, il a été arrêté à plusieurs reprises et condamné en 1892 par une cour d’Assise pour avoir déclaré : « Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture. »

Lisez : Les Pardaillan.

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Potins #17

Michel Tournier est un auteur français né en 1924 et décédé en 2016.

POTIN – Il a choisi son épitaphe qui dit ceci : « Je t’ai adorée, tu me l’as rendu au centuple, merci la vie ! ».

Lisez : Gaspar, Melchior et Balthazar, Gilles et Jeanne, Les météores, Éléazar ou la Source et le buisson, La goutte d’or, L’aire du Muguet, Le roi des Aulnes, Le coq de bruyère, Le vol du vampire, Vendredi ou les limbes du Pacifique, Célébrations, Journal extime, Le miroirs des idées, Petites proses, Les fausses fenêtres et tout le reste de son œuvre !

Publié dans Mon Boudoir | Laisser un commentaire

Entrez dans la danse

Roman de Jean Teulé.

Le 12 juillet 1518, Strasbourg se met à danser. Et ne s’arrête pas pendant des semaines. Personne ne sait d’où vient cette frénésie de mouvement qui s’empare tout autant des pauvres que des bourgeois. Est-ce une épidémie, une malédiction ? Pendant un moment, on en vient à oublier la famine et la menace turque et on ne parle que de ces exaltés qui dansent jusqu’à l’épuisement, puis reviennent sur la place publique pour se trémousser encore et encore. « Celui-là, à terre, ne danse plus. Il est guéri ? / Non, il est mort. » (p. 19) C’est à croire que rien ne sera épargné à la ville : ni les maladies, ni les catastrophes naturelles, ni les scandales d’anthropophagie. « Ah, l’Enfer est ici. L’autre me fait moins peur. » (p. 18) Les religieux, les savants et les astrologues ne savent que faire. Le maitre et l’évêque se refilent le bébé et, dans une querelle où n’auraient pas démérité Peppone et Camillo, ils tentent tout pour que ces foutus Strasbourgeois arrêtent de se déhancher. « Je me demande ce qui pourrait nous sauver et le sentiment de mon impuissance m’écrase. Tout va mal et le niveau risque encore de tomber. » (p. 57)

À partir d’un fait divers que la quatrième de couverture résume tout entier, Jean Teulé reconstruit une époque et y plonge le lecteur. Et toujours avec cette verve et cette langue verte et polissonne qui se foutent de la bienséance. « Strasbourg sans une goutte de bière donne une idée de l’Enfer. » (p. 85) C’est une façon de dépoussiérer l’histoire et de l’épicer un peu. C’est comme ça qu’on aurait aimé l’apprendre à l’école. Franchement moins chiante et carrément plus vivante ! « Cette année ne se révèle pas avare de malheurs de plus en plus dingues… » (p. 23) Et surtout, Entrez dans la danse donne envie d’entrer dans une bibliothèque ou une librairie et de rafler tout ce qui existe sur le sujet. Enfin, même si le rapprochement peut sembler audacieux, ce roman m’a beaucoup rappelé On achève bien les chevaux d’Horace Mac Coy : c’est la même misère hagarde et désespérée qui se retrouve sur la piste de danse. Parce que quitte à crever, autant le faire en tapant des pieds.

Publié dans Mon Alexandrie | Laisser un commentaire