Quand les animaux s’en vont…

Ouvrage de Valérie Lebon

Sous titre : Accompagner les animaux en fin de vie grâce à la communication animale – Communiquer avec les animaux défunts

Valérie Lebon est communicatrice animalière. En présentiel ou avec une photo, elle prend contact avec les animaux vivants ou morts. Par la télépathie, elle entend leurs souhaits ou leurs messages, notamment leurs dernières volontés. « La façon dont un animal conclut sa vie est trop souvent notre décision personnelle alors qu’il faudrait ici prendre l’avis du principal intéressé. » (p. 71) Son travail entre dans une approche holistique des soins à donner à nos animaux de compagnie ; suivi vétérinaire régulier, alimentation adaptée, confort de vie, etc. Dans le monde réel et dans le monde astral, les animaux ont des choses à nous dire, et Valérie Lebon assure le lien entre nous et eux, parfois pour comprendre un malaise, parfois pour réussir à dire adieu. « Il est temps de prendre ce temps entre quatre yeux avec votre compagnon animal. […] Il est bon de verbaliser tout ce que vous souhaitez lui dire avant qu’il rende son dernier souffle. » (p. 89)

Les humains qui ont des animaux de compagnie savent combien il est douloureux de perdre un compagnon à poils ou à plumes. C’est une peine souvent indicible, car mal comprise par ceux qui n’accordent pas une telle importance aux animaux. « Leur amour inconditionnel nous nourrit et nous enveloppe d’une infinie douceur à chaque instant de la vie, dans les bons comme dans les mauvais moments. Leur présence nous procure un bien-être comme bien peu d’individus savent le faire. » (p. 13) Faire le deuil d’un chat, d’un chien, d’un lapin ou autre, c’est long et ça ne doit pas être pris à la légère. Dans mon cœur, il reste pour toujours une place pour Polka, Poupée, Sucette, Hussard et Pitrou. Et je refuse d’imaginer le jour où mon amour de Bowie me quittera.

« Je vous invite à ne rien croire de tout ce que vous avez absorbé dans cet ouvrage, sans valider par le ressenti de l’expérience et/ou par le discernement de comment ça vibre en vous. » (p. 192) L’autrice fait bien de conclure son ouvrage par cette mise en garde. Malgré toute l’envie que j’ai de communiquer avec mon chat, j’ai très souvent l’impression que cela reste impossible et que tout n’est que coïncidence ou hasard quand Bowie réagit dans mon sens ou anticipe mes mouvements. J’apprécie surtout le message de Valérie Lebon quant à nos responsabilités en tant qu’espèce soi-disant dominante. Cela va dans le sens de mon végétarisme et de ma démarche écologique globale en faveur des animaux. « Il nous appartient en tant qu’humains, de mettre fin au massacre et à la brutalité à l’égard du règne animal ! Il nous appartient de cesser d’y contribuer par nos comportements, nos attitudes égoïstes et notre indifférence. » (p. 74)

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Miroir de nos peines

Roman de Pierre Lemaitre.

Dans ce dernier tome de la trilogie Les enfants du désastre, vous trouverez :

  • Un médecin suicidaire,
  • Une femme très belle, mais seule,
  • Un couple heureux, mais sans enfants,
  • Un enfant adopté et maltraité,
  • Deux militaires déserteurs un peu par hasard,
  • Une femme au cœur fragile,
  • Un mystificateur de génie,
  • Un cafetier bourru en Charentaises,
  • Un homme qui a volé une fortune,
  • Des milliers de réfugiés,
  • Un gros chien.

Cette foule est précipitée et bringuebalée par la Drôle de guerre et par l’exode. « Cette guerre, on ne savait plus ce qu’elle voulait faire. » (p. 357) Éclatent des secrets de famille et surviennent des retrouvailles douces et tendres. L’intrigue se déroule sur trois lignes de front : l’officielle qui mène au feu, la faussement sécurisée de l’arrière et la mouvante sur les routes. « Les civils s’enfuient, les militaires, eux, font retraite, nuance ! »(p. 176) Pierre Lemaitre montre une nouvelle fois la mocheté de la guerre et ce que certains humains savent en tirer de beau. En cela, la figure de Désiré est hilarante. Mais j’avoue une préférence pour Louise, cette trentenaire qui se cherche une famille. L’auteur ne manque pas de critiquer les manœuvres politiques et la propagande martiale, et l’on pourrait lire dans ses attaques des arguments pour accuser notre propre gouvernement. « En temps de guerre, une information juste est moins importante qu’une information réconfortante. Le vrai n’est pas notre sujet. Nous avons une mission plus haute, plus ambitieuse. Nous, nous avons en charge le moral des Français. » (p. 101)

J’ai peut-être un peu moins apprécié ce troisième tome que les deux premiers de la trilogie. Mais j’ai encore passé un savoureux moment avec la plume de Pierre Lemaître et les personnages qu’il malmène avec tendresse. Évidemment, si ce n’est pas fait, lisez Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie.

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Bible du yoga

Texte de B. K S. Iyengar.

J’ai commencé à pratiquer le yoga en septembre. D’abord pour reprendre une pratique sportive non agressive pour mon corps tout déglingué, ensuite pour apaiser mon esprit pas moins déglingué. Dès la première séance, coup de foudre pour cette discipline. J’ai réappris à me tenir debout : c’est la première des postures d’équilibre et elle est loin d’être innée ! Outre les deux heures de pratique en salle chaque lundi, j’essaie de pratiquer chez moi, à mon rythme. Je maîtrise plus ou moins bien les asana (postures), mais je progresse et je prends un vrai plaisir à sentir mon corps fonctionner sans souffrir. « La bonne façon de faire les asana procure une sensation de légèreté et de joie aussi bien dans le corps que dans l’esprit et une impression d’unité du corps, de l’esprit et de l’âme. » (p. 80) Tous les lundis matins, enfiler mon legging et un t-shirt (toujours rigolo parce que c’est cool !) me procure une impatience joyeuse qui me porte toute la journée !

Dans son ouvrage qui tient autant que du guide spirituel que du manuel d’exercice, B. K. S. Iyengar a décrit chacune des très nombreuses postures du yoga qu’il pratiquait, avec des photographies explicatives. Le yoga Iyengar prône des valeurs simples : travail, compassion, charité, humilité, entraide, détachement, etc. Les 8 piliers du yoga ne sont pas sans me rappeler les 10 commandements bibliques et ma foi catholique que j’essaie de vivre dans une pratique moderne, lumineuse et humaniste. Il n’est pas question de conversion ou de prosélytisme, simplement d’une découverte riche de sens et de mystères à décrypter.

Je vous laisse avec de nombreux extraits de l’introduction de ce livre. Cette lecture a enrichi mon début d’année 2020 !

« Le yoga est une science pragmatique dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Il a évolué pendant des millénaires, et traite globalement du bien-être de l’homme sur les plans physique, moral, mental et spirituel. » (p. 7)

« La pratique du yoga développe un sens fondamental de la mesure et des proportions. Elle nous ramène à notre propre corps, notre premier instrument, et nous apprenons à en jouer, à en tirer le maximum de résonance et d’harmonie. » (p. 11)

« C’est une technique idéale pour prévenir les maladies physiques et mentales et protéger le corps en général en développant une sensation inébranlable d’assurance et de sûreté de soi. » (p. 13)

« Les asana maintiennent la force et la santé du corps et son harmonie avec le cosmos. Finalement, le yogi se libère des impressions physiques. Il triomphe de son corps et en fait le digne véhicule de l’âme. » (p. 21)

« Le corps est, pour le yogi, l’instrument essentiel de sa réalisation. […] Si son corps tombe malade, l’élève n’avancera pas. La santé physique est importante pour le développement mental, car le fonctionnement normal de l’esprit repose sur le système nerveux. Une maladie du corps ou du système nerveux rend l’esprit agité ou inerte ou hébété ; la concentration ou la méditation deviennent impossibles. » (p. 26)

« L’étude du yoga ne ressemble pas à la préparation d’un diplôme ou d’un grade universitaire que l’on désire obtenir dans un temps déterminé. » (p. 32)

« Le sisya [disciple] doit valoriser avant tout l’amour, la modération et l’humilité. L’amour engendre le courage, la modération crée l’abondance et l’humilité conduit au pouvoir. » (p. 34)

« Le yogi renonce à tout ce qui l’éloigne du Seigneur. […] Le yogi ne renonce pas à l’action. » (p. 36)

« Le yogi pense que tuer ou détruire une chose ou un être est une insulte à son créateur. » (p. 37)

« Le yogi s’oppose au mal qui est dans l’homme, non à l’homme lui-même. […] Le yogi sait que la bonne façon d’agir est d’aider une personne tout en combattant le mal qui est en elle. La bataille sera gagnée, car il le combat avec amour. » (p. 39)

« Plus importante que la purification physique du corps, est la purification de l’esprit pour le libérer d’émotions telles que haine, passion, colère, convoitise, cupidité, illusion et orgueil. Plus importante encore est la purification de la pensée […]. Cette purification intérieure apporte le rayonnement et la joie. » (p. 45)

« L’ignorance n’a pas de commencement, mais elle a une fin. Il y a un commencement, mais pas de fin à la connaissance. » (p. 49)

« Mieux que ses paroles, les actions d’un homme sont le miroir de sa personnalité. Le yogi a appris l’art de consacrer toutes ses actions au Seigneur, si bien qu’elles réfléchissent la divinité qui est en lui. » (p. 51)

« La voie du yogi est aussi étroite que le fil du rasoir, elle est difficile à suivre, et peu nombreux sont ceux qui la trouvent. Le yogi sait que les voies, soit de la déchéance, soit du salut se trouvent en lui-même. » (p. 60)

« Les qualités demandées au novice sont la discipline, la foi, la ténacité et la persévérance dans un entraînement régulier et sans interruption. » (p. 75)

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10 contes du Japon

Recueil de contes rassemblés et complétés par Rafe Martin. Illustrations de Fred Socahrd

L’imaginaire du Japon est nourri par les spiritualités shinto et bouddhistes, mais aussi de légendes et de figures ancestrales. Il y a des esprits et des fantômes partout, des puissances et des dieux tantôt facétieux, tantôt cruels. Ces contes prônent la bienveillance envers le vivant et rappellent que protéger la nature, c’est s’en attirer les meilleures grâces. La magie est au cœur de chaque être : arbre, poisson, chat, oiseau, tous peuvent exaucer les promesses ou être l’instrument d’une juste colère supérieure.

Les morales de ces contes sont souvent des rappels et des mises en garde. L’homme est appelé à honorer ses promesses et à faire preuve de générosité envers toute chose. La curiosité est souvent fustigée, elle qui brise secret et silence et entraîne de tristes conséquences. « Père, mère […], je comptais rester toujours avec vous. Mais vous m’avez vue sous mon véritable aspect. Je suis la grue prise au piège que tu as sauvée, père. Je voulais vous récompenser de votre bonté. Je ne vous oublierai jamais, mais maintenant que vous savez la vérité, je ne peux demeurer davantage avec vous. » (p. 73) Face à la fugacité de l’existence, les transformations des êtres ne sont que plus spectaculaires et illustrent comment tout passe pour revenir autrement.

Chaque conte est précédé un haïku qui insuffle poésie et profondeur dans la lecture à venir. Devant certains textes, je n’ai pu m’empêcher de penser aux sublimes Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar, notamment « Comment Wang-Fô fut sauvé ». Je ne me lasse jamais des histoires immémoriales, éternelles et renouvelées.

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L’âge de la lumière

Roman de Whitney Scharer.

Lee Miller est jeune. Elle est belle. Les objectifs l’adorent. Mais elle veut passer derrière. Loin de son Amérique natale, elle espère réaliser son rêve dans le Paris de 1929. « Lors de son premier été à Paris, elle ne connaissait pas encore le pouvoir des photos, la façon dont un cadre crée une réalité, dont une photographie devient un souvenir qui devient vérité. » (p. 28) Sa rencontre avec Man Ray est décisive. L’artiste devient son maître, son amant. Lee devient son assistante et sa muse. Le couple côtoie Paul Eluard, Pablo Picasso, Jean Cocteau, Salvador Dali et tout ce que Paris compte d’artistes et d’intellectuels surréalistes. Les années passent et la jeune Américaine se forme. « Lee observe toutes ces vies autour d’elle et commence à redevenir elle-même – ou à devenir elle-même, pour la première fois. Ses paupières sont comme l’obturateur d’un appareil photo ; quand elle cligne des yeux, un mouvement, une image s’impriment dans son esprit. De temps à autre, une de ces images mérite d’être conservée, de sorte qu’elle la fixe sur la pellicule. Toutes les photos qu’elle prend ainsi semblent vivantes et inattendues. Et Lee elle-même se sent plus vivante que jamais du seul fait de les prendre. » (p. 366) Devenue reporter de guerre, à Buchenwald, elle perd une part d’elle-même. « Il y a matière à photos partout où se pose le regard, des compositions d’horreurs. » (p. 147) Plus de 30 ans après sa rencontre avec Man Ray, elle ne sait quoi faire quand on lui propose de relancer sa carrière de journaliste en écrivant un long portrait de son ancien amant. « Le sujet, c’est Man Ray / Justement pas, pense Lee. Et ça a toujours été le problème. » (p. 28 & 29)

Dans ce roman historique, l’autrice présente la relation intense et dévorante entre l’artiste déjà renommé et celle que l’histoire aurait pu oublier, tant le premier s’est approprié le travail de la seconde. Whitney Scharer joue sur les deux faces de la photographie, entre art et reportage, qui sont deux formes de vérité. « L’un après l’autre, les correspondants de presse. Lee reste. Elle doit porter témoignage. Elle a les poches remplies de boîtes de pellicule, de grenades à envoyer pour publication. » (p. 290) Le récit est très bien rythmé et très agréable à lire. Peut-être un peu trop romancé à mon goût, mais je pinaille : le roman offre un beau portrait d’une artiste.

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Le sauvetage de Choupinou

Album d’Emma Chichester Clark.

Imelda est une petite fille très bruyante, très capricieuse et toujours en colère. Son jouet préféré, c’est Choupinou, un adorable lapin en peluche. Mais l’enfant n’est pas tendre avec le joujou, et un jour, ce dernier n’en peut plus et s’enfuit. Furieuse, Imelda réclame qu’on lui retrouve son jouet. Ses parents, béats d’admiration devant leur petit monstre à couettes, lui offrent un vrai lapin. Mais surprise, l’animal est loin d’être une peluche docile et s’avère être un justicier implacable. « Nous devons parler d’Imelda. » Si la fin de l’histoire n’est pas heureuse pour l’affreuse gamine, elle l’est sans aucun doute pour Choupinou.

Enfant, j’étais convaincue – sans doute comme tous les mômes – que mes jouets étaient vivants, surtout mes peluches. Je ne pense pas avoir été un bourreau de joujou, sauf peut-être toute petite, mais il me semble avoir été une petite fille très précautionneuse avec ses jouets. Pas étonnant qu’Imelda m’ait été autant antipathique ! Il faut dire que le dessin y ait pour beaucoup. Les parents de la mioche sont charmants alors que la gosse a un nez de cochon et des cheveux coiffés à la diable. Abandonne tout espoir, petit jouet qui entre dans cette chambre ! J’ai souvent pensé que la tendresse avec laquelle un enfant traite ses jouets en dit beaucoup sur la façon dont il se comporte en société. Mais bon, je ne suis pas pédopsychiatre, alors je range mes théories fumeuses et je vais border mon doudou pour ne pas qu’il prenne froid.

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Les frères Karamazov

Manga de Hiromi Iwashita, librement adapté du roman de Fiodor Dostoïevski.

J’ai besoin de résumer le roman ou tout le monde est au point ? Bon, rapidement alors. Un père débauché et alcoolique. Quatre fils qui ont tous un motif de ressentiment à son encontre. Un parricide : quel fils est coupable ? « Il faut être un fils indigne pour frapper son père ! » (p. 25)

J’avais abandonné la lecture du roman de Dostoïevski parce que, hein, bon, le style du bonhomme est plus étouffant qu’un sandwich à la purée. Je suis donc ravie d’avoir abordé l’histoire par un autre support. Pas certaine que le manga traduise toute la profondeur du roman, mais il a le mérite de rendre l’intrigue très dynamique. Sans les rendre simplistes, il présente clairement les leitmotivs littéraires que sont l’argent, la foi et l’amour. Et surtout, il met très bien en perspective la colère des paysans russes envers les propriétaires à la fin du 19e siècle. Sans aucun doute, le manga pourra mener des lecteurs vers le roman. Ce ne sera pas mon cas, Fiodor et moi, ça ne colle pas.

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Civilizations

Roman de Laurent Binet.

Et si les Vikings s’étaient installés en Amérique du Sud ? Et Si Christophe Colomb n’était jamais revenu de son voyage vers les Indes ? Et si les Incas avaient traversé l’Atlantique avant les conquistadors ? Et s’ils avaient établi leur domination sur l’Europe ? « Nous allons voguer vers un nouveau monde, pas moins riche que le nôtre, gorgé de terres. » (p. 73) C’est que propose Laurent Binet dans son uchronie. On y voit un Atahualpa qui rallie ceux que Rome exclue et persécute et qui se paye le luxe de convertir un roi anglais, un certain Henri VIII, au culte du soleil. « La vraie Jérusalem n’est plus à Jérusalem, mais à Cuzco, au-delà de la mer Océane, où se trouve le nombril du monde. » (p. 249)

L’auteur propose un exercice de style ludique et très maîtrisé où tout est inversé pour être réinventé. Le Nouveau Monde, c’est donc l’Europe, et les Incas, nouveaux conquistadors, cherchent à s’y installer, toujours plus loin vers l’Orient. C’est le Far East, en quelque sorte ! Atahualpa écrit les histoires royales d’Europe, sous l’œil de Titien, Michelangelo ou encore Vermeyen qui illustrent ses hauts faits, ses alliances, ses mariages. « L’histoire nous a appris qu’au fond, peu d’événements prennent la peine de s’annoncer, parmi lesquels un certain nombre se plaisent à déjouer les prévisions, et qu’en définitive, la plupart se contentent de survenir. » (p. 84)

Saga nordique, journal intime, épopée élégiaque, correspondance entre grands de ce monde, narration au long court, Laurent Binet explore divers genres littéraires pour constituer son Histoire inventée de l’Europe. C’est brillant, souvent jouissif tant on se régale des trouvailles historiques de l’auteur. « Personne, ne l’ayant vu lui-même, ne pourra croire ce que j’ai vu, et pourtant je peux assurer mes Seigneurs Princes que je n’exagère pas de la centième partie. » (p. 33)

Dans La septième fonction du langage, l’auteur m’avait enchantée par sa plume mordante et son talent pour les rebondissements. Même chose avec Civilizations qui a des airs de jeux de gestion : si je balance des légions d’Incas sur l’invincible armada de Charles Quint, qui gagne ? Au terme de cette lecture, Binet gagne et remporte mon cœur de lectrice une nouvelle fois !

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Croc Croc la carotte

Histoire originale de Fang Yiqun, racontée par Véronique Massenot et illustrée par Clémence Pollet.

La neige a tout recouvert. Petit Lapin a bien du mal à trouver de quoi se nourrir, mais voilà qu’il découvre deux belles carottes. Il en garde une pour lui et offre la seconde à Petit Singe. « Que fait-il dehors, par un temps pareil ? Qu’il rentre vite, j’ai un joli cadeau pour lui ! » Petit Singe était aussi parti en quête de nourriture, tout comme Petit Chevreuil et Petit Ours. Chacun ayant trouvé de quoi manger, la carotte passe de main en main.

Ce joli album aux illustrations douces et colorées montre une belle chaîne de générosité. Il démontre comment un acte charitable initial est toujours récompensé. La morale est sage et simple, à base de karma et d’équilibre du monde. Et de toute façon, qui n’aime pas les carottes ?

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Astérix – La fille de Vercingétorix

Bande dessinée de Jean-Yves Ferry (textes) et Didier Conrad (dessins).

Avant de déposer les armes aux (ou sur les) pieds de Jules César, Vercingétorix a confié sa fille, Adrénaline, a des compagnons de bataille. Ils ont pour mission de la protéger et d’empêcher que le grand Jules n’élève la petite à la romaine, comme c’est le cas de nombreux enfants soustraits aux peuples conquis par Rome. Le temps d’organiser son passage en Bretagne, la gamine est confiée aux irréductibles Gaulois. « Obélix et toi, vous veillerez sur elle, il ne doit rien lui arriver. C’est notre devoir historique de protéger cette petite. Il en va de notre crédibilité. » (p. 8) Mais voilà, la môme fugue. Tout le temps. Cela qui ne va pas faciliter les projets des peuples gaulois qui veulent faire d’Adrénaline le symbole de la reconquête face à l’envahisseur romain…

« Partout où je passe, dès qu’on murmure mon nom, les gens se tapent dessus ! / Mais non ! Ici de toute façon, on se tape tous dessus. » (p. 18) Contrairement à son Gaulois de paternel, Adrénaline est une pacifique. Elle ne rêve que de s’occuper d’enfants orphelins comme elle, et de les faire vivre heureux sur la mythique île de Thulé. Encore faut-il rejoindre ce morceau de terre perdu on ne sait où dans les grandes eaux. Heureusement, les pirates sont toujours là quand on a besoin de les martyriser ! Et à terre, il y a d’autres conflits, plus mineurs, sur le point de se régler : les fils d’Ordralfabétix et Cétautomatix sont bons copains et n’envisagent pas de passer leur vie à se balancer enclumes et poissons à la tronche !

Ce scénario très simple, pro-paix, est charmant et efficace, mais certainement pas renversant, et je suis loin de me rouler de rire sur le sol, comme j’ai pu le faire avec des albums scénarisés par d’autres auteurs. Il y a toujours des jeux de mots, dont certains collent à l’actualité et d’autres sont plus classiques, dans la veine de ceux de Goscinny. Les noms des personnages sont de plus en plus capillotractés, mais ils fonctionnent. Bref, voilà un album sans prétention qui fait le job. On sourit et on se détend.

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Les falsificateurs

Roman d’Antoine Bello.

Sliv Dartunghuver croyait être embauché par un cabinet d’études environnementales. Il a en réalité intégré le CFR, une organisation qui falsifie le réel, le passé et les archives. « Quand tous les éléments d’une organisation comme le CFR travaillent dans la même direction, on peut vraiment changer le monde, plus qu’aucun d’entre vous isolément ne pourrait le faire ou même en rêver. » (p. 104) Quel est le but de cette entité ? Qui décide du Plan qu’elle applique scrupuleusement ? « On peut tout aussi bien imaginer que le CFR est une sorte de bras armé pour les multinationales ou qu’il cherche à prendre le contrôle politique du monde occidental. » (p. 109 & 110) À quoi servent les scénarios que les falsificateurs produisent, dans lesquels l’efficacité est toujours mesurée à l’aune du risque engagé ? « Si tu as pu écrire ce scénario, c’est que tu comprends comment fonctionne le monde. Tu as repéré une injustice et tu as pensé que tu pouvais la corriger. » (p. 111) Et que se passe-t-il quand le risque l’emporte et compromet la sécurité du programme ? « Il suffit de réfléchir cinq minutes pour comprendre qu’une organisation comme le CFR connaît forcément des ratés. Il faut être bigrement niais pour imaginer qu’ils se résolvent tous seuls. » (p. 247) De Reykjavik à Krasnoïarsk en passant par Cordoba, Sliv balance entre enthousiasme et scrupule devant l’ampleur du travail que l’on attend de lui et face au grand mystère qui entoure l’organisation qui l’emploie.

Vous êtes convaincu que l’assassinat de Kennedy dissimule un grand secret ? Ou que personne n’a vraiment marché sur la Lune ? Et si vous aviez raison ? Et si les théories du complot étaient avérées ? En lisant le roman d’Antoine Bello, on se dit qu’être paranoïaque a du bon. « Je défie quiconque est passé par le CFR de pouvoir lire un journal sans chercher aussitôt les symptômes de la falsification. » (p. 274 & 275) Avec le premier tome de sa trilogie, l’auteur met en place un ambitieux polar historico-géopolitique. J’ai un peu tiqué sur le style parfois pauvre ou lourd, mais le roman se lit avec avidité. Et la fin des plus frustrantes donne furieusement envie d’attaquer la suite des aventures de Sliv Dartunghuver pour comprendre enfin la finalité du CFR. « Noyez vos lecteurs dans les détails qui leur feront oublier que vous leur cachez l’essentiel. » (p. 196)

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Le lièvre et les lapins

Album de Timothée Le Véel.

Sous le grand chêne se trouve une garenne. Et dans une garenne, que trouve-t-on ? Des lapins, évidemment. Mais pas seulement ! « Un grand lièvre à l’air mélancolique se dresse parmi eux. Les lapins l’ont adopté quand il n’était qu’un levreau et l’ont élevé comme l’un des leurs. » Le lièvre voudrait courir dans la plaine la nuit et explorer plus loin que les racines du chêne. Quand il rencontre un congénère, il ose l’aventure, mais il sait que, dans la forêt, rôdent les terribles loups.

Avec un titre qui pourrait être celui d’une fable de Jean de La Fontaine, ce grand album cartonné propose une jolie histoire sur la famille et l’entraide. Rien que pour les superbes illustrations au fusain, chaque page mériterait d’être encadrée. Par endroit, l’image est tellement dynamique qu’on croirait lire un story-board. Nul doute que cette belle histoire ferait un fameux court-métrage animé !

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La Jégado, tueuse à l’arsenic

Bande dessinée d’Olivier Keraval (scénario) et Luc Monnerais (dessin).

Hélène Jégado est condamnée à mort pour le meurtre d’une trentaine de personnes. « Cette femme est folle. Elle tue sans raison. » (p. 28) Son jeune avocat, Magloire Dorange, a été impuissant à obtenir sa grâce auprès du jeune prince-président, Louis-Napoléon Bonaparte. La vieille servante bretonne a toujours nié les crimes qui lui étaient reprochés. « Jamais il n’a été question du mal qu’on m’a fait. Il n’y en a que pour les autres. » (p. 37) Bien après que la tête de l’empoisonneuse est tombée, le fougueux Magloire continue de clamer que la Jégado était aussi une victime. Et il réclame justice pour elle et pour le peuple. « Quelle que soit sa forme, je me bats contre l’oppression, pour la République ! » (p. 85) Le nouveau régime semble bien fragile et le neveu de l’empereur déchu n’inspire pas confiance. Entre Rennes et Marseille se monte un complot qui dépasse le simple assassinat et qui appelle à la fin de la peine de mort, inique instrument de justice.

Jean Teulé avait fait fort avec sa Fleur de tonnerre en peignant un portrait enlevé de la Jégado. Olivier Keraval prend le prétexte du procès de l’empoisonneuse pour emmener le récit plus loin, vers des considérations politiques et sociales qui expliquent, sans excuser, les crimes de la Jégado. On croise un certain Victor Hugo qui affûte déjà ses arguments contre l’échafaud. Les tons sépia et les crayonnés confèrent à cette bande dessinée un charme particulier. L’œuvre interroge les archives pour mieux nourrir la fiction, voire la légende de la tueuse à l’arsenic. Je déplore l’histoire d’amour entre l’avocat et la fille du commissaire qui a arrêté Hélène Jégado : elle tombe comme un cheveu dans le potage et aurait pu empoisonner toute la bande dessinée. Mais dans l’ensemble, l’ouvrage est excellent et a très bien alimenté ma fascination pour la Jégado.

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Les Indes fourbes

Bande dessinée d’Alain Ayroles et Juanjo Guardino.

Sous-titre – Une seconde partie de l’histoire de la vie de l’aventurier nommé Don Pablos de Ségovie, vagabond exemplaire et miroir des filous ; inspirée de la première, telle qu’en son temps la narra don Francisco Gomez de Quevedo y Villegas, chevalier de l’ordre de Saint-Jacques et seigneur de Juan Abad.

La bande dessinée s’ouvre une séance de travail de Velázquez quand il peint les Ménines. Ou plutôt, la bande dessinée prend la suite du roman de Francisco Quevedo. « À la fin de ce roman situé en Espagne, le picaro Don Pablos embarque vers l’Amérique – les Indes, comme on disait alors. Quevedo annonce une suite, qu’il n’écrira jamais. » Ou plutôt, la bande dessinée commence par le récit de Pablos, à demi mort, qui raconte comment il a découvert l’Eldorado et ses richesses infinies, en accompagnant Don Diego, hidalgo plein de panache. Il est question de têtes réduites, du terrible rebelle El Tigre, de voyages épuisants, d’esclaves marrons et de bien d’autres choses. Son aventure suscite l’intérêt de l’alguazil et du corregidor. Mais cette histoire est-elle digne de confiance ?

Évidemment, elle ne l’est pas ! Pablos est paresseux, ambitieux, filou, menteur et traître, mais également hautement sympathique. « À force de constance dans la fourbe et d’invention dans la friponnerie, un obscur lève-tard peut y devenir le souverain d’un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais ! » (p. 154) Dans cette bande dessinée, j’ai retrouvé tout le sel des romans picaresques que j’apprécie tant. « J’étais parti de trop bas pour renoncer à m’élever. » (p. 28) Mais il y a plus encore, et notamment des références à des œuvres picturales et littéraires, certaines évidentes, d’autres plus subtiles. Entre autres choses, il est question de lama aux pratiques salivaires étonnantes quand ils sont fâchés. Ce flot de clins d’œil n’est pas étonnant puisque Alain Ayroles est aux commandes du scénario et qu’il m’a déjà enchantée par sa maîtrise de l’intertextualité dans la série De cape et de crocs. Quant à Juanjo Guardino, il fait très fort avec des dessins superbes et une palette de couleurs flamboyante, comme dans la série Blacksad. Je suis restée sans voix devant les pages sans texte et devant la magnifique double page sur l’Eldorado.

Les Indes fourbes est une réussite sur tous les plans. Voilà une bande dessinée que j’aurais plaisir à relire très souvent !

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Monsieur Origami

Roman de Jean-Marc Ceci.

Maître Kurogiku vit depuis quarante ans dans une ruine de Toscane. Ce Japonais exilé par amour fabrique du washi, ce papier traditionnel nippon. « Ce n’est pas pour le vendre qu’il fabrique le washi. C’est pour le plier. » (p. 47) Il cultive l’art de la patience et de la contemplation, comme le veut la philosophie zen. Arrive Casparo qui veut créer une montre qui contiendrait toutes les mesures du temps. « Je passe mon temps à une activité dont personne ne voit l’utilité. C’est sans doute ce que l’on appelle une passion. » (p. 77) Entre le vieux maître et le jeune enthousiaste, il y a la différence majeure entre jouir du temps ou le mesurer, mais aussi la même obsession, celle de trouver le bon moment. « L’homme ne comprend pas le temps. L’homme a inventé sa mesure. Il a enroulé le temps autour d’un cadran, puis il l’a plié. » (p. 101 & 102)

Les chapitres sont très courts, fugaces, mais parfaitement finis, comme de délicats pliages de papier. Le roman célèbre l’esthétique de la lenteur et celle de la fulgurance. Il rappelle aussi qu’il y a toujours une histoire plus grande que les individus. Quant au papier, matière plus résistante que l’on croit, il est à la fois le support magnifié de l’histoire et son sujet principal. Lire entre les lignes, c’est aussi déchiffrer les secrets des pliures des origamis. Avec ce premier roman, Jean-Marc Ceci frappe fort, très fort, et il fait battre un peu plus vite le cœur.

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Une rançon

Roman de David Malouf.

Pour s’être fâché avec les généraux, Achille a retiré ses Myrmidons du combat, ce qui a permis à Hector de progresser dans les rangs grecs. Pour contrer cette attaque, Patrocle supplie son bouillant ami de lui laisser revêtir son armure et de mener en son nom les Myrmidons contre les Troyens. Et Hector tue Patrocle. Rongé de culpabilité, de chagrin et de colère, Achille tue Hector, puis supplicie son cadavre pendant plusieurs jours. Du haut des remparts de Troie, le vieux roi Priam assiste à la profanation du corps de son fils bien-aimé. Avec un char rempli d’or, il quitte la ville pour rejoindre le camp d’Achille : une rançon contre la dépouille de son enfant. Et pour cela, il est prêt à ne pas exiger en roi, mais à implorer en vieil homme. « [Il] peut aller humblement, en père et en homme, trouver le meurtrier de son fils, et demander qu’au nom et sous le regard des dieux, lui soit remis le corps de son fils mort. Sous peine de voir traîné dans la poussière l’honneur de tous les hommes. » (p. 88)

J’aime les réécritures modernes de mythes antiques, notamment celles qui conservent l’intrigue dans son époque et qui s’attachent à combler des blancs, à expliquer des détails. « Je crois que ce qu’il faut pour toucher ce nœud dans lequel nous sommes tous pris, c’est quelque chose qui n’a jamais encore été fait ni pensé. Quelque chose de nouveau. » (p. 58) David Malouf fait ça avec brio et donne à voir un épisode mythologique comme s’il s’agissait d’une histoire parfaitement inédite. J’avais déjà eu ce sentiment de complète réussite avec L’obscure clarté de l’air de David Vann. Je ne connaissais pas l’auteur australien, mais je vais explorer son œuvre avec plaisir !

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Le bal des folles

Roman de Victoria Mas.

Hiver 1885. L’hôpital de la Salpêtrière bruisse d’une excitation inhabituelle : le bal de la Mi-Carême approche. Seule occasion de l’année où les femmes internées peuvent s’amuser et côtoyer le monde extérieur. Et le grand Paris se presse à cet événement, impatient de se frotter aux folles que traite le Dr Charcot. Parmi ces femmes rejetées par leurs familles et le monde, il y a Louise, Thérèse et Eugénie. L’une a été violée, l’autre a tué et la dernière voit des esprits. Toutes sont coupables de ne pas être restées dans le moule de la femme respectable forgé par la société patriarcale. « Elles ne sont plus des épouses, des mères ou des adolescentes, elles ne sont pas des femmes qu’on regarde ou qu’on considère, elles ne seront jamais des femmes qu’on désire ou qu’on aime : elles ne sont que des malades. Des folles. Des ratées. » (p. 12)

Il y a dans ce premier roman toute la maladresse à laquelle on peut s’attendre, mais sans les promesses d’une œuvre que j’aurais envie de suivre. Je reproche à ce texte un manque certain d’édition, un style parfois maladroit, mais surtout une chute lapidaire et expédiée. Le roman décrit la triste condition des femmes au 19e siècle, mais sans rien proposer qui serait innovant ou qui éclairerait autrement les balbutiements de la médecine psychiatriques. « Un dépotoir pour toutes celles nuisant à l’ordre public. Un asile pour toutes celles dont la sensibilité ne répondait pas aux attentes. Une prison pour toutes celles coupables d’avoir une opinion. » (p. 24) Les praticiens ne sont que des sadiques en blouse blanche, plus soucieux d’offrir un beau spectacle aux curieux qui affluent dans les salles d’examen que de soigner les pauvres femmes qui ont été confiées à leurs soins. « Depuis toujours, elles étaient les premières concernées par des décisions qu’on prenait sans leur accord. » (p. 67)

Ce ne fut pas une lecture déplaisante, juste vaguement irritante et finalement légèrement décevante.

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Midi pile

Album de Rébecca Dautremer.

Jacominus Gainsborough a demandé à Douce de le rejoindre à midi pile. Très précisément. Pourvu qu’elle ne soit pas en retard. « Il est seulement 9 h 20 et je t’attends déjà. T’en doutes-tu ? » L’horloge n’arrête pas sa course et l’impatience amoureuse de Jacominus grandit. Il n’admet aucun importun sur le chemin qui mène sa bien-aimée jusqu’à lui. Il a une déclaration importante à lui faire, qui ne peut pas attendre ! Alors il a bien le droit d’être un peu jaloux et injuste, le petit lapin. « Je me souviens de chaque couleur que tu portes, et tu me parais toujours la plus jolie. Aussi ne t’en préoccupe pas trop aujourd’hui. Vois comme l’heure passe et viens ! » Douce sera-t-elle au rendez-vous fixé par Jacominus ?

Avec cet album, l’illustratrice s’est faite dentelière : chaque page est un ouvrage délicat et fragile. Parfois un rien fait toute l’illustration. Parfois la découpe ne tient qu’à un point et pourrait s’envoler. Le lecteur suit le trajet de Douce vers Jacominus et explore tout un paysage en creux, dans ce qui est littéralement un travelling avant dans le livre, en laissant derrière lui les décors et les passants. L’histoire est simple et jolie : l’émerveillement tient surtout à la plongée dans ce remarquable ouvrage de papier. Je retiens la promesse formulée par Rébecca Dautremer en début d’album. « Ce livre qui te fait hausser le sourcil et retenir ton souffle, tu t’apprêtes à le TRAVERSER. […] Bref, si tu traverses avec les yeux ce livre-là, tu pourras t’y réfugier, bien peinard, autant de fois que tu en auras besoin. » Bien rangé dans ma bibliothèque, le livre m’offrira encore de beaux moments, c’est certain !

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Tropique de la violence

Roman de Nathacha Appanah.

Mayotte, c’est quoi ?

  • L’île aux parfums, aux ylangs-ylangs et aux flamboyants,
  • Une préfecture et des dispensaires pris d’assaut tous les matins pour obtenir un ticket de rendez-vous,
  • Les fruits et les fleurs qui alourdissent les branches,
  • Des clandestins venus des Comores, de Madagascar ou d’Afrique, attirés par le mirage français,
  • L’eau si claire du plus beau lagon du monde,
  • Les enfants qui vivent seuls dans les rues et la forêt,
  • Des ONG métropolitaines qui pensent pouvoir tout changer.

Et au cœur de cette poudrière sociale baignée de soleil, il y a Marie, femme blanche qui désespère d’être mère et qui se crée une famille avec un enfant donné. « J’aime lui dire qu’il est né dans mon cœur. » (p. 12) Il y a Moïse, l’enfant trouvé qui s’est perdu, une arme à la main. Il y a Bruce, le roi du bidonville de Gaza, aussi cruel qu’il est jeune. « Parce que tu crois que je suis né comme ça, moi, avec l’envie de taper, de mordre, de rentrer dedans. » (p. 26) Il y a Olivier et Stéphane, policier et bénévole, qui ont appris ou doivent encore comprendre qu’ils se battent contre l’inébranlable. « Que personne ne vienne me juger. J’ai profité de toutes les failles de ce pays, de toutes les tares de cette île, de tous ces yeux fermés. Et c’était si facile, croyez-moi. » (p. 12). Même au son d’une chanson de Barbara et des mots d’Henri Bosco, non, Mayotte n’est pas un paradis.

J’ai découvert la plume de Nathacha Appanah avec Le ciel par-dessus le toit : l’histoire blessée de Loup et de Phoenix a profondément marqué ma rentrée littéraire 2019. Avec Tropique de la violence, l’autrice m’a ramenée à Mayotte, île dont je garde un souvenir puissant pour y avoir vécu plusieurs mois. La pauvreté et la colère quotidiennes, je les ai vues. L’embrasement imminent et la crise civile, je les ai vécus, au point que mon employeur de l’époque, en octobre 2011, avait préféré me faire rentrer en métropole, pour ma sécurité. Quel étonnement en arrivant à Paris de ne rien lire des émeutes qui enflammaient le département français que je venais de quitter ! « Mayotte, c’est la France et ça n’intéresse personne. » (p. 73)

Ce puissant roman m’a rappelé l’excellent roman graphique de Charles Masson, Droit du sol. Il m’est toujours étrange de connaître exactement les lieux ou les trajets d’un personnage dans un livre, pour les avoir parcourus comme lui. Dans ce texte de Nathacha Appanah, j’ai vu les ombres qui s’étendent au débarcadère de la barge quand elle accoste à Mamoudzou. J’ai entendu les avions qui décollent de Pamandzi. Comme si j’y étais encore.

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Bonne année 2020 !

FLOPPY NEW YEAR !

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Mes prix littéraires 2019

Je ne peux pas dire le contraire, je suis chanceuse. Voire privilégiée. Je reçois souvent des livres offerts par des maisons d’édition. Et durant l’automne 2019, j’ai eu le bonheur de participer à deux jurys littéraires.

Le premier était organisé par ma librairie lilloise d’amour, Place Ronde. Je vous ai d’ailleurs déjà présenté la libraire, un petit bout de femme qui déborde d’énergie et de cœur. Le prix était logiquement et joliment intitulé Au coin de la Place Ronde.

Pour lire mes avis sur les 12 titres en lice, cliquez sur les liens. J’ai failli classer les livres par ordre de préférence, mais pour donner à tous les titres une chance d’attirer votre attention, les voici dans le désordre !

Le lauréat du prix Au coin de la Place Ronde est Le ciel par-dessus le toit ! (Qui était mon favori, alors youpi !)

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Et après Lille, direction Paris ! Au nom de VendrediLecture, association dont je suis la présidente, j’ai lu la sélection du prix Sport Scriptum organisé par la Française des Jeux.

Là encore, les livres sont dans le désordre. Retrouverez-vous ceux qui m’ont enchantée ?

Le lauréat du prix Sport Scriptum est Murène !

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Voilà le dernier billet littéraire de 2019. J’avais envie de partager avec vous la joie que j’ai encore et toujours d’être blogueuse, et la chance et la fierté que j’ai que l’on reconnaisse un peu mon avis de lectrice et mon modeste talent de critique littéraire. 

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Joyeux Noël 2019 !

À tous mes lecteurs, occasionnels ou réguliers, perdus ou bien aiguillés, je souhaite un

JOYEUX NOËL !

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Les Pounipounis

Manga de Mashiro Minamino.

Les Pounipounis, ce sont des petits animaux adorables. Il y a Nicolapin avec ses ailes d’ange, Roméours, Éricureuil, Pinjamin et son chapeau haut de forme, Laetipiaf qui ne sait pas voler, Mélichat, Gasthon le poisson qui flotte dans l’air, Rouxane et Félichien. Ces joyeux amis aiment jouer au grand air, un peu moins apprendre les mathématiques, faire des siestes dans l’herbe ou préparer Noël en attendant que l’arbre magique donne des cadeaux. « À l’arrivée du printemps, Nicolapin est empli d’un sentiment d’agitation… : Je veux faire des bonds. J’ai envie de sauter partout ! » (p. 67)

Dans des aventures de quelques pages, les Pounipounis ne sont que rondeur, douceur et bienveillance. Les conflits sont très vite désamorcés et tout le monde vit dans l’harmonie et la tendresse. « En fin de compte, ce qui leur a permis de partager correctement les gâteaux, ce ne sont pas les mathématiques, mais la gentillesse ! » (p. 54) Chaque problème trouve sa solution et chaque histoire s’achève sur une petite morale ou une parole pleine de bon sens.

Le pays des Pounipounis, c’est l’illustration parfaite du terme kawaï : mignon, doux, pastel, gentil. Pas de malice, pas de méchanceté, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes merveilleux. Évidemment, cette lecture sera surtout appréciée par un public jeune : les messages sont adorables et très justes, mais beaucoup trop sucrés à la guimauve pour un vieux palais comme le mien ! Dans le même genre, je préfère le personnage de Lapingouin.

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La panthère des neiges

Texte de Sylvain Tesson.

L’auteur a suivi Vincent Munier, photographe animalier, dans les hauts plateaux du Tibet sur les traces de la panthère des neiges. « Si l’on voulait avoir une chance de l’apercevoir, il fallait la chercher en plein hiver, à quatre ou cinq mille mètres d’altitude. » (p. 23) C’est donc ce voyage à l’affût qu’il raconte. Pendant de longs jours, Tesson, Munier et leurs compagnons d’attente observent des yacks, des renards, des chèvres bleues, des antilopes, des gypaètes ou encore des chats de Pallas. « Les bêtes surgissent sans prémices puis s’évanouissent sans espoir qu’on les retrouve. Il faut bénir leur vision éphémère, la vénérer comme une offrande. » (p. 35) Mais du félin tant convoité, pas l’ombre d’une tache ni d’une moustache pendant longtemps. « La panthère pouvait être un rocher et chaque rocher une panthère. » (p. 112) Jusqu’au matin où la bête somptueuse se détache en haut d’une crête. L’attente de l’animal et son apparition convoquent des figures féminines chères à l’auteur, qui sont autant de doux souvenirs et de tendres regrets.

J’ai apprécié la prose de l’auteur, vive et sèche comme le froid mordant des steppes asiatiques. Son ironie cinglante sur la folie technique des hommes me convainc parfaitement, de même que son humilité affichée devant la création, qui confine presque à l’antispécisme. « Par quel étrange mouvement de l’âme en arrive-t-on à tirer une balle dans la tête d’un être pareil ? […] L’amour de la nature est l’argument des chasseurs. » (p. 109) Je ne connais pas, ou très mal, les doctrines bouddhistes et taoïstes, mais ce que Sylvain Tesson en tire pour étayer son propos donne envie d’approfondir le sujet. « L’affût était une prière. En regardant l’animal, on faisait comme les mystiques. On saluait le souvenir primal. » (p. 57) Je dois reconnaître à l’auteur un grand sens de la périphrase, hélas dévoyé dans une tendance quasi maniaque à l’aphorisme. « La Terre avait été un musée sublime. Par malheur, l’homme n’était pas conservateur. » (p. 164) Alors oui, c’est certain, ça fait beaucoup de belles citations à extraire du texte, mais la somme de ces phrases sonne un peu creux. Le livre a été couronné par le prix Renaudot 2019, distinction avec laquelle je suis très souvent d’accord. Peut-être attendais-je trop de ce texte et de cet auteur dont plusieurs amis lecteurs me vantent souvent le talent.

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Territoires

Roman de Stephen King et Peter Straub.

Quatrième de couverture – Il y a vingt ans, Jack a survécu à l’enfer des Territoires. Aujourd’hui, pour l’amour d’une femme et la vie d’un enfant, il va franchir une nouvelle fois la frontière… French Landing, paisible bourgade du Wisconsin, est terrorisée par un serial killer. Désemparé, le shérif local fait appel à son ami Jack Sawyer, un ancien flic de Hollywood. L’enquête conduit Jack jusqu’à une maison que l’on dit hantée, nichée au fond des bois. L’endroit réveille en sa mémoire les échos d’un monde parallèle : autrefois, pour sauver sa mère, Jack a pénétré la contrée magique et terrifiante des Territoires. Aujourd’hui, il a tout oublié. Et il a peur de son passé. Très vite, d’étranges messages lui parviennent et l’enquête de police se change en quête fantastique… Pour Tyler, petit garçon aux cheveux blonds, et Judy, la mère de celui-ci, Jack est prêt à mourir – pire, à replonger dans les Territoires….

Vous connaissez la chanson : quatrième de couverture veut souvent dire que j’ai abandonné. Pour être exacte, ce livre m’est tombé des mains ! Pleine d’espoir, je me suis attaquée à la suite des aventures de Jack Sawyer. Hélas, comme avec Le Talisman, la sauce n’a pas vraiment pris. Décidément, je n’aime pas quand le King partage la plume avec un autre auteur, ami ou fils. Dans ce roman, une nouvelle fois, je n’ai pas retrouvé le style unique et immédiatement identifiable du roi de l’épouvante. La narration me semble lourde, artificielle, pleine d’effets de manche. Le texte commence comme nombre de romans de Stephen King, par une longue mise en place de la situation. Ce n’est pas pour me déplaire, mais seulement si c’est bien fait. King a le talent pour en solo, mais à quatre mains, il semble écrire avec ses pieds. Je n’ai rien lu de Peter Straub : je ne peux dire si on retrouve surtout son style ou si la conjonction des deux talents s’annule. Je vais donc attendre la parution française du prochain roman de Stephen King !

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Autoportrait en chienne

Texte de Solange, pseudonyme d’Ina Mihalache. Illustrations d’Iris de Moüy.

La narratrice raconte comment elle a adopté Truite, petite chienne abandonnée du Tennessee. « J’écris à propos de mon chien parce que c’est quelque chose qui m’est arrivé dont je ne m’imaginais pas capable. » (p. 17) La femme et l’animale sont toutes deux immigrées à Paris. La première est pleine de fêlures et de fragilités, mais elle a trouvé les ressources nécessaires pour accueillir un être vivant dans son quotidien. « Ce n’est pas un enfant, mais il dépend de vous et vous rend gaga. » (p. 17) Parce que d’enfant, justement, il n’en est pas question pour Solange. Entre être mère ou adopter un chien, la jeune femme a choisi, et elle a surtout choisi la famille qu’elle veut composer. La Québécoise est mariée et sa relation avec Anatole, plus âgé qu’elle, est une subtile composition de compromis et de renoncements que l’autrice étudie avec un regard parfois détaché, souvent inquiet, mais sans aucun doute tendre tout en restant très lucide. « Je suis une chienne. C’est pourquoi je revisiterai aussi ces occasions où je me suis domestiquée pour attirer le mâle. Cette éducation parallèle qu’on se forge toute seule avant d’en avoir honte et de mettre des années pour le dire. » (p. 19)

Je comprends l’adoration de Solange pour sa petite animale : je bêtifie de même devant Bowie, minuscule créature devenue majestueuse (Disons cela pour ne pas être vexante…) qui occupe mon cœur et mes inquiétudes en permanence. J’admire sa grâce, j’envie son indépendance et sa souplesse, je m’enchante de ses mimiques et de ses attitudes. Je la couvre de tendresse en mots et en gestes. « Anatole n’a jamais eu droit à tous les ‘mon amour’ que j’adresse sans compter à Truite. » (p. 77) Est-il anormal d’aimer une bête plus fort que certains représentants de mon espèce ? D’aucuns pensent que oui et se moquent de mon rapport exclusif et quasi obsessionnel avec Bowie. C’est que cette petite chatte fière et distante m’apporte plus que nombre de mes congénères. Pour autant, je ne suis pas une crazy-cat lady : j’ai des amis, je sais tenir une conversation et aller vers les inconnus. En cela, j’ai sans doute plus d’aptitudes sociales que Solange qui peine à dissimuler son mal-être en société. « Si je pouvais comme Truite susciter l’attendrissement, j’oserais davantage me frotter aux humains. » (p. 95)

Mais trêve de blabla égocentrique, revenons au texte ! Dans cette autobiographie, Solange choisit en mots précis l’intimité qu’elle nous montre. « Les gens m’inspirent des effusions plus que des rapports. » (p. 68) Elle aborde avec finesse, humour et dérision des sujets déjà évoqués dans ses vidéos YouTube. Ses réflexions sur la vie, la mort, l’amour, le couple ou encore l’avenir composent un panel d’angoisses et d’attentes qui déclinent le thème ancestral d’éros et thanatos (désir et mort pour les non-hellénistes). En parlant de son chien, la femme parle d’elle-même : l’animal se fait projection du soi, miroir déformant et alter ego. Connaissant la vidéaste au travers de son œuvre sur YouTube, je n’ai rien découvert de très nouveau dans ce texte, mais j’ai pris plaisir à passer un moment dans le quotidien canin de Solange. Parce que Truite est une petite créature que j’aime à voir passer dans les vidéos de l’artiste.

Si le travail de cette jeune femme (elle a un an de moins que moi, elle est donc très jeune !) vous attire, lisez ses deux précédents ouvrages, Solange te parle et Très intime, et n’hésitez pas à découvrir sa chaîne YouTube.

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Laudato Si – Loué sois-tu

Encyclique du Pape François.

En ouvrant son texte sur Saint François d’Assise, le Pape s’inscrit dans une tradition catholique faite d’amour pour l’intégralité du vivant. Sans être antispéciste ni remettre en cause le principe selon lequel l’homme est le fleuron de la Création divine, François rappelle que par sa position privilégiée, ledit homme a la responsabilité de protéger les autres créatures : sa domination n’est pas absolue, mais relative.

François cite la Bible, d’autres papes, des évêques et des responsables d’autres religions. Son discours est certes religieux, mais il est surtout catholique au sens premier du terme, c’est-à-dire universel. Oubliez qu’il s’agit du chef de l’Église romaine et pensez en termes éthiques et moraux. Si vous retirez les mots associés à la foi, vous obtenez un texte parfaitement compréhensible par tous, sans considération de religion. Encore faut-il être ouvert à ce discours apaisé, mais qui enjoint à agir et réagir. Bien moins virulent que Greta Thunberg (dont je partage les positions et le ton), François développe une pensée claire fondée sur des arguments évidents sans être d’autorité.

Il propose un dialogue entre la religion, la science et le bon sens autour d’un même sujet afin de créer une écologie intégrale, humaine, sociale et économique, fondée notamment sur une éducation environnementale généralisée et une aspiration à la sobriété heureuse. Le Pape soumet des propositions qui coulent de source et qui ne devraient pas faire débat.

  • Lutter contre la culture du déchet,
  • Protéger les migrants climatiques, les pauvres et tous les exclus,
  • Développer les énergies renouvelables,
  • Assurer l’accès à l’eau en évitant la privatisation des réserves,
  • Préserver la biodiversité,
  • Encourager les états à agir sans tout céder au capitalisme local et international,
  • Ne pas se réfugier derrière les promesses technologiques.

Je vous laisse avec de nombreux extraits de cette encyclique fondamentale pour l’avenir de l’humain et de la terre.

« Cette sœur [la terre] crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. » (p. 9)

« Passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager. » (p. 14)

« Si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. » (p. 16 & 17)

« Le changement est quelque chose de désirable, mais il devient préoccupant quand il en vient à détériorer le monde et la qualité de vie d’une grande partie de l’humanité. » (p. 22)

« À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit. » (p. 33)

« Pourquoi veut-on préserver aujourd’hui un pouvoir qui laissera dans l’histoire le souvenir de son incapacité à intervenir quand il était urgent et nécessaire de le faire ? » (p. 50)

« Tout l’univers matériel est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous. Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu. » (p. 71)

« L’environnement est un bien collectif, patrimoine de toute l’humanité, sous la responsabilité de tous. Celui qui s’approprie quelque chose, c’est seulement pour l’administrer pour le bien de tous. Si nous ne le faisons pas, nous chargeons notre conscience du poids de nier l’existence des autres. » (p. 79)

« La vie est en train d’être abandonnée aux circonstances conditionnées par la technique, comprise comme le principal moyen d’interpréter l’existence. » (p. 91)

« Cesser d’investir dans les personnes pour obtenir plus de profit immédiat est une très mauvaise affaire pour la société. » (p. 103)

« La technique séparée de l’éthique sera difficilement capable d’autolimiter son propre pouvoir. » (p. 109)

« On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. » (p. 126)

« Si les citoyens ne contrôlent pas le pouvoir politique – national, régional et municipal – un contrôle des dommages sur l’environnement n’est pas possible non plus. » (p. 142)

« Si une personne a l’habitude de se couvrir un peu au lieu d’allumer le chauffage, alors que sa situation économique lui permettrait de consommer et de dépenser plus, cela suppose qu’elle a intégré des convictions et des sentiments favorables à la préservation de l’environnement. » (p. 165)

« Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie. » (p. 173)

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L’homme le plus doué du monde

L’homme le plus doué du monde

Nouvelle d’Edward Page Mitchell.

Par hasard et par erreur, Fisher, touriste américain, est pris pour un médecin et amené au chevet du baron Savitch qui lui fait une étrange demande. « Agissez sur-le-champ – il n’y a pas une minute à perdre. Dévissez le haut de mon crâne ! » (p. 17) Quand survient le vrai médecin du baron russe, le docteur Rapperschwyll, un terrible secret est sur le point d’être dévoilé, et cela pourrait menacer l’humanité tout entière. « Le but ultime de l’évolution de la créature est de devenir le créateur. » (p. 36)

Le mécanicien roi

Nouvelle d’Étienne-Jean Delécluze.

Le narrateur raconte sa rencontre avec un coutelier qui développe de bien curieuses inventions dans le bazar mécanique de sa cave. « J’avais le secret du mouvement perpétuel et je l’ai combiné avec la puissance de la vapeur et des eaux. » (p. 66) Pour avoir créé un monde complet qui a fini par disparaître, le mécanicien est devenu fou. Mais sans doute est-ce pour le mieux. « Que vous êtes heureux ! […] Vous n’avez jamais été roi ; vous n’avez jamais eu l’envie et le pouvoir de faire le mal ? Eh bien, moi, je l’ai fait. Je l’ai médité, je l’ai calculé, je l’ai machinisé ! » (p. 68)

Avec ces deux courts textes mâtinés d’un gothique de bon aloi, les auteurs sont précurseurs de la science-fiction. Ces nouvelles annoncent de manière prophétique les lois de la robotique, le soulèvement de machines dangereuses, les réflexions bioéthiques et les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle. Vous pensez qu’un assemblage de boulons et de courroies alimenté par la vapeur ne peut pas vous faire peur ? Que vous êtes naïfs !

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La tournée d’automne

Roman de Jacques Poulin.

Trois fois par an, le Chauffeur conduit son bibliobus entre Québec et la Côte-Nord. Mais il a décidé d’arrêter. D’arrêter pour de bon. « Devenir vieux, c’est une chose qui ne m’intéresse pas du tout. J’ai décidé depuis un bon moment que la tournée d’été serait la dernière. Vous comprenez ? » (p. 46) Mais que pèse cette triste résolution face à Marie ? Elle est française, membre d’une fanfare qui parcourt le Québec dans un vieux bus scolaire. Et elle est belle comme le soleil d’automne voilé de brume.

Ce roman se résume facilement, mais il est loin d’être simpliste. Dans cette histoire d’amour délicate et pudique, la douceur des mots et des scènes m’a enveloppée. « Comme tous les timides, le Chauffeur avait quelques idées très personnelles : il était convaincu, par exemple, que si deux personnes étaient vraiment faites pour se comprendre, elles devaient aimer non seulement les mêmes livres et les mêmes chansons, mais aussi les mêmes passages dans ces livres et dans ces chansons. » (p. 35) Le récit est tendre envers ses personnages et ses lecteurs et il est bienveillant envers la mélancolie et les humeurs chagrines. « C’est vrai que les livres nous protègent […], mais leur protection ne dure pas éternellement. C’est un peu comme les rêves. Un jour où l’autre, la vie nous rattrape. » (p. 126) La tournée d’automne est un très joli texte sur le temps qui passe et l’amour qui revient. La demi-saison est encore pleine de promesses, même pour Jack, l’ami du héros, un auteur qui hait ses romans dès qu’ils sont publiés. Et j’en termine avec une citation qui porte sur deux sujets que j’aime profondément. « Les livres sont comme les chats, on ne peut pas toujours les garder. » (p. 115)

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Sèche tes larmes, Petit Lapin !

Album de Jörg Mühle.

En tombant, Petit Lapin s’est blessé au bras. « Souffle trois fois dessus, ça aidera sûrement ! » Plus de peur que de mal, mais il faut tout de même soigner le bobo : un pansement, un souffle, une comptine, un câlin et voilà Petit Lapin prêt à repartir jouer !

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Je veux les mêmes pansements pour tous mes bobos, sivouplé !

Dans ce joli album carré cartonné, le jeune lecteur est invité à participer. C’est lui qui soigne et console Petit Lapin. Évidemment, tout cela n’est qu’imagination et gestes dans le vide, mais en rendant l’enfant acteur de l’histoire, il est forcément plus impliqué physiquement et émotionnellement. Avec cette lecture, je découvre un nouveau petit héros aux longues oreilles dont les aventures sont déclinées dans divers albums.

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