Annales du Disque-Monde – 5 : Sourcellerie

Roman de Terry Pratchett.

On sait déjà que le huitième fils d’un huitième fils est destiné à être mage. Mais le huitième fils d’un mage, c’est un sourcelier, et cela n’augure rien de bon pour la magie. « Quelque chose d’horrible était sur le point de se produire. Vous vous en doutiez, non ? » (p. 13) La sourcellerie, c’est de la magie plus que noire, une force malsaine qui voudrait dominer l’univers. Le jeune Thune et son terrible bourdon noir sont bien décidés à faire régner les mages au-delà des murs de l’Université de l’Invisible, d’abord sur Ankh-Morpork, puis sur tout le Disque-Monde. Une fois encore, Rincevent, mage médiocre s’il en est, n’échappera pas à l’aventure, lui qui n’aspire qu’à la routine et à l’ennui. Le Patricien a été réduit à néant, le chapeau de l’Archichancelier pourrait tomber entre de mauvaises mains et la Bibliothèque de l’Université de l’Invisible est menacée. Aidé de Conina et de Nijel, deux héros qui ont beaucoup à apprendre en héroïsme, Rincevent se rend dans les lointaines contrées du Disque-Monde et fait son possible pour éviter une guerre magique. « J’ai cherché la magie toute ma vie, et tout ce que j’ai trouvé, c’est des lumières de couleurs, des tours insignifiants et de vieux livres racornis. La magie n’a rien fait pour le monde. » (p. 104)

J’ai décidément une immense tendresse pour le bibliothécaire, anthropoïde entêté et pragmatique. Sous sa garde, les ouvrages millénaires de la grande Bibliothèque sont en sécurité. Le Bagage a également sa propre aventure, lui qui a été repoussé : quelle est sa destinée s’il est privé de propriétaire ? « Le Bagage se sentait malheureux en amour ; il faisait donc comme tout être sensible dans ces circonstances, à savoir se soûler. » (p. 123) Dans ce volume de ses Annales, Terry Pratchett réécrit un peu les Mille et une nuits et nous offre les hilarantes tribulations d’un mage en magie. Il y a finalement peut-être quelque chose à tirer des maigres pouvoirs de Rincevent. « Il savait, lui, au fond de sa tête, qu’il en était un, de mage. Être bon en magie n’avait rien à voir là-dedans. » (p. 25) Lentement, mais sûrement, je me régale des aventures loufoques des personnages de Terry Pratchett.

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Potins #80

Maria Hesse est une autrice et illustratrice espagnole née en 1982.

POTIN – Elle a été professeure des écoles plusieurs années avant de se consacrer complètement à l’illustration.

Lisez : Bowie, Le plaisir, Ces mauvaises femmes, La peur.

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La plus que vive

Texte de Christian Bobin.

Ghislaine était une amie, une âme sœur. Sa mort à 44 ans ébranle Christian Bobin. « L’événement de ta mort a tout pulvérisé en moi. Tout sauf le cœur. Le cœur que tu m’as fait et que tu continues de me faire, de pétrir avec tes mains de disparue, d’apaiser avec ta voix de disparue, d’éclairer avec ton rire de disparue. » Ghislaine était mariée et mère de famille : pour elle, Christian éprouvait un amour unique, un sentiment dénué de romantisme, profond comme le sont toutes les affections inévitables. Perdre cette femme si essentielle à son équilibre laisse l’auteur en proie à des questions insondables. « Je suis devant ta mort comme devant une énigme, une pensée dont je ne sais trop ce qu’elle contient de tendre et de terrible. » Plutôt que de faire de cette perte une fin et un vide, l’auteur décide de faire vivre l’amitié au-delà de la tombe. « Je te retrouve partout, toi qui n’es plus nulle part. »

Troisième lecture que je fais des œuvres de Christian Bobin et je suis désormais certaine que cet auteur m’a conquise. Ici, il parle de la disparition et du deuil avec des mots aussi lumineux que ceux de Philippe Claudel dans Meuse l’oubli. Je suis touchée au cœur, irrémédiablement. La spiritualité religieuse de l’auteur est palpable, mais jamais pesante : chez lui, tout aspire à l’élévation des cœurs et des sentiments.

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Le rêve du jaguar

Roman de Miguel Bonnefoy.

Antonio Borjas Romero, abandonné sur les marches d’une église au matin de son troisième jour, aurait pu connaître une existence misérable. Mais recueilli par une muette qui voit en lui un grand destin, il ira plus loin que les ruelles miséreuses de Maracaibo. « Elle l’alimenta de sa propre colère, de sa douleur silencieuse. » (p. 14) Gamin qui grandit vite, faisant divers métiers pour s’élever dans le monde, il devient quelqu’un dans son pays. À ses côtés, avant de devenir son épouse, Ana Maria Rodriguez a réalisé son ambition et fait mentir une prédiction. « Elle savait qu’elle avait une double lutte à mener, celle de la médecine et celle des femmes. » (p. 112) Après eux, leurs enfants auront à leur tour une vie hors normes, loin des frontières du Venezuela.

Dans ce roman, on croise les dictateurs d’un pays indomptable, des boîtes à rouler les cigarettes, un pingouin échoué loin de ses latitudes, une collection d’histoires d’amour et les innombrables signes qui transforment les existences en destin. Après Sucre noir et Héritage, j’ai retrouvé avec plaisir la plume colorée et vivace de Miguel Bonnefoy. Il faut rapidement que je lise le reste de son œuvre. Je retiens une phrase de ce roman qui me semble s’appliquer parfaitement à l’auteur. « Si tu veux devenir écrivain, parle avec ceux qui ne le sont pas. » (p. 278) Une fois encore, j’ai eu le sentiment que Miguel Bonnefoy s’adressait à tout ce qui vibre en moi de légendes et de réalisme magique pour réjouir mon âme de lectrice.

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Que brûle la nuit

Roman d’Arthur Dayras.

À Lille, son diplôme d’architecte presque en poche, Victor remplit ses nuits d’alcool, de drogues, de musiques et de danses frénétiques. L’amour pour lui se résume aux étreintes sans lendemain et il méprise les attachements. Mais voilà Fleure. « Son visage prolonge la matinée. » (p. 18) Ces deux-là pourraient partager la même première histoire, au-delà de leurs différences. Fleure aime le calme des quotidiens connus, la douceur poussiéreuse des souvenirs et la tendresse tranquille. La routine lui est simple et naturelle, sans angoisse. « Pour Fleure, aimer, c’est une évidence. C’est effrayant, cette certitude ! Je voudrais y croire. Mais je ne peux pas… » (p. 133) Victor tremble devant cette histoire sage, cette relation rassurante, lui qui ne vibre que par l’extraordinaire et les surprises et qui ne sait pas s’attacher. « Il voudrait se prouver qu’il peut en aimer une. Que ce soit Fleure, épris par le besoin d’une aventure plus grandiose que ses nuits. Alors il s’applique dans l’intime. » (p. 79) Hélas, que peut l’amour têtu de Fleure contre un cœur aigre qui ne sait pas aimer, mais qui refuse de ne pas l’être ?

Victor, c’est exactement le dernier homme que j’ai connu : un égoïste qui promet tous les efforts, mais qui n’en réalise aucun et ne se montre digne d’aucun des serments grandiloquents qu’il lance pour se faire croire que c’est ça, aimer. « Je pense qu’il ne t’aimait pas. / Il le disait pourtant. / Il le disait pour lui. Pour ton regard qui l’enveloppait. Mais on n’aime pas ainsi, pas avec cette violence. Il n’a jamais aimé. » (p. 199) Plus Fleure pardonne les écarts, plus Victor se montre odieux, impatient, cruel et absent : tout n’est jamais assez pour l’homme qui croit tout mériter sans rien devoir. Ce dont parle un peu ce roman, c’est l’emprise et la difficulté de s’en libérer. « En elle montait un dégoût pour elle-même, pour sa naïveté. D’avoir aimé sans égal, de s’être fait acculer puis écraser dans un quotidien qui se dérobait. Et malgré tout, elle pensait à lui. C’était terrifiant. » (p. 193) Hélas, sortir d’une relation mauvaise, ce n’est pas toujours suffisant pour se sauver quand l’orgueil remplace le fléau de la passion et l’emporte sur le sentiment vrai.

Dans son premier roman, Arthur Dayras déploie un style puissant, parfois poétique jusqu’à l’étourdissement. « Pour se dire bonjour, chacun a enfoui sa tête dans le creux de l’épaule. Il est trop tôt encore pour s’embrasser, trop tard aussi pour se mentir. » (p. 23) L’auteur écrit à merveille les pudeurs des débuts et les tiédeurs acides des désillusions. Il me déplaît fortement que la fin du roman donne droit au caractère infect du protagoniste : sans être heureux, le dénouement aurait pu épargner Fleure et ne pas en faire une statistique supplémentaire.

Je vous laisse avec deux phrases d’une beauté éblouissante.

« Elle avance avec la légèreté d’une promesse. » (p. 41)

« Comme toutes les premières amours, leurs gestes sont gauches, pleins d’une tendresse d’aube. » (p. 62)

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Potins #79

Jean-Christophe Piot est un journaliste et auteur français né en 1975.

POTIN – S’il était une femme, il serait une crazy cat lady. (J’ai le droit, c’est un ami !)

Lisez : Avec un grand H : chroniques historiques, Les dieux nordiques, Les mondes engloutis : une aventure dont tu es le héros ou l’héroïne.

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Racines

Roman graphique de Lou Lubie.

Rose vit à La Réunion. Elle est une créole blanche aux cheveux crépus. « Même le chien avait le poil plus lisse que moi ! » (p. 8) Depuis son enfance, elle se croit laide à cause de ses cheveux si difficiles à discipliner. Son métissage l’empêche de trouver sa place et d’affirmer son identité. « Je n’étais pas noire… Et les petites filles blanches ont les cheveux lisses. » (p. 14) Quand Rose s’installe à Paris pour ses études, elle se satisfait d’une tête tondue, facile à entretenir et qui lui permet de s’affranchir enfin des mains expertes de sa mère. Mais ses cheveux, pourtant, sont une part de son image et une des raisons de sa dysmorphophobie. Quand elle décide de les laisser repousser, elle découvre le prix des tissages, des défrisages, des tresses et tout le business autour des cheveux afro. Avec la taxe rose en prime, évidemment ! « Je paye le double prix du sexisme et du racisme. » (p. 198) Longues sont les années avant que Rose accepte enfin ses cheveux au naturel, grâce à un entretien approprié. Fini de se cacher à la moindre repousse, fini de se laisser dominer par l’oppressif stéréotype capillaire des souples chevelures européennes ! « L’UNESCO a classé le défrisage parmi les séquelles psychologiques de la traite négrière. » (p. 107) En faisant la paix avec ses cheveux, Rose fait la paix avec son physique et, plus généralement, avec son identité créole réunionnaise.

La première de couverture est une merveille graphique et sensorielle. Sans trop m’avancer, je pense pouvoir dire que l’autrice a mis beaucoup d’elle dans cette œuvre. Elle donne une masse considérable d’informations sur les cheveux, qu’il s’agisse d’histoire, de biologie, d’économie ou de sociologie. Oui, le poil (de tête) est politique ! « Notre société assimile la beauté à la jeunesse, dont la longueur des cheveux est un marqueur social. En se coupant les cheveux, les femmes qui vieillissent quittent la jeunesse et renoncent à leur désirabilité. » (p. 64) En fin d’ouvrage, les sources documentaires invitent à poursuivre la réflexion sur ce sujet majeur. Non, les cheveux, ce n’est pas futile. Être recalé·e à un entretien d’embauche à cause de sa coupe, c’est illégal. Non, il n’existe pas une seule façon d’être une femme bien coiffée : aussi séduisants que puissent sembler les cheveux lisses, les cheveux bouclés/crépus ont droit de cité et surtout droit au respect ! « C’est comme si les cheveux des femmes concernaient tout le monde. » (p. 90) Avec cette très belle œuvre, qui m’a rappelé Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, Lou Lubie montre que les racines capillaires plongent aussi profondément que les racines familiales et historiques : on peut toujours essayer de les arracher, mais la nature trouve toujours un chemin…

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Le gros chat et la sorcière grincheuse – 5

Tome 1Tome 2Tome 3Tome 4

Manga de Hiro Kashiwaba.

Les démons sont partout en ville, la petite Lou est toujours emprisonnée dans les cachots du château et la reine Meadows croit pouvoir vaincre le roi des démons. Mais Jeanne a retrouvé son « petit » et, aidée de l’éternellement dévoué Nâ, elle se dresse une nouvelle fois contre la menace qui pèse sur le royaume. Cette fois, le danger ne vient pas de l’extérieur : la reine est animée par une jalousie dévastatrice et destructrice et, entre ses mains, la magie est un pouvoir maléfique. Soutenue par Lou, Frado et Roby, Jeanne a un dernier combat à mener, prouvant que l’entraide et la solidarité naissent souvent de la diversité.

Grâce aux chapitres flashback, on comprend complètement le passé de Jeanne et de Meadows et les conséquences d’une haine infondée. Le gros plus de ce manga, c’est que les personnages sont archétypaux par leurs noms ou leurs fonctions, mais pas par leur comportement. Loin d’être des caricatures, ils suivent des arcs narratifs complexes. L’ultime volume de ce manga parle à merveille des liens qui unissent les humain·es et leurs compagnons animaux. « Nous avons été séparés pendant longtemps, mais nos sentiments sont restés intacts. » La fidélité animale est illustrée de deux façons très touchantes et OUI J’AI PLEURÉ ! « Tu es vraiment une drôle de bête protectrice, Nâ. » La fin de cette histoire est une parfaite réussite, entre tristesse, soulagement et espoir.

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Le nez d’Edward Trencom

Roman de Giles Milton.

Sous-titre : Les aventures héroïques et byzantines d’un fromager londonien.

J’ai lu ce roman en 2015. J’en gardais le souvenir d’un hommage appuyé aux fromages : un frhommage, en somme… Mais de l’intrigue, il ne me restait pas grand-chose. Au hasard d’une visite dans mes archives de blog, j’ai décidé de relire le roman. Alors, de quoi retourne-t-il ?

En partant d’Edward Trencom, dernier héritier en date d’une grande lignée de fromagers dotés d’un nez exceptionnel, on remonte dans l’Histoire, aux plus sombres heures de la Grèce et des terres byzantines. Le lien des Trencom avec ces régions bien éloignées de Londres est à découvrir au fil des chapitres, mais les principaux intéressés ont la fâcheuse tendance à perdre la vie quand ils explorent les mystères de leur famille et de leur extraordinaire appendice. « Dieu t’a donné ton nez, et tu dois t’en servir. Mais je t’interdis d’en reparler et de chercher à découvrir son origine. » (p. 42)

J’ai retrouvé avec plaisir cette généalogie fromagère maudite et j’ai surtout eu envie, comme lors de ma première lecture, de goûter chacun des fromages évoqués ! Toutefois, j’ai compris pourquoi l’intrigue farfelue ne m’avait pas durablement marquée : la fin part en eau de faisselle et s’avère – comme disent les anglo-saxons – anticlimatic ! Ce roman loufoque brille cependant par l’érudition de son auteur, historien de formation : à la suite des hommes Trencom, on suit des personnages historiques et on traverse des évènements qui ont fait date ! Mais il faut bien reconnaître qu’une fois encore, ce sont les femmes qui ont la tête sur les épaules…

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Potins #78

Rébecca Dautremer est une illustratrice française née en 1971.

POTIN – Elle est chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Lisez : Les riches heures de Jacominus Gainsborough, Midi pile, Des souris et des hommes, Une toute petite seconde, Une chose formidable, Jacomimi.

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Zephyr, Alabama

Roman de Robert McCammon.

En 1964, Cory a douze ans. Une année précieuse, unique dans la vie d’un môme : il n’est déjà plus un tout petit enfant, mais il lui reste une certaine innocence. « Je suis né et j’ai grandi à une époque magique, dans une ville magique, entouré de magiciens. » (p. 8) Mais un matin d’hiver, une fissure zigzague sur l’écran de sa tranquille existence : son père et lui assistent à un meurtre. Cory aperçoit une silhouette dans les bois et ramasse ce qui pourrait être un indice, et son esprit débridé n’a de cesse de trouver qui pourrait être le coupable parmi les habitants de Zephyr, ville tranquille d’Alabama. Pendant une année, le gamin et sa bande de copains vivent des expériences inoubliables : la chute d’une comète, une attaque de guêpes, , une crue destructrice et son monstre marin centenaire, des apparitions de fantômes, des rêves douloureux chargés de sens, des courses à vélo, les menaces d’une famille mafieuse, un été fabuleux et une terrible nuit dans les bois, le racisme du sud des États-Unis, des prières dangereuses et tant d’autres choses. Tout cela est-il vrai ? Après tout, peu importe… « C’est fou ce qu’un enfant peut imaginer. » (p. 158)

Ce long roman aux accents nostalgiques est le récit a posteriori de Cory, désormais adulte, sa genèse d’écrivain : le gamin à l’imagination si fertile vit maintenant de ses mots et il a tout fait pour ne jamais grandir complètement. Le roman évoque Le corps de Stephen King et le film Les Goonies, avec tout ce que cela suppose de tendresse et d’aventures extraordinaires. « Je n’ai jamais eu peur de mes monstres, car ils étaient sous mes ordres. Je dormais parmi eux dans le noir, et ils n’ont jamais dépassé les bornes. » (p. 175) Il ne sert à rien de se demander si le fantastique existe : dans cette histoire, les coïncidences sont les signes venus d’une autre dimension – à vous d’accepter d’y croire ou non – et les indices finissent par s’assembler pour constituer la solution du mystère. J’ai lu ce roman avec gourmandise et j’ai plusieurs fois eu le corps gros devant les insondables chagrins de l’enfance. Voilà de la très belle ouvrage.

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Usagi Yojimbo – 32

Bande dessinée de Stan Sakai.

Miyamoto Usagi croise une fillette effrayée et mutique. Il la raccompagne en ville et comprend vite, avec l’inspecteur Ishida, que l’enfant a perdu son père, impliqué dans des affaires criminelles. D’autres morts se rattachent à cette histoire, mais comment expliquer qu’aucune des victimes ne meurt de la même manière ? Usagi recroise à nouveau la route de la jolie Kitsune et de Kiyoko : pour une fois, la renarde filoute se fait attraper par les autorités et elle n’apprécie pas vraiment ça ! « Les honnêtes voleurs comme moi ne devraient pas être enfermés dans un endroit pareil ! » (p. 79) Au fil des affaires qui l’occupent, le samouraï sans maître et aux longues oreilles est confronté à des médicaments étrangers, à un bienfaiteur masqué peu respectueux des lois, au gang des Gobelins noirs et à un mouchard lâche tout à fait agaçant. Bras armé de la justice et de la protection des faibles, Miyamoto Usagi répond toujours présent.

Avec le beau lapin ronin, on en apprend un peu plus sur la préparation du fugu, poisson dont le foie libère une substance mortelle fulgurante si elle est ingérée. Le dernier chapitre nous présente Chubi Usagi, soit notre héros habituel, mais version ultra kawaï, joufflu et court sur pattes. C’est adorablement ridicule.

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Le coût de la virilité

Essai de Lucile Peytavin.

Sous-titre : Ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes

Premier chiffre à retenir : 96,3 % des personnes détenues en France sont des hommes. L’autrice ne fait preuve d’aucune misandrie : « La virilité, en tant que construction sociale, est donc la véritable cible de cet essai. » (p. 13) Toutefois, elle pointe un élément essentiel : les hommes ont des comportements plus violents, plus dangereux, plus criminels que les femmes. « Leur taux de mortalité évitable est 3,3 fois plus élevé que celui des femmes. » (p. 17) Mais alors, qu’est-ce qui explique une telle différence ? Lucile Peytavin démonte plusieurs clichés : non, la testostérone ne rend pas violent ; non, les hommes des cavernes n’étaient pas « déjà » violents. « Dans l’espace public, ils insultent, ils crachent, urinent, dégradent, menacent, sont responsables de nuisances sonores, adoptent des attitudes provocatrices. » (p. 101)

Ce qui compose le caractère viril et qui en explique les conséquences dangereuses et négatives, c’est la culture, l’éducation, l’apprentissage dans un monde qui glorifie la virilité puissante, voire encourage ses dérives, tandis qu’il ridiculise le calme, le respect, la tendresse et la communication s’ils sont le fait des hommes, attributs qui reviendraient apparemment à la femme ou aux homosexuels. « Transgresser permet donc de consolider son identité masculine. » (p. 73) Nombre de réflexes et de comportements inconscients, mais difficiles à déboulonner, sont acquis pendant l’enfance, au travers des jeux et à l’école. « L’éducation dispensée aux garçons dès leur plus jeune âge est celle d’une “acculturation à la violence” par le biais de la virilité. » (p. 62)

Les violences faites aux femmes sont une façon pour les hommes de réaffirmer les rapports de domination entre sexes, pourtant fondés sur rien d’autre que la volonté de discriminer un groupe social, sans aucune raison naturelle. À noter la double peine pour les femmes : elles sont les principales victimes des comportements virils négatifs, mais quand ce sont elles qui sont violentes, elles sont jugées plus sévèrement (moralement et par la justice), au motif qu’elles iraient contre leur nature féminine en se prêtant à de tels actes.

Les hommes, pourtant, sont également victimes de la virilité qui leur impose de ne pas exprimer leurs sentiments, de faire face : cela conduit à la taciturnité, à la solitude, à des dépressions niées et non soignées et, dans les pires des cas, à des suicides. « La virilité est donc aussi une oppression de l’homme par l’homme. Elle est extrêmement coercitive et discriminante envers les hommes eux-mêmes. » (p. 84)

Au terme de plusieurs pages de calculs socioéconomiques, Lucile Peytavin arrive à un résultat vertigineux. « J’estime à 95,2 milliards d’euros par an le coût des comportements virils sur l’économie française. » (p. 19) Avec un tel budget, le pays pourrait mener bien des chantiers sociaux ! Mais il faudrait déjà que l’État revoie ses actions en intégrant la donnée genrée : puisque ce sont les hommes qui sont très majoritairement responsables de cette dépense faramineuse dans la défense, la justice et la santé, c’est vers eux qu’il faut tourner les politiques et les plans d’action. Ce n’est qu’ainsi que seront réduits les crimes sur les personnes, contre les biens et contre l’État, que des vies seront sauvées (y compris celles des hommes auteurs de ces agissements) et que seront évités des traumatismes. Ce n’est qu’ainsi que commencera à se construire une société pacifiée, libérée et moins polluée. « Pourquoi, alors que la moitié de la population (les filles) est éduquée à respecter les règles régissant notre société, ne pas faire de même avec l’autre moitié (les garçons) ? » (p. 154)

Messieurs, avec les 25 pages de références en fin d’ouvrage, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas, que vous n’avez pas les chiffres ou que vous ne savez pas où chercher : tout est là, y a qu’à se servir ! Moi, je range cet essai brillant sur mon étagère féministe !

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Potins #77

Pierre Lemaitre est un auteur français né en 1951.

POTINStephen King a dit de lui qu’il est« a really excellent suspense novelist ».

Lisez : Au revoir là-haut, Couleurs de l’incendie, Miroir de nos peines, Alex, Trois jours et une vie, Le Grand Monde, Le silence et la colère, Un avenir radieux.

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Le jour d’avant

Bande dessinée de Romain Dutter et Simon Géliot. D’après le roman de Sorj Chalandon.

Le 27 décembre 1974, la fosse 3bis de Saint-Amé dans la mine de Liévin est soufflée par un coup de grisou. 42 mineurs y perdent la vie. Non, 43 : il y aussi Joseph, Jojo, qui meurt des semaines plus tard, à l’hôpital. Mais personne ne reconnaît cette mort : aucun hommage pour Jojo, aucune reconnaissance pour la famille. Michel, le petit frère, dévasté par la disparition de ce frère adoré, jure d’obtenir justice pour les siens. « J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J’allais tous nous venger de la mine, nous laver des houillères. Des crapules qui n’avaient jamais payé leurs crimes. » (p. 91) Toutefois, derrière la vengeance, il y a la terrible histoire d’un gamin arraché à l’enfance.

J’ai retrouvé dans cette bande dessinée la force féroce du Jour d’avant écrit par Sorj Chalandon. Les images donnent au texte une dimension nouvelle, avec des camaïeux différents selon les époques du récit. J’ai une admiration immense pour Sorj Chalandon et j’aime d’autant plus quand il parle du Nord, ma région d’adoption et de cœur. La bande dessinée montre les terrils, le paysage marqué par le travail ouvrier et des vestiges industriels lourds de mémoire. « La mine n’a aucune pitié pour l’homme. Même lorsqu’il remonte au jour, le mineur n’est qu’un survivant. » (p. 191) Le dossier documentaire en fin d’ouvrage est riche de témoignages, de souvenirs et d’archives. Écrire pour ne pas oublier, dessiner pour honorer : ce sont deux faces d’un même hommage aux victimes de la fosse 3bis de Saint-Amé et à tous les morts de la mine.

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Une petite robe de fête

Textes de Christian Bobin.

Dans les premières pages, l’auteur détaille le miracle et la douleur d’apprendre à lire, cette capacité qui creuse chez le·a vrai·e lecteur·ice une faim avide qui ne se calme jamais. « Cette frontière-là, entre les lecteurs et les autres, est plus fermée encore que celle de l’argent. Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque. » (p. 11) Combien ces lignes me touchent au cœur, moi que les livres ont souvent tirée du pire ! Lire, écrire, ce sont les deux faces de la même pièce : que l’on suive des yeux les mots ou que la plume suive le fil de notre pensée, on cherche à sauver son âme. « Il n’y aucune différence entre la lecture et l’écriture. Celle qui lit est l’auteur de ce qu’elle lit. » (p. 62)

Christian Bobin parle aussi d’amour avec une acuité qui me renverse. « Je t’aime. Tu as ce qui éveille en moi le statut d’amour, puisque tu peux l’éveiller c’est que tu peux le combler, si tu peux le combler c’est que tu dois le combler, tu es le complément en moi du verbe aimer, le complément d’objet direct de moi, j’aime qui, j’aime toi, tu es le complément de tout […]. » (p. 38) Je retrouve dans ce passage un rien, un quelque chose, une trace de Marguerite Duras. Il y a cette façon si particulière dont la phrase s’échappe, se précipite pour dire d’autres mots, dire tous les mots sans en oublier…

L’auteur chante les temps merveilleux de l’enfance et de l’amour, si fugaces, si intenses, si merveilleusement et douloureusement nostalgiques quand ils sont achevés. Quand il s’adresse à la femme qui habite en son cœur, Christian Bobin dépasse les mots, car aucun n’est assez juste pour dire le sentiment. Que l’humain est démuni face à l’amour ! « Il n’y a pas de connaissance en l’amour. Il n’y a dans l’amour que l’inconnaissable. » (p. 86)

J’ai découvert récemment Christian Bobin avec Le Très-Haut. Je retrouve dans ce texte une prose poétique ciselée. Aucun mot n’est de trop, aucun mot ne manque. L’auteur maîtrise l’art si délicat de la phrase courte et celui de la phrase complète. Tout est clair, percutant, renversant.

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Ciao au pôle Nord

Album de Sarah Khoury.

Emporté par un grand vent d’automne et de feuilles, Ciao atterrit loin de chez lui, « dans un pays tout blanc ». Sa longue écharpe rouge autour du cou et parfois traînant dans la neige, le petit lapin en peluche au bidonrebondi est curieux de tout et amical avec tous les animaux qu’il rencontre, même les plus stupéfiants. De retour de sa grande aventure, il aura bien des choses à partager avec sa petite propriétaire.

Ce petit héros aux immenses oreilles expressives n’en finit pas de me ravir ! Comme dans les albums précédents, les illustrations sont des merveilles de douceur et de poésie. La dernière page est consacrée au bestiaire polaire rencontré par le lapin globe-trotter. Mais ce n’est pas encore fini, car Ciao aime jouer avec la couverture du livre…

L’autrice-dessinatrice propose sur son site des affiches reprenant les illustrations des livres. J’ai déjà l’œil sur plusieurs d’entre elles…

Lisez aussi Ciao dans les bois, Ciao et la mer, Ciao à la campagne.

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Potins #76

Sandrine Goeyvaerts est une autrice, journaliste et caviste belge née en 1981.

POTIN – Elle se régale de Tuc au bacon. Les goûts et les couleurs…

Lisez : Manifeste pour un vin inclusif, Cher pinard : un goût de révolution dans nos canons et Cabale.

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Cahier de vacances féministe – Numéro 3

Ouvrage de Morgane Carré, Léa Drouelle, Elsa Pereira et Héloïse Nirod-Méry.

Le sous-titre annonce le programme, mais c’est loin d’être exhaustif ! Déplacez des montagnes ! – Jeux et humour misandre – La petite histoire du drag – Les tutos de Bricobutch – Quel macho a dit ?

Pas de vacances pour le féminisme et la lutte contre le patriarcat ! Histoire de ne pas oublier nos acquis et de nous préparer pour la rentrée, ce cahier d’exercices nous fait réviser nos fondamentaux avec des jeux, des quiz, des trivia, des biographies ou encore des données socio-économiques.

Au fil des pages et des exercices, on rit jaune, mais on rit quand même parce que des progrès existent et qu’il faut rester motivée face à ce qu’il reste à faire ! Et si cela est nécessaire, répétons ensemble cette phrase : YES WE CAN ! « Il n’y a rien qu’un homme puisse faire que je ne puisse faire, même sur des questions de force ou de capacités physiques. Au contraire, je vois vraiment le bricolage comme un outil d’émancipation, comme l’autodéfense ou d’autres outils mis en place dans les luttes féministes. C’est important de pouvoir se sentir en confiance, toute seule, sans mec, sans être dépendante de quelqu’un d’autre. » (p. 56)

Difficile de prêter ce cahier de vacances puisque je l’ai abondamment complété… mais je sais déjà à qui l’offrir ! Il trouve évidemment sa place dans mes ressources féministes.

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L’embaumeur – Ou l’odieuse confession de Victor Renard

Roman d’Isabelle Duquesnoy.

« Pourquoi dorloter des enfants, ces êtres imbéciles et bruyants que l’on n’est point tenu de respecter ? » (p. 39) Victor Renard, jugé pour un crime abominable, raconte son histoire à la cour, devant une foule de plus en plus nombreuse à mesure que les jours s’écoulent autour de son récit. « L’attention que vous portez à mon récit m’encourage à vous en livrer les moindres détails. » (p. 197) Orphelin d’un père cruel, fils d’une mère haineuse, enfant laid et tordu, Victor a peu de perspectives de vie et d’espoir d’être heureux. « J’étais jeune, désœuvré, bon à peu, mais prêt à tout, pourvu qu’une opportunité m’apportât du divertissement. » (p. 101) Le gamin aurait pu mal tourner, voire finir à la guillotine, sans maître Joulia, embaumeur de son état. Le vieil artisan fait de Victor son apprenti et lui transmet un savoir très lucratif, mais avant tout très humain. « Comme les personnes décédées ne peuvent pas défendre leur propre dignité, nous devons en être les gardiens, c’est-à-dire traiter leur corps avec courtoisie. » (p. 146) Les années passent, Victor a retourné le mauvais sort : sa clientèle est fournie, sa renommée sans tâche et son ménage prospère. « Longtemps, je n’ai été que tordu, bon à rien, moche et pauvre. À présent, je suis riche du deuil des autres. » (p. 437) Hélas, depuis toujours, Victor aime Angélique, femme légère qu’il ne peut épouser et avec laquelle il ne peut consommer sa passion. De là viendra son malheur. Mais quel est donc ce crime infâme dont il s’est rendu coupable ?

Impossible de ne pas s’attacher à cet enfant mal-aimé et malmené, vivant d’expédients et de magouilles jusqu’à ce qu’enfin quelqu’un lui tende la main. La révélation finale repose sur un talent curieux et gênant de Victor : celui de retrouver ce que son père a perdu, oublié ou dissimulé… Il y a clairement des choses dont il ne faudrait jamais hériter ou qu’il ne faudrait jamais connaître. J’ai dévoré les quelque 600 pages de ce roman en deux jours, entre fascination et dégoût. « Le cadavre est une sorte de marchandise dont nous pouvons disposer librement : ses chairs sont utiles à bien des métiers, ses vêtements aussi. » (p. 55) D’Isabelle Duquesnoy, j’avais déjà apprécié La redoutable veuve Mozart.

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Le Très-Bas

Roman de Christian Bobin.

J’ai récemment approfondi ma connaissance de la vie de François d’Assise avec le texte de Jacques Le Goff. Ici, Christian Bobin en propose une vision très différente. « Un simple visage de pauvre. Un pauvre visage de pauvre, d’idiot, de gueux. » (p. 19) L’enfant d’une famille de marchands, le beau jeune homme revenu de la guerre, ce n’est pas François d’Assise. Obsédé par le sens à donner à son existence et à la plus juste façon de rendre grâce à Dieu, il se dépouille de tout. « Il va là où le chant ne manque jamais de souffle, là où le monde n’est plus qu’une seule note élémentaire tenue infiniment, une seule corde de lumière vibrant éternellement en tout, partout. » (p. 56) Dans la plus totale misère, le dénuement le plus extrême, il est au plus près du Très-Bas. Loin du faste des églises et des villes, vivant de rien en pleine nature, ne mendiant même pas ce qui peut le nourrir, il trouve la vraie chrétienté. « Il devine à l’instinct que la vérité est bien plus dans le bas que dans le haut, bien plus dans le manque que dans le plein. » (p. 57) Ce qui pousse toujours en avant François d’Assise, le pauvre de Dieu, c’est l’amour.

Comme Sylvie Germain qui parle si bien de mystique et de religion, Christian Bobin déploie une langue poétique et riche pour parler des mystères de la foi. L’humilité du titre, rehaussée de majuscules qui anoblissent le sujet, est exaltée : le Dieu de Bobin, c’est le Dieu d’amour, pas le Dieu de puissance. « Il parle aux hirondelles et s’entretient avec les loups. Il entre en réunion avec des pierres et organise des colloques avec des arbres. Il parle avec tout l’univers, car tout a puissance de parole dans l’amour, car tout est doué de sens dans l’amour insensé. » (p. 87) Je découvre Christian Bobin avec ce texte superbe. Je déplore quelques passages trop genrés et qui essentialisent la femme et l’homme dans des rôles figés. Mais je suppose qu’il faut remettre le texte dans son époque… Toutefois, 1992, ce n’est pas si vieux…

Je vous laisse avec deux belles phrases.

« La parole d’amour est antérieure à tout, même à l’amour. » (p. 17)

« Je serai riche par tout ce que je perdrai. » (p. 67)

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La gameuse et son chat – Volumes 4 à 8

Mangas de Wataru Nadatani.

Volume 1Volume 2Volume 3

Volume 4 – Le quotidien de Kozakura, bouleversé par l’arrivée d’Omusubi, a trouvé un nouvel équilibre. La jeune femme passe toujours beaucoup de temps dans ses jeux vidéo, mais elle en consacre aussi beaucoup à son chaton adorable. « C’est un petit froussard, mais il prend vite confiance ! » (p. 9) Et quand il y a de la place pour un, il y a de la place pour deux… Conseillée par une amie, Kozakura décide d’adopter un deuxième chat, une femelle cette fois-ci, pour tenir compagnie à Omusubi. « Il est temps de lui faire goûter aux joies du multijoueurs ! » (p. 15) Arrive donc Soboro, petite chatte munchkin débordante d’énergie qui trouve vite sa place dans la maison.

J’aime particulièrement les pages où les chats prennent la parole : on relit alors un épisode des pages précédentes, mais à hauteur de moustaches ! Et à voir le calme Omusubi sans cesse dérangé par la nouvelle venue, je ne peux que compatir : ah, les petites sœurs… Les sujets ne changent pas beaucoup d’un volume à l’autre, mais il est drôle d’observer comment animaux et humaine s’influencent mutuellement. « À force de vivre avec des chats qui ne font rien de leur journée… Je finis par me relâcher autant qu’eux ! » (p. 154)

Volume 5 – Kozakura et ses deux chats ont trouvé leur rythme. Pour faciliter le quotidien et pallier ses départs précipités au travail, la jeune femme a investi dans un distributeur de croquettes, pour la plus grande satisfaction de ses félins. « Il est plus ponctuel que Maman ! / Chat c’est sûr ! » (p. 19) Les deux matous se sont apprivoisés et sont désormais très complices. Leurs comportements sont résolument différents, mais un certain mimétisme en fait parfois des copies conformes. Entre deux parties de jeu en solo ou en mode coopératif, Kozakura continue d’alimenter le compte en ligne de Soboro et d’Omusubi : pas de doute, les chats sont les stars d’Internet !

Je reste toujours déconcertée par les réactions très exagérées des personnages : les visages déformés selon la marque de fabrique des mangas me sortent immédiatement de la lecture, mais je suppose que ces représentations sont parfaitement normales pour un·e lecteur·ice japonaise. Ce manga cependant reste tout à fait charmant et c’est un plaisir de retrouver les petites boules de poils.

Volume 6 – Enfin la fin d’année ! Kozakura compte profiter de ses congés pour explorer tous les jeux qui la tentent depuis des mois ! Elle prépare aussi une surprise pour Omusubi et Soboro : pas question qu’elle soit la seule à profiter des fêtes ! Les chatons grandissent et développent un caractère bien à eux. La gameuse ne se lasse pas d’observer ses petits compagnons : elle recharge ses points de vie et booste sa sérotonine dès qu’elle les voit, ce que toute crazy cat person ne peut que comprendre ! « Haha ! Ils sont trop marrants ! Il faut que je prenne une photo ! »

Cette lecture reste un plaisir, mais les situations changent assez peu d’un volume à l’autre. Ce n’est pas exactement répétitif, mais ce n’est jamais surprenant. L’avantage est que ces mangas sont très réconfortants : nous sommes en terrain connu, comme dans un vieux pull déformé, mais si confortable ! Je compte bien finir la lecture de cette série !

Volume 7« Waaah ! C’est tout doux et ça sent tout bon ! Comme une douce odeur de printemps ! » (p. 40) Cette exclamation, c’est celle de Kozakura qui a plongé son visage dans le pelage de ses chats ! Tout·e propriétaire de chat le sait, il y a un parfum unique et follement réconfortant dans le poil chaud du ventre de tout félin d’intérieur. On en deviendrait complètement accro si on n’y prenait pas garde… Kozakura découvre aussi les joies du télétravail. Elle est toujours une employée modèle, parfaitement efficace, mais elle peut désormais avancer dans ses jeux en même temps et caresser ses chats à tout moment de la journée. C’est le meilleur de tous les mondes !

L’épisode consacré à l’herbe à chat est très drôle et m’a rappelé ma Bowie : cette minette nonchalante 98 % du temps se transforme en démone dès que je sors cette poudre magique ! Plus qu’un volume et j’aurai tout lu de cette charmante série de mangas.

Volume 8« Les chats embêtent toujours leur maître quand il a le plus besoin de se concentrer… Je commence à vous connaître ! » La jeune gameuse a acquis une nouvelle compétence de joueuse : elle sait progresser dans ses jeux vidéo en esquivant les mignonnes attaques de ses compagnons félins ! Mais surtout, elle va devoir réfléchir à ce qui est le plus important dans son quotidien et à ce qu’elle veut préserver.

La série aurait pu être renommée La gameuse et ses chats, au moins sur cet ultime volume en compagnie de Kozakura, Soboro et Omusubi. L’histoire se referme sur une décision lourde de sens pour la jeune héroïne. Puisqu’elle a désormais la responsabilité d’autres vies que la sienne, elle ne peut plus penser en égoïste et elle doit tenir compte des besoins de ses petits chats. C’est une belle conclusion, très pertinente et pleine de joie ! Je m’y retrouve parfaitement, car mes choix de vie dépendent beaucoup du confort que je veux offrir à Bowie : je veux lui aménager le meilleur quotidien possible.

Niveau confort, elle gère...
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Mes potins littéraires

En 2018 et 2019, je proposais chaque dimanche un potin sur un·e auteur·ice que j’apprécie. C’était aussi l’occasion de rassembler sur une même page mes lectures de ces artistes… parce que je m’y perds parfois !

En 5 ans, j’ai rencontré de nouvelles plumes et approfondi la lecture de certaines œuvres. C’est donc l’occasion de reprendre pour quelques semaines les potins, mais avant tout d’en tenir la liste ici. Oui, je fais des listes et des listes de listes. Je vais très bien, merci.

  1. Philippe Claudel
  2. Enid Blyton
  3. Yann Le Pennetier
  4. Charlotte Brontë
  5. Victor Hugo
  6. Marie-Aude Murail
  7. Curt Leviant
  8. Sylvie Germain
  9. Émile Zola
  10. Jane Austen
  11. John Steinbeck
  12. Toni Morrison
  13. Henri Troyat
  14. Beatrix Potter
  15. Romain Gary
  16. Joyce Carol Oates
  17. Michel Tournier
  18. Ann Radcliffe
  19. Jean Genet
  20. Hannah Arendt
  21. Joris-Karl Huysmans
  22. Marguerite Yourcenar
  23. Jack Kerouac
  24. Carole-Anne Boisseau
  25. Jasper Fforde
  26. J. K. Rowling
  27. Stephen King
  28. Clara Dupont-Monod
  29. Charles Masson
  30. Herbjörg Wassmo
  31. Gustave Flaubert
  32. Catherine Poulain
  33. Jack London
  34. Stéphanie Hochet
  35. Didier Decoin
  36. Colette
  37. Paul Auster
  38. Frances H. Burnett
  39. Edgar Hilsenrath
  40. Emily Brontë
  41. Tarjei Vesaas
  42. Edith Wharton
  43. Michel Zévaco
  44. Louisa May Alcott
  45. Claude Ponti
  46. Anita Diamant
  47. Albert Cohen
  48. Anne Brontë
  49. Roger Hargreaves
  50. Marie Laberge
  51. Italo Calvino
  52. Tracy Chevalier
  53. Thomas Hardy
  54. Daphné du Maurier
  55. David Vann
  56. Donna Tartt
  57. James M. Cain
  58. Elizabeth Gaskell
  59. Henry James
  60. Virginie Despentes
  61. Wilkie Collins
  62. Michèle Lesbre
  63. Alain Damasio
  64. Pearl Buck
  65. Yann Queffélec
  66. Marguerite Duras
  67. James Ellroy
  68. Margaret Atwood
  69. Michel Pastoureau
  70. Carole Martinez
  71. Léon Tolstoï
  72. Pénélope Bagieu
  73. Amos Oz
  74. Harper Lee
  75. Sorj Chalandon
  76. Sandrine Goeyvaerts
  77. Pierre Lemaitre
  78. Rebecca Dautremer
  79. Jean-Christophe Piot
  80. Maria Hesse
  81. Robert Goolrick
  82. Mona Chollet
  83. Zep
  84. Carole Fives
  85. Jean Teulé
  86. Liv Strömquist
  87. Jules Verne
  88. Tiffany Tavernier
  89. Lewis Trondheim
  90. Les Venterniers
  91. Christian Bobin
  92. Nathalie Novi
  93. Dimitri Rouchon-Borie
  94. Les éditions Lapin
  95. Leonor de Recondo
  96. Bernard Clavel
  97. Amélie Nothomb
  98. Alain Ayroles
  99. Isabelle Aupy
  100. Lucien Suel
  101. Madeline Miller
  102. Michael McDowell
  103. Bernadette Gruson
  104. Les éditions du Panseur
  105. Agota Kristof
  106. Sarah Khoury

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La voleuse d’hommes

Tony, Roz et Charis sont amies. Elles se sont rencontrées à l’université, mais ce qui a fondé leur amitié, c’est Zenia qui leur a successivement dérobé leurs compagnons, après avoir trompé leur confiance. « Zenia est une sale histoire, il vaut mieux l’oublier. Pourquoi tenter de découvrir ses mobiles ? » (p. 9) Les trois femmes se portent mieux depuis qu’elles ont appris la mort de cette terrible séductrice, mais surprise ! la troublante et vénéneuse Zenia est de retour. Pourquoi et pour qui est-elle de retour, Tony, Charis et Roz ne trépignent pas de le savoir. Chacune se souvient de sa rencontre avec cette femme éblouissante, de son amitié vorace et de sa trahison. Chacune repense aussi à son enfance et fait défiler les minables figures parentales dont elles ont dû se défaire pour grandir. À leur manière, chacune de ces femmes incarne une facette de la féminité : l’intellectuelle, la spirituelle et l’active, ou encore la guerrière, la prêtresse et l’ouvrière. Mais face à elles se dresse la Femme : Zenia contient en elle une féminité totale et destructrice. « Tony pense que Zenia est aussi vulnérable qu’un bloc de béton. » (p. 225) Donc, voilà, Zenia est de retour : Tony, Roz et Charis doivent décider ce qu’elles feront pour se débarrasser définitivement de cette menace en talons hauts.

Avec férocité, Margaret Atwood parle de compétition sexuelle et de jalousie, mais en creux, elle peint surtout la médiocrité des hommes, toujours prompts à abandonner une compagne imparfaite, mais solide, pour les beaux atours d’une diablesse sans cœur. Le roman n’est pas manichéen : hormis la femme du titre, les personnages sont subtilement caractérisés et évoluent sur la large palette des émotions humaines. Mais Zenia prend très peu la parole et tout ce qu’elle dit n’est que mensonge ou poison. « On sait quel mal se love dans le cœur des femmes ? » (p. 110) Elle est l’ennemie à abattre, puisque les hommes ne sont que des dommages collatéraux, certainement pas des alliés. Je ne me lasse pas de découvrir l’œuvre de Margaret Atwood et je range ce roman sur mon étagère féministe.

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Déménagement et grand ménage de juillet !

En avril, la plateforme qui hébergeait mon blog depuis 2008 a changé de propriétaire et de nom sans informer les blogueur·euses. Résultat, du jour au lendemain, ma mise en page avait sauté et tout était dégouulaaaasse à regarder. En outre, un rien échaudée par ces méthodes cavalières envers les abonné·es, j’ai décidé de changer de crèmerie.

Sauf que, même avec l’aide d’un ami informaticien, on ne bascule près de 4 000 articles de blog en un claquement de doigts.

J’ai profité de ce déménagement pour supprimer tous les articles relatifs aux swaps et autres tags… Cela fait bien longtemps que j’ai envie de retirer tout ce contenu très égocentré de mon blog. J’ai aussi corrigé des fautes par kilos… la preuve que l’orthographe et la grammaire ne sont pas innées chez moi !

Petit regret : tous les commentaires ont disparu : c’était trop compliqué à importer. Ne soyez pas déçu·es ou vexé·es si vous ne retrouvez pas vos nombreuses contributions… Et j’espère que vous viendrez en déposer d’autres !

Pour ce qui est des billets de lecture, je n’en ai supprimé qu’un : une lecture malheureuse dans laquelle je ne me reconnais absolument pas, un auteur aux idées rances et un livre à oublier ! Sinon, tout est y est, textes et images !

Bref, me voilà maintenant chez moi, dans un blog avec une solution d’hébergement qui ne risque pas de sauter de manière inopinée (tant que je paye, évidemment…) et une plateforme bien plus intuitive et moderne !

La mise en page a peu changé, je reste attachée à l’esthétique de blog de mes débuts. Au plaisir de vous retrouver dans mon nouveau chez moi !

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Mes ressources écologistes

La lutte sera intersectionnelle ou ne sera pas !

Depuis un certain temps, je tiens la liste de mes lectures féministes : ces textes me font réfléchir sur notre société, ils m’apportent des connaissances essentielles pour devenir une meilleure personne et pour lutter contre le patriarcat.

L’intersectionnalité, c’est reconnaître que toutes les luttes convergent, c’est comprendre que toutes les minorités et tous·tes les opprimé·es ne s’en sortiront qu’en s’unissant : la femme avec la personne racisée, le·a réfugié·e avec le·a transexuel·le, le·a travailleur·euse du sexe avec la personne handicapée et aussi l’humain·e avec la nature. Le monde naturel souffre du patriarcat comme en souffrent les femmes : il est dominé, exploité, nié dans ses besoins.

Alors, en avant ! Je suis féministe et profondément écologiste depuis des années (donc écoféministe, et ce n’est pas un gros mot !), végétarienne par conviction et antispéciste par amour du vivant, animal ou végétal.

Voici donc la liste des lectures qui me font repenser le monde en mieux, au bénéfice de tous les êtres vivants, humains ou non humains.

Fiction

Non fiction

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Le petit guide des chats baroudeurs

Manga de Juno.

Une bande de petits chats part en vacances ! Le temps de faire des valises – surtout ne pas oublier les joujoux et les gourmandises – et direction la gare pour prendre le train. « Le trajet fait partie intégrante du plaisir de voyager » (p. 9) De ville en ville, les chatons curieux visitent, s’amusent, découvrent et prennent des photos. Avec tout ça, le retour à la maison sera doux et plein de souvenirs !

Voilà une illustration parfaite du kawaï : les chats sont ronds, doux, potelés, ultra mignons. Ces petits baroudeurs sont gourmands et facétieux. Ils se régalent des spécialités culinaires locales et adorent se déguiser. « Difficile de ne pas manger trop de glaces. » (p. 49) Cet album est mignon, tout simplement mignon. Il n’y a rien à attendre d’autre, mais c’est déjà un parfait moment de lecture.

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Le problème avec les femmes

Bande dessinée de Jacky Fleming.

« Autrefois, les femmes n’existaient pas et c’est pour cette raison qu’elles sont absentes des livres d’histoire » Ainsi s’ouvre ce petit bijou d’humour absurde, férocement pertinent. Il faut trouver des explications à ce grand mystère : où sont les femmes dans l’Histoire, dans l’art, dans les sciences ? Il faut dire qu’avec leur petite tête, leur cerveau atrophié, leur tendance à l’hystérie et leur paresse, on ne pouvait pas en attendre grand-chose, n’est-ce pas ? Par bonté d’âme, les hommes – ces immenses génies qu’il convient de louanger et d’admirer – ont donc cantonné les femmes au mariage et aux travaux d’aiguille. Et aussi aux tâches ménagères, pour qu’elles ne s’ennuient pas ! Gare à celles qui se piquent d’écriture ou d’éducation, elles vont contre la nature ! « Au cours des 700 ans qui séparent Hildegarde de Bingen de Jane Austen, les femmes écrivaines étaient mal vues, car pour cela il fallait réfléchir, ce qui interférait avec l’accouchement. »

Il faut évidemment lire ce petit ouvrage avec du recul. Ceux qui le prendraient au premier degré sont priés de recommencer la lecture depuis le début ! Les propos sont volontairement grinçants et poil à gratter. « Il disait que les femmes ont deux rôles à jouer, tous deux charmants : l’amour et la maternité. Pas isoler le radium et découvrir le polonium. » La conclusion est farouchement émancipatrice : que toutes les femmes aillent chercher leurs aïeules oubliées dans la poubelle de l’Histoire !

Le titre me rappelle un album d’Emily Gravett, Le problème avec les lapins

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Dis, c’est quoi l’amour ?

Album d’Emma Robert et Romain Lubière.

Le printemps réveille doucement la forêt et petit lapin est tout heureux du retour des beaux jours. « C’est comme une floraison dans son cœur. » Puisque cette saison est celle de l’amour, petit lapin s’interroge : c’est quoi, l’amour ? Au gré de ses rencontres, il questionne l’ours, le castor, les moineaux et l’enfant. « C’est à toi de le découvrir. » Aucune réponse n’est exclusive, aucune réponse n’est définitive, aucune réponse n’est mauvaise : l’amour existe sous bien des formes et pour bien des raisons. « C’est encore plus beau quand on le partage avec les autres. »

J’ai suivi avec bonheur le petit lapin blanc dans ses questionnements et sa marche dans la forêt. Cet album aux dessins enchanteurs est d’une tendresse infinie. C’est une lecture douce et réconfortante, à la conclusion parfaite. À mettre en toutes les petites (et grandes) mains !

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Les oiseaux

Ma première lecture date de quelques années et le souvenir de son immense beauté ne m’a pas quitté, pas plus que celui de mon émotion profonde. Une fois encore, Mattis m’a bouleversée avec sa vulnérabilité et la conscience coupable de ses limites. « J’ai besoin d’un travail, Hege a les cheveux gris. […] C’est moi qui l’ai fait grisonner. » (p. 26) L’inhabituelle parade amoureuse d’une bécasse est vue par cet homme simple comme un présage de changement : ce dernier sera-t-il une chance ou une malédiction ? Les incessantes questions de Mattis sur le monde, son esprit et celui des autres renvoient à la nature omniprésente, hiératique et éternelle. Le temps d’un été, d’un orage à l’autre, c’est l’histoire d’un homme terrifié par l’abandon et le fait d’être un poids pour sa sœur. « Elle avait si souvent prouvé qu’elle était une sœur attentive – mais depuis peu, elle commençait à perdre patience plus vite qu’auparavant. » (p. 43)

Avec cette relecture, j’ai retrouvé les phrases si justes de Tarjei Vesaas pour parler de la solitude et du désespoir d’amour. Je souligne surtout la façon dont il décrit la dépression, dans des mots qui me sont si clairs tout étant superbement délicats. L’auteur reste décidément parmi mes préféré·es.

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