Un bruit étrange et beau

Bande dessinée de Zep.

Marcus, anciennement William, vit retiré dans le silence des Chartreux depuis 25 ans. Ce silence est l’horizon qu’il tente d’atteindre pour rejoindre Dieu. Afin d’entrer en possession d’un héritage inattendu, il doit se rendre à Paris et laisser la quiétude de sa retraite monacale. « Quitter les mots pour aller vers la Parole. Toutes ces années à respirer leur absence. Le vide dans ma gorge. » (p. 30) Comment revenir au monde après tant d’années loin de lui, à prier pour lui, mais sans le sentir ? Le choc est puissant : sorti de son monastère, Marcus se sait vulnérable. « Après toutes ces années, je pensais que ma peau était devenue pierre, elle est fragile comme autrefois. J’avance nu, écorché par le vacarme de ce monde que je ne connais plus. » (p. 24) Dans le train vers Paris, il rencontre Méry, jeune femme condamnée par la maladie qui abandonne la lutte pour profiter du temps qui lui reste. Entre Marcus et Méry, ce qui s’amorce est tendre et profond, mais sans avenir. « Tu es du vacarme dans mon silence, un délicieux vacarme, mais je fais le vide depuis si longtemps que je dois continuer. » (p. 76)

Que cet album est beau ! Au sens premier, déjà : j’aime énormément le dessin fin et détaillé de Zep et l’usage qu’il fait des camaïeux, si maîtrisés que le blanc y explose. Les pleines pages invitent à la contemplation : l’espace d’un instant, on se voudrait chartreux pour expérimenter la beauté infinie du monde. « Je n’avais pas vu de femme depuis des années. C’est joli. » (p. 25) Au sens second, cet album est beau par la douceur et la sensibilité de son propos qui est teinté d’un humour un peu triste qui arrache larmes de rire et larmes d’émotion. Je suis croyante et j’admire le choix de William/Marcus de se retirer du monde pour trouver Dieu dans le silence et la méditation. Je comprends sa démarche et ses réflexions. « Si je ne doutais pas, je n’aurais pas besoin de croire. Je ne serais pas un croyant, mais plutôt un assuré. » (p. 33) Un bruit étrange et beau parle de générosité, celle que l’on peut accepter et celle qui dépasse le don. Il parle aussi d’une rencontre humaine et spirituelle. En vertu de ma foi, je crois qu’on rencontre Dieu en chacun, mais je sais aussi qu’il faut accepter l’autre sans lui imposer la puissance d’une croyance qu’il ne partage pas forcément. C’est peut-être là la vraie générosité : offrir en acceptant que l’on peut être refusé. La fin de l’album est sublime, très émouvante. Après avoir lu toutes les aventures de Titeuf quand j’étais ado, je me suis déjà régalée avec Une histoire d’hommes et Découpé en tranches. Ce nouvel album confirme qu’il ne faut pas perdre Zep de vue !

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Gaston et Gustave

Roman d’Olivier Frébourg.

Le narrateur a 41 ans. Il dirige une petite maison d’édition. Il est marié, a deux garçons et sa femme, Camille, est enceinte de jumeaux. Beaucoup de bonheur à venir, en somme. Mais voilà, l’accouchement se déclenche trop tôt : un des bébés meurt et le second est placé en couveuse, avec un avenir incertain. « J’imagine notre enfant, cet enfant. À quoi ressemble-t-il ? Dans quel enfer est-il ? Surtout ne rien incarner, chasser toute certitude de vie. » (p. 26) Comment accepter cet accouchement prématuré, comment surmonter la mort d’un être à peine né et comment calmer l’immense chagrin du père ? « La douleur nous rend anarchiste, le chagrin fou. Je n’en veux à personne. Je me sens seul responsable de cet effroi. » (p. 62) Relié à des fils et à des moniteurs, le petit Gaston lutte pour survivre, chaque heure étant une victoire. Sait-il, au fond de lui, qu’il doit se battre seul après avoir partagé une chaude matrice avec un autre lui-même ? « Il manquera toujours un enfant sur la banquette arrière. » (p. 98) Le mari observe son épouse, elle qui a failli mourir pendant l’accouchement, et comment elle compose avec le chagrin et le deuil. « Ce qui passe par Camille est endurci dans le fond et adouci dans la forme. Camille a été foudroyée par une vague qui est passée sur elle. Elle s’est relevée. Il reste des traces de la vague. » (p. 137) Un couple peut-il survivre à la perte d’un enfant ? Peut-il ne pas céder aux accusations douloureuses ? « Est-ce supportable pour une mère ? Donner la vie et la mort dans le même temps ? » (p. 153)

Face à ce drame, la figure de Gustave Flaubert s’impose, lui dont la statue trône à l’entrée du CHU de Rouen. Flaubert a refusé toute sa vie d’être père pour ne se consacrer qu’à son travail d’écrivain. Ce n’est pourtant pas ce qu’a fait le narrateur, heureux père de famille. Entre les pensées consacrées à son fils en couveuse, à ses fils plus grands qui ne comprennent pas vraiment la situation et à sa femme, le narrateur déploie des réflexions sur les œuvres et la vie de Gustave Flaubert et établit des parallèles avec ses propres expériences d’auteur et d’éditeur. « La mort de l’enfant est devenue un genre littéraire. Il est impossible pour un écrivain qui subit cette catastrophe de ne pas en faire un linceul de papier. Combien de parents ont perdu leur enfant sans encombrer les librairies ? » (p. 187) Hélas, il m’a semblé que les passages traitant de Flaubert et de son œuvre brisaient le rythme et noyaient l’émotion. Il faut dire que l’auteur est un monstre qui s’impose. Et peut-être était-ce voulu de briser ainsi l’arc sensible pour soulager le chagrin et tenter d’échapper à la douleur. Mais de mon point de vue de lectrice, la narration du deuil y perd en puissance. « Mais quelle idée d’accoler Gustave à Gaston ? Faut-il être empoisonné par la littérature ? Laissons cet enfant dans la vie. Ne lui colons pas de fantômes littéraires. Qu’il reste libre ! Pourquoi lui donner un jumeau de substitution ? » (p. 201)

Ce roman m’a énormément touchée et ce n’est pas vraiment surprenant pour qui me connaît. À mes yeux, la gémellité est un miracle, un trésor. Quel bonheur d’être deux ! Dans ma fratrie, je me définis en tant que grande sœur de mes cadettes (elles aussi jumelles et dont nous fêtons aujourd’hui l’anniversaire !), mais avant tout comme jumelle. Je ne suis pas l’aînée en tant que fille aînée ayant un jumeau étant lui-même fils aîné. Je suis jumelle, la « grande », à la rigueur. Les histoires de jumeaux me bouleversent parce qu’elles remuent en moi des terreurs plus ou moins secrètes.

Je termine sur deux extraits très beaux et très durs.

« Souvent, je me répète que c’est le double en moi qui a trouvé la mort. L’autre, le compagnon secret, qui peut sortir la nuit et tout saccager. » (p. 140)

« Il est notre joie grave, cette ascèse auprès de laquelle nous allons nous recueillir, un combat qui nous élève. » (p. 148)

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La vie des autres

Roman de Neel Mukherjee.

Dans la maison de la famille Ghosh, trois générations cohabitent. Les reproches, la jalousie et le mépris font partie du quotidien alors que l’entreprise familiale périclite après des années de réussite. « On assistait en silence à la destruction progressive de la Charu Paper, destruction dont son grand-père, son père et ses oncles se rejetaient la responsabilité. Lui, il n’avait connu que cette dégringolade, cette glissade inexorable, année après année, leurs vies devenant de plus en plus étriquées, l’amertume s’accroissant dans la famille : plus ils étaient forcés d’économiser, plus ils se méfiaient les uns des autres. » (p. 270) Dans les trois étages de la maison, une hiérarchie hiératique et implicite, jamais remise en cause, régente les comportements et les relations entre chacun. Les liens entre les frères et sœurs sont complexes, entre amour intense et haine tardive. « Ça ne te gêne pas, toi, les inégalités au sein de notre famille ? Et cette hiérarchie entre ceux d’en haut et ceux d’en bas ? Tu penses que c’est juste ? Et que la famille est le premier noyau d’exploitation des masses, ça ne t’a jamais traversé l’esprit ? » (p. 93) Dans la maison Ghosh, chacun entretient ses vices et ses défauts, ses rancœurs et ses regrets.

  • Prafallunath et Charubala sont les grands-parents : le premier a développé une entreprise jadis florissante dans la production de papier. Hélas, depuis quelques années, l’empire familial se délite après une modernisation ratée.
  • Adinath est le premier fils du couple : il se laisse aller à la bouteille pour ne plus voir le naufrage de l’entreprise familiale. De Sandhya, première belle-fille de la famille Ghosh, il a eu Supratik qui se tourne vers le communisme – mais du militantisme au terrorisme, il n’y a qu’un pas – et Suranjan qui sombre dans la drogue.
  • Priyonath, le second fils, a épousé Purnima qui veille aux intérêts de leur fille, Baishakhi, qui s’intéresse de trop près au jeune voisin.
  • Chhaya est le troisième enfant du couple, et la seule fille. Célibataire et impossible à marier, elle vieillit aigrement parmi les siens.
  • Bholanath, le troisième fils, s’est vu confier une partie de l’entreprise familiale et n’a su que la mener à sa perte. Marié à la discrète Jayanti, il est le père d’Arunima, une gamine curieuse, mais pas très studieuse.
  • Somnath est le dernier fils de la famille Ghosh. Enfant adoré et pourri gâté, il a mal tourné et il est le premier à mourir. De son sinistre mariage avec la pauvre Purba, reléguée au rez-de-chaussée depuis son veuvage, sont nés Sona, génie en mathématiques, et Kalyani, dernière descendante de la famille Ghosh.
  • Madan est le fidèle serviteur de la famille Ghosh : depuis près de trente ans, il veille sur les enfants, sur la cuisine et les autres domestiques. Son fils, Dulal, est un des nombreux éléments déclencheurs de la ruine des Ghosh.

L’histoire de la famille Ghosh est sans cesse prise dans celle de l’Inde avec les luttes meurtrières entre les hindous et les musulmans, la création du Pakistan ou la décolonisation. Le pays est en mouvement, il évolue, quitte les carcans du passé et se tourne vers une modernité un peu effrayante, pleine de prises de conscience douloureuses. Dans les campagnes, les paysans ruinés, endettés sur plusieurs générations et asséchés par la faim et le désespoir, sont réduits à des extrémités douloureuses et sanglantes, tandis que les jotedaars, riches propriétaires, vendent leur riz à prix d’or dans les villes. Les chants de Rabindranath Tagore s’opposent au petit livre de Mao et il semble bien impossible de lever une révolution prolétaire dans les rizières.  « Ces braises de colère, sur lesquelles on avait pensé qu’il suffirait de souffler pour les raviver, avaient été réduites en cendres de désespoir. Ils étaient déjà morts dans cette vie. Ils n’avaient plus d’espoir, plus d’avenir ; tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était déjouer les malheurs du présent, qui ne pourrait que culminer en une mort prochaine. En d’autres termes, nous, on devait raviver un feu de cendres. Tu as déjà essayé ? » (p. 192)

Le récit s’ouvre en 1967 et progresse régulièrement jusqu’en 1970, jusqu’au bond final en 2012. Cela n’empêche pas de nombreux retours en arrière, notamment dans le passé du jeune Prafallunath. Le texte est entrecoupé de la très longue lettre que Supratik adresse à un destinataire dont l’identité se dévoile lentement. « Je te porte en moi, tu es une présence constante, je ne vais pas te demander de tes nouvelles – j’ai tout le temps l’impression de te parler intérieurement. » (p. 265) De Calcutta aux campagnes profondes de l’Inde, ce roman fait le portrait d’une famille, et plus largement d’une classe sociale, qui doit renoncer à ses privilèges et à ses illusions pour se confronter enfin à la vraie vie, la vie des autres. Les quarante dernières pages sont terriblement violentes : les scènes de torture tranchent fortement avec l’ambiance plus ou moins protégée de la maison Ghosh.

Dense et parfois tortueux, La vie des autres est un roman fort et magnifique. J’ai laissé de côté les subtilités d’appellation des uns et des autres (Surnoms et suffixes de respect abondent…) pour me concentrer sur la puissance des mots et de l’intrigue, jusqu’aux dénouements entre injustice et apothéose. Tentez l’expérience de ce roman choral. Mettez vos pas dans ceux des autres.

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Billevesée #250

Vous le savez, je suis dingo-frappée de mon chat d’amour le plus beau du monde, Bowie. Ce n’est pas un scoop et ça s’explique très probablement par la biologie. Je suis sûrement infectée par le toxoplasma gondii.

L’ami Wikipedia va expliquer ça mieux que moi (Lisez l’article en entier pour tout comprendre, j’ai fait quelques coupes).

« Le toxoplasma gondii est un protozoaire intracellulaire : il est l’agent de la toxoplasmose. Il est un parasite intracellulaire obligatoire : il doit vivre à l’intérieur d’une cellule pour survivre. Une fois le parasite installé dans la cellule-hôte, celle-ci lui assure de larges ressources en nutriments ainsi qu’une protection contre le système immunitaire de l’hôte. Le toxoplasma gondii ne peut se multiplier de manière sexuée que chez les félidés, qui constituent ainsi ses hôtes définitifs, bien qu’il puisse infecter tous les animaux homéothermes, dénommés hôtes intermédiaires.

Une infection par le toxoplasma gondii peut modifier le comportement des hôtes intermédiaires. En effet, en 2011, il a été démontré que des rats infectés montraient des signes d’excitation sexuelle après avoir reniflé de l’urine de chat au lieu des signes de peur détectés chez les individus sains. Ainsi, les rats infectés ont tendance à rechercher la présence de chats au lieu de la fuir (ces derniers étant des prédateurs), ce qui favorise la transmission du parasite à l’hôte définitif. De même, une étude publiée en février 2016 montre que cette manipulation parasitaire affecte également les chimpanzés, qui acquièrent suite à l’infection une attirance à l’égard de l’urine du léopard, prédateur naturel et hôte définitif du toxoplasma gondii.  Cette étude amène à repenser les différences de comportement observées chez les humains porteurs du parasite. »

Ainsi, la présence du toxoplasma gondii chez l’homme pourrait expliquer pourquoi ce dernier aime autant les chats. Bruce Benamran, de la chaîne YouTube e-penser, en parle très bien dans sa vidéo. (N’hésitez pas à regarder TOUTES ses vidéos : c’est de la vulgarisation scientifique passionnante. Il faut un peu s’accrocher, mais ça vaut le détour !)

Conclusion, je suis quasiment certaine d’être infectée par le toxoplasma gondii puisque je gatouille dès que je vois un matou. (Bon, ça marche aussi pour les toutous, les lapins et tous les trucs mignons genre pandas roux, loutres, koalas et oursons…)

M’en fous d’être parasitée : Bowie est mon bébé chat beauté que j’adore pour toujours !

Alors, billevesée ?

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La haine en ce vert paradis – Le rêve démocratique brisé des Tutsis et des Hutus

Récit historique de Jean-François Bouchard. À paraître le 4 novembre.

En 1961, Louis Rwagasore, premier ministre du Burundi depuis 14 jours, est assassiné. En 1993, Melchior Ndadaye, président du Burundi depuis moins de trois mois, est assassiné. Ces deux hommes croyaient à la réconciliation entre Hutus et Tutsis et à une existence en bonne intelligence des deux ethnies que la colonisation allemande et belge s’était faite fort de séparer et d’opposer. « À l’image des Aryens en Europe, auto-proclamés race supérieure, car issus d’un peuple germanique du Nord qui se distinguait par sa haute stature, sans doute est-ce du fait de leur morphotype élancé que les Belges eurent la curieuse idée de favoriser les Tutsis au détriment des Hutus, créant en pratique un régime d’apartheid entre les deux ethnies. Au demeurant, il était incontestablement aventureux de parler d’ethnies distinctes dans les années 1930, tant ces gens qu’on voulait distinguer en les nommant tutsis et Hutus avaient toujours vécu en symbiose plus ou moins étroite, et en se mélangeant constamment. Outre une absurdité sociale, cette partition était aussi une hérésie scientifique. » (p. 23 & 24) En 2005, Pierre Nkurunziza est élu président du Burundi. Après deux mandats de cinq ans, il refuse de lâcher le pouvoir et s’accroche à ce qui devient un trône de dictateur. Il ne porte pas les espoirs de paix et cohabitation de ses prédécesseurs. Aujourd’hui encore, Burundi et Rwanda saignent chaque jour et l’opposition entre Hutus et Tutsis est toujours aussi marquée. « L’entêtement égoïste d’un dirigeant prêt à sacrifier son pays pour son intérêt personnel a ruiné l’espoir d’un peuple de vivre dignement. » (p. 240)

J’ai découvert en détail une histoire qui était bien lointaine pour moi. Je connaissais vaguement les génocides Hutus et Tutsis et l’impossibilité d’attribuer la faute à une ethnie plutôt qu’à une autre. Dans une guerre comme celle-ci, il y a surtout des victimes. Avec son texte, Jean-François Bouchard apporte un éclairage sur une histoire méconnue par la plupart des Européens. « Lorsque l’élection présidentielle du premier juin 1993 se tient, depuis un siècle le Burundi est esclave de dirigeants qu’il n’a pas désirés. Colonisateurs allemands et belges, dictateurs psychopathes, militaires qui s’arrogent un pouvoir qui n’est pas légitime : cette clique sans remords ni scrupules a exploité le merveilleux pays des bords du lac Tanganyika en s’appuyant sur la division ethnique, les complots et les meurtres de masse. » (p. 123)

Le grand reproche que j’ai à faire à ce texte est le manque de neutralité de son auteur. S’il est certes impossible de rester froid et insensible devant les malheurs du Burundi et du Rwanda, un historien ou un sociologue se doit d’être impartial. Ici, Jean-François Bouchard se fait fort d’exalter les héros et de fustiger les criminels, parfois jusqu’au réquisitoire pour les seconds. « C’est pourquoi sans crainte ni remords d’ajouter du crime au crime, le président Nkurunziza et ses séides s’efforcent de faire ressortir le clivage entre Hutus et Tutsis afin de justifier leur obstination à se maintenir à la tête du Burundi. » (p. 253) Le regard porté sur la région des Grands Lacs et sa lugubre histoire est malheureusement biaisé par un point de vue personnel trop exprimé. Quand je lis un texte de cette nature, je veux des faits objectifs afin de me forger ma propre opinion. Mon sentiment s’est accentué dans les derniers chapitres où l’auteur fait montre d’une grandiloquence qui n’a pas sa place dans une telle œuvre.

Sur cette terrible histoire entre Hutus et Tutsis, je vous recommande le très beau Notre-Dame du Nil de Scholastique Mukasonga.

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Billebaude – Le lapin

Numéro 8 de la revue Billebaude, publiée par la Fondation François Sommer.

« Est-il une farce, avec ses déboulés soudains, ou un fléau, au vu de ses talents de rongeur ? Est-il une proie ou un jouet ? Est-il fait pour les garennes des bois ou pour le clapier de la fermière ? Tout cela à la fois. Il a même fallu que les filles de Playboy, en se parant de ses oreilles et de son surnom, lui donnent une dimension de symbole érotique… Quel autre animal de la Création peut se flatter d’avoir à son palmarès une telle gamme d’attributs ? Aucun. » (p. 1)

Museaux de lapins, par Sinje Dillenkofer

Le lapin. Qui ne sait pas mon affection pour ce petit animal ? Lui qui échappe aux modes de gestion de l’homme, soit qu’il prolifère de façon incontrôlable, soit qu’il s’avère impossible à réinsérer dans un milieu déserté, il pose de nombreuses questions. Quoi ? Une si petite bête, sans défense face aux prédateurs animaux et humains, la voilà capable de s’imposer en trop ou en creux . « Il n’est pas nécessaire d’étudier un animal prestigieux pour arriver à des conclusions intéressantes. Passons plutôt par un chemin souterrain, labyrinthique, celui qui est emprunté par le lapin. » (p. 8) Par sa présence ou son absence, il bouleverse les écosystèmes. Des garennes sauvages, puis artificielles, au clapier et aux batteries d’élevage, le lapin a longtemps été le gibier facile, la viande commune des foyers français. Mais ce plat populaire l’est de moins en moins et le lapin sort du répertoire alimentaire, comme le cheval en son temps, pour devenir un animal de compagnie. Mangeriez-vous du chien ou du chat ? Alors, pourquoi manger du lapin ? « L’homme se confronte à sa propre dualité : à la fois protecteur et chasseur, attendri et affamé. On admire le lapin parce qu’il s’enfuit, mais il nous énerve parce qu’il nous échappe. » (p. 57)

En région parisienne, il est partout, dans les trames grises et les emprises routières, ferroviaires et aéroportuaires. « À partir des Monts Gardés, la piste du lapin francilien se déploie et croise le chemin de chasseurs, d’agriculteurs, de gestionnaires, de promeneurs et de scientifiques. » (p. 36) Et que dire de l’Australie où il a été implanté par quelques Britanniques en mal de chasse ? Voilà notre petit lagomorphe comme chez lui, croissant et se multipliant, comme s’il répondait à une injonction divine. Hélas, mauvais calcul des hommes : impossible de maîtriser la prolifération de Jeannot Lapin ! Mais l’humain, persuadé d’être toujours le plus malin, reproduit des expériences à base de virus, notamment la myxomatose. Là encore, très mauvais calcul. « Personne ne maîtrise les armes biologiques, c’est du vivant qui s’étend, qui peut évoluer, devenir plus virulent, passer à une autre espèce, revenir sur l’attaquant. » (p. 44)

Pauvre petit lapin : chassé, massacré, dépecé, tu n’as pas la belle vie. Sauf quand tu deviens jouet ou peluche. Là, tu es adoré, câliné et autrement malmené, tripoté à l’excès par des petites mains voraces de tendresse. « Le statut de l’animal est devenu ambivalent : doudou, gibier, animal de batterie, on ne sait plus très bien à quelle sauce le manger. » (p. 46) Et dans l’imaginaire de Margery Williams et de Komako Sakaï, Le lapin en peluche revient à la vie : retour au vivant et à la nature. La boucle est bouclée.

Moi qui déteste les centres commerciaux, j’irais bien faire un tour autour de celui-là…

Nourrie d’une bibliographie, d’une iconographie et d’une filmographie importantes, cette revue est passionnante, bien qu’il y ait des photos insoutenables de dépeçage ou de massacre. Mon petit cœur de lapinophile a eu du mal à les regarder. J’ai cependant passé un excellent moment avec le numéro 8 (mon chiffre fétiche) d’une revue intelligente dont je vais consulter les archives et attendre les prochaines publications avec intérêt.

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Le jardin arc-en-ciel

Roman d’Ito Ogawa.

Izumi vit seule avec son fils Sosûke depuis son mari est parti. Quand elle rencontre Chiyoko, une lycéenne en détresse, et l’empêche de se suicider, elle donne un nouvel élan à leurs deux existences. « J’avais cru la sauver, mais réflexion faite, c’était moi qu’elle avait sauvée. » (p. 21) Les deux femmes font l’amour sur le gazon artificiel d’une terrasse en ville et savent qu’elles ne pourront plus vivre l’une sans l’autre. Izumi a 35 ans, Chiyoko en a 19, mais rien ne peut les séparer. « Une famille, ce n’était pas une question de sexe ou d’âge. » (p. 37) Elles partent avec Sosûke vers les montagnes, dans un petit village perché, pour fonder la famille Takashima qui aborde fièrement un pavillon multicolore sur son toit. « Ce drapeau arc-en-ciel, c’était la voix muette de notre famille. » (p. 50) Par miracle, Chiyoko accouche de l’adorable Takara, bébé qui achève de composer une famille unie par l’amour, la patience et la tolérance. « La famille Takashima a décidé de continuer à vivre sereinement, tournée vers l’avenir. Sans rien revendiquer, comme une petite plante qui prendrait discrètement racine dans le sol. Puisque nous ne faisions rien de répréhensible, nous pouvions suivre la voie qui était la nôtre. » (p. 91 & 92) Les années passent et la famille ouvre une maison d’hôtes où l’écoute et la compréhension vont toujours de pair avec un bon repas qui remplit le corps et les cœurs.

Comme Le restaurant de l’amour retrouvé, ce roman propose une morale simple, mais certainement pas simpliste. Le récit est doux et tendre, apaisant et réconfortant. En dépit de l’hiver, de la neige et des difficultés à s’afficher ouvertement, les deux femmes vivent avec bonheur une existence choisie et assumée. Et elles comprennent qu’elles doivent se faire accepter avec patience. Avec un dernier tiers moins « Bisounours » que le début, plus sombre, mais plus vrai et encore plus bouleversant, le roman s’achève sur une image d’une grande beauté, pleine de lumière. Derrière les grandes espérances, la réalité rattrape et meurtrit le bonheur : en le déformant un peu, elle le rend d’autant plus précieux. « La main que j’avais retirée de celle de la jeune fille était toute moite. Exactement comme si je tenais serrées dans mon poing les larmes qui coulaient sur ses joues. » (p. 5) La narration passe d’un personnage à un autre, chacun comblant les oublis ou les silences des précédents jusqu’à composer un récit arc-en-ciel et chatoyant.

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Billevesée #249

Tout le monde connaît le jeu (de mains, jeu de vilains) Pierre-feuille-ciseaux. La pierre casse les ciseaux. La feuille enveloppe la pierre. Les ciseaux coupent la feuille. Bref, chaque accessoire en bat un et est battu par un autre.

Il permet aux gamins de se départager et c’est aussi un jeu de stratégie.

La première version de ce jeu est japonaise, sous le nom de Chenille-Serpent-Grenouille.

Alors… La chenille mange la grenouille. Le serpent mange la grenouille. Et la chenille, euh… je ne vois pas !

Alors, billevesée ?

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Le garçon

Roman de Marcus Malte.

En 1908, dans le sud de la France, le garçon se retrouve orphelin. Celle qui était sa mère est morte. Où aller désormais ? « Il sait qu’il se trouve d’autres hommes sur terre mais il n’a pas idée de leur nombre. » (p. 31) Le garçon quitte sa masure et son isolement pour se frotter au vaste monde. Il ne le connaît pas. Il veut tout apprendre. Devenir un homme. « Ce qu’il va gravir maintenant n’est rien de moins que la montagne de la civilisation. » (p. 229) D’abord recueilli par un petit village, puis par un lutteur formidable qui vit dans une roulotte, le garçon rencontre Emma. La jeune fille sera son amie, sa sœur, son amante, sa mère, son univers. Vient la guerre et le garçon part dans les tranchées. À son retour, Emma l’attend. Reste à vivre le bagne, la jungle amazonienne et la solitude encore. Et jamais le garçon ne prononcera un mot.

Garçon, le héros l’est par son sexe et sa solitude. S’il est momentanément fils, ami, amant ou soldat, il redevient toujours le garçon. Son identité se résume à ce vocable. Il est un singleton, mais jamais une anomalie. Son mutisme constant enrichit son anonymat qu’Emma a coiffé d’un prénom et d’un nom. Mais seul, abandonné, le garçon n’est que cela, un garçon. C’est à la fois un mystère et une légende. Le garçon aurait pu être un enfant sauvage, un fou, un ermite. Il a choisi le monde, mais reste à sa lisière, lui qui est plus enfant du silence que de la société.

Ce récit sensoriel et sensuel est souvent affolant d’érotisme et parfois troublant de terreur. Entre musique et extase du corps, l’auteur touche au sublime. Et quand il parle de mort et de gorges tranchées, les images ne sont pas moins belles, seulement plus poisseuses. Marcus Malte a produit un roman puissant et façonné un personnage fascinant.

*****

J’ai lu ce roman dans le cadre des Matches de la rentrée littéraire de PriceMinister. Cette année, j’ai été invitée à partager mon avis sur Instagram et non sur mon blog. Ma participation officielle (et j’espère originale) est donc à retrouver sur mon compte Instagram.

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Et tu n’es pas revenu

Texte de Marceline Loridan-Ivens. Co-écrit avec Judith Perrignon. Suivi d’un dossier d’Annette Wieviorka.

En mars 1944, à quinze ans, Marceline a été déportée à Birkenau. Son père, son très cher père, a été envoyé à Auschwitz. Hasard ou chance, il a réussi à lui faire passer une ultime lettre, quelques lignes perdues dans la mémoire de la narratrice. Des décennies plus tard, obsédée par le souvenir oublié de ce message, elle répond à son père. À son papa. « Ce mot est sorti de ma vie si tôt, qu’il me fait mal, je ne peux le dire que dans mon for intérieur, surtout pas l’articuler. Surtout pas l’écrire. » (p. 15) Shloïme Rosenberg est le seul à ne pas être revenu et son absence meurtrit toute la famille, épouse et enfants. C’est un non-sens, une injustice hurlante. Shloïme, dit Salomon en France, aimait ce pays. Il y avait acheté un petit château, à Bollène, pour loger les siens et tenter de s’enraciner dans cette terre qui ne l’a pas laissé faire. « Tu n’es pas mort pour la France. La France t’a envoyé vers la mort. Tu t’étais trompé sur elle. Pour le reste, tu avais vu juste. Je suis revenue. » (p. 51) Au prix d’une volonté farouche de survivre, Marceline est revenue. Mais ô combien blessée, pour toujours marquée, à jamais différente. « J’ai été quelqu’un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d’être triste et rire quand même. » (p. 7) De toutes ses forces, elle a tenté de vivre, surmontant la difficulté d’avoir échappé à la mort. Fallait-il revenir des camps, demande-t-elle à la fin de sa lettre ?

Entre épitre intime et témoignage, le récit à quatre mains de Marceline Loridan-Ivens et de Judith Perrignon est un texte bouleversant, comme tous ceux parlant de la Shoah et de la culpabilité du survivant. On sait la vie de Marceline après son retour de Birkenau et les terribles marches de la mort. Si elle prend la plume à 80 ans passés, ce n’est pas pour accuser, ni pour regretter, peut-être pour se soulager un peu et se préparer à rejoindre celui qu’elle n’a jamais cessé d’attendre. « T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. » (p. 83)

Le dossier final d’Annette Wieviorka met en perspective le récit de Marceline avec la grande histoire. Cet élargissement du point de vue ne rend pas les choses plus supportables, mais leur donne une dimension supplémentaire. L’antisémitisme administratif ne laisse jamais d’horrifier et justifie plus que jamais le devoir de ne pas oublier. « Car la mémoire, bien qu’elle se réfère au passé, se vit toujours au présent. » (p. 122)

De Judith Perrignon, je vous conseille les très beaux L’intranquille et Victor Hugo vient de mourir.

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Le professeur

Roman de Charlotte Brontë.

William Crimsworth quitte l’Angleterre après une désastreuse expérience dans l’affaire de son frère Edouard, un homme odieux à tous les égards. Il tente sa chance à Bruxelles où lui sont proposées deux places de professeur. L’une d’elles est dans une pension de jeunes filles. Entre des jeunes coquettes qu’il doit mater et des élèves modestes dont le potentiel doit être encouragé, le jeune Crimsworth fait l’apprentissage des relations avec les femmes. Il apprend également à dompter son amour-propre et à s’ouvrir à l’amour. « L’élève, dont le corps est parfois plus robuste et dont les nerfs sont moins sensibles que ceux du professeur, a sur son maître un immense avantage ; soyez certains qu’il en usera sans pitié, parce que l’être qui est jeune, vigoureux et insouciant, ne partage pas la souffrance qu’il voit subir et n’épargne personne. » (p. 132)

Misère… quelle purge que ce roman ! Le protagoniste est un geignard insupportable qui, s’il souhaite acquérir une bonne place dans la société, se laisse assez souvent porter par les événements et doit son salut à autrui. Il est finalement gratifié d’un bonheur conjugal et familial parfait. Grand bien lui fasse ! Ajoutez à cela une opposition entre la chère Angleterre et le continent sans charmes, opposition répétée jusqu’à l’écœurement, et vous avez un roman qui a mis ma patience à rude épreuve. Mais je l’ai fini. Gloire à moi ! Ça mérite bien une deuxième part de gâteau, non ?

Avec son substrat autobiographique indéniable, ce roman de jeunesse présente toutes les imperfections des œuvres immatures. Cela mérite sans doute une certaine indulgence, mais peut-être suis-je une trop grande inconditionnelle de Jane Eyre pour apprécier vraiment un autre texte de Charlotte Brontë et donner leur chance à ses autres romans. Malheur, il me reste Shirley à découvrir…

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Le maître des illusions

Roman de Donna Tartt.

Bunny est mort. Henry, Francis, Charles, Camilla et Richard étaient présents. Que s’est-il passé dans la forêt derrière l’université de Hampden ? Pour le comprendre, Richard reprend l’histoire là où elle a commencé, quand il est arrivé à Hampden, qu’il a intégré la classe très sélective du professeur Julian Morrow et qu’il a rencontré les cinq élèves. « Je n’ai jamais rien eu de commun avec aucun d’entre eux, rien sinon ma connaissance du grec et l’année que j’ai passée en leur compagnie. Et si l’amour est quelque chose qu’on a en commun, je suppose que nous l’avions en commun, mais j’imagine que cela peut paraître bizarre au vu de l’histoire que je vais vous raconter. » (p. 14) Bien qu’il s’intègre au groupe, Richard sent que ses camarades lui cachent des choses et qu’ils se renferment à son contact. Un jour, Henry lui révèle le secret qu’il dissimule avec Francis et les jumeaux Charles et Camilla, secret que Bunny a découvert et qu’il menace de révéler. « Qui étaient ces gens ? À quel point les connaissais-je ? Pouvais-je leur faire vraiment confiance, au fond ? Pourquoi m’avaient-ils choisi, entre tous, pour tout me dire ? » (p. 189) Alors que l’hiver s’est abattu sur le Vermont et qu’il pétrifie tout par le froid et la neige, la situation devient intenable. Bunny va-t-il parler ? Henry et les autres ne peuvent pas le laisser faire. Et voilà donc, comme annoncé au début, que Bunny est mort. Comment, désormais, vivre avec ce fardeau et dissimuler l’atroce vérité ? Heureusement, ou peut-être pas, Henry semble avoir toujours la solution. « Tu sais ce qui m’étonne ? […] Pas qu’il nous dise ce qu’on doit faire. Mais qu’on fasse toujours ce qu’il nous dit. » (p. 406) Henry, comme un certain dieu grec, est le maître des illusions.

Je m’étais profondément ennuyée avec Le chardonneret, mais Le petit copain m’avait emballée. Pour Le maître des illusions, c’est un entre-deux. La première partie est absolument fascinante. Tout est raconté du point de vue de Richard dans un récit a posteriori dont l’enchaînement logique se déploie lentement. Ce ne sont pas des aveux, ni une confession, mais on sent bien que Richard soulage son âme en reconstituant de vieux événements qui le hantent. La deuxième partie du roman m’a semblé un peu longue : les choses s’éternisent jusqu’au dénouement, mais cela permet toutefois de révéler les rapports malsains qui existent entre les personnages. Je retiens l’épisode des funérailles qui est un morceau sordide époustouflant. Le maître des illusions est un bon roman à suspense, dans cette atmosphère universitaire qui me plaît tant. Nostalgie, quand tu nous tiens…

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Billevesée #248

Gourmandise, me revoilà ! Parlons des petits fours et de l’origine de leur nom.

L’ami Wikipedia fait ça très bien, ne nous fatiguons pas plus !

Le terme provient de l’usage des pâtissiers d’utiliser la chaleur résiduelle des fours après cuisson pour cuire des pâtisseries plus petites. Comme les pâtes où le sucre constitue la base principale sont beaucoup plus délicates que celles préparées pour les autres pâtisseries, leur dénomination vient de ce que, exigeant une chaleur beaucoup plus douce, elles doivent être cuites « à petit four », ce nom comprenant tout ce qui ne nécessite qu’un four doux ou modérément chauffé.

C’est malin, maintenant, j’ai faim…

Alors, billevesée ?

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Quelques adieux

Roman de Marie Laberge.

François Bélanger enseigne la littérature à l’université de Québec. Il est marié à Élisabeth et aime sa femme. Un jour de rentrée, il croise le regard de la jeune Anne Morissette. Dès lors, comment résister au désir fou qui le consume ? « Lui qui s’était toujours cru à l’abri, bien tassé dans son œuf conjugal et professionnel ne comprenait pas pourquoi tout à coup il en ressentait les parois et l’étroitesse. » (p. 15) De son côté, l’étudiante ne sait que faire de l’attirance qu’elle éprouve pour son professeur. Elle qui vit si librement, refusant toute attache et toute promesse, se sent menacée par cette passion qui les consume. François aime Élisabeth. Et il aime Anne. Il ne peut envisager de quitter la première, mais il ne peut tolérer de vivre sans la seconde. « Anne contient la fin, Élisabeth la durée. Et il se doute que jamais il n’aurait pu se consumer en Anne si Élisabeth n’avait pas existé. Que sans elle, peut-être que lui aussi aurait fui. » (p. 136) Des années plus tard, Élisabeth comprend que François en a aimé une autre. Elle s’épuise alors à remuer le passé, à interroger ceux qui savaient, à comprendre comment elle a pu ignorer la grande passion de son mari. « Tu veux savoir si il y a de quoi être jalouse, si François l’aimait plus que toi, mieux que toi, si ça valait la peine, si c’est une fille assez intéressante pour que ton chagrin ne soit pas du gaspillage. » (p. 206) Pour reprendre sa route et pardonner à François, Élisabeth va devoir dire adieu à quelques illusions et à beaucoup de peurs.

Marie Laberge ne parle pas d’adultère, elle parle d’amour. François est-il coupable d’en aimer une autre qu’Élisabeth ? Est-on coupable d’aimer ? « Et, de façon irrémédiable, il sait qu’il a affaire non à une liaison, mais à la passion. Et il y consent. » (p. 89) Le polyamour, thèse à la mode depuis quelque temps, est ici présenté avec simplicité et évidence. Il est des cœurs qui peuvent aimer à foison sans trahir, ni abandonner. La société condamne ce qu’elle considère comme une errance des sentiments ou une manifestation vile de pulsions charnelles. Mais le désir n’est pas coupable quand il est vécu comme le fait François. « Vaincu, débouté, il rentre, taraudé par le désir d’Anne, soumis comme à un vieux mal si connu qu’il en est presque aimé. » (p. 45) Ce roman m’a beaucoup émue. Le style de Marie Laberge est impeccable, sonore et poétique, follement sensuel parfois et terriblement tranchant quand il faut achever. Quelques adieux me donne encore plus envie de découvrir le reste de l’œuvre de cette grande auteure québécoise.

Mon avis sur Ceux qui restent.

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Les quatre filles du révérend Latimer

Roman de Colleen McCullough.

Edda, Grace, Heather et Kitty sont les quatre filles du révérend Thomas Latimer. Elles ont grandi à Corunda, en Nouvelle-Galles-du-Sud. Edda et Grace sont jumelles, filles du premier mariage du révérend. Heather et Kitty le sont également, nées des secondes noces du pasteur. Maude, la mère des deux dernières, n’a jamais caché sa folle préférence pour Kitty, dont la beauté exceptionnelle frappe toux ceux qui la croisent. Mais entre les sœurs, point de jalousie. Les quatre filles s’aiment et se soutiennent envers et contre tous. « Comment aurait-il pu deviner la puissance des liens qui unissaient des sœurs, des jumelles plus encore ? » (p. 359) C’est ensemble qu’elles entrent à l’hôpital de Corunda pour devenir infirmières. Dans les années 1920, en Australie, la profession est en train de changer et l’ambition des filles Latimer ne pourra qu’en bénéficier. Chacune choisit alors son destin. « Leurs personnalités avaient modelé différemment leurs traits, et leurs regards ne se posaient pas sur le même horizon. » (p. 19) Grace préfère se consacrer à un époux et à une famille. Edda est déterminée à devenir la meilleure et à voyager pour oublier sa déception de ne pas avoir suivi d’études de médecine. Heather veut également se consacrer à son métier et ne pas s’encombrer d’un mari. Kitty hésite entre bonheur conjugal et indépendance. Les années passent, les sœurs restent soudées même si la vie écarte leurs chemins. « Comment pourrait-on faire l’économie du chagrin lorsqu’on perd la moitié de soi-même ? » (p. 100) Autour d’elles, alors que l’hôpital se modernise sous l’impulsion de son nouveau directeur, l’Australie souffre de la Grande Dépression.

Après avoir lu Les oiseaux se cachent pour mourir et L’espoir est une terre lointaine (méconnu, mais bien plus épique que le précédent), j’espérais un autre grand roman australien de Colleen McCullough, un texte passionné et passionnant. Hélas, ce roman est plaisant, mais sans profondeur. Il s’attache surtout à rappeler sans cesse, jusqu’à l’overdose, combien les sœurs Latimer se ressemblent, mais pas tant que ça. « Lorsque vous connaîtrez mieux les sœurs Latimer, vous vous rendrez compte qu’au sein de chacune des deux paires de jumelles les traits communs se trouvent nettement délimités chez l’une tandis que chez l’autre on les croirait un peu gauchis, déformés comme dans les miroirs concaves ou convexes des fêtes foraines. » (p. 198) Comme s’il était vraiment nécessaire de démolir à ce point le mythe selon lequel les jumeaux de même sexe sont identiques, copies conformes sans distinction, ni saveur. Mon regard sur la question est sans doute biaisé puisque j’ai un frère jumeau et deux petites sœurs jumelles qui n’ont ABSOLUMENT RIEN de conforme. Autre point que l’auteure répète encore et encore, c’est l’immense affection qui lie les quatre jeunes femmes. « Les filles du pasteur ne demandent rien d’autre que de voir leurs sœurs nager dans le bonheur. » (p. 388) Sorti de cela, le roman tente une réflexion assez maigre sur l’indépendance et l’émancipation des femmes. Bref, Les quatre filles du révérend Latimer offre un bon moment de lecture, mais bien décevant par rapport à d’autres romans de la même auteure.

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Bel-Ami

Roman de Guy de Maupassant.

Ancien hussard, Georges Duroy enrage dans la vie civile, incapable de réaliser ses grandes ambitions. Une rencontre fortuite lui ouvre les portes du journalisme et d’un monde riche et brillant. Sa belle figure lui est en outre un atout non négligeable. « Dis donc, mon vieux, sais-tu que tu as vraiment du succès auprès des femmes ? Il faut soigner ça. Ça peut te mener loin. […] C’est encore par elle qu’on arrive le plus vite. » (p. 18) Il devient l’amant de Madame de Marelle, s’étourdissant d’amour et de plaisir dans les bras de cette bourgeoise. Hélas, sa nouvelle position ne l’a pas rendu plus riche et il court sans cesse après l’argent. « Puisqu’elle avait des envies qu’il ne pouvait satisfaire dans le moment, n’était-il pas naturel qu’elle les payât plutôt que de s’en priver ? » (p. 87) Décidé à réussir et à s’imposer, Duroy finit par épouser la veuve de celui qui l’a introduit dans le journalisme, mais il nourrit une profonde jalousie pour cette femme dont il n’arrive pas à percer tous les mystères. Finalement riche et reconnu, Duroy n’en a toujours pas assez et vise toujours plus haut, vers la jolie fille d’un homme récent devenu millionnaire.

Maupassant, roi du cynisme ! Quel plaisir de lire le portrait de Duroy, envieux et impatient, que rien ne satisfait jamais ! Son ambition est retorse et cruelle, elle ne s’embarrasse pas de scrupules et piétine les sentiments des femmes. Bel-Ami porte un regard acerbe sur le journalisme, montrant ses liens étroits et suspects avec la politique et la finance. Point de tendresse ou de compassion ici : l’amour et la presse se mènent d’une même main de fer et d’affaires.

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Billevesée #247

Le mot « amiral » est dérivé du mot arabe « émir », titre de noblesse attribué à un homme qui commande.

Précisions avec l’ami Wikipedia. Une première étymologie le donne comme dérivé de la locutionʾamīr al baḥr, « émir/prince de la mer », étymologie par la suite contestée au profit de la locution ʾamīr al ālī, « très grand chef ».

Alors, billevesée ?

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Americanah

Roman de Chimamanda Ngozi Adichie.

Ifemelu a quitté le Nigeria pour suivre des études en Amérique. Après des débuts difficiles et des années de doute, la jeune femme a trouvé sa place dans ce grand pays. « Elle aimait par-dessus tout pouvoir prétendre, dans ce lieu où régnait l’abondance, être quelqu’un d’autre, admis par faveur dans le club consacré de l’Amérique, quelqu’un d’auréolé d’assurance. » (p. 5) Conférencière pour Princeton, rédactrice d’un blog renommé sur la race et les relations entre les blancs et les autres ethnies, Ifemelu est devenue une Americanah. Mais après treize ans loin de chez elle, elle éprouve le vif désir de rentrer au pays. « Le Nigeria devint l’endroit où elle devait être, le seul endroit où elle pouvait enfouir ses racines sans éprouver en permanence le désir de les arracher et d’en secouer la terre. » (p. 9) Ce retour aux sources est l’occasion de retrouver son identité profonde et peut-être celle de renouer avec Obinze, son amour de jeunesse. Leur relation avait explosé à cause de la distance et des déboires américains d’Ifemelu dans les premiers temps de son séjour outre-Atlantique. « Cette façon d’insinuer que l’Amérique l’avait en quelque sorte irrévocablement changée avait planté des épines dans sa peau. » (p. 20)

Avant de rentrer à Lagos, Ifemelu décide de se faire tresser les cheveux comme quand elle était jeune. Assise dans une boutique minable, entre les mains d’une jeune coiffeuse, elle se souvient de son arrivée en Amérique, de ses études, de son intégration et de ses deux grands amours américains, Curt et Blaine, qui n’ont cependant jamais réussi à lui faire oublier vraiment Obinze. Elle se rappelle qu’elle s’est sentie noire en arrivant en Amérique, que la couleur de sa peau lui était à la fois une identité, un passé et une condition sociale aux yeux des blancs. « Tu es dans un pays qui n’est pas le tien. Agis comme il faut si tu veux réussir. » (p. 132) Dans son blog, elle a écrit sans tabou sur la place des noirs en Amérique. Elle a réfléchi à la grande question des cheveux des Noires : doivent-elles les défriser, les tresser, les porter librement ? Que disent les cheveux des Noires aux Blancs ? « Tu vois le problème avec des yeux américains. Mais le problème est que tu n’es même pas une véritable Americanah. » (p. 422) Elle a vécu et observé les combines des immigrés : mariages blancs, prêts de carte de sécurité sociale, magouilles pour avoir une carte verte.

Entre intégration, voire assimilation, et racisme, le Noir américain ou non américain doit gagner sa place et sans cesse prouver sa réussite. L’exemple éclatant de ce succès complet, c’est Barack Obama, alors candidat à la présidence américaine. Le rêve américain s’incarne dans cet homme noir charismatique et ambitieux. De retour à Lagos, Ifemelu sera-t-elle qui a réussi en Amérique ? Retrouvera-t-elle sa place dans son pays ? « Parce qu’à l’époque où ils s’étaient quittés, elle ne connaissait rien des sujets qu’elle traitait dans son blog, il eut l’impression de l’avoir perdue, comme si elle était devenue quelqu’un qu’il ne pouvait plus reconnaître. » (p. 415) Entre ici et là-bas, les racines et l’identité sont bien difficiles à préserver.

Que d’humour et de tendresse dans ce récit ! Chimamanda Ngozi Adichie bouscule les clichés et le politiquement correct pour dresser des portraits sincères d’une jeunesse africaine attirée par les lueurs de la grande Amérique ou de l’Europe, mais désireuse de réussir dans son pays. Un très grand roman, sensible et drôle.

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Fin de la parenthèse

Bande dessinée de Joann Sfar. À paraître le 14 septembre.

Seaberstein revient de son exil volontaire. Retour en France. Retour à Paris. Farida Khelfa, responsable du Centre Dalinien pour le Futur, lui propose une expérience particulière : s’enfermer avec quatre modèles pendant quatre jours et les dessiner. « Tu crois qu’il va réussir à faire bosser quatre filles à poil en vase clos pendant quatre jours et quatre nuits sans retirer ses vêtements ? » (p. 37) Un peu comme l’avait fait Salvador Dali. Dali dont le corps n’a pas disparu : il est cryogénisé et son réveil doit être le clou d’un défilé de mode très attendu. Dans un hôtel particulier, Seaberstein et quatre jeunes filles vivent une expérience coupée de l’actualité, entre nudité, champignons hallucinogènes et plongée dans l’univers du grand maître espagnol. Pendant ce temps, le monde continue sa course folle et meurtrière : alors que Seaberstein crée, des hommes massacrent et la réalité se fait coupante.

La nudité explose dans cette œuvre : les modèles déambulent (presque) sans pudeur et sans vêtement alors que Seaberstein reste habillé. Le contraste entre peau nue et peau vêtue n’en est que plus grand. Et même habillé, le corps ne semble pas couvert. Sfar dessine des corps pointus et anguleux. Même les silhouettes corpulentes semblent tranchantes, comme si le corps devait marquer nettement ses contours et ses limites pour exister.

En ouvrant cette bande dessinée, je m’attendais plus ou moins à une suite de Tu n’as rien à craindre de moi et des amours douces-amères de l’artiste Seaberstein. Ici, il est beaucoup moins question d’amour. Plutôt de sexe, de religion, de folie et de création. « Le livre dessiné que vous tenez en mains n’est que la transcription d’une expérience réelle, vécue à Paris l’an dernier par quatre modèles et un dessinateur. » (p. 6) Psychédélique et fantasmagorique, cette œuvre nous plonge dans les tableaux de Salvador Dali : on les voit presque mieux quand ils sont dessinés par Joann Sfar. Ils semblent moins impressionnants, toujours aussi étranges, mais peut-être moins hermétiques. On a en tout cas envie de courir les revoir à L’espace Dali. Peut-être pourra-t-on alors apercevoir la silhouette du peintre, quelque part…

Du 9 septembre 2016 au 31 mars 2017, L’espace Dali Paris présente l’exposition Joann Sfar – Salvador Dali : Une seconde avant l’éveil. Quasi certaine d’y faire un tour !

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Billevesée #246

J’ai une imagination très visuelle. Parfois trop. L’expression « vent debout » donne de belles choses dans ma tête…

Dans le jargon marin, l’expression s’écrit en fait « vent de bout » (prononcer « boute »), « bout » remplaçant « face ».

Un navire qui vogue par vent de bout se prend donc le vent de plein fouet, un vent venu de la route qu’il veut suivre.

Maintenant que je sais ça, je peux essayer d’arrêter d’imaginer le vent sur ses pattes arrières…

Alors, billevesée ?

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Le festin de Babette

Nouvelle de Karen Blixen.

Dans la petite ville norvégienne de Berlewaag, Martine et Philippa, deux vieilles sœurs célibataires, vivent frugalement et pieusement en respectant la mémoire de leur défunt père, pasteur de la communauté. Leur bonne à tout faire, Babette, est une communarde qui a fui la France et a su s’imposer en douceur dans le ménage. La maison est bien tenue et personne ne peut rien lui reprocher, si ce n’est de ne pas parler très bien norvégien. Un jour, elle apprend qu’elle a gagné dix mille francs à la loterie. Elle offre à ses maîtresses de servir un somptueux dîner français pour l’anniversaire de leur père. « Non, non ! Babette ! Comment pouvez-vous vous figurer pareille chose? Croyez-vous donc que nous vous permettrons de dilapider votre précieux trésor en nourriture et en boissons et, de plus, à notre avantage ? Non, Babette, c’est impossible. Babette fit un pas en avant, et ce mouvement eut la soudaineté et la violence d’une vague qui se dresse, formidable et menaçante. S’était-elle avancée de la même manière en 1871 pour planter le drapeau rouge sur une barricade ? » Babette est bien décidée à user de son pécule comme il lui chante ! Les nombreux invités des deux sœurs se régalent alors d’un repas à nulle autre pareil, digne des meilleurs restaurants français. Et pour Babette, ce festin ravive les souvenirs de sa vie française et de ses talents culinaires.

Élevée au rang d’art, voire de manifeste, la cuisine n’a pas ici pour but de rassasier, mais bien de séduire et d’envoûter. On voudrait être attablé avec les convives pour goûter les vins extraordinaires, l’étonnante soupe de tortue ou les cailles en sarcophage.

J’avais peu apprécié La ferme africaine de Karen Blixen, mais j’ai passé un très bon moment avec la bonne française et ses casseroles. Quant aux autres textes du recueil, je ne les ai pas lus. Et à ceux que ça dérange, j’invoque du droit du lecteur tels que les a écrits Daniel Pennac. Et puis c’est tout !

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La dame en blanc

Roman de Wilkie Collins.

Walter Hartwright, professeur de dessin, s’est épris de la douce et belle Laura Fairlie, héritière du domaine de Limmeridge House. Hélas, la jeune femme est déjà fiancée à Sir Percival Glyde qui, sous des dehors charmants, semblent n’en vouloir qu’à la fortune de sa future épouse. « Il existe un autre malheur, […] qui peut frapper une femme et la faire souffrir toute sa vie dans le déshonneur et la réprobation. […] Le malheur d’avoir cru avec beaucoup trop de candeur dans sa propre vertu et dans la loyauté et l’honneur de l’homme qu’elle aime. » (p. 93) Désespéré par cet amour impossible, Hartwright est également très intrigué par une étrange rencontre qu’il a faite à Londres, la veille de son arrivée à Limmeridge House : une jeune femme tout en blanc, effrayée et désorientée, a surgi devant lui dans la nuit et il semble qu’elle connaisse le terrible secret de Sir Percival et de son acolyte, le comte Fosco. « N’auriez-vous pas peur d’un homme qui vous aurait enfermée dans une maison de folles et voudrait vous y interner à nouveau ? » (p. 201) Figures fantomatiques, asile de fous, échange de personnes, tout cela compose la formidable intrigue dans laquelle sont précipités les protagonistes. Heureusement, Marian Halcombe, la demi-sœur de Laura, veille et puise dans son amour pour la jeune femme une force inépuisable. « Cette histoire montre avec quel courage une femme peut supporter les épreuves de la vie et ce dont un homme est capable pour arriver à ses fins. » (p. 7)

Nouée avec un immense talent et un parfait sens du rythme, cette intrigue se lit sans reprendre son souffle. Les différents témoignages et narrateurs qui composent le récit éclaircissent peu à peu le mystère qui se maintient cependant jusqu’aux dernières pages. Évidemment, gloire à la morale victorienne, les gentils finissent heureux et les vilains sont punis. La dame en blanc est à la hauteur Secret absolu ou de Armadale et me fait oublier la semi-déception de L’hôtel hanté.

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Mrs Dalloway

Roman de Virginia Woolf.

Résumé pris sur Babelio, de la main de Sana Tang-Léopold Wauters (ça change de la quatrième de couverture quand on ne sait pas comment présenter un livre…) : Les préparatifs d’une soirée, l’errance mentale d’un personnage énigmatique… C’est sur ces rares éléments d’intrigue que repose le récit d’une journée dans la vie de Clarissa Dalloway. Dans sa première œuvre véritablement moderniste, Virginia Woolf rompt définitivement avec les formes traditionnelles du roman. Les souvenirs (ceux de Peter Walsh l’amour d’autrefois, de Sally Seaton l’amie de jeunesse) ressurgissent au gré de tout un réseau d’impressions et de sensations propres à l’héroïne, qui elle-même est vue à travers les yeux d’une myriade d’autres personnages (sa fille, Peter lui-même) qui traversent cette journée rythmée par le carillon de Big Ben, seul élément objectif qui demeure dans ce tableau impressionniste. Par un mouvement de ressac, le texte opère des incursions dans les différentes consciences en présence, qui à leur tour se coulent hors d’elles-mêmes pour envahir le monde extérieur et se relayer. Les différentes voix, sur le mode du monologue intérieur et du discours indirect libre, viennent enfler le texte, formant ainsi un entrelacs de « courants de conscience » tissé avec une aisance qui, déjà remarquablement maîtrisée, n’est pourtant qu’un prélude à la Promenade au phare et aux Vagues qui constitueront l’apogée de l’œuvre de Virginia Woolf.

J’ai lu ce livre une première fois quand j’étais lycéenne et j’avais tout simplement détesté. Ah, les grandes déclarations de l’adolescence ! Décidée à ne pas rester sur une mauvaise impression, les mérites de ce livre m’ayant été vantés par de nombreuses personnes, j’ai pris mon courage à deux mains. Et cette fois, je n’ai pas détesté. Je me suis ennuyée. Et c’est bien pire : quel tiède sentiment que le désintérêt ! Certes, la forme de ce roman est novatrice, mais le bât blesse justement là : Mrs Dalloway est davantage un roman de forme qu’un roman de fond. Et je ne suis hélas pas sensible à ce genre de littérature. Deuxième rendez-vous manqué avec Clarissa Dalloway, et probablement avec l’œuvre de Virginia Woolf.

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Billevesée #245

Le corso, défilé de chars fleuris, est une fête très populaire dans le sud de la France ou dans les pays méditerranéens, souvent organisée à l’occasion de l’arrivée du printemps.

Ce terme italien signifie « rue » ou « promenade publique ».

C’est logique puisque le défilé se fait dans la rue.

Alors, billevesée ?

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Purity

Roman de Jonathan Franzen.

Quatrième de couverture : Purity, alias Pip, est étudiante à Oakland, en Californie. Elle qui a grandi sans connaître l’identité de son père, élevée par une mère qui ne dévoile rien de sa vie, elle se tourne naturellement vers le journalisme d’investigation. On la dirige alors vers l’Allemand Andreas Wolf, un lanceur d’alertes charismatique rappelant par bien des côtés Edward Snowden et Julian Assange. Depuis la base secrète de son ONG en Bolivie, Andreas se livre à des attaques ciblées sur internet. Tandis qu’ils se rapprochent dans une relation trouble, Andreas avoue à Pip son secret : il a tué un homme. Dans un récit époustouflant de virtuosité, Jonathan Franzen plonge dans le passé d’Andreas, qui fut un dissident connu dans l’Allemagne de l’Est des années 80, et jette ses personnages dans les courants violents de l’histoire contemporaine. Purity est un livre où tout le monde ment, pour cacher ses erreurs, ses fautes et ses crimes. C’est un thriller qui n’épargne pas les pouvoirs et ceux qui en abusent. Mais aussi un roman d’amour désespéré dans lequel le sexe et les sentiments s’accordent rarement. On l’aura compris : jamais Franzen n’aura été aussi audacieux, aussi imprévisible que dans ce roman à la fois profond et formidablement divertissant.

Quand je fais l’impasse d’un résumé à ma sauce pour me contenter de la quatrième de couverture, c’est souvent que j’ai abandonné le livre avant la fin. Ici, j’ai rendu les armes à la page 172 sur 730. La lenteur dans la mise en place de l’intrigue et dans l’installation des personnages qui ne m’avait pas gênée dans Freedom m’a semblé ici exagérée et artificiellement prolongée. Chaque entrée dans l’histoire est immédiatement stoppée par des souvenirs, des récits parallèles et autres effets dilatoires qui m’ont perdue, puis agacée. Ajoutons à cela des personnages qui ont TOUS des problèmes avec la figure maternelle et vous avez une Lili qui s’emmerde royalement.

Purity est pourtant un personnage qui m’intéressait : sa quête du père est motivée et pas uniquement au niveau sentimental. Son manque de confiance fait écho au mien et ses interrogations sur sa place et son utilité dans le monde et la société sont de celles qui m’obsèdent. Mais à force d’attendre de voir son personnage prendre de l’ampleur, et bien que j’ai sauté quelques dizaines de pages pour voir si ça progressait un peu, je me suis lassée. Tant pis, rendez-vous manqué avec ce roman !

Des extraits pour terminer.

« Elle-même n’avait ni frère ni sœur, elle ne pouvait s’empêcher d’être agacée par les exigences et le soutien potentiel de ceux des autres, leur normalité de famille nucléaire, leur fortune de proximité héritée. » (p. 24)

« Pip voulait œuvrer au bien commun, ne serait-ce qu’à défaut de plus grandes ambitions. Sa mère lui avait transmis l’importance de mener une vie moralement déterminée, et l’université, une inquiétude et un sentiment de culpabilité face aux schémas de consommation non viables du pays. » (p. 47)

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La dernière séance

Roman de Larry McMurtry.

Sonny et Duane sont lycéens. Entre les cours, les entraînements de football ou de basket et les petits boulots pour gagner quelques sous, ils pensent toute la semaine au samedi soir, moment béni où, dans le cinéma de la ville ou sur la banquette de leur camionnette, ils pourront peloter leurs petites amies respectives. À Thalia, dans le Texas, il n’y a de toute façon pas d’autre chose à faire en 1951. Alors que Sonny s’ennuie avec Charlene et pense à rompre, Duane est fou d’amour pour la jolie Jacy. Hélas, l’adolescente a un peu trop conscience de sa beauté et elle nourrit des rêves romantiques qui alimentent ses ambitions naïves et sa perversion naissante. « Elle avait couché avec deux des hommes les plus intéressants de toute la ville, et ni l’un ni l’autre n’était tombé amoureux d’elle, ni même manifesté le moindre intérêt pour recoucher avec elle. » (p. 198) Sonny aimerait bien peloter la jeune fille, mais c’est la copine de son meilleur copain. Et il y a Ruth, la femme de l’entraîneur, la seule personne véritablement disposée à aimer quelqu’un dans la petite ville de Thalia.

En dressant le portrait d’une jeunesse disposant de peu de perspectives, à savoir le service militaire, un mariage prématuré et un boulot sur la plateforme pétrolière, Larry McMurtry déploie une nostalgie cocasse portée par une désillusion désabusée. Les garçons ne pensent qu’aux filles, lesquelles savent très bien se faire désirer et se dérober. « Il avait le cafard parce qu’il la désirait et savait bien qu’il ne l’aurait jamais. » (p. 35) Ces jeunes gens ont peu de distractions : les matches où l’équipe de Thalia est systématiquement battue, le billard, le maigre cinéma ou les blagues plus ou moins méchantes envers Billy, le simplet qui balaie toute la ville. « Il voulait travailler dur et se fatiguer pour ne plus passer les nuits éveillé à se sentir seul. Il ne se passait pas grand-chose et il semblait que ça ne changerait plus jamais tellement. » (p. 239) Ces gamins sont à l’image de Thalia, ville qui vivote à côté d’un champ de pétrole qui a fait la fortune de quelques familles et qui épuisent toutes les autres. Ce n’est pas une Amérique glorieuse que présente Larry McMurtry : effacé le grand rêve américain, disparu l’espoir d’une vie libre. À Thalia, tout n’est que routine, morosité et solitude.

Larry McMurtry a écrit d’autres romans dont Duane est le protagoniste. J’ai bien envie de voir ce qu’il advient de ce jeune homme dont le cœur a été piétiné. Peter Bogdanovitch a adapté ce roman au cinéma : ne me reste qu’à mettre la main dessus ! Et McMurtry, je vous recommande vivement Lonesome Dove, magnifique épopée dans le Far West, chant du cygne de toute une époque.

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L’île au trésor

Roman de Robert Louis Stevenson.

Faut-il vraiment résumer ce roman ? Bon, d’accord, en quelques mots. Le jeune et intrépide Jim Hawkins accompagne le docteur Livesey et le chevalier Trelawnay dans un voyage maritime vers le trésor de Flint, terrible flibustier disparu depuis des années. Mais le trésor intéresse aussi la bande de Long John Silver, pirate à une jambe. « Je veux que ce chevalier et ce docteur trouvent la marchandise et nous aident à l’embarquer, par tous les diables. » (p. 77) Sur l’Hispaniola, puis sur l’île, les deux groupes s’affrontent vaillamment afin de découvrir le fameux butin et le garder.

Il était temps que je relise ce roman d’aventures découvert dans ma lointaine jeunesse. J’avais oublié certaines subtilités de l’intrigue. Je voulais surtout comparer l’histoire originale avec l’adaptation animée La carte au trésor que j’ai récemment vue et appréciée. Dans l’une comme dans l’autre, l’aventure et l’héroïsme sont au centre de l’histoire. Ce roman est absolument parfait en lecture d’été : divertissant, palpitant et dépaysant !

* L’illustration n’est pas une première de couverture, mais la carte figurant en première page de l’édition numérique que j’ai lue.

L’adaptation en BD était très sympathique !

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La science chez Stephen King

Essai de Loïs H. Gresh et Robert Weinberg.

Sous-titre : De Carrie à Cellulaire, la terrifiante vérité derrière la fiction du maître de l’horreur.

Si la marque de Stephen King est l’horreur, les ressorts de cette dernière ne sont pas (que) des monstres sanglants, mais des sciences qui ont dégénéré, donnant des personnages inquiétants et dérangeants ou encore des machines animées de sombres intentions envers les hommes. « Avec Stephen King, l’humanité profite rarement de la science. » (p. 8) Les pouvoirs psychiques de Carrie ou Charlie sont terrifiants, tout autant que le comportement haineux de Christine, bagnole démoniaque, ou d’une presse à linge qui broie les ouvriers.

Les deux auteurs remontent aux sources de bien des théories : télékinésie, extraterrestre, intelligence artificielle malveillante, voyage dans le temps ou super-virus qui décime l’humanité, Stephen King n’a rien inventé, mais il a su faire à sa main les grandes terreurs humaines nées de la science pour les rendre profondément modernes et, par conséquent, bien plus terrifiantes. « Dans tous ses livres, il pose la question universelle : que se passerait-il si ? » (p. 50) Ses sources et ses inspirations sont nombreuses, et il sait glisser des références et des clins d’œil dans ses œuvres, prouvant ainsi son érudition et son intelligence.

Pour apprécier cet ouvrage, il est évident qu’il est préférable d’avoir lu un certain nombre des textes de Stephen King, de Carrie à La tour sombre, d’autant plus que les romans se répondent entre eux et forment un gigantesque puzzle narratif, un impressionnant univers littéraire. « Le plus grand talent de Stephen King est sa capacité à mélanger l’horrible à l’ordinaire. Ses romans, comme ses nouvelles, mettent en scène des gens normaux, comme vous et moi, qui rencontrent le bizarre, l’étrange et le monstrueux. » (p. 6) Preuve irréfutable avec Cujo : le gros saint-bernard autrefois débonnaire qui terrorise tout le monde lors d’un épisode caniculaire a simplement été mordu par une chauve-souris enragée. « King et Alfred Hitchcock partagent cette habileté de nous faire peur par la psychologie au lieu de mettre en scène des monstres ou de montrer du sang. » (p. 222) Pourquoi a-t-on peur de Cujo ? Parce qu’il est follement agressif, parce qu’il empêche une mère et son enfant de quitter leur voiture sans climatisation exposée en plein soleil, parce que ce qui aurait dû être une journée tranquille dans une petite ville devient une fournaise interminable.

Cet ouvrage n’est pas inintéressant, mais il souffre de quelques faiblesses, à se demander si les auteurs ont lu attentivement les romans dont ils parlent puisqu’ils les résument au mieux grossièrement, sinon avec des erreurs. En outre, certaines théories et conclusions sont hâtives et, selon moi, un peu bâclées. « Lisez n’importe quel livre de Stephen King pour observer la méfiance de l’humanité et la haine de l’étranger. C’est peut-être pour cela que les livres de Stephen King sont si populaires. Ils jouent sur nos peurs les plus profondément ancrées et notre terreur collective de l’inconnu, y compris des étrangers. » (p. 106) Ce n’est pas faux, mais les auteurs semblent méconnaître l’importance de l’amitié, de la famille et de la communauté. Certains héros de Stephen King sont curieux, courageux et ouverts au monde, même si la confrontation avec des forces malveillantes les oblige à se protéger. « Comme la science chez Stephen King est un mélange de science et d’horreur, il part du principe que les étrangers seraient forcément hostiles. » (p. 96)

Un autre reproche que je fais à cet ouvrage est de présenter des sujets scientifiques très complexes, comme la théorie des cordes ou les trous de ver. C’est certes passionnant, mais ça ne sert pas vraiment le propos du livre. Pire, les auteurs tentent à toute force de rattacher les romans de Stephen King à ses théories. Parfois, c’est crédible, parfois, c’est manifestement tiré par les cheveux… La conclusion est intéressante en ce qu’elle ramène au fonds de commerce de Stephen King, à savoir foutre les chocottes à ses lecteurs, mais elle ne dit rien du postulat des deux auteurs de l’essai : quid de la science ? Plus rien. « Il vaut mieux se permettre certaines peurs, comme celles de chiens tueurs ou de rôdeurs psychotiques. Si nous faisons disparaître la peur, comment pourrons-nous combattre Ça ou Les Tommyknockers ? » (p. 238)

Bref, cet essai n’est pas dénué d’intérêt, mais à lire avec circonspection et en connaissant un peu son King. Moi, fan ? Si peu…

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Juste avant le crépuscule

Recueil de nouvelles de Stephen King.

En ouvrant ce recueil, vous êtes invités à :

  • Attendre un train pour l’éternité,
  • Courir pour échapper à la mort,
  • Raconter vos rêves pour qu’ils ne se réalisent pas,
  • Intervenir dans une dispute conjugale,
  • Pédaler pour maigrir et échapper à des poursuivants mécontents,
  • Vous débarrasser d’objets venus du passé pour alléger votre culpabilité de survivant,
  • Contempler la fin du monde,
  • Rétablir l’ordre du monde,
  • Vous méfier des chats,
  • Vous méfier des autostoppeurs,
  • Vaincre la maladie par un baiser,
  • Vous équiper pour aller au petit coin et vous méfier de vos vieux voisins.

Le rythme de chaque nouvelle, courte ou longue, est impeccable et leur enchaînement fait sens, comme un gigantesque plan cosmique qui se mettrait en place. « Il y a la partie rationnelle de mon esprit qui me dit que ce ne sont que des conneries, mais une est persuadée que non, pas du tout, et c’est celle-ci qui a le dessus. » (p. 206) Au détour d’un article, on retrouve Castle Rock qui est le lieu de l’intrigue de plusieurs romans du King et on croise Julia Shumway dont le personnage sera largement développé dans Dôme. Il y a les sujets que l’on aime retrouver chez cet auteur, parce qu’on sait qu’il les aime aussi et qu’il sait en parler : la famille, l’écriture, l’Amérique, les rêves, les peurs, etc. Comme l’assassinat de JFK, le 11 septembre a une place particulière dans l’univers de l’auteur : c’est une balise sinistre qui jette un éclat sombre sur les États-Unis et l’histoire.

Dans l’introduction, Stephen King explique son rapport aux nouvelles qui sont des histoires urgentes qui se présentent à lui, souvent quand il consacre son énergie à des textes plus longs. S’il met certaines idées de côté pour les reprendre ensuite, d’autres lui échappent ou évoluent jusqu’à se transformer et devenir des histoires complètement inédites. « La réalité est un mystère […], et la texture quotidienne des choses est le rideau dont nous le drapons pour masquer son éclat et ses ténèbres. Je pense que nous recouvrons le visage des morts pour la même raison. Nous voyons dans le visage des morts une sorte de portail. Il est fermé sur nous… mais nous savons qu’il ne le sera pas toujours. Qu’un jour il s’ouvrira pour chacun de nous, et que chacun de nous le franchira. Mais il y a des endroits où ce rideau est usé jusqu’à la trame, où la réalité est ténue. Un visage regarde de l’autre côté. » (p. 217) Juste avant le crépuscule est une excellente moisson de textes dans lesquels Stephen King prouve toute l’étendue de son talent de conteur d’histoires qui font flipper. « Les rêves sont les poèmes écrits par le subconscient. » (p. 101) Il y a du sang, de la sueur et de la merde, de la peur, du désespoir et de l’angoisse. Mais aussi une certaine dose d’humour pour qui aime le second degré et l’autodérision. Et dans la note conclusive, ce bon vieux King titille mes terreurs récurrentes et mes TOC mal assumés. À croire qu’il lit dans ma tête, ce salopiaud !

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Billevesée #244

À l’abordage !

Qui ne connaît pas le fameux drapeau noir avec un crâne et deux tibias (ou deux sabres) croisés ?

En anglais, ce terrible pavillon s’appelle le Jolly Roger. Ce nom vient du français « joli rouge » : dans les codes maritimes, le drapeau rouge signifiait qu’il ne serait pas fait de quartier pendant la bataille. À l’origine, le Jolly Roger était donc rouge et pas noir.

Alors, billevesée ?

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